‹ Œuvres de jeunesse, illustrées. DessinsChapitre 38 sur 92 · tome mm · texte numérisé non relu

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CUAPITllE XVI.

Pluris e«l ociilatus iinii;, qiinm aurit! HecciO.

Pi.»uTD<, yiotenl , se IV, iiLl. Il Témoin irrécusable, un œil v.iuL dix oreilles.

La comtesse venait de s'éveiller au bruit des cloches, que, selon les ordres du fastueux inlendaiil. l'on devait soiinerjusqii .^ ce qu'elles fussent cassées. — Il n'étail pa- décent, disait Robert, i|o'elles pussent servir à quelque chose âpre-, avoir annoncé le inaii.ige de .Morv:in.

Plongée d.ius cette sorte de réll.'xioii qui suit le réveil, Malhilde, en se rappel.ml lesévénemeiitsdela nuit, jonissaildc la seule sali- faction que peut éprouver un criminel cell'j de se croire certain d'échapper à la ju.-iicc : elle était tellement perdue dans cette coiilemplatlon de l'aveuir oj l'un se comptait si vulouiicrs, qu'elle ne remarquait

L'HÉRITIÈRE DE RIRAGUE.

pas le désordre qui régnait dans sa chambre : d'un coïc, le-; rideaux de damas von et.iiinl lires: el, de l'auire, ils iiitereciiiaiciii le jour; les vèleniciils de la vi ille, êpars sur le do^ lii toiié des l'aulcuils, sa chaussure gàiée par lo |)ieni's, s^ou corset souillé par le cicueui liuniidcdu souterrain, ses ineuhlesçù el là, sa lampe expirante, sa lube déchirée eu (piehpu's endroits par les ronces qui y étaient encore, iuiraii'ui bien pu trahir la course nocturne de la comtesse. Elle s'assit devant une table déheue sculptée, sur laquelle un miroir encadré dun^ nn uuvia^e eu liligranc se tenait par le moyen d'une languette de huis travaillée à jour; elle se regarda assez lo.igtemps avec complaisance, cl mit cuire ses lèvres un sildel d argent ; les sons aigus qu'elle en tira lireiit venir deuv de ses fLumies; l'une d'elles ë ait l'halvue, sa ^œur de lait, celle qui fut toujours sa conlidenie, el qui théri>sail sa maitnsse, dont les dél'auls senibl.iient caché-, paur elle.

— (ilulyue, voil.'i bien du bruit ! — Ils vous ont sans doute éveillée, nuidainc. avec leurs maudiies cloches'.' on aurait pu attendre votre lever. — Maudites est bien le mot jamais journée ne sera si fatigante et si désagréable pour moi. Ma tille est sarriliée aux convenances, et c'est un cruel spectacle pour une mère. — Madame, je vous assure, m;'demiiiselle parait bien cunlenlL\ inl rruinpil Marie El tandis que je rhabillais, elle m'a dit : — (Jui vous d>;niandc quelque chose, sotte que vou> êle^? chans cz-moi, vous ferez mieux

l'eudanl que Chalyne tressait les cheveux noirs de sa maîtresse avec nu soin qui marquait sa sollicitude, elle lui dit à voix bas~e : — Si vous ètrs c< rhiine (|'i: ce mariage est un meilleur pour mademoiselle, pourquoi ue l'empéchez-vous pas? tnie mère e>l niaiiies-.e de sa (ille; et si vous le vouliez bien, je vous ai vue lUftlre à lin des entreprises plus dilliciles. — Ah! ma pauvre Ch.ilyne! le ciel lu'esl témoin que j'ai l'ait tout ce que j ai pu pour la renilre marc;uise de Villani; il u'y a pas de dou'(^ que ^i la parole de M. le couile n eût été engagée, j'en serais \eMue à bout!... pourvu (pie le maïquis ue me reproche rien, et ne m'en veuilli! point malgré mes el'lorts en sa faveurl... — Vous en vouIot, madame! (pii peut avoir à se plii .dre de vous? — Ah! Chalyne!.. il doii èire bien triste aujourd liui, en voyant ses espéianees évanouies : j'aurais en du plaisir à le iiomoier mon fds ; m.iis enlin il faut >c ré-igner à la nécessiié. el tu peux croire <pie j'en soulfre assez — En elfei , ma bomie maîtresse, je vous ai trouvée changée : vous n'aurez pas dormi ce. te nuit, eu pensant à tout cela.

Le silence avec lequel Marie remplissait ses fonctions, et l'air libre de Chalyne, rainaient voir et le desiioiisnve de la comicsse sur ses l'ennues, et l'élrange amitié qu'elle avait pour ^a sœur de lait. On lui passa nue robe de moire blanche ; et à peine sa inihiie ciail-elle achevée, qu{! \ illaui entra d un air préoccupé, la figure pale, et couvrant de ses mains, par un mouvemeni bien naturel, les endroits de sou corps les plus endommagés par sa chnie. L'alléralion de sa figure contrastait siuguliciement avec sou habilli nniil el l'air de joie qui se répandait sur le visage de la comtesse, pliitôi par le souveuir de i utilité de ses actions nocturnes que par 1 approche de la fèie. Aussiiôt qu il fut cniré, les deux femmes s'en allèrent, sans même attendre le signe de leur maîtresse, ce qui suppose une dose assez f.irte de perspicacité, on pluloi une habitude que la comtesse leur avait l'ail prendre.

— V.h bien! mon pauvre marquis! voici un bien trisie joui' pour vous et pcmrmoi. Le marquis ue lépondit rien. Pour la première fois de sa vie, il se trouvait embarr.issé malgré la rare impudence dont il était doué. Ses yeux, attachés au parquet, y cherchaient une réponse. Le secret qu'il avait décoiiverl l'élonoaiten quelque sorte par son inipurtance, el il hésitait sur la manière dont il devait s y prendre pour en instruire la comtesse Cette révélation devait amener de prands chaiiçeiii'uls dans le château, au moins selon les idées de Villani, dont le dessein était de faire rompre sur-le-champ le mariage prèi à s'accomplir.

Il s'assit en silence, et, regardant tout à coup la comtesse, il lui demanda brusquement : — tànnmeiit avi'Z-vous passé la nuit? — Très-bien, marquis. — Très-bien ! répéta \'illaui avec allectation, et en dirigeant sur elle les rayons obliques de ses yeux ; vous n'avez point élé agitée?... — Marquis, il parait que ma sauté vous intéresse beaucoup ce malin?... Eu vérité, l'on u'e?l pas plus galant... - Vous éludez la réponse. . — El pourcpmi ?.. ai-je des secrets pour vous?.. — Maintenant, non... Eu prononçant celle terrible syllabe, l'It.dien jeta sur la comtesse nn regard plein d'une joie maligne. — (Jiie signilie?. .. — Cela signilie, Maibilde, que 1 oel de la prudence perce tous les voiles, et que pour elle la nuit n'a |)as de mystères. — Depuis quand parlez-vous par énigmes: dit la comtesse en s'efforçanl de cacher le trouble qui s'emparait de ses sens. — Depuis que la cendre des nions a rendu des oracles... Au surplus, ma belleaiuie, si les en gmes v(.us embarrassent, je vais vous en donner le mot.— Je suis euricu^e de le savoir, reprit la comtesse en déguisant son effroi par un gracieux sourire. — Avant de contenter vos désirs, permettez-moi de vous faire quelques questions... Dois-je croire sincères les prolestations de dévou n-ent que vous m'avez prodiguées? — Ingrat! |iourriez-vous douter.. . - L' comte est doue le seul qui s'oppo e à mon union avec Aloi-i - dui, le seul .. — Ainsi vou> combleriez mes vœux si vous éliei jja'.a-esse du sort de votre ûlle? — • Faut-il vous le répéter en-

core?... — Eh bien, comtesse, je m'en va'.» vous donner le moyen de me prouver votre lendre auiiiié

E;i et' niiinieiit, les cIocIk S de la chapelle, sonnant avec force, rappelerem à Vill un le peu de lemp^ qui lui restait pour i'gir. — Pardon, inarqui- ! dit la comtesse eu se levant; mais ce bruit ur.iiMiouce qu'il l'iu; nous (|iiiiier... — Restez... restez, iVlaihildc; c'est en vain que le bruit des cloches fail relentir les airs... L'hymen ipi'il annoMCe naiir.i pas lieu — 0"c dites-vous, lor que toiil est prêt puiir la cérémonie!... que l'on n'alleiid plus que moi peut-être?... Cm hymen n'aura pas lieu, xous dis je. — (,lui pourra donc l'empêcher?... — Moi !... — Vous?... — Jugez si je m'abuse ..

A ces mois, le marquis lira brusquement de son sein les débris du peigne (pie la comtesse avait perdus dans le sonlerrain. et les lui présenta fioidemcnl. Maibilde, iuinndtile, regarde les morceaux dée.;ille avec nue expression stnpide : la tète de Méduse n'aurait pas produit tant d'effet. — Ma chère comtesse, diiriialien en pieuani union alîeclucux, je ne vous adresserai qu'un seul reproche.... c'est q'ie vous ajez pu me cacher quelque chose, et douter aiiei de mon aminé : je pouvais, dans les circonstances actuelles, vous rendre de grands services,... je le puis encore; .. vous senliz que je ne négligerai rien pour assurer I honneur de la famille dans la(|uelle j'entrerai . Villani aurait pu conlimier loiigteiiips. La comU^sse, les yeux toujours fixés sur le peigne que 1» mai(piis reinuaildanssa main, paraissait plongée d.ins 1111 abime deréllexioiis, et sa stupeur était si grande, et la piéoccnpaiimi de Villani si forie (pi'ils uelireiil pasatleutioii an léçereraqnemeiil des souliers de llnheit, qui dm eiitendi-e les paroles du marquis. — Je suppose, ma h. Ile amie, (pn' vous me comprenez .'

Un oui priiiioiicé d'un ?oii de voix altéré, mais avec l'indifférence que donne régaremenl, fut la seule réponse de Malliilde. — Je n'userai pas avec vous de ladissimiiLilinn que vous avez eue à mon égard, et je vous apprendrai que j ai découvert d.iiis ma promenade une circousiance qui vous est èch.ipicc; dans la vi'ii.re... Sachez que j';ii fiilli perdre la vie dans ce pavillon sepieiUrioiial que j'ai panajuin, fort h(;nicnsemeut pour vous. En effet, j'y ai inmvé un liooime à lêie vénérable, à cheveux blancs, eldnne assez belle tailli'; il ne ressemble cependant en rien à ce Jean Paqué que nous soup(,:ouni()ns coiin.u'tre votre secret .. Je l'entendis pailcr d(^ vous dans le I. ingage ligure des prophèles de la sainte Keiiliire; aiissiu'it (pi'il m'apeiçot, il s'élança sur moi; je fus précipité du haut de l'apparlemeiit, avant d'avtjîr pu me reCoiinaîlre, el sans Robert, qui me trouva presque iiKJrt, je ne sais ce que je serais devenu. — C'est le chapelain, s'écria la comtesse; c'est le frère du père Joseph!... C'est le cliap lain! répéta Villani en ap|inyaiil sur chacune des syllabes qui composent ces mots... mais n'en craign. z rien, j'assurerai voire iranquillilé : bien qu'il soit le frère de riiomme le plus puissant à la cour, vous verrez de quoi peut me rendre capable l'espoir de V(ms appartenir, et dein'allacher à vous par des liens queje ch(Tirai... Une fois votre fils, je le serai d'amour...

En prononçant ces mots, il embrassa tendrement le cou de la comtesse. Passive comme nu marbre, elle reçut ce baiser sans émotion.... et celte grande épouvante, ce silence n'était pas tout à f.iil ce que le marquis atleiidaii de son amie. Mais la comtesse, malgré son orgueil et sa force d'ame, foi aliénée par ta violence du coup qui l'assaillait... Elle se leva, lit queliiui's jias, et tomba comme une m.isse sur son lit. L'Ilalien la crut morte, car la bl. niche toile de la frise ne se distinguait plus du pâle visage de Malhilde. Sur-lechamp, le marquis se jette à ses pieds, en lui prodiguant avec feu les noms les plus doux ; il s'accuse de barbarie, cherche à la faire revenir, el cependant il n'ose appeler, di! peur de laisser échapper un moment si précii'ux pour rompre le mari.ige prêt à s'achever. Eu ce moment, le capilaine de Chanclos, en habit neuf, el le visage un peu ronge, enira brnsquemeni. Un ignore toujours quel motif il eut de venir chez sa fille : on croit assez coinmnnémenl que le malicieux Roberl XIV lui lâcha quelques paroles qui lui donnèrent Penvie d'éclaircir ce que le marquis faisait avec Malhilde; car il est vrai de dire que depuis sa fortune le brave capitaine se croyait appelé à régeiiier tout le monde. Cependant d'autres pensent que Chanclos, ivre de... de joie du mariage de sa fille, venait presser la comtesse de se rendre au salon, pour qu'elle fût témoin de ^ ou opulence. Comme ces deux opinions se fondent sur r:uiiour-propre el l'orgueil, elles sont également prob.ibles. Il y a liii n une Iroisicine opinion ; mais nous ne lémmcerons point; elle ne nous paraît pas digne du loyal serviteur de Ilenii IV.

« Ventre-saiul-giis ! ou plutôt par les cent combats gagnés par l'aigle du Béarn, s'écria d'une voix colérique, le capitaine en contem|)lanl le spectacle équivoque qu'ollraient sa fille el Villani... je jure que jamais heurieUe ne soBlira pour venger une si grande offense... En garde, chien d'Italien !... Villani, se détouru.inl, lui dit ahns: — Point di: bruit, monsieur le capitaine, si vous voulez éviter de grands malheurs. — Point de bruit, scélérat ! point de bruit ! je réveillerais les ni;ines de intm invincible iiiaîre!... A moi, Vieille- Roche I à moi! viens m'aidera jeter par la feiièlre nu humme qui insulte tonte la race des Chanclos!... Le capilaine criait à lue-tête, et Vieille-Roche répondit d'en bas avec son bégayemeiil ordinaire... — On y va... el Ion, l;in, la... le vin,., on y va... —En garde, soldat

LIII'RITIEHR ItE BIRAGUE.

à la paix, courtisan à la guerre ; on gardo, reprit r.li:iiu'los le poini; eu l'air, et lunriolle leuiliie vers l'ilalieii. — Si vous ;ivauct'z d'iiiu- Ûgue, s'écria Yilhuii elTrayé de la puiule sciulillanle. la faiHillc dis. Movv;ms pavera cher votre imprudeuce... un mut peut la dtsh. . — Bélitrel uiaruufle '.... Le capitaine. sulTiiqué de (•olérc cl jiriiiant le change, n'eu pouvait pas dire davantage ; ni.iis il relira à lui heuriette comme pour renfoncer dan-- le Ihuiux du nian|uis.

Alors ce tapage réveilla Malliilde de son profond évanouissement; elle dit à Chanclos : — Mon peie. arrête?!. . — Non. répliqua l'enragé capitaine... Et son épée prit une direction fatale à l'Italien. — Capitaine, je suis sans armes, et c'est une honte pour vous que d'attaquer un hounne qui ne peut se défendre, et ce... je ne sais pour quel motif. — Pour quel motif! répéta le capitaine qui, par pudcnr. u"os;\it dire le motif. — Oui, pour quel motif, bégaya de Vieille- Roche survenant; il faut s'expliquer. — S'expli(iner ! reprit le eapilaiue. — S'expliquer, répondit Vieille-Roche, — Il y a linp d'e\|ili<atiou; mon ami, ensevelissons au plus lût avec eei inl'aiiu'. la li.uile de tant de nobles maisons. A ces mol^. il dmina nn grand coup do plat d'epcH.' sur la Ggure pâle de l'ilalu'u. >lathilile, r(lngis^;llll de la grossière méprise du capitaine, lui dit avec enlere : — Monsieur!... vous oubliez... — Péronnelle, qu■o^e^-lu proférer?... El il continua de menacer le marquis, eu approchant de son cœur la pointe de henrietle. — Ah! Chauelos, mon ami! dit Vieille-lloche, il n'y a qu'un fourreau sausépee; attends, je vais lui donner lua gabrielle.

Mais la vieille éponge la tendit au marquis de si loin, et en cliancelant tellement, que ce dernier n'hésita pas à faire un geste connue pour la prendre. — En vérité, dit-il, je ne comprends pas ce que le sire de Chauelos prétend, et de quel droit il entre ici, au milieu d'affaires plus sérieuses qu'il ne pense. — Enlin, reprit Mathilde, depuis quand, messieurs, pénètre-l-on chez moi sans se faire annoncer?... A ous feriez croire, ajouta-t-elle en s'adressanl à son père, qu'il n'y a lien de commun entre nous... Ici Vieille-Roche battit en retraite, et ue s'arrêta que dans la galerie pour soutenir, en cas de besoin, Chanclos, qui s'écria : — Par l'aigle du Béarn, mon invincible maître, vous avez rai>ou de dire qu'il n'y a rien de commun entre nous, car vous êtes une impudente posiériié qui ue me fait pas honneur. Au reste... c'est vrai... ceci ne me regarde pas... et le comte Mathieu, mon gendre .. l'.orame il se reiouruaii l'épée nue et le visage enllammé, le Comte de Morvan, attiré par le bruit, se présenta brusquement.

Les émotions violentes que Mathilde venait de subir avaient tellement dérangé ses esprits, que le peu de présence d'esprit qu'elle montra en cette occurrence s'explique facilement. Elle était debout, les yeux errants, et pâle comme la mon; Villani, éloigné le plus possible du capitaine, monlrait, à l'arrivée du comte, un fiont cuirassé d'assurance et biillant de joie. Cliandos embarrassé se faisait intérieureuieut des reproches qu'il serait trop long de détailler ; ils prouvent, au surplus, la bonté de son àme. Il n'osait ni remettre son épée dans le fourreau ni la remuer. Le comte, étonné d'une pareille scène, en examinait tour à tour les personnages, jusqu'au sire de Vieille-Roche, qui se trouvait rangé contre la rampe de la galerie comme une plante parasite : il s'y était appuyé avec beaucoup de respect, pour laisser le passage libre à l'amphitryon du jour. Alors le comte, s'adressanl à Mathilde. lui dit d'un ton sévère : — Aladame, que signifie tout ceci.'... — Je vous instruirai, monsieur le comte, lorsque nous serons seuls; nos honorables holes devraient sentir que si nous leur devons des égards, ils nous en doivent également.

Ici^la comtesse avait retrouvé toute sa dignité: son audace et le ton qu'elle mit dans ses paroles, eu imposèrent au capitaine. Il saisit l'occasion de se retirer, en disant : — En effet, coniic .Malliieu mon gendre, ceci vous regarde seul Et il tourna vers la porte, tout en menaçant l'Italien. Celui-ci, sans se déconcerter, affecta une démarche assurée pour s'en aller. — Songez, madame, s'écria-t-il, que je vais prendre à l'instant mes mesures pour rendre ma vie indépendante de vos résolutions, et faire en sorte que ma mort soit le signal de votre ruiue, si elle arrivait par votre faute...

Il salua le comte avec dédain, et regardant Mathilde, il lui lança un coup d'œil, dans lequel il mil l'expression de tendresse nécessaire pour qu'elle comprit que ces paroles ennemies n'étaient pas pour elle. Resté seul, le comte étonné, demanda à sa noble épouse ce que signifiaient les étranges paroles que le jnarquis venait de prononcer .' — Cela veut dire, monsieur le comte, que le mariage d'Aloïse ue peut plus avoir lieu, si nous voulons conserver notre... Le comte ne lui laissa pas le temps d'achever. — Mathilde! s"écria-l-il en la regardant avec des yeux enflammés de colère, ceci me parait un jeu concerté... Vous me trompez!... ce mariage vous a toujours déplu; TOUS espérez le rompre au moment même où nous l'accomplissons... Mordieu! je suis homme, et votre maître; je vous le ferai sentir; vos ruses ne m'en imposeront plus... Et qu'est-ce que cela .' depuis qu.iod, une comtesse de Morvan prend-elle dans la famille nn ascendant tel que le votre '!... Il ne vous mauque plus que daller à la cour pour moi .'... Voulez-vous exercer mes charges, tenir l'étrierdu roi, 01 donner ses chasses et des relais.'... faudra-t-il que je vous rappelle sans cesse ce que vous êtes?... Posez bien, du reste, en voire tète, que j'ai résolu dans la mienne de donner ma lille à son cousin : il ~>-t

llicrilier de nos titres... Outre ces raisons de famille qui sont péreiupltiircs. ces i iif;ints s'aiment, et je ne suis pas d'humeur à rendre Aloisc malliinrcusc pour je ne sais quelles raisons aussi changeanles que vos fantaisies féminines.... - Avez-vons tiiii .' dit IVoiileniiMit M^illiiUlc. — Si j'ai lini ? reprit le comte dont la fureur s'auginriiia par le saug-froid de sa fennne ; si je voulais vous faire sentir la moitié des sujets de mécontentement que vous me donnez, sans ceux que jo ne connais point, je n'aurais pas fini demain ; et si j'agissais comme mes ancêtres, pour punir votre insolence envers votre maître et seigneur, vous ne me verriez d'un an tout entier... — Vos ancêtres ne se connaissaient guère en punition. — Madame!... s'écria le comte en saisissant le bras de Mathilde avec tant de force, que ses doigts y restèrent imprimés par-dessus le gant... madame !... — Vous semblez oublier, monsieur le comte, les liens indissolubles qui nous unissent... —Mathilde, il y a longtemps que l'amour... — Eh! monsieur! ce n'est ni l'amour, ni même le mariage. — (Juoi donc, perllde?... — Le crime!...

Il y eut dans l'iucciil de la comtesse impatientée quelque chose qui lit lress:iillii' M(irvaii. — Eh bien! va, monstre, dit le comte d'une voix éionllëc, piids-loi pour avoir le plaisir de me perdre... cours l'accuser loi-iiiêuie ; révèle nos crimes, va ;... mais prends gaide de trouver mou poignard en chemin!... Hélas! je ne connais rien de plus hoirililr (pic noire forfait, si ce n'est de me le voir reprocher par celle qui eu est l'auteur, qui en prolite, qui en jouit... Ai-jc é|)Ous('' l'euferV...

En pi oiiunçant ces paroles avec la volubilité de la colère, le comte marchait à grands pas vers la porte : lorsqu'il se retourna, il aperçut le visage de la eoinlesse sillonné par des pleurs, peut-être de commande... Puissamment ému par ce spectacle, il se lut et s'arrêta. — Monsieur, dit Mathilde en employant un ton de douceur qu'elle prenait bien rarement, s'il vous avait plu de me laisser achever ce que j'avais à dire, vous ne m'auriez pas donné lieu de rougir pour vousmême, et je n'aurais pas eu le mortel chagrin de voir que j'ai perdu le prix de tous nos sacrifices, et l'amour de mon époux, dont j'honorerai toujours les vertus et le caractère, tel inégal qu'il soit : je sais que je suis cause de cette mélancolie; je ne cesserai jamais de vous donner des preuves de ma tendresse; et dans ce moment même j'oublie que le comte de Mcu'van, ici présent, n'est pas celui que j'épousai... Voici le reste de l'explication des paroles que vous avez si brusquelueiii interrompues : — Je devais, In nuit dernière, vous le savez, iiller détruire les ii'aces apparentes d ■ notre crime... elles le sont; mais Villani m'aperçut, et m'a suivie; il vient de m'en apporter une preuve irrécusable ; ce sont les débris de ce peigne qui tomba de mes cheveux dans le sontenain... Vous sentez les conséquences de celte découverte... Quant à lui, il en connait bien la valeur, car il vient de m'ordonner de rompre le mariage d'Aloisc, dont il exige la main pour prix de sa disciéti(ni... Voilà la cause de celte scène!...

Le comte resta stupéfait. Un moment de silence eut lieu, iicndant lequel la comtesse retrouva toute son énergie, qui l'avait altandonnée dans le premier inslanl. Elle saisit iilors le bras de son époux, et l'emmena dans l'embrasure de la croisée d'où Géronimo s'était précipité ; elle lui dit à voix basse et d'un ton ferme : — Pour vous prouver que ce n'est pas un jeu concerté, une fantaisie féminine, voulez-vous que nous nous défassions du marquis, avant qu'il ait pris aucune des précautions donl il nous a menacés?... Vos projets sur Aloïse auront toujours lieu... Parlez?... Le comte recula en p:llissaiit ; et malgré l'accent de vérité qui distinguait les paroles de .Mathilde, il doutait encore de la sincérité de sa femme. — Mais, ajoula-l-elle, il ue faut pas d'incertitude* dans une heure, il ne sera plus temps; ne imus dissimulons donc plus les dangers qui nous environnent. Le marquis a vu dans le pavillon scptenirioiial notre chapelain, le frère du père Joseph... Au reste, rien ne m'elfraye alors ([u'il s'agit de vous... Décidez, et Villani, le chapelain, Jean Pàqué, ne vous inquiéleront plus...

Le comte, violemnient agité, se promenait à grands pas en froissant ses vêtements, tandis que Mathilde, se rasseyant devant son miroir encadré, se mit à |)asser négligemment ses doigts mignons entre ses cheveux, pour leur donner plus de grâce. — Eh bien! monsieur le comte, dit-elle de l'air le plus simple, faites comme vous l'entendrez; je vous laisse le maître. A ces mots, le cointi' quitta précipitaiument la chambre, dont il ferma la porte avec fracas, et il s'enfuit dans son appartement, en donnant l'ordre que personne n'eu •pi'iochàt...

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