CHAPITRE XIII
Quiconque ne sait pis vider une ruiaillc,
Ni d'un |oli minuis houspiller la caiiileur,
K'est pas dijiie de mol... Qu'il s'écarte, qu'il aille
Chercher en d'autres lieux ce<|u'il croit le bonheur...
Il n'aura poiiit ma tille I...
11 , comédie itiéUile,
Pendant que l'officier de Chanclos, en caressant sou Henri, s'occupait avec coHiplaisance du projet qu il avait communiqué à d'Olbreuse pour le débarrasser de la rivalité de l'Italien VilLmi, et plus encore des affaires iiuportantes qu'il avait à Irailer de concert avec le sire de Vieille-Roche, son digne :imi, riioiinêle Jackal el sou escorte noire coiiduisaieut Jean Pàipié dans les prisons d'Autun. Le vieillard avait conservé le plus grand calme pendant toute la roule, et il ne paraissait iiiillemciil s'inquiéter di's suites que son arrestation pouvait avoir. Sa séiénité ne lut point altérée en voyant les guichets souvrir et se fermer sur lui. Il se plaça devant la table chargée di pain noir el de l'eau pure destinés à ses repas du même air qu'il sfl serait assis à un banquet somptueux. H resta vingt-quatre heures sani entendre parler de rien et sans apercevoir ni juge ni guichetier. Sur le soir du >econd jour de sa captivité, il vi; la porte s'ouvrir el paraître le geoliir de la prison nu grand (lanior rouvert sous le bras. Le geôlier déoiivrit U: p.inier el en lira ce qu n eoulenail : c'étaient nue bouteille- de vin vieux, une volaille, du jao.buu, des liqueurs el de la pâtisserie.
L'IIfiRITlI'RE DE BIRAGUE.
— Vdilà hitMi dis ctioniDiiies pour un pauvre prisonnier! dit le vieillaid en s';i(lri's>;inl au gniclteliiT. — f.'esl l'hahilndi' di' la maison, ri pi il <flui-< i ; allons, caiiiar;\do, proliiez dn temps qui vous reste; mange/., btivez, donnez-vous-en; demain à ciii(| heures du malin vous n'aurez plus besoin de rien. — (J"<-' vonlez-\ous dire?...
— P. M bleu ! cela est assez clair. I.'e repas est relui du iniradis; c'est celui ipic nous sommes dans l'iialiiuidi' de donner aii\ prisonniers cond.iinnés à mort. — Aux prisoiniiiTs i ondanmcs à mort ! Uiles-moi, mon ami, nujn arrêt serail-il di'jà pinnoncé.'... — C'est une affaire faite, reprit le geôlier tout nalnrelleinent. et il en faut prendre votre parti. — Je voisclfeclivemenl, ditle vieillaid en souriant, que c'est la seule chose qui nie reste à faire... Le grand sénéchal de Bourgogne est-il dans cette ville? — 11 y est arrivé celle a|irès-dînée, et il s'occupera ee soir de signer les diflérenls arréls; ainsi, soyez tranquille, vous ne languirez pas. — C'est bien mon espi ranee... Ah eà, parh zmoi franehemeni, geôlier, aimi'riez-vous à èlre pendu?... — Quelle denianile! reprit le çuitln lier élonné; en a-l-on jamais fait une pareille ù un bomièle homme? — C'est qu'il di'penil de vous de l'élre demain malin, ou de ga;?iier cenlpistolos — Cent pisloles!... (Jue signilie .'... — Je m'expliiine... Si dans nue heure le billet que voici est remis en mains |iro|iris an grainl sénéchal, eenl |iisti)lis d'or vous seront cnniplées. Dans le cas ((inlraiie. Notre corps fi la ericr sous son poids la potence ipie les gar(;ons du hini ican élèvent en ce illoment. — Kl (|n esl-ce (pii lUi' donnera les eenl pisloles d'or si j'obéis .' — Moi. — Kl <|u'est-ci' qui nii' fera pemire si je n'obéis pas?...
— Moi. — .\llons donc... vous èles foii, camar.ide, dil le geôlier brusqiiemenl. — (Test ee que vous saurez demain matin, reprit le vieillanl de l'air du monde le plus calme; encore une fois, voulezvous la corde on cent pisloles?.. choisissez...
L<' geôliir (ixa avec attention l'étrange personnage qui lui parlait ainsi ; l'air et le ton calme du vieillard lui en imposèrent tellement, qu'il prit la letlre qui lui clail offerte. — Me promeliez-vous qu'il n'y a rien là dedans qui puisse me compromettre? deinanda-t-il en lonruanl en lou> sens le papier qu'il tenait entre ses doigts. — Je \ousle promets... Il n inléresse que le gr.ind sénéchal et moi... Mais séparons-uous, j'ai besoin d'être seul. N'oubliez pas surtout que la corde ou cent pisloles sont à votre choix... Je vous tiendrai parole... complez-y ..
En disant ces mots, le vieillard tourna le dos au geôlier, et fut se rasseoir d'un air iudifércnt sur l'unique siège cpii se trouvait dans sa prison. Le guichetier ferma la porte et son il eu gioiiinielant entre ses dents. Une demi-heure après il rentra, l'éloniienient peint sur la figure, et s'approchanl du vieillard, il lui dit respeeiueiicnienl : — Maître, le grand sénéeh.d me suit. — Voici les eenl pisloles promises.— Grand merci... Kn ce moment, des lias imiiilireux se liienl entendre dans le corridor qui conduisait à la prison de Jean Pàqué, et le grand sénéchal parut à la porte avec la suite nombreuse qui l'accunipaguail ; sur un geste de l'inconnu, il ordonna à ses gens de s'éloigner, et entra seul dans la chambre du vieillard, dont il (il refermer la porte sur lui. Le sénéchal lit quelques pas en regardant silencieusement le vieillard, qui, plongé dans une profonde rêverie dont il nous serait diflicile d'indiquer la cause, paraissait ne pas s'apercevoir de la présence du premier magistrat de la province. Esl-ce vous qui vous nommez Jean Pàqué? demanda le sénéchal. — C'est le uoni que me donne le vulgaire: mon véritable nom n'est connu que du cardinal et de Dieu. — Vieillard, vous êtes accusé d'un crime qui, s'il était prouvé, fer.iit tomber sur vous tout le poids de la vengeance des hommes. Votre air vénérable, votre ton n'annoiueiil point un vil scélérat. Peut-être êles-vous viclime de quel(|ue ealomnieuse accusation ?... c'est du moins ce que la lettre que vous m'avez fait rcmellre m'a laissé entrevoir. Parlez sans crainle, je suis prêt à vous faire rendre la justice qui vous est due. — Vous ne pouvez rien pour moi, séné( bal. répondit l'élranger d'un ton de voix adouci ; non, vous ne pouvez rien. — Si vous êtes innocent, commi' j'aime à me le persuader, je puis vous sauver, car je le dois. Justifiez-vous, vous dis-je, et je vous jure sur l'honneur que la sentence qui vous condamne ne sera point exécutée. — 11 suffit de ma volonté, sénéchal, pour qu'elle ne le soit pas. — Vieillard, vous êtes fou". — V oilà bien l'orgueil Immain 1 ce qu'il ne conçoit point est erreur ou folie... Mais je veux vous convaincre de la véracité de mes discours. Approchez, sénéchal, et jetez les yeux sur cet écrit. — Que vois-jo 1... un ordre secret tout entier de la main du cardinal-ministre ! — Prenezen Connaissance.
Le sénéchal lut à voix basse ce qui suit :
— Vous le voyez, sénéchal, dit le vieillard quand le baron d'Olbreuse cul achevé la lecture de liniportaiil papier, loin d'elle un aventurier et nn vil assassin, il n'est en France aucune famille qui ne s'honorât de mou amitié, et aucun homme, tel puissant qu il soit, qui puisse m'offenser impunément. Quant à mon nom, je le tais; le contenu de ces lettres doit vous suffire pour me faire soi tir de prison.— Il snfi t, en effet, monsieur, reprii le sénéchal, ei je vais ordonner de suie votre mise en lilierlé; ce n'est pas tout, je vous donne m I j.ari'le qur des iiiformaiions vont être faites afin de coiiiiailre et punir les i;uicur$ du complot dont vous avez failli être viclime. —
Vous savez ce qu'il vous reste à faire, sénéchal, et je n'ai pas la prétention de vous tracer la ligne de vos (bavoirs. Toulerois, si les conseils de l'ami parliculier du cardinal-miiiisirt i ipielipie poids à vos
yeux, je vous prierai d'assoupir une alTaire (pii i^' pciu produire qu'un scandale sans résultat... Adieu, seoédiil; je n'oublierai jamais votre intégrité et voire bienraisance... Soyez -ili que le prince en sera instruit... Adieu. . En prououvaot ces paroles, le vieilhnd avait saisi la main dn sénéchal, l'i la pn^ssait amicalement dans les siennes. Une sensation exlraordiiiiiie paraissait l'agiter. Il s'abandonna pendant quelques instants à des pensées qui i-ans doute avaient des charmes pour lui ; mais, irioinpliant bientôt de cette espèce d'atlcndrissemeiit dont il parut honteux, il reprit l'air anslëre qui le quittait rarement, et dit au sénéchal : — Appelez vos gens; je suis prêt à partir. A la voix dn séiié<hal, l'escorte noire qn; raltendail se préciliila dans la eli:inilire du vieillard ; elle crnl ipi'il s'agissait de punir, et dans ci' dernier cas ille moiilr.iit toujours beaucoup de zèle — Geôlier, dit le sénéchal, levez lecroii du prisonnier, et vous, JacKal, faites-lui-en délivrer copie. Mais, monseigneur, reprit le secrétaire, il y a j'igeiiieiit et condamnation à mort. — Tant pis pour les juges, s'écria le sénéchal d'une voix teriible, car le genlilhomme est innocent... .Messieurs, j'echiircirai celle allaire. En paiianl ainsi, il salua le vieillard, et sortit de la iirisoii. Toute sa suite Irembla, car il ne se eomnieitail pas une injustice qu'elle n'en filt complice ou auteur. — Eh bien ! dit le vieillard en se lonrnaiil vers le geôlier, le repens-ln maintenant d'avoir été trouver le sénéchal ? — Oh I monsieur, bien m en a pris, répondit le gnichelier en mettant nue de ses mains sur son cou, et laisant sauter de l'antre les cent pisloles d'or... Mais, par saint Pierre, le geôlier du paradis, qui pouvait penser que Votre Excellence fût un honnête homme à poches bien garnies?... tout le monde y aurait été trompé... el là-dessus je vous dirai, monseigneur. ..
— Assez, vassal, assez... exécnle les ordres du sénéchal, et metsmoi prompiemeiit à la porte de la triste demeure. Le geôlier ne se lit pas ré|)éter deux fois l'ordre que le vieillard lui inliina ; il courut, il agit, et un quart d'heure après la sortie dn sénéchal, 1 liôle inconnu de l'officier de Chaiiclos traversait la grande rue de Dijon...
Laissons le vieillard jouir de la liberté qui vient de lui être rendue et retouinous au capitaine, qui, la tête jileine d'importants projets. s'empre.5sa de les mettre i exécution. Monlé sur le fidèle lienri, ij galopa jusqu'au cabaret où nous l'avons déjà vu boire avec le sire de Vieille-Moche. Comme l^hanclos descendait de cheval, et qu'il le coiiduisail lui-iiiéiuc a l'écurie en caressant sa croupe, il se sentit frapper sur l'épaule. — Eh bienl mou ami, me voici exact au rendez-vous? — lion, bon, de Vieille-Roche... Mais que veut celte jeune et jolie demoiselle? — Chut! mon camarade .. c'est ma nièce... — As-tn b>ancoup de nièces comme ça?...— Hé .. hé!... dit en riant Vieille-Roche, tant que j'en veux... Puis il lira à part le capitaine, et ajouta tout bas : — C'est pour notre jeune homme. — Comment ça ?... — Oui da ! ne faiil-il pas l'éprouver de toutes les manières?...
— Vieille-Roche!... Vieille-Roche! mon gendre n'est pas un étalon...
— Fi donc ! mon ami, c'est seulement pour examiner si... ce... enfin ce qu'il dira. — Vieux Satan, tu as toujours été le plus égrillard de nous deux. Vieille-Roche sourit avec autant de grâce que purent le permettre sa trogne rouge et ses yeux verrons toujours un peu troublés. — Maître Jean, s'écria Clanclos en entrant dans le cabaret, du vin, et de votre meilleur. — Du meilleur, répéta Vieille-Roche. Comme ils allaient choquer leurs verres, ils enlendirent le galop d'un cheval. — Par saint Hubert! ton gendre est un fort bon écuyer, dit Vieille-Roche, qui se mit sur le pas de la fiorte... Tuù:eu, comme il caracole ! il est à cinq cents pas... Maitie Jean, mon cheval...
Vieille-Roche se hàla de monter sur sou coursier, el s'élançant contre le marquis de .Monlbaid, il le heurta si fortement par malice, que ce dernier faillit tomber. — Les chemins ne sont pas assez larges, maladroit ! s'écria le querelleur de Vieille-Roclie. — Bonhomme, mesurez vos paroles... — Ne parlez pas si haut, blanc-bec; quand vous aurez servi sous un çéi.éral comme l'aigle du Béarn, je vims perinellrai de venir vous frotierà une vieille lame. — Je n'attendrai pas cela... — Bien, bien ! dit en Iniiiiéine Chaiiclos Caché derrière un arbie, en voyant l'imiiéluosité du jeune marquis et la rougeur qui colorait son visage. — Vous voulez donc mourir? repartit Vieille- Roche avec un air de vérité qui aurait fait croire à la dispute réelle.
— Je ne dis plus rien, répliqua Monlbard eu garde !...
Leurs épées se croisèrent, el Vieille-Roche se plut à déployertoutc sa science pour rendre vaine la fureur croissante dn jeune homme ; mais lorsqu'il vit que Monlbard Pavait presque touché : — Bravo! bravo! s'écria-t-il en jetant sa rooillarde ; mon ami, c'est moi qui ai tort ; embrassons-uous et venez vous rafraîchir. — Monsieur, cela est impossible... une affaire importante m'appelle à Birague. —Vous y cherchez, je parie, mon digne ami de Chauclos? — Qui peut vous eu avoir instruit?... — Entrez, il est ici...
Monlbard étonné trouva eu effet le capitaine achevant de siffler sa jovcu-e faul'aie. — Monsieur, dit avec respect le jeune marquis, je vous eherch.iis pour une affaire d'où dépend le bonheur de ma vie; mon ami le chevalier d'Olbreuse m'éciit qu'il est sur le point d'épouser sa charmanle cousine, et sou père doit se rendre eu ce moment
so
L'HÉRITIÈRE DE BIRAGUE-
à Bira^ie pour en fi\or le jour... — Nous s.ivoiis loiii celn, moii'sirnr, iniernimpil le capilaiiie. — Mais ce que vou< iguon'z, niou>ieur de CliaiK lus. ci'st que j'iulore Auna. — Je le siiis nidii-ieur... ui:iis, avaul di- parler tle l(uir leri, buvons... — Monsieur, il ue ilépei drait que de vous... — l><' f.iire deux uoees en une. inierroni|iil Viiille- Roche en versani à biiiriv — Mais, monsieur, ma (illi- vous aimel-elle?... — .Monsieur !.. je crois... — ^ous l'a-l-iUe dil?... — Kon, monsieur. - P'où le savez-vims ? — Buvez diuie. repril Vieille-lioche... buvez doue... Maître Jean six Ixnileilles de plus .. Cl vous, jeune homme, répondiz... doiV.. savez-vous?... — Ah! monsieur, si vons l'aviez vue me dire adieu!...
La nièeedn pudique sire de Vieille-Roehe, mctinni h excculion ses insirnclions. lauvail de vives œillades au ji-nne Moulbard, qui, au grand dé-espoir du vieux buveur, ne la regardait nnllenienl. — Mousieur le capitaine, reprit le marquis, je n iaiiore pas que inadenioiselle de Chanelos est mal partagée du cftié de la fortune, et Ires-bien du «6té de l'honneur : ceci doit vons prouver que je l'aime, et... — Après douze bonleillt .s bues, parler comme cela ! dil tout bas Vieille- Roi he... quel bi'innie! Mais, mon ami, ses yeux ne brillent pas en vovanl la jetine lille...
l.'honncte eapiiaiiie ne savait auquel répondre ; la léte eommençail à lui itinnier. L'inlrépidc de Vieille-Horhe s'écria : — Maîlre Jean, six antres bouieilb-s. Lorsqu'elles furenl entamées, l'onieicr de Chauclos mil avec quelque peine son chapeau sur sa Icte, et regardant son gendre fuliir, il lui dit : Jeune huinme, levons-nous, et sortons. Il se leva, el marcha sans chanceler comme les deux amis. — (,ln'as-lu donc, Clianclos, tn vas de c6:c .' — Vous vous trompez, sire de Vieille- Roche. M. le capitaine marche très-droit.
Ce dernier trait gagna le cœnr de Chanclos : — Monsieur, dit-il avec gravité... nous sommes honnêtes gens, et entre hnonctes gens il n'v a que des honnêtes gens; néanmoins je vous dc.nue l'assurance que ma lille, qui vous a dil adieu, el qui a beaucoup d honneur, ne sera jamais qu'à... Vieille-Roche. — 0"<' diles-vnus. nionienr? — Vieille-Roehe... Oui ! sois témoin qu'elle ne sera ipi à M. le marcpiis de Moulbard ici présent...
L'honnê;ecapi:aine ne pouvait, en prononçant ces paroles, mettre le pied dans lélrier... En cet instant, no grand biuit de chevaux se fil entendre, el l'on aperçut le grand sénéchal di- lionigogne aceumpagné de riiiclques-nns de ses |)arents. .M.iriué par la derniiTe h tue que son (il> lui avait écrite, il venait réclamer la parole de son l'rere, el fixer le j<uir du mariage du chevalier avec Aloise. — .*li : ah ! vons vnil,i. sénéchal? s'écria • haiiclo-; V(ms allez à Biragne, nous vous y accinnpagneroiis mon gendre et moi. hiiuncle gai «.on (pie voici. I,c sénwharsonril en regardant le vi-age roogr de I < J'i» ier : le niari|nis de .MuDlhard s'approcha pour le saluer avec ))oliiessi' , et il se joignit avec son beau-pere à la troupe du baron d'O'bnnse. On ignora loiijonrs ce que devinrent l'égrillard île Vieille lioc he et sa nieie... restèrent-ils au Cabaret, s'en allèrent-ils i» l.i tour en ruines qu'habitait l'ami du capitaine; l'hi-^toire ollre ici une vaste lacune.
Maih'lde et son époux, instruits par un courrier di^ l'arrivée de leur frère, se promenaient dans l'avenue du château... Ils paraissaient joyeux l'un et l'au're. V.n effet, le courrier avait apporté une lettre de Jackal. qui mandail à la comtesse que Jean l'àqiié serait pendu à l'heure qu'elle recevrait le billet. Villani, Aloîse cl son cousin suivaient les nobles époux : le marquis eu les observant, el les deux amants en se donnani le bras, lU s'ancicreni en apercevant la troupe annoncée par un nuage de poussière, el s'assirent sur les bords du fossé qui régnait aulotir des murs du château de liiragne. En voyant son frère, le cinnlc de Morvan fut à sa rencontre. Le sénéchal mit pied A terre, et dit à haute voix en pré>cnce de l'assemblée : — Mon cher frère, avant d'entrer dans voire chàiean je désire que vous nie déclariez si vous êtes toujours dans l'intenlion de remplir lidelemenl la parole que vous m'avez donnée de marier nos enfants? — lin dunlcr, serait me f.iire une cruelle injure!
A ces paroles, la comtesse et Villani iremblèrent, tandis qu'Olbreuse serrait avec amour le bras de sa cinisine. — Eh bien ! mon Iren^ ! fixims le jour <le leur union. — Volontiers... d.ms trois jimrs !... Le fénéchal se jeta dans les bras de sSn frère, el... il s'arrêta.
La comtesse était évanouie, el le comte de M(u'van slupéfail en voyant à dix pas d eux Jean Paqué cauier avec le sire de lihaiiclos, qui le priait d'envoyer Anna au plus tôt. Le vieill.ird di-pariit, porté par un courtier magniliquc, en s' écriant : — S'il en est ainsi, ma lâche est remplie; je rentre d'oi'i je sors !.. Cette voix lit revenir la comtesse : elle aiiribna sa faiblesse à desdinileurs qoe nos mémoires authentiques nu spécifient pas; elle prit le bras de Villani, et tout lu monde entra au château en f.iisant des rédexions aussi diverses que les intérêts qui en étaient la source. Le bruit des di'iix mariages se répandit partout... et le lendimain, mademoiselle de i.hanclos arriva sous la garde de Jeanne Cabirulte.
CIIATITRE XIV.
Il l'st ilonc des forf,iit3
Que lo courroux clo.s dieux ne pnrdonnc jamnis.
VOLTAIIIF.
la gloire des mf olianis en un momout s'éteint : L'aiïreux lonibeuu pour jamais les d.Woro...
li.ClMÎ.
... Les crimes seorels ont les dieux puni' U'nioinsl
Voi.TAlHK.
La présence imposante des deux frères forçait an silence l'impatiente Malhilde, qui voyait arriver avec peine le jour où d'dlbreuse allail s'unir à sa lille Le loin h. ml speeiadede leur amour, luiji d'atlenilrir son e(enr, la rendait Irisie, parce (jne son orgueil (Mail blessé dans ce qu'il avait de plus elicr... Les projets qu'elle coïK.iil jadis, et dans lesipicU elle se coni;ilaisail, (■cliodaiciil (l( vani le séuédial, son lils et le i-onile de Morvan. tin ('tail à la veille du jour du niariige. La coinlesse, lodirncnlée par mille idées co;ifiies, n'avait plus ce visage de hauleiir (pii lui servait à /aeher ses soucis cruels. La délivrance de Jean \'ài\uv lui causait un mortel cliagi in ; les nidoieinenls de son père aj(unairnl à sa mauvaise liuineui-, et ses yeux fiivaieiil ceux de \'illani, par 1 1 honte (pi'elle resseolail d'y voir sou iiiipiii-sanee écrite. Villani allrilMiaU cet élal à la (K'divr.iiice iiiiraeiileuse de l'inconnu. La seenc llobert, les mots sui pris, tout le lui faisait ;oii|ieoimer; el, voyant sa fortune évanouie , il forma le dessein de tenter un (lelnicr effort en parcourant Imil le eh.iteau, espérant (h'ioiivrir ce que Géronimo luoinant fui prêl à dévoiler Malhilde eiil un en;relien avec son époux ; elle essaya vaiiieinenl d'ébiauler ses résolutions : ils parlèrent longlenips de leurs craintes... et resièrent enfermés nue bonne partie de la jouinée... Villani remarqua cette séance extraordinaire, et siirlonl l'air atleiré de la comtesse.
L'es trois personnages sombres el rêveurs formaient nn singulier conlraste avec les figures joyeuses de ceux qui liabilaieiit le ehaleaii. Le sénéchal oubliait voloniiers sa gravili' au uiilien de sa l'.iiiiille; d Dliireiise et Aloise, Mouibard el Anna, il p r dessus loin r.haiielos, ne fai-aieiit entendre que l'exprrsioii dr la joie ri du li inlieiir. I!ependant le brave capilaiiie S(î troiiviiil gi'iic; celle niag lilieeiice, ce Ion, ne lui cmivenairnt pninl ; de Vicille-lloclie lui m uu]iiait pour boire; aussi se promit-il de le faire venir aux noces du lendemain ( t aux fêtes des jours sui van l s. La proinple (lélerminaliondi'-deiix l'reres el le mariage expédilif d'Anna m cessiterent à llidiei l bien de l'embarras, et loi lirenl faire bien des coujeeliires sur la piéeipitatioii d'un mariage qui, chez les Morvans, ne devait se faire qu'avec poid; el mesure. (;iirislophe, les écnyers el les piqiienrs siillirent ,■> peine pour porter celle nouvelle de châteaux en cliAteaux, avec les invitations pour tonte la haute, basse el moyenne noblesse d'Antun et de IMjon, et aux grands alliés de la famille qui se trouvaient en cour ; c'est Robert qui dépêcha à Paris le courrier exlraonlinaire
— Depuis bien longtemps pareille cliosi' n'est arrivée: j'aurai vu tri/is mariages durant mon intendance, dil-il au premier (''cuyer en lui remettant le paquet scellé du sceau m'ilinaire de la famille...
Lorsque, à l'exceplion du courrier exlraonlinaire, chacun des gens fut à son poste dans le château : que le chef mano'in rail dans les cuisines comme un général d'armée entouré de scsin iriniioiis, a'dcs de camp, etc. : que les valets nettoyaient les cours, lacliapelle, le château; que l'on sortait du trésor de la famille loiil ce (piil y avait de beau et (le resplendissant, llobert rcvêtil Ions les iii-ignes de sa dignité, mil sa médaille extraordinaire, ses souliers à la poiil:iiiie, cra(piants dix fois plus que les autres, etc. Il marcha d'un pas grave vers le salon (lù tdiile la famille était assemblée, el il rumina un commencement de harangue. Il trouva les deux fulnriîs evainiuant d'un vi-age riant les parures étalées sur deux meubles; d'Olbreuse el Mimlliard reeevaient leurs complimenls d'un air enehanlé; le comie de Moi van n'avait plus de tristesse : ce doux spectacle le tira de sa mélancolie ; le sénéchal el la comtesse causaient, et i!haiiclos, an nioincnl où l'.obert entra, s'écriait : — Avouez, mes gendres, que je suis...
L'aspect delà figure diplomatique de l'iiitendanl, s(m balancement cérémonieux, interrompirent l!hanclos, qui se mil â rire, ainsi que le Comte elle sénéchal: heiireusemenl Robert ne s'en aperçut pas. Arrivé à dix pas du comte, il le salua : le comte s'assit dans un faulenil; la m:ilignu comtesse se mit sur une chaise à sesci'iés le sénéchal, et le reste de la famille, se groupa d'une telle manière, qu'on aurait eiii voir un grand prince donner audiiaice. — Digne hérilier des Morvans, dit llobert salisse déconcerter, je viens, selon l'usage antique établi depuis Mathieu XIX ( car vous savez qu'il est impossi.Me de lire les chartes précédentes), vous complimonler sur révénenicnl heureux que,., qui... d^uit ce jour est laurore !... Hidjerl, sur celle figure, s'arrêta: — Oui, moieeignenr, honoré do voire coiiliance. je vous apporte l'hommage de tons les sujets du pelil einpiie ipie vous m'avez (ioniie à gouverner; el je viens récluuer de vo-. b lnlé^ l'anlori-ation d'accorder des grali(icatio;is, ei di; faire l(!s promolions d'usage. On a toujours eu soin dans l;i famille d'en agir ainsi à clia-
L'HÉRITIÈRE DE BIRAGUE
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que grand dvdncmcnl; tvmoiB lorsque llenri IV.,. — Diles l'aigle du licarii, sétria Cli.iiitliis en cares>aiii lieiirieue. — Celilrc n'est pas Coii--igné d.iiis li's unii:ile>di' mon iiileiuluiii'i'.
.lii>(Hi('-lj, Robcri s éiaii li'iiii légiTcimiil incliné, et ses gesios se rcdiiisjîi'iK à un iiiouveinciil pérliidiiine du sa main (Irnilc, qu'il coildllisail vers le ciimleeii la f.ii>aiil partir du cnMir .Mai>, l.i péroraison exigeani de plus grands d<''vclii|i|:i'nu'nls, il dit en ri'(;aiilaul rassembler, el eu l)alani,'anl ses den\ hr.is . — Quant aux vassaux, je laisse à monseigneur à déeider ce qu'il fera pnur eux, en oliservanl toutefois qi e, sons l'oUeil VII, ils fuient, en semblable circonslanie, uxempus de leur-- redev;iu(.es pour une auntM! : j'ajouterai que le lié- Sur est <l<'ilis nu état sali r.il-aiil. qui' nos serfs sont siinuiis el iibéissanls, et qu'ils restent dans I ignorance que Mathieu XLIV, un de vos plus glorieux aucêires, a tuujours exigée.
Le premier mouvement de rassemblée avait été de rire de la comique aiiiliassadc de l'intendant; mais ses cheveux blancs, le désinlére-semeiil qu'd uu>ulra en ne drinaiidant rien |)iiur lui; enfin, sa boiJio" ie, iuléressercnl. Le comte se leva, el dit avec un accent de dign.lé qu'il savait prendre à propos: — Itelirez-vous, monsieur Robert: je vais eu ileliberer.
Le Cl m e savait le faible de son vieil inlcndanl, et chacun chercha un tilrr nouveau diuit ou pûl le décorer. — Le sé.iéchal proposa de le l'.iiie (^uNcr; la comlesse. de le créer chancelier de la maison de Morvan le comie oli^( rva qu il n'y eu itfi<rl jamais eu. — Mais, dit le séncfhal, nmii gramlpere nous disait qu'il exisla des conseillers privés do la mai on de .M(.rvan; elje me rapp( lie avoir vu dans les registres de l.i séuéchanssce qu'ils oui <lriiit de présence aux élections des doputéi aux étals généraux. — Uni, dit le comte ; tcnons-nuuscu là.
liobert ne se contenait pas de joie en voyant la m.ijeslé que son inailre déployait l'ii nue telle circmisianee. Il tnuiva Cluistoplie dans le salon des aucétres, et il lui dit eu reinbiassanl. — Jamais .M.illiii'U n'a présidé mieux que cela sa r.unille... llclirez-ious, monsitur Rohert.je rais en délibérer. Sens-lu, (ihristophe, sens-tu cette iKjbleSsP, celle dignité convenable ;'i l'égard d'un inleiid.int'.' M.ilbieu XLIV était plus sévère ; .Mathieu le tiraod, je ne l'ai pas cunnn... iMais celuici... quelle inleiulanee'... Lbri lophe. .
Lhaiiclos vint dire ;'i Rcibert d'un air comiqnnment majestueux : — Le conile mon gendre vous mande. — Vois-tn. ChrisKqibe .'... Robeil entr.i. — .Mon-i.in' IWjbert, nous vous laissoas le luaiire d agir comme vous l'eulindiez pnur nos vassaux. Ouaul à vous., nous avons pris le conseil de iiolie Irere, alin de récompense r dignement vos ser\ices et votre désintéressenjcul : des ce juui', vous (piilleiez le litre d in;endanl, el nous vou^ nommons conseiller privé de la maison de ,Vorv:iu, en y coniprenaiil toutes les piérogalives qui s'y ratlaclieut : ce titre vous enlevé louie tache de roture el vous fait taire un preiuii:r pas vers l'ancdili.-isemenl. Vous avez droit aux élections, et celui de piésence ;'» notre sénéchaussée particulière; nous vous installerniis au plus loi.
lioberi palissait, lougissail, loriillail son bonnet de velours noir, serrait les coudes, el ne .savait p.i* s il l'ai ail jour ou unit 11 balbutia : — iMou. .. seigneur. ..c'esl... beaucoup... d'lion...neur... Je... La comtesse lui pré enta sa main à b..i.ser, ainsi que les jeunes mariées. Quand le cousedier s'en fut. il voulut a lonie force sortir par une armoire, (ibaoclos lui monira son cheniin el lui luivril Li porte.
— Ah ! (ihrisloplie, mon lils, nio.i garçon, viens r't 1 intendance. Ce mot mon fits lit iiessaillir l'eiifaut de la chaste Cabirolle. Ri.biri se jeta d.ins sou f mleuil pour respirer. - Sonne la cloche pour faire venir umle la maison de monseigneur ! Chacun accoui ul. En les voyant, le conseiller piil une allilude semi-iiiajesliieu-e. Il se pencha "dans son fauleuil, ciuisa ses Jambes en b.iLiiiçanl la supérieure, el mil une main sur le bras de son siège el de l'aulre se gratta le menUui, le front, la joue. On lit tourner sa médaille selon ses discours.
— Je vous mat.de pour distribuer à notre gré les grâces dont Mathieu XLVI, coniie de Morvan, m'a laissé la disiribnlion. Toi, Christophe, je te nomme secrétaire de l'iulendance : tu as des movcus, mais sois moins insolent envers tes camarades cl dmible ion respect à mon égard. Il ne s'agit plus d'un iMlendaiu : belle dignité sansd iite; mais mon-cigneur ma promu à la place éinineule de conseiller privé de la maison de Morvan, chose qui ne s'esl pas vue depuis deux Cents ans. —Vous autres, pages, p i lillons, laquais, suisses, chefs, cou;riers, cochers, cuisiniers, palefreniers, portiers, éciiyers, veneur-, piqueurs, frotieurs, sonneurs, valets de pied, de chambre, de cour, de ville, de campagne, d'écurie, C(Hicierges, aides de cuisine, majordome, femmes de charge, de chambre de m.idame, de mademoiselle, de chàleau, niarmilons, laveuses, blanchisseuses, etc., il vous est accordé nu an de gages pour gralificalioii; mais songez à l'avenir à ne pas lever des yeux aussi hardis sur le conseiller que sur i'iMleiidanl. Allez!
L inieiidance reienlit des cris : Vive monseigneur! vive son conseiller : lloheri fui euchanié el dii tout bas : — Ce sent de bons sujets, an tolal. lieslez, Chiisloplie. Vous seiilez, jeûne hoinnie, qu'il faudra maintenant g.oder un déconmi, avoir nn c islume de secrétaire; modele-loi sur moi, mon eufant. Je t'appreiidrai à lire les re-
gistres des Morvan, à faire l'addition el la soustraction, mais surtout la nmltiplicalion ; ensuile comment on pèse les monnaies; à tenir les regislies; ce que c'est qu'actif et passif, quittances; < l dans Irenle ans je pouriai l ini.ier aux dernieis seciels : le montrer, par e\cmple, l'eiiveluppe de la fameuse quittance des quatre cents marcs, le trésor, elc, etc. Pour le présent, sois docile, el cela ira bien En' disant cela, Robert lui tape li'gerement sur la joue. — Tu prendras provisoirement une cbaine d'aigent el une lic.s-petitc médaille; nous raugiicnlerons selon les luériies.
Chrisiopbe ne fut pas phiiùi sorli que Poberl dressa dans les annales lobjiiiniennes le proces-V( rbal de ce jour. La joie 1 enqjèche de penser à la promptitude dn mariage; el lorsqu'il lii les honneurs au diner. lair respectueux des olliciers l'enchanta. Il leur parla du ton affectueux de la grandeur; el nn marmiton plus lier que les autres l'ayant appelé monsieur de Hubert, il fut snr-le-chanip promu au grade de valel de pied. Cependant, la comtesse, ironblée par la Icrreui- (pie la délivrance de Jean l'àipié avait excitée, s'accusa du rclard qu elle mil à exécuter ce dont elle était conveime; alors elle nHsolut couragiti-enicnt de se rendre le soir même à l'endroit où la vieîime avait succombé, pour s'ass nier de l'ab-ence de l,i pinséneigiipie des preuves.. Son mari, forcé de découvrir les secrets (pie chaque .Morvan posséd.iit de lexistence d'un soulerraiii dont renirée était inconnue, * donne à la C(;nUesse ions les reusi igneinenls nécessaires pour arriver à ce lieu redoutable par ses souvenirs. Le soir, cliacnn se réunit au salon pour jotier aux insipides jeux du temps : la e(Mnlessè hàla le nionienl de la séparation en li ignai;t nn violeiil mal de té!e ; elle renvoya ses l'emmes, el ne se d. sbdiill.i point ; elle garda sa robe blanche cl son corset noir enrichi d'une gan e d'iu- : une simple mousseline élait jetée sur ses é,)anles lil.inclies.coiii l'albà're, un peigne retenait ses cht'venx noirs .. Elfe allendil avec anxiété que le sommeil eût envahi leclialean pour sortir... Sulle lumière n'éclairait sa chambre, si ce n'est un rayon parti de sa lanicrnc sourde mal fi-rmée ..
Ma:hilde deboul, appelant son courage, tenant une torche, son , / voile précieux et sa lanUrne, se disposait à marcher... Mais di'jà \ / Villani parcourait le chaieaud'un pas léger. Il a visilé les combles, « les longs coriidors, les salles abandonnées; il traverse les galeries pour se rendre à la loin- où vs( sooTent Rid» ri. Il esi dans la vas!e cour, près de la citerne, el caché par un angle de la muraille, oi'i l'iiilendaiil donna le coup sur le nez de len liiironinio ; il examina la b;aulé de celle niasse pilKnesque, lorepi'an perron se montre tout à coup un blanc fanl()me ponant une loiche (|ni répandil une soudaine Inmiere... c'était la comtesse indécise... Sa marche silencieuse au milieu de la unit el de celle vaste cour produisait un eff.'t digne de lieiobraiidl. Villani suit ses mouvements avec joie... il va donc riuhlruire de ce secret important. Mais il frémit quand il voit la pâle Wa;hilde se diriger vers la (ilerne, el mari lier droit à lui. Elle ariive; elle se place eiure la cilerne et lui, et disparaît au milieu d un bruit liaînant seinblahle au nu:gis-emenl d une porte massive... Le marquis se décide à la suivie; il tremble en aperievanl l.i longnenr d'un vaste souterrain qui se prolonge au delà de Riragne. H voit la comlesse, qui semble voler avtc rapidité les fentes du rocher laissent p.isser de faibles rayons de la lune, qui ne servent qu'à faire paraiire la nuit éternelle de ce lieu plus sombre el plus horrible : le passage est souvent inlerceplé par laina^ de pieries loinbéi;s de la voûte, les pieds de la comles-e sont froissés par leurs pointes aiguës et mouillés par les eaux qui découlent gouUe à goutte des parois liomides... Fatiguée, elle sarrèle, el s'a.ssied sur une pierre froide; Villani n'ose en l'aire autant; il relient son haleine, reste dans la même l'o-ition ; et. malgré son épée. il tremble devant une femme. Au milieu de ce silence le plus exircmc, les gouites d"ea.u toitibeni, et l'ont un bruit répété par intervalles égaux : celle espèce d'avertis-emenl dn temps qui s'éciuile inspirerail la mélancolie à une ame vertueuse : à la comtesse el à Villani, il dépeint le remords qui frappe sans cesse un cœur coupable, tlle frémit, et de celle idée lugubre, et du chemin qui reste à parcourir, el des obstacles qu'il reste à surmonier. Les pointes tri.ingulaires des pierres, les herbes qui croi S(!iil, les redans et les eiifouceinenls rocailleux du souterrain, sont diversement éclairés par / de rares interstices qui produisent des elfets nocturnes très-imposants. \ / Celle voûle basse l'allrislc. Elle tourne alors ses regards vers la route \/ qu'elle vient d'achever; elle croil apercevoir dans le lointain, faiblement coloré, un témoin, un démon, ou plutfii l'ombre de la victime qui la poursuit : S(!s cheveux, en se dressant, chassent le peigne qui les retient; il se brise en lonibanl. La comtesse est en proie à une violente stupeur, et ses yeux égarés se fatiguent à chercher un êlre dans les formes finiasiiques que l'obfcurité prête à Villani. .Maihilde a froid el tremble; ses cheveux sont épars; à la voir de loin dans sa robe blanche, el dessinée en ses contours par la lumière tremblante qui l'ait briller l'or de son corset, ou la prendrait pour le génie des ruines effrayé de ses propres desiruciions. Elle a l'audace de continuer sa rouie avec ardeur, pousse par sa nécessité cruelle, et Villani la suit, poussé par l'avarice el l'ambition.
Enlin, elle voit une grotte plus sombre et pins spacieuse formée par la lin du souterrain... Celle espèce de groue se tronvail placée sous la chapelle antique du chàleau de Birague, el recevait sou jour par
r/nf.RiTif^RE DE nm.\GUE.
les foriiOcations. — C'est là, dii-olle. Elle prend sa lorclie, ouvre sa laiiienie et r;illmne ; la lorclie poiill.' il'im leii iioiiAire. ei la coiiuesse e<t saisie Je Ihorreiir la plus pror.nule eu apercevaiil. sur une pierre couverio de sang, le Mpielelle luiu-aleiir .le la victime. Les os lilmclii- se lieuneuieueore... A rinslaul. eu snruioulaul sa iirnur. i e :ippn>.iie, la lèle se aéiaclie,el releulil en roulaul à ses pieds... Llle j. Ile un eri. el tombe : la lorehe est à terre, el briMe toujours en répandant une fumée >nll\ucuse.
ViUaui saisit ee moment |io\ir se plaeer dans nn enfoueemenl d ot) il pouvait tout voir sans iHr.- vu. Un Miitiuiiiit nivnu d.le de pilie se clissa dans son àme, en vovant la belle M.illul.le urrasM'c p;ir U- remords, mie. clendue, les e"lieven\ eu des.irdre el 1 .vil eleinl ; .Ile se relève péniblement en di>anl . — tiraiid Ih. ii .in un ei un.' dure Iniiglenips' Elle regarde avec compas-ion .e- e.M. s .in nlnr.s .1 \i.le.>, les bras et le,- jambes qui indiquent la tr.hison par leui> disposilions. Son imagination frappée les revf t de ee qui leur manque ; elle anime ces débris, et voit sa victime se relever en criant :
— Vengeance ! d'une ■voix éclatante... Tontes les consé(^nences du crime se der.uilent...
Alors elle se baisse, ramasse tous ces ossements de ses mains désespérées, en f.trme nn bûcher; cette fenune, curieuse de sa parure, les enveloppe de son voile et de riche mousseline, et met le feu avec sa torche, et ses-yeux brillent de joie en v.iyant k (lamme pétiller •."elle fattise, le feu colore son pâle visage dune teinte rougeàire ; lu grotte est éclairée, el Villaui tressaille dhorreur à l'aspect de cette femme échevelée, le sein ini, qni semble apprêler un festin de cauuibales.
Eu s'acharuant à ce travail . le feu ce>sa par degrés avec les denii.TS ve>liges d'un être qui pense. Une faible lueur s'échappe à peine par moments du bilclier mortuaire. La lautirne d.mne une niasse de lumières plus pure; alors Maihilde disperse ►les cendres, grat le les traces du sang "et du !eu; elle jette des r.'gards inquiets pour voir si tout est naturel : elle dispose des pierres, en détache de la grotte, et couvre cette place de débris de
ciment Son vi>age
est défiguré par l'espèce de convulsion causée par l'empire qu'elle veut prendre sur les sensations qui l'accablent... Et c'c?t la veille de l'union de sa fdle, Alnise dort du sommeil de l'iimocence, et la mère veille pour aeh.'ver nn crime de vingt ans!.. Après un dernier r.gard : — Plus de traces, dit-elle, le crime est impo^sibli; à prouver 1... El elle s'échappe avec rapidité, les mains souillées, les yeux pleins de larmes, le cœur b:iurrclé, et les cheveux en désordre ; elle court sur les pierres pointues ; elle s'enfuit de ses liiMix, en aspirant après 1.; repos de sou lit. Sa robe flottante e.-t arcmchée par l'épée de Villani ; une sneiir froide s'empare de M.ithilde ; .11.- reste immobile, el ne reprcn.l -.-s scn- qn'ajirès une aiig">is-e cruelle. F.llecouiinue sa route en .•coulant .l'un.- oreille attentive, et s<-ndd.ible à la vengeance céleste; Villani la suit d'un pas Lrd f. Enfin elle re-pire en plein air, et la porte est refermée sur rit.ilii n curieux.
M.illnide Court, el bienlftl elle a r.gag:ié son apparlemcnl: elle t^ûpplauuil d'avoir a»ai:rc sou impunité, et de ne point avoir eu du
témoin : la l'atigne, ses émotions, tout contrib\ie à lui prneur.'r un sommeil assez tranquille. Villani se désespérait, .'t mandi^sail son imprudence; il voyait dt-jà'la p;tle m.nt ."t la faim s'iippruclier; il retourne sur s. s pas, .■! va premlre les inorci^anv ilu pei^nied.' la .'olUlesse; il examine si I.' sonteiiani n'a pas .lanlr.'S issues; il erre, ri vient ;i l'iMiIrée, el s'assied sur ini.' pierre p.mr altemlre le j.mr. Il enleiid lie- pa- au-.lexsus di' lui . il prèle l'oriilli'. et se .lirij;.' dn côté du hruit. eu liroiieliaiil .'oiure uuemarehe; alor> il m. iule, el se trouve, après uni' (li'iî.iim' (!.• desrés, .•onlre une p.u'te .■Mlr.''onv.'rl.' ; il la pous-e, elle •■.• referine sur lui. 11 mai .li.' sans l'aire le nmiu.lre liniil, el travers.' plo-i ors apparlemenl-- il'inl le> m.^iilili's .•! les .Iraperies l.iinbent .'U lamli.'.mv; il r.'.'oiiuait l'aile gam lie du eliàleaii, .'t se di>p.ie à .lier.lie. l.-sealier qui iloii le men.r .laiis la cour. En arrivanl d.in- la .liiiiieie pie..', il .'uleiul parl.'r; il s'an.'Ie. — ..... U ne viendra pasl... j'ai cru pourlant que la porte s'est nfermée...
Ciel '... fanl-il .pi'ici demain la j.iie va régner, tan.lisquesi j.' parlais...
un seul mot y ferait dominer la douleur et le di'-e-p.iir 1 Fatal honneur qui me fais ense- \. In tout vivant !
\ ( ( -. derniers mois, \ ill un -. glisse .'t passe Il 1(1. dans l'apparlemi ni il < onlemple, aux 1 i\ons blafards de la liiii. nn vieillard véné-
I ibl. (.luv.'rt d'un mant. m di velours bleu ; il
II II sscmbli- en rien au jii I du bal. ni à Jean
I icpu il esl apiMiyésnr
II . lu mini'.' , la lètb .1 Mis I main droite. Il . i |ii iisil'; sa taille était ino\ mil ; mais ses mou- \. m. nts et Sa tenue inili.pi. ni un homm.: graii I I I .m ent.'iidit Ilaili.l qui pleurait s.;s cn- I mis — C'est un ec- (1. si isii(|ue, dit Villani ( Il lui niùine.
I . m irqiiis avait à la m lin t.iiis les morceaux .In J). igiie de la comti ss( il en laisse par iii(,îirdc tomber un sdil \ ( e bruit insolite, 1. \ I. ill ird lève subitein. ni lis yeux; et voyant I Itilii 11 baissé, il fond siii lui , l'enlraîiie, le série ivec r.ip.dilé, et s'écrie : — Malbeiirriixi infâme! que viens- tu
faire en ces lieux?
rends compte à Dieu de tes crimrs , ou ))lnl.')t songe, il't- il en le re muant forleiueiit par la gorge qu'il teiiail serrée an point d'étouffer Villani. songe à garder le silence sur ta viniie ici; la mon suivrait nue indiserélion, ou plutôt meurs siir-lechamp. — A ces mots, le vieillard làebe Villaui pour lirer nn poignard. L'Italien, saisi .le frayeur, s'élance dans l'escalier, et roule avec fracas jusqu'à la dernière marche. Son épéc se brise, et il reste évanoui sou- 1.' porii.pi.' .laiis la conrdu cliatean. — Coinntenl diable! s'écria liobi-rl. la porle est (eruiée !... et je n'en connais pas le secret : il ne doit d.iiie pas venir... .\ll(iii-;-iious-eii... (Jucl diable de tapage!... Ah! c'est le chien d'Italien 1... il csl mort! il l'aura tué !
L'inleiidanl s'approcha à petits pas, elrcmua avec son pied le corps
dn marquis
— Il y lUi a du nouveau, dil le fidèle serviteur des Morvans en voyant que le marquis respirait... la mauvaise herbe croit toujours.
La iciiiilcssc C6t saisie .l'iioncur en ajieixcvant le sijuclcUe.
L'HÉRITIÈRE DE BIRAGUE
CUAPITRE XV.
Il (iriiil soii li^iul do cliiiusse; il emboila son casque, Pui Lui. Le l'iiipaylluU irallciidniit la Ijourasuue, Uiliaudayl en l.tscliaiit njaiiitcsjoyeusclés... A7// ballade J'Alain Chaatieii, Utcutil du Louvre.
Le vieux Robert, plongé dans les plus graves niédiiailons, contemplai) depuis un quart d heure le marquis de Villani étendu sans roiuiaissanL-e à ses pieds. Plusieur> pensées (ippo--éis se combattaient dans lame du sévère intendant. L'Iuunanilé lui ordonnait de secourir l'Ilalieir, la prudence lui faisait craindn" d'avoir à se repentir du service qu'il allait lui vendre, et un niulif plus puib^ant à ses yeux que l'humanité et la prudence le portait à désirer que le souuueil du marquis fût éternel.
Cependant, connue les inconvénients de l'existence de l'Italien ne lui étaient pas encore clairement démontrés, l'humanité l'emporta >ur la prudence, sa vertu favorite, et sur le motif secret dont il ne nous est pas permis encore de donuer connaissance au lecteur.
L'intendant des Itlathieu se mil donc eu devoir de porter du secoui-s à Villani; mais il résolut, eu même temps qu'il le rappelait à la vie, de lui iniliger la correction que ses nombreux méfaits avaient méritée.
En conséquence , il le gratilia de cinq ou si\ coujis de son baion d'ivoiie vertement appliqués.
— Ouais! dit Robert eu voyant l'immobililé du marquis, il me parait que cet homme e>t accoutumé aux coups de bâton. J'aurais dû m'en douter, cl ne pas avoii recours ù un remed • dont la vertu n'est point eflicaco. Voyons si quelque autre nous réussira mieux.
Comme le malin vieillard se disposait à faire Usage d'une nouvelle ressource tout aussi agréable pour le malade, des cris éloignés parvinrent jusqu'à lui : il crutdislinguersonnom, et l'inquiétude s'empara de son esprit. Le bonhonmie , pour plusieurs raisons, n'aurait
point aiuié à être vu près de la vieille tour abandonnée, surtout dans la position où il se trouvait devant le marquis évanoui 11 tenta doue de nouveaux efforts pour faire reprendre connaissance à ce dernier. En conséquence, il lui frappa dans les mains, lui jeta de l'eau au visage et lui secoua fortement les jambes. Inutiles ressources! Villaui ue donnait aucun signe de vie. Cependant les cris augmentaient et paraissaient paitir d'une dislance moins éloignée. 11 fallait prendre un parti. Robert s'empara donc de la moustache du marquis et lui en arracha quelques poils, espérant que la petite douleur que cette opération devait causer parviendrait à le tirer de l'assoupissement dans lequel il paraissait plongé. Sou attente ne fut pas déçue; et, soit que le remède de Robert eût opéré, chose que l'inlendant n'a jamais pu bien éclaircir, soii que la fraîcheur du malin eût conlribué à ranimer les esprits abattus du marquis, il ouvrii les yeux en ce moment, à la grande saiisfuciion du vieiii«id. — Enlin, se dit Robert, le voilà ItiS
A CCS mois il se relira eu
qui revient à lui! — Où snis-je ? demanda Villani en jetant un regard effrayé autour de lui. — Monsieur le marquis, reprit rintendànt d'ua ton ironique, se trouve en ce moment près de la citerne, et j'ai licB de croire, par l'état où il est. que le seniin a iiicoinmodé Son Excellence. — Le serein, méehanl vieill.ird!... Ne ser.iit-ce |)as plutôt... Mais que faites-vous en ces lieux'? — Le marquis \illani ne peut ignorer que le commandement et la sûielé du chàlcau sont confiés à mon zèle, et qu'il est de mon devoir de faire des espèces de rondes, ainsi que cela se pratique dans une place menacée par l'ennemi.
Eu prononçant ces derniers mois, Roberl fixe sur Villani ses deux petits yeux gris cl ardents coaiine pour lui faire sentir que c'était à lui que celte dernière plirase s'adressait. Le marquis aurait sans doute saisi l'occasion que cette satire lui offrait pour se venger sur le vil ux serviteur des Morvan des inésaventiiies de la nuit, si les cris
plus rapprochés des domestiques (|ui cherchaienl Robert ne fussent venus capliver sou aiteniion. — Monsieur le niar(|nis, pour plusieurs raisons dont il sont probablement la foi ce. dit Robert, doit désirer ne pas être rencontré en ces lieux et dans le désordre actuel de sa parure. S'il veut m'en croire, il s'acheminera vers le château et me fera même l'honneur d'accepter mon bras, afin d'y arriverplus vite.
Villani sentit apparemment la force de la logique de Robert, car il se rendit sans proférer une parole, et s'appuya sur le bras du vieux inteiidaiit , connue s'il ne lui eûl pas porté la haine la plus cordiale.
— Nous aurons à causer longtemps ensemble, mon cher Robert, dit le ininquis d'un ton insidieux en s'achemiiianl vers le château, et j'espère que je trouverai en vous la franchise qui doit caractériser un homme d'honneur.
De mon coté, je vous ouvrirai naivemenl mou cœur, et peut-être parviendrons - nous à arranger les choses ' de manière à ceque tout le
monde soit conteut
Qu'eu pensez-vous, mon vieux camarade?... — Ce que j'en pense? expliqua le rusé vieillard ; mais, monsieur le marquis, je pense que les choses se sont assez bien arrangées d'elles - mômes pour que chacun doive êire contenl. Monseigneur le comte est moins triste qu'à l'ordinaire; la comtesse semble se résigner à voir de bonne grâce le bonheur de nos jeune» mailres, et mademoiselle Aloise et le beau chevalier Adolphe n'out plus rien à désirer au monde. (Juaud au capitaine de Chauelos, il est plus à l'aise que jamais, et il marie fort bien sa jeune denioiâelle... Ainsi donc, je crois que personne n'a que faire de s'inquiéter; le» choses vont bien, fort bien ; qu'en pense monsieur le marquis?
A celle question, accompagnée d'un sourire moqueur, le marquis fut sur le point d'éclater. Toutefois il se tut, persuadé que le vieux Robert était un renard que jamais chasseur n'avait pu meure en défaut. Le marquis et Robert cheminèrent eu silence, s'observant comme deux chiens d'égale force qui ont un os à se disputer, ou comme deux braves coqs qui combattent pour une jeune poulette, et qui n'atteudenl que la première faute de l'ennemi pour lui enlever l'objet de la querelle. Tous deux furent enchantés de la rencontre
lit contre les murs.
LIlKIUriÈIiE DE BIRAGUE.
du sire de Vieillo-Rorli,", qui ?c irniiva iioz à ti' z ilovnul eu\. Le l>>y:il .uni du ca|iil.iiiie de CIi.iiicIuâ :iv.iit suivi lc> iMUinuuiud.ilioiis du disciple di- l'aiglu du Cénru; car, ltir<|u'il parut aux yeux de Villaiii il di- R.JicTl il avail pi is. crai.ili' do la io-é<'. la |iri'caulioil d'av.diT diux biiuliillos di- l'excclli'ul viu ilii cuuui-, Icsniiollc^ biiu- U'illos, jninlON à re>|iôraiice d'i-u vider |ilui<ur> aulivs dau> le nièuie jour, avaieul uii-. l'Iiiinuèle gemilli mune de la uu'illeure liuin<ui' ilu niiMide. Au-sl, coutro snu oïdiiiaire, il advint (|U il adres>a à lloborl tnis iuoi> de >uile qui. au pn uii;T ab .id, eur.-Hl l'air de qilelipie tlui-e ipii cùl le >eus euiuuum l.'iiiteiid.iiit. aulaul surprix de celle uurMille cpie dr' lOpei e de reiiieiv lie qui éclatait daus la nii&e de l'idui ier de Vicille-ltiii lu-, s'aricta un iiiuiiieiil pcuir s'a>^H^lT >i >es luedUs et ^c■> yeux ne le ir.inipaii iil pas. — lîh ! uù all.l vous doue aiii>i. ul(lll^ieul' de Vieille-iluelio? ilciii.uid.i l\:ilierl... — Cù ^e vais, l'ami ? je n'eu suis, ma foi, rien. (Jui sait uù il
Et Ion, Un, 1.1, Imvons, cli.inlons; LM'peiisoiis l>ien l'iiniro qui soiiiie; Et Ion. km, la, kuvniis, &iiit''iis; L'iiuure qui suit n'iut à puTiOiiiic.
— Mais vo'K êîpsen loi!etle.... vous ave/ donc des projets, monsieur de Vieille-n<irbe?.., — Eh ! qui n'en anr.iit pa> d nis ce jiuir, et ici ... AU', icicomiue ailleurs, du reste,., et Ion, Um, lu, luoiisieur Robert :
N.irsue ilu temps et de isa faiu!
^:■r.•llr•ll■^all.<M■^. .les.'s:<'l'Sl Iliuiis. biiviiiiv Ir.iis, iiiiiijcniis cliaild; Etre UU liun, sont ilcux bj^.-itt:llcs.
•~ Que dites- vous de ma morale, monsieur le marquis d'Italie? dit de Vi ille-ltoelie eu l'iulaul aiuicaleiUv-iit la uiai:i a Villaui ,. — — Je di.-, ri pi il liereiiieiil Villaui, que.. . — Vous dites ipie.., \h çà, aimez vou> à b .ii> ?.. — Non. — Kii ce cas, vnu- ne savez ce que vou. di.es: deiiia. d z pliilô: à mou ami de Dbaiiclos qui s'avance vers iiiiiis avec miii bel liabit d'ord.ni.iauce; ire>t'il pa> vrai, mon ami, que j'ai raisou .' — Oui, miui ami : de i|U(ii s'agiil il.' rtiptuidil le cap. laine en s'appmcliai.t. — Il s'agll d une eb.iiisDii, vols-tu .. Hc I hdiTe qui sonne; e I' niotir qui n'est à personne: du temps; de la TÏr; du neunt ; de ses ailc'< . it dejjiux ba latelles. . Ah va, tu ciinipreud-, n'est-ce pa> ' dit linenii iil Vieillf-lloclie eu loiuh.iiÉt dueôlij de i!iiaiiclu< eu firme de Miiiri^ d'iulelllgeuee... — .le veux, reprit lli.iucliis, ipte le di.ilile m'emporte.. —Le diable!. ..il esl quesliou de CCI iudividu-là dans le iroisièiiie couplet.
Et lou, lan, la, le iliible C5t l'eau...
— Ah! j'y suis, Vieille Rorhe. dit l'oflicier de Oli.inclos en fredonnant le >eciiud vers du imisieme couplet, qui u"e-t pas parvenu ju^qu■à nou>, et que, pour cette raison, imus nous dispeii croiis de Irau-ciire ici... Mais, mou i bi-r Rubert, iustrtii-ez-mui de ce dont il était qiie>lioa. c -r sans cela j'ai tout lien d ignorer longtemps... — Muiisii ur le capiUiine. vous semiez donc, répniidii le malicieux vieîlard. que votre ami soulenaii à M le m.irqiii>, tpiM ne savait ce qu'il ilisail .. — lia eu ni-mi, R. beit... Déplus, j'ajoute que le sigiior Villaui n'a jamais su ce qu'il fiisait. — (!apilaiiie 1 s'écria le marquis, celle piovocaliim adres ée à un homme hors d'état de se ,m rvir en ce ninment de ses armes esl loin de prniiver le courage d:iut vou» vous vantez d'être rempli. - Ai-je allcmlu ju-qu'iei. Italien fauleleiix. pour le dire la vérité en f.ice.'... Ventie-saint-gri>! uu Cliaucliis u'e-l pas lait pour se dédire, et je suis prêt, dès que lu l'exigeras, a le rendre rai:;on les armes à la main ! Tu m'entends, signor marqui>? .. Au revoir donc; et rend-, grâces ai; ciel que je soi> de bouiie humeur aujourd'hui, car, sans cela, je jure par l'aigle du Rcara que j°aurai> ajouté une nouvelle corrcciiim à celle <|ue lu m'a> tout l'air de venirde recevoir. — Pas mal deviné, dit RubiTten lui-même, pas mal pour no soldat sans conuaissaiice des mystères de celle vie!.. Allnns. monsieur le marquis, reprenez mon bras, ajouta-t-il tout haut, et gag.ioiis votre appartement; aussi bien avez-vous besoin de repos, et voi>-je là-bas plusieur- physionomies qui me chen hciil.
le marquis, ne criiy.int pis néce-saire de tenir pour lors léle au capitaine, dont il espérait tirer une vengeance plus lard, jugea à propos de suivre le conseil de ISobiTt. et se remit en marche, appuyé sur Min guide. — Ah (,à. de Vieille-Riche, dit Chanclos quand il lut seul avi-c sou ami. je suis bien aise de cau-er un peu à I écart avec toi. Car j'ai plu« d'iiue clio>e à te dire, et surioul plus d'une rccoinmand lion a le f.iire D'abord, reçoi- mon cumplioient sur le goût de ta p.irure; je voi« que lu es eu posi:iiiu de paraître d'une m.iiiiere convi'ii.ible à la ~ol--iiiiiié qui se piép.ire. — Oui, mon ami; j'ai pen-c ipi'un mariage dnit niarelier de pair avec un enter; cinenl, puisque ce-, deiixcéiénuuni-s liiii.,.-enl par un repas, et Ion, lan la...
— Bon> priii. ipes, Vieille-Roehe ; mai-, il s'agit mainteuanl d'aoïre chose Je le dirais que j'avais plii-ieurs recommandations à te faire.
— Parle, mou ami. — La première esl de ne pas boire. Vieille-Roche ne put eo entendre davantage, et ses forces l'aban-
donnèrent; il se laissa tomber surson-imi, qui heureusement le retint dans ses bras, et l'em|ièi ha ainsi de mesinei la leire el de souiller la parure suleiim Ile (pi'il avait endossée. — Ne pas buire! bégaya 1 al cié genlilhoinme avec oITroi.. —C'est-à-dire, se liàla d'aj.iulcr l!lianclos, uepasbuire pUisde vin qu'on n'eu peut supporter dceeinment.
A ce eoinpléiiiont de plira..c. la vieille éponge piinil se ranimer — Ne pas b.iire plus de vin ipi'o i n'eu peut »npp irler décemnK'm'.'icpdla-t-il, à la b mue heure.,. Tu sai». imili ami, qii • j'ai loujniirs éld pour la décence, à telles enseignes que j'en ai diniiié plus d un exemple remarquable, nolaminent Inr que irais renronlràmes ces deux jolies duuzellcs espagnoles d.iiis un bois, lié, hé, hé!
Et Ion, l^in, la, l'amour parlait,..
T'en souvien>-lu, f.'nauclos?... — P.iifailemont, mon ami... mais, veulre-saitii-gri-, que signifie ce bruit de clnclies? I.a cérémonie comniencer.iil-elle déjà.'... et sans nous.'... Allons, de Vieille Roche, mon conipagiion, allons voir... — Allons voir, et boire, ajouta de Vieille-Roehe.
Nos deux amis arriviTcnt dans la cour du chàleau, qui était alors remplie d'une l'oule de gens dj toute espèce, genliMiommes, vassaux, dnmesliqnes, ch'cus, cliev.iiix, etc., etc. ToUn les raiig^élaient co;ifi)ndus, an grand déiil.ii>.ir di'Roheii, qui fiisaitd'inuliles efforts pour mainleuir I ordre el la déeenee cniiveiiilile- llall^ le ( hikleau des comtes de .Morvai. — lili bi.'U, maiire lînliert. dii (Miauelos en airi- Vaal loin es»oi:fllé, qui signiliece liut.innirie ,..— liel.isignilie, monsieur le capitaine, qu'il n'y a pas d'ordre -i bien élalili (|iie parf.ii» il ne soit interverti. Mais, palience lluul n'a qu'un leiiips. Allun-, drôles que vous èies, u,outa-l-il en s'adress.iul aux d.ime»ti(pi 's el aux vassaux, efrorcez-voiis de ri prendre la conlenaiiceirspectueiise qui Csl vo reapaiia!;e; m.insrigiieur v.i bieiKot iraverer les cours. — (Juelleiioureeslil d me. mai re R liert.'...— Dix lnures, monsiiur le C;ipilaiue. — th I vite, de Vi. ille-Roche, il f.iiit l'.iire prévenir Aloi.se el .\una. 1 llCr. ne se soiil pas fiil tirer l'ureille p uir se lever aiijourd lui, n'est-ce pas, Maiie :.. .— 0 inonsienr le capilaine ! je vous promets que le jour d'un mariage im ne dort guère... — C est iiainrel, jeune lille . — (!'est tres-oalun I, ajuiila de Vieill -Rik lie. et Ion, lan la .. — Ah çà, que chacun fasse silence, npi ,t le capiiaiiie et écoute lei-- deruieres iusliuclioos (|ue je rmi^ uiile^ de donner. Vous, m.iiae Robert, je vousiiive.>tis, ;.u nom du coinie Malhleii, mon gendre, de loute l'aiitonté des seigeiirs de Morv.iii; ainsi donc parlez, criez, commandez, b..lti z même s'il le laui, mais faites en gnrle que les vassaux de mon gendre poussent de-, ers de joie. Vous, jeunes (illes. retournez ver» vos maiircsses; cl loi, de Vieille-Roelie, cours au salon. (.Inaiit a moi, je vais me présciiler chez la comtesse, et lialer \k> appi éls d'une toilette qui doit se résigner à embellir les chariiianls maii .ges qui se préparent Allons, tous à vos postes...
A ce> mois, l'actif capitaine pinissa devant lui tout ce qui gênait sa marche, et s'ai licmiua ver> rapparlement de sa imlile lille; mais, s'appercevanl qu'il avait rép.iiidii, au grand désespoir d: Virillc-Ruche, un diini-verre de vin sur sa fraise, il remonta chez lui pnur en changer. Ituberl le suivit des yeux, et marmotta entre ses dents...: — (Jiie de bruit! que de fracas ! Hélas! il esi bien à cr.iindre que j'aie distribué en pure perte ipiinze ceiils pintes de viu el plus (le deux cetil» Coups de balon : nos jeunes seigneurs ne sont pas encore marié... j'ai trouvé le marquis italien pies de la citerne, eidaiis un étal... }l.iinienaut il esl chez mad.une... Jeunesse, nous ne daii-ons pas encore... Ces rél1e:(ion> mélancoliques irempcclierenl pas Hubert d'admiiiislrcr aux vassaux assemblés autant de rebufl'.ides qu'il en fallait pour les bien pénétrer de rimportance de sa charge, cl du pouvoir qu'elle lui nippoi tait. Le nuIhiI intenihint, en outre, org.misa la gaieté à l'aide dese tafier» du coiiiie, et la l'oulu attciidilla vue de ses maîtres dans la plus respcciucuse allégresse.
(Ceci est lire du Journal du Morvant, a' 57850, le 20 mai,