‹ Œuvres de jeunesse, illustrées. DessinsChapitre 39 sur 92 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

On n'csécutc; pas tout ce qu'on s(î propose, El le ili.^niin est lon;^ du projet à 11 chose, ïlouiiiie, Tartuffe, iiclc III, se. i.

l.ij. ipie Villani sortit de chez l.i ro ute^-e, il : 'en fut à son apparleiiiHul. (juaut à Chanclos ci an rire de Vieille-llociii', honteux de leur

L'HÉRITJÈRE DE BIRAGUE.

action, ils (-talent desciMidiis au innnii. cl là. saii^i nnudire, ih ûciiiitaien' li'^ iii^triittioiis qiR- lo cdn^cilkT iiiivé des Moivaii diiiiiiait à Ctirislo|)lic «'oiiinie à l'horilii^r de l'iiiltiKlaiici'. - Tu vois, Chrii-lopbe. qiK'lli' fiiuif inonde; Ils cours du cliàlcau. Je ne puis êlic parloiu; Miilà piiur loi l'oica-iou de le distinguer en ni'imitanl, s'il est pos->i!ile. Aie donc l'u'il à loul; dislribue toujours les coups en proportion des largesses; qu'il n'y ait pas de pillage, car, si tu veux ■non avis, je crains bien que tout ce que nous Kiisons ne soit... Il remua la tète en ajoutant : Tiens, je pressens quelque malheur .. — Comment, des malheurs! dit lihanclus; vous eu parlez bien à votre aise pour en savoir si long; èles-vous un Morvan? — l'resque, monsieur le capitaine, lît, se retournant vurs le res|)eclncnx Christophe, qui ne cessait de remuer sa médaille, l'hiteiulant ajou'.a : — Enfin, mon enfant, quand qnehine chose t'embarrassera, viens me trouver sur-le-champ, ou, si je n'y suis pas, consulte à l'intendance les ordres que j'ai laissés par écrit, comme je le fais toujours dans les grandes 01 casiiins. Aie ^oiii (|nc le vin... — N'y manquez pas, maître Robert, (lit Vicillclloclii' en l'inlerrompant : c'est l'aliment de la joie connue le lioi> e>l laliiiiint du feu.

lin cet eudruii des in-li uclious, llidierl fut appelé par des voix confuses et il acruurnl avec une li'gèrelé qu'il savait retrouver au besoin. \ ciiiiqnc instant la fouh; devenait plus considérable : tous les vassaux eodlniairchés regardaient d'un air satisfait la demeure héréditaire de leurs maîtres; ils croyaient en quelque sorte participer à leur noblesse, parcourant resp;ite qu'ils parcouraient et respirant là où ils respiraient. C'était un honneur que d'entrer; et le concierge, malgré l'ciilre de laisser passer (ont le monde, s'en faisait un mérite auprès de ses connaissances en refusant quelques malheureux pour exercer son autoiilé. On visitait avec un saint respect la chapelle et les tombeaux dis Morvan, et sur tous les visages il régnait une attente et une impalienic qui auraient pu faire croire que tous ces braves gens allaient jouir du plus grand des plaisirs. Il fallait bien que c'en fiV nn que de voir un peu de celte cérémonie, car ils recevaient les rcluiirades des gens du comte en se conteniant de s'enirctcuir sur eux. — Tiens, Marion, le plus fier de lout cela, c'est le (ils à Jeanne CnbiroUe : il ne rcs-^emhlc guère à son bonhomme de père. Qu'est-ce qui lui pend donc au couV — \'a, répondit la vieille, c'est le sncce.-sinr de M. Itobcrt, et pour cause, .l'ai connu le vieux llohert quaiul il était jeune; et conmie la femme (;:ibinillc c>t ma cousine germaine, je sais bien ce qui fait que Clirisioplic; deviendia intendant. Lorsque Cabirolle s'est marié, le comte élait absent, et c'est Robert qui a eu les droits sur l'épousée.

Christophe, entendant cela, leva son petit bàlon d'ivoire eu criant: — Allons, rangez- vous, canaille; les deux mariés vont se rendre au salon. Tonic la livrée se mit en devoir de faire reculer la foule, ce qui amusa beaucoup Chanclos et Vieille-Roclie, qui ne riait que Im'sque son digue ami rioit. — Allons, vieillard, dit Christophe, relirezvous. — Qu'oses-tu dire, serf? répliqua un homme en manteau brun. Christophe allait le pousser; mais, rélléchissant qu'il compromettait sa dignité, il lit signe aux domestiques, qui s'écrièrent : — Eh ! mon vieux, quelle lubie vous passe par la lète? Allons, levez-vous de dessus ce banc; il e^t juste à la porte par où sortiront nos jeunes maitresses. — C'est pour cila que j'y reste. — Eh bien, Jacques, as-lu jamais vu un vieux fou de celte espèce-là? Et ils se mirent en devoir de le prendre par les épaules pour le faire sortir de sa place.

Alors le vieillard tira une petite dague ;i-s( z pciiutne et les en menaça sans rien dire. — Ah ! ah! s'écria Vii illc-Hoche, voici un vieux soudard qui joue du couteau. — Comment! reprit le capitaine, il nie semble que je connais ce m;mteau-là. Et Chanclos, courant vers le vieillard : — Par l'aigle du Béarn, cria-t-il. si vous touchez à mon ami... L'inconnu fit un signe impératif à Chanclos, qui ajouta pourtant : — Songez, marauds, que, si on ne le laisse pas tranquille, je vous coupe les oreilles aussitôt pour en faire un hors-d'œuvre. — Il le ferait, dit Vieille-Roche, tout mauvais que doit être un ragoût d'oreilles roturières.

Le capitaine perdit tout sou orgueil. .\ côté de l'inconnu il paraissait gêné. Robert accourut aussi, et pour cause; mais, voyant tant de monde, le malin vieillard s'écria : — Allons, brave homme, éloignezvous, vous n'êtes pas ici à votre place. — Comment, monsieur Robert, vous ue le coimaissez pas? dit Chanclos étonné. — !\Ioi ? jamais je ne l'ai vu. — Oh 1 oh ! répondit le capitaine.

A ce moment, Aloïse, s' appuyant sur le bras de son jeune cousin, et suivie du jéuéchal, d'Anna et du marquis de Monlbard, parut auprès du banc. La jeune héritière élait vêtue tout en blanc, et sa parure, presque éclipsée parcelle d'Anna, faisait honneur à sa modestie. Les deux jeunes filles avaient sur la tête une couronne virginale qui leur donnait mie giàce de plus, celle qu'ont toutes les mariées. Chanclos ofirit son bra> à sa lille, et Vieille-Roche se mit respectueusement ilcriierc sou camarade. Alors l'inconnu jette à Aloise un coup d'œil ob>crvalcnr et peiçant dont elle fut très-éniue. Elle rougit, ce que l'on attribua à l'idée d'être en spectacle. En effet, chacun, les veux fixés sur ce groupe, y confondait des regards d'enthousiasme. t)u y voyait toutes les espérances de la vie; de plus, Aloise et Anna n'étaient connues que par des actions de bouté, et le sénéchal avait

une réputation mt-ritée de justice et de bienfaisance. Ce fut en ce moment que linconnu et llohert, se voyant oubliés, échangèrent un regard et eurent un instant de conversation; après quoi, le vieillard s'élança dans la foule et disparut, n'él;uit aperçu de personne. Le seul Robert le suivit des yeux et s'éloign:i sur-le-champ de celle place pour ôlcr loute idc'C de soupçon.

Les acclamations ne cessèrent de se faire entendre et reieniirent encore dans le salon lorsque chacun y entra. Chanclos, d'Olbreuse et Monlbard se tinrent deboui devant la cheminée, pendant qu'Anna et Aloise causaient à voix basse dans une des embrasures de croisée. Quant à de Vieille-Roche, il se promenait avec nue circons|)ection qui ne lui était pas ordinaire, et (|ue l'on pourrait attribuer à la gène (pie lui eausaiiîiil ses habits et l'obligalion de se tenir avec décence.

— Sénéchal, dit le capitaine avec un air de grandeur comique qui fit sourire celui-ci, il y a longtemps que je me proposais de»vons parler delinsulle que l'on m'a faite en aiTêtaiit un de mes meilleurs amis. Vous auriez dû penser (ju'un homme reçu à Chanclos n'était pas un vagabond. — Capitaine, j'ignorais qu'il lïil votre ami. et quand même je l'aurais su, le devoir ne connaît pas les égards, et vous sentez que... Au surplus, ce n'est pas à moi qu'il faut s'en prendre; je ne fais qu'exécuter les lois, et... — Au reste, sénéchid, il a fait voir du chemin à vos corbeaux : ce n'est pas que je veuille dire que...

Vieille-Roche, voyant que sou ami s'embarrassait, se hàla d'ajouter pour tout pallier : — Ce n'est pas que mon ami veuille dire (pie... corlaineinent... — Ah çà, marquis de Monlbard, mon gendre, reprit Chanclos en changeant le sujet de la conversation, et vous, d'Olbreuse, mou cher petit-lils, je trouve bien singulier que vous soyez là à nous écouter. Ventre-saint-gris! retournez à côté de vos gentilles maîtresses. Cependant, je suis content de vous, et j'avoue franchement que vos unions me plaisent. Vous, marquis, vous avez toutes les qualités requises pour être mon gendre, et je vous estime. La pauvreté prétendue de la lille d'un gentilhomme d'honneur ne vous a pas arrêté, et vous vous en trouverez bien ; vous ;ivez nppn'cii' sou àme franche et délicale. Oui, monsieur le sénéchal, Anna est une perle... — Une perle fine, répéta l'écho du capitaine. — Mon père, vous oubliez qn Aloïse est ici. A ces mots, un laquais annonça maître Ecrivard, notaire d'Antun. On l'avait envoyé chercher avec les contrats préparés, et il devait probablement s'en retourner à pied après être venu sur nn des chevaux du comte. Le notaire royal entra doucement et s'en fut dans un coin, tout près des deux demoiselles. Il avait l'air de craindre de faire du bruit, tant il mit de précautions à dérouler ses papiers, à poser son chapeau, à s'asseoir, à tirer ses plumes et son encre d'un petit sac roulé : il était comme honteux de se trouver avec les honnêtes gens de l'époque. Aloise et Anna voyaient tous ces apprêts avec joie, et leurs charmants visages souriaient avec une pudeur virginale à leurs futurs toutes les fois que leurs regards se rencontraient, et ce hasard arrivait continuellement.

— Monsieur le garde-note, dit le capitaine, vous avez préparé le contrat de inadeinoiselle de Chanclos? — Oui. monseigneur. - Vous n'avez pas oublié mon litre de capitaine d'ordonnance de l'aigle du Béarn? — De Béarn? répéta Vieille-Roche. — Non, monseigneur, répondit le notaire. — Bien, maître tabellion ; mais quelle est'la dot que vous donnez à ma (ille? — A ces mots tonte l'assistance, et Vieille-Roche tout le premier, jeta nn œil étonné sur le capitaiîie, qui se balançait d'un air d'importance. — Vous avez beau me regarder, maître Ecrivard, cela ne m'empêchera pas de vous dire qni% lor>qu'on fait un contrat, on consulte ceux... — Monseigneur le sénéchal ne m'avait pas averti. — Allons donc! est-ce monsieur le sénéchal qui est mon intendant? — Monseigneur... — Vite, que l'on stipule cent mille francs comptant de dot à ma chère Anna. — Tu veux donc les devoirtoutela vie? bégaya Vieille-Bocbe. — Capitaine, dit Monlbard ,j'épouse mademoiselle sans aucune vue d'iniérêt, et je vous supplie de ne vous priver de rien, j'en souffrirais beaucoup; la plus belle dot d'Anna, c'est son amour et sa douceur. Votre épée vous a sufti, capilaine; la mienne n'est pas moins vive à sortir du fourreau.

Ils étaient tous les deux se tenant par la main devant Chanclos, que ce trait de désintéressement émut singulièrement; quant au notaire, il resta stupéfait; le sénéchal souriait avec son (ils et Aloïse, de ce qu'ils croyaient une ruse du capitaine, et Vieille-Roche le tirait par l'habit, en disant: — Mon ami, songes-tu que... la dot est un peu forte, que lu n'as que douze feuillettes dans ta cave, et qu'il y a trois fois plus d'amour cln z eux que devin chez nous... — Chanclos, après avoir serré avec force de Monlbard, s'écria avec l'accent du cœur : — Tu es un galant homme! Il embrassa Anna, et se relonrnant vers le couple moqueur comme pour le railler à son lour, le capitaine dit en (sortant une liasse de billets à ordre et payables à vin; sur le trésor de l'épargne: — Croyez-vous, marquis de )hmlbard, mon gendre, que les paroles d'un soldat soient sans effet? J'ai dit : Je donne cent mille francs à ma (ille; les voici, maître notaire.

— Et vous, marquis, sachez que je puis encore bien plus pour vous; c'est ce que je prouverai plus tard, ajouta Chanclos, embarrassé de cette dernière promesse.

L'IIÉRITIÈllE DE BinAGUE.

Anna ne savait quelle conlenanee tenir : elle qui, tonjoiirs élevde niO(l<'>liinenl, ;n;iil vu iMriMiieiit le iiceessaire à Chaiiclos, n'osait appruloiulir les nuiyen> (jm' xiii pi-re iliil empluver pour possciler uue Miiniiie si ciuisiiioiable. I,e imtairc salua (^Ii.ukIos avec respect; eli(>~e qu'il n'av;iil pis f.iile eu eulraiit. — (lue si"uilie celle stupef.ididu. mou ili^ue ami. Jit ee tliruier à Viiille-Uoeue, loi qui connais plus que pei>ornie ma furiMiio.' — Ta foiUniel... Kl il ouvre 'le gniiuls yru\ éloiuiés — Oui, monsieur le scni clial, apprenez que le prandpere d Alni e ne pouvait pas. êlre beau-père d'un comie de Morvan sans avoir (]uelipie nurite. ei... — iMcuisienr, dit le sénéchal, j e>pérv que vous vous èles aperçu que j'ai toujours eu pour voHs les «'-iiards que méi iie un liumme d'Iioiuieur. — Je le sais, sénéchal: V(Ui^ éies un digne geuiillinrniuc coiiMue moi, cl pour un juge vou? êtes répulé beaucoup trop humain el généreux.

A cet iuAtant, Rolieri eiilra reiêlu d'une siinarre noire que le valet de chambre d'un président lui avait prêléc en allendaiit la sienne; et le eon-eiller, tout glorieux de sou hermine nouvelle, remit à t.hanclos un paquet qui si udil.iil fr.iieliemenl scellé. — Qu'esl-ce que cela, moisieur n.iberl'.' — ,1e ligiioi'e, mou leur le capiUiiiie — Le capitaine lui à haute voix : — A monsieur l'intendaul gfiiéral de la mai ou de Morvan, pour être remis sur l'heure à ino>^ire de Hiauclos, oflirier d ordonnance de l'eu Sa Maje le le roi Eenri IV, à liiragne en ce nuimenl. - Tel embarrassé qii il fit, le capitaine prit 1" parti de sourire malignemenl à ch.icnn. — Il Irouva nne seconde euveloppe, sur huiiielle étaient éirils les mois suivants:

— € Moii>ieur le capitaine, je m'empresse de vous envoyi r ee que je vous ai promis il y a qnehpii' temps. )i El il n'y av.iii aucune signature. — Ici rollicier. ><iup(,iMimini qurhpie my>liliealioii, com- Ineiiçail .i regard r de travers le conseillrr, (pii n'en étail p.is pins énni. lorsqu'il lut: A nicssire Jean l'âqur, de la part du caidiiialniinisire. — Ces nu)ts éveil crciil l'atieniinn géiier;do. — El en apostille : « Nuis désirons que celle dépêche parvienne avec lu plus grande eclérié à noire ami. en qui lipie lii u qu il se trouve, el le courrier est aiilorisé à nquérir aide et prolection, lui proineltaut une réccMupense s'il arrive en d mze heuie» »

Apres avoir rompu le cachet du cardinal, en soufilant quelqn<'s soupirs d orgueil, l'oflicier d'iudunnance s'écria : — Une lellre du cardinal! Et chacun s'approcha. Le sénéchal seul re:ia de bout devant la cheminée. Ce sénoehal n'élail pas un liunnne ordinaire. « Mes-ire mon C(iu>in, nous vous expédions, au-silAi que vous l'.ivcz demandé, le bii'vel de colonel du légimenl de lionrgi gue, au nom du niarqiii> de .Monibard. Nous sommes curieux de vous voir, car il s'agile en ce moment une alfairede la plus gr.ind;" iniporlanee, pour laqui Ile vos lumières nous sont iiécc sains. So:;gez que nous ne pouvons pas oublier les éminents serviies que vous nous avez rendu», et dont nous serons toujours reconllais^ant. Que Dieu vous ait fen sa sainte et digne garde — Signe Aiimasd. »

— Elle est tout entière de la main du cardinal, s'écria Clian-

clos Eh bien, mon gendre, avons nous du crédit? — l lier

bean-pcre. toul cet argent et ces hoimeurs soûl beaucoup, mais ne valent pas le trésor de gràee el d anntiir que vous m'avez accordé.

— Çà ne sail pas vivre, dit Vieille-lioelie. — Allons, mes enfants, de de l.i joie, etcoiurneiiçoiis toujour^à lire les conirats; M. le tabellion a fiui... - Un moment, lihanclos, reprit le sénéchal, il faut atlentire mon fière. — Et ma lanie ! dit d Olbreuse, qui n'avait pas cessé de chuchoier avec Aloï>e, dont le cœur élaii toul épanoui de bonheur. — fiobert s'apjiroeha d'eux, les regarda d'un air de compassion. — Eli bien, mon bon Robert, qu'avcz-vous? — Ah. nioiiseiseipneur le chevalier' je voudrais vous voir â l'auiel, mais... — Eh! de quoi vousalarine7.-vous'?...dilAloîse élonnée...— Alors, la porte du Balun s'ouvrit avec fr.icas. et la cnnilesse, ayant changé d habillemenis. el donnant la main à Vill.mi, entra' la têle li.nile. Elle (il quelques pas d'ua air majestueux ; cl apercevant le nolaire, elle lui tlit d un air irioinphaleur : — Monsieur, vous pouvez vous en aller; voire pré ence Cst inutile. — Et pourquoi cela, ma soîur? dit le ^énécb.il. Il Cîl, au contraire, Iresimporiant que les conventions que nous avons faites pour les sub-tiiiitions... — Mon frère, le mariage eiilre ma (ille elson cousin n'aura pas lieu.

Peud ml que tons les visages exprimaient la plus grande surprise, celui du notaire le chagrin, puisqu'il voyait le contrat lui échapper; qu'.*l lise palissait, que le sénéchal, hors de lui. serrait la main de SOQ fiK a\ec colère, l'alliére Malhilde, prête à conjurer l'orage, semblait dire à Villani par son regard : Es-tu content? — Pourquoi mon fiere ne vient-il pas liii-mcnie nous expliquer le... — Ne suKitil pas. mjn frère, que je vous le dise'/ (Juant aux explications, elles ne me regjrdenl pas. — Elle aperçut alors sa (ille, qui ne pouvant retenir ses larmes, faisait, la main dans celles de son cousin, les plus tendres «dienv à l'am.mt dont un la séparait. — Mademoiselle, renircz srr-le champ dm, vo, appartements. La pauvre Aloise devint p.ile, et resta sur un pli.int s;in= bouger. —Madame, s'écria d 0;br. use, en s'élaaeant jii-qu'i la comtesse comme un ai°lufond sur sa proie, songez bien à voIre ré>olution, car je songe à la mienne. Je jure que jamais Aloi^c n'aura d'aiiire époux que moi; et tons ceux qu'on voudra lui iinpcjer, je les briserai comme ce fnigilc

bijou. En disant cela, il arracha brusquement ."i Mailnlde l'éventail qu'elle lenail, el le jela avec une telle force, qu'il fui rciluil en poussière.— oien (lil, ri pliqna Clianclos; el si tu piri>, voici qui le rcinplaccra ; cl si je meurs, Vii ille-ltoche me succ('(lera. — Uni, voilà ! refléta énergiipiemeni le viiiix soldai linveiir. i;i les yeux enflammés des trois cliain|iioiis sedirigerciil sur Vill.uii, tnnililaiil au milieu de son triiimplii'. (^luanl à .Mo'ilb iid, il avail depuis longlcnips serré la main de son ami avec un geste sigiiilicatif. Alors, le séin'c hal s'avance gravemeiil, el, conlcoanl sa colère avec le sanglioid d'un magisiral il dil : — Madame, j'ni peine à croire que mon frère soit le complice de celte félonie; je connais liiine sincère et loyale du comte de Morvan. et, le jugeant d'après moi-mènie, je suis persuadé qu'un inslanl de réllexioii va vous remcllre dans l'esprit ses in^lructions : vous vous êtes irompée, on l'on vous a mal compris. — Non, monsieur; telle doit être son iniciiliou. Aloise, rculrez chez vous.

Elle obéit lenlement, en regardant toujours avec tendresse son cousin, dont la (igurc irriléepi igiiait tout son amour pour elle. Anna raccompagnait avec l'expression de la douleur, en la tenant par la main. — Mon père, sortons, dil le biuiillanl jeune hnmme au sénéchal.

— Il abandonne la place, bégaya Vieilli ■Iloehc. — .le vous avais bien averti, dil à voix basse llu'l)erl à d'Olbrense. — T.iis-toi, vieux sorcier. Le conseiller ne s'émulpas; sa conlenanee indiquait un hornini' qui connaii les ressorts d'une machine, et la voii jouer, en riant (le l'élonneiiieul de- ignorants. — Ah I un iiMaiit, un in-tant, monsieur le griffuniicur; restez en place, cria Chiiiiclos; il faut que je lue cet Ilalieii par-dev:inl n itaire. \:\,\ l'ami, ;ivez-vous oublié que, si j'ai nue (ille fiiilasque, lautro ne l'est pas? Si Aloise ne se marie pas. esl-ce une raison pour qu" \nna reste fille et n'épouse pas un homme... — (Jiii biii bien, 'lit Vieille-Roche en lui-même. Eu ce mmiienl Roliei l sortit à pas coni(*tés pour aller faire cesser les apprêts et la joie, sur un ordre que l.i comicssc lui donna à voix basse. Elle s'était assi.^e à côté de Vill.mi de l'air le plus iraiiqiiille. Le sénéchal el son (ils s'en furent saii> la salm r et sans pro érer une parole ; seulement Adolphe jela un d( rni( r regard à sa tendre amie, piêle à se troiiV( r mal. el ft'rma la porle de manière à fiire irembli r les viires.

— Allons, vieux légiste, lis-nous ton barbouillage, cl que l'on signe le Contrat de ma (ille; le piètre al tend.

Le ccHiirat se lut en silence, et fut signé de même. Chanclos prit le bras de sa (ille, el, suivi de Monlbaid cl de Vieille-Roche, il se mil en devoir de sortir, en disant à la coml<!sse : — Boii-iiir, madame, nous vous laissons avec voire manpiis. Comme nous allons l'expctlier au retour, il c-1 juste qu'il vous fisse ses adieux. Alors, Abuse demanda d'une v(,ix faible à sa mère si elle lui perinelt;iit d'êire témoin du bonheur de sa taule. La comtesse, ayant froncé le s(;nrcil à ce mot de lionlieur, y consemil par un léger mouvemenl de lêle. Montbard lui offrit sou bras, qu'elle accepta. Celte ;ution de la part d' loise était d'une grande gcnérosilé. et de plus pleine du sculiinent délicat des conveuanccs qui semble l'apanage des femmes. Il y avail dans ce dévouement une fermeié d'àme que le caractère de la jeune fille n'annonçait pas. Elle s'iichcininadoiic vers l'autel on elle devait ère unie, et en passant par le salon des aiicèlres, elle vil dans le parc d'Olbrense et son père qui se p"imeuaieiil en fais;inl des gestes trèi-aniinés. Quand on fut au perron, rien ne parut morne comme ces cours vides naguère si remplies de groupes riants, et qui faisaient relen ircnt l'air de leurs cris; ce n'étaient plus les mêmes murs, le môme cliàteau ; la cloche muette, la chapelle fermée et le silence atlcstaienl le zèle de Robert, qui s'en venait d'un air presque indifréreni, el qui semblait dire : — Ti;ni n'est pas (ini... — Eli bien! mou cher ami, dil Chanclos, pourquoi faire éteindre les cierges? — Quand une demoiselle de Morvan ne se marie pas, personne ne se marie ici. — Ouvre vile les pories, sonne les cloches, et rappelle ton chapelain, ou, par l'aigle du Réarn... — Noire invincibh^ maître, interrompit Vieille-Roche. — Nous enfonçons les pories, et j'amène le sacristain par les oreilles, dit Chanclos. Rob( ri y fut en sceouaiil la lête, grommelant, et drapant sa simarre de président.

Rien n'eut moins l'air d'un mariage que celle triste cérémonie. Lt prêtre se hàl.i de prononcer les paroles lorsqu'il en fut temps, el Aloï: e , ne put II lei.ir quel(|ues lai mes qui percèrent le cœur d'Anna cl eni-i poisonnèrenl sa joie. La cloche fut sonnée (aiblement. el ses sonsJ fugilil's arrivèrent jusqu'au comte de Morvan, qui tressaillit, et leva la tète, croyant entendre les derniers accents de l'église, quand elle con-j duit un homme à sa céle-le destination. Le seul capitaine sifdait trèsbas sa fanfire, el regardait Vieille-Roclie, qui s'éiait altristé en pensant, eu ce lieu sulennel, que l'heure qui suit n'est à per^ionnc.

L'IlKRmi'nE DE BIRAGUE.

5fl

ClIAriTHE XVIII.

Et le ca|ioral Tiim cnlni fièrcmi'nt, Ipn.inl à la mnin la |):iiiti (In liuUos ir>iri^r<iriii<'u en deux iiiorticrâ qui dcvdieiil «ei vil' pour .issir-urr llunkiMi|He.

SitKNE, Tristram Sàandy,

lo fdndrîinl, fiirioiix du rr-nvcr^ement de fes projets de famille, qiiiiia ^(111 (il-, iliiiil il s'c (ï.irç;iil ilf calmer la ciilere, pour se rciuIre à ra(ipir,eriieiil de son l'reve L'eiilice ne lui en lui piiiril aeeiirdiie. cl. malgré ses vives iiisances, (Mir.sliiplu' viiil lui aiuinncer que le coiute t-l.til linrs d'élal de iTi'evoir qui que ce lui Le séué<li il jura alors. :)ii imin de ïln'iui-. el de >e> U(ibli> aieus, epic janlai^ il uiiublieiaji ce iliuible aflniiil lleiude re^-eiiiiuieul. il dcyceiidit dans les cours du tlui e.iii, el (u-diuna a >es gens de se leiilr prt-t~ à tpiillcr Birajiue dans di'ux lieures. l'cuilaiil que le téui'clialse livrait à sa colerf aiilaiil rpi'uu liouuiie de iol)r p..uvaii décetuuiriil le l'aire, le capiiaiue di- ' liauclus s él.iit euiparé de d lllbrense, el -'elTiirvail, depuis uni' deiui-licure. de caluier les lrau^^lOrl> violenls qui l'aorilaient. Ses elTiiris fiireul iulVuciui'ux. Il seiubl lil. au i ()u:r.,iri-, qui' la ciilèie du clifvalii r aupuicuiail eu raisiui dis ob^lacli':- qu nu vcmlail rneltre à la vi-ii?i-aiiee qu"il pré cudail tirer de Villaui. I. ami de Viiil|p-lti)cjie, qui av.iil parfiiis du lii) i S'iis, il cila u'arrivaii jaiiiai- que lor qu'il él.iil eulre drut vi. s. c uieilla à rufiicier d • Olia dus d avnij l'air de «■ei'vlr le» projets du p nue geililliiiuiuie. ei d^ se rendre aiii i niaî.re d'eu diriger le coins Lh capitaine trouva cet avis l'on raisonnable, el résiilul (feu pvoliler. Ku consti-quence, il -e tniî à crier el à ineuac< r Villani vingt loi» plus haut que d Olbreuse, et il fui le premier à engager ce dernier à innu^er :'■ rapparicnn-nl du marquis iialien. se prnm (lanl bien de ne lal»»iT pnus-er les chise- (pie pisqu'au point où eil;'S d •vaifiu aller. H'Olli rii^e, se voyaiil lib^e. arriva eu deux bnnils à la porte du marquis: il Tut suivi de l'ofiicier de Dli iinlo^. qui marcli.iii à sa suiie avec ton.e la gravité d'un uiéiliaiiiir. Pour de Vieille- Ruche, il Tf-la un peu en arrii^re, s'ocenpaiil des moyens qui pouvaient couiribiier à la rcii>siie des des-iiiis de ses amis.

Arrivé a la porie de lapparlemcnt du marquis, d'Olbrense y frappa violenmieiit. — Un peu de ï.aiig froid, nuui petit thrvalier, dil le capitaine. El il se mit à Ir.ipper lui-mcMne avec nue inodéralion remarquable pour la tircou^tance. Le calme du capitaine n'amena pas un ré ullal plus sali<fii>anl que la Imbulence d Ailnlplii', et la porte ciu marquis de Villani ne s'iuivril toujours point H't) breiise, irrié par !:i foudniie de sou rival, ndiuibla le bruit qu'il fiis.iit. Loflicier de Ch.inclos ne fut pas long'.cmps sans partager î'iiuliLNiaiion desiiii jeiiee ami, 61 il liiiil par s'irriter autant et même plu-> que lui de ce qu'il appelait l'iuipertiuence italienne. I! f'empare donc du boulon de la pnrie. el la seciine si vigoureusement, qu'elle eûl certaiiieiiienl sauté hor> de ses gonds, si, par les soins de R(jberi, tontes les portes et armoires du cliaiean n'eus-eot élé à lépreuve de reffiaciion. De Vieille- Ruche, derarricre-gardcoù il éiail placé, entendant le vacarme cau-é par l'attaque furibonde d'Ailoljibe et du capitaine, se doiiia que les confédérés avaient be-oiu de secours, et il se mit en devoir de leur en porter. En guerrier habile,- il ne voulut point s'avancer sans être assuré de ses derrières, et sans avoir créé des magasi is remplis de uiunilions de guerre el de bouche. Ei couséquence, il plaça en seuiinelle avancée l'animal à deu\ pied-, den\ mains et (ignre humaine, que le capitaine av.iit décoré du titre pompeux de son piqueur; piii», ayani en le soin de se munir de deu^ excellentes buuleilles de vin et d hw énorme bàtnu, il s'avança résolrtnient au secours de ses alliés. — Kb ! de par >aiut lltiiri, patron de mon invincible mallre, s'éciia rufiicier de i:bi:clos en s'adres^anl h de Vielle-Roche, que siguilie l'équipage mi je te vois'... — Cela sigiiilie, mon ami. répoadii le prudent geutilliOinine, que jamais siège n'a pu ê;re conduit San» miiutiou» de guerre et de bniicbe. — Voilà donc pour toi et ton jeune parent, dil-il en reiiieltanl ilan- les mains de rhaiiclos réuorme bûche dont il s'était ch.iigé; el voici pour moi. ajouia-t-ileu montrant les deii- flacons qu'il leuailembra-sé^... Allons, allons, nics amis, que chacun fasse sou devoir, el en avant...

En achevant cette énergique e\hortaiion, de Vieille-Roche porta à ses lèvres un des deux llacdiis, et bnl à lon^s iraits la bqueur vermeille dont la veriii esi de donner du courage aux p-il ruus. de l'es- P' il aux sols, de la tendresse aux é;;oi-tes, de la douceur aux dévots, de la généro^i é aux avare-, et aux (emiiies ce qui ne tarde pas à leur maïKpier. i.hancins el d'Olbreuse. pendanl que de Vi. ille Hoche preiiaU ain-i des forces pour eux, avaient porté tons lerrs soins à forcer l'enlnr de l'app.rtemeut du m;irqiiis. aiiqutl il- se prnmetlaieot bien île fiire mi mauvais parti. De Vieille-Rorlie le- eucoiirageaii, leur disant que toutes les préeanliou> é;aient pri e- pour que personne ne ptll venir les troubler dans le sié.e qu'ils eiifenrenaient. — làiiir.ige, mes aiiii>, leur d sait-il; bientôt nous lieiidrons ce marquis d lialie, et non» le conilamnerons. eu vertu de ce qu'il vous plaira lui impo-er pour votre salisfaetion per on::elle, à ue b i.re que de l'eau pendant six mois... Quel bon tour si nous l'atirapous!

mais aussi qnel'e honte el quelle nuée de brocards tombcit>nt sur nous si nous le lai-sons échapper!...

D'Olbruise, brillant d'amour et de jalousie, fut tout à fait incensible aux con-idéialions que de Vieille-Roche ne pré-enlait pas aussi naïvement qu'on aurait pu le cniiie; l'Iioiinè e mes-ire y eolendait malice Quant à liltanclos. poinlillriix et soldat, le rliliciile et le point d'honneur avaient beaucoup d'cnip re sur son ànie ; aussi les paroles de son ami lui fireiit-elle» meure de l'rmonr-propie ;i n'avoir pas le démi'nli de l'enircprise. Ainsi doi.c d'Olbreuse. par amour et par jalousie, le capiiaine. par putnl d'hiiiiieiir. el de Vieille. I!iit|ie p.,r compagnie, travaill.iieni de concert à pénétrer dans rapparienient OÙ. selon tontes les apparence--, le marquis se leuiiii caché. La porte céda enfin à tant d'efforts rénuis, et les vainqueur- eiilièienl cicz Villani en poiis-aiit îles cris de triomphe. Mail es du fort de l'ennemi, le» coiif, iléiés savaincr-'iil en b mi or Ire. De Vieille-Roche continua de rair>' rairi;ie-g,irde, non qu'il eût peur, mais parce que sa plus grande tilfaiie u ét.iit pas de -c b;^ re avec Villani, mai» bien de garder un juste éipiilib e, cho e plu» dilïieile qu'on ne pense, quand ou a bu huit lioiiteilles de vin dans sa matinée. Une fuis maître de la place, il fallait s'emparer de la garnison: c'e-t de quoi s'occupèrent d'Olbreuse il le cap.taiie : ils lireot une perqui iiiou esacie dans tonte- le» pieies, et euieiil le difsapp lii t-iiiem de ne rien trouver; Uik; éclielli' posée à l'iiue de» le, ê res de l'apparieiiieiil fur prouva cLiireiuent que le marquis s'était évadé p.ir là, à I aide d intelligences qu il avait formées an dehors, (! étaii I-- c.is, oo jamais, de tenir un co scil de guerre: il s assenibla do le. et la par le' fui à i.haiiclos, qui s'en eiii|iar.i... — Il e». évideui, ilii gr,ive:i!. n le bon cap taiiie, que le marquis s'est échappé. — liela est évident, répéta de Vieille- Roche.

L'évidence de la fuite de Villani ainsi démontrée, Adolphe se mil à jurer Comme un iiiahoiuétan; et voii» savez qu'un mahométan jure davantige et plus longtemps que ne le p' ut fane un cbrélieii ca" ho' liqne, a|iostiiliipie el r iiu.iin, et cela par trois raisons : la première, parce qu un iii.ihoiiiélan n est pas un dire i ii catholique, etc.; la seconde, parce qu'un mahimélaii a l'aine plus dure que colle d'un chrétien romain; el la tro sicme enfin, la meilleure, parce q:i un nialiomélan a les organes bien plus propres aux jurements qnun chrétien apostolitpic, eic — Un piMi de modération, venties.iinlgris, dit CliaiK 11)-, en s'efforçant de calmer rexa»(iéralion du jeune amant; toul n'est p;is encore perdu, et il reste peut-être quel'tue espoir... — Oui, il reste peut è.re quelque espoir, répéta de Vieille- Roche en portant à ses lèvres, et I iin après lanire, les (laçons auxquels il avait parlé trop souvent durant le siège pour pouvoir en obtenir une repoii-e saii fai-ante en ce iiioaient. .- Nin, mon ami, ajouta-t-il en regardant piieusement le c:ipiiaine, il n'y en a plus. — Par saint Henri, d^; Vieille-Roche, lU' di» dune pas ce (pie lu dis... — Il est cerfain que cela est ciuel à entendre. CependanI, comme un' homme d honneur ne transige point avec la vérité, je dois déclarer hautemeiil que tout esllini — Pour d'Olbr, u e ... — l'ourd'Olbrenre comme pour toi. mou cher (ihanelos, car les deux bouteilles sont vides. — Que le diable t'emporte avec tes deux bimliilles; il s'agit bien de cela, vr.iinienll... — De quoi peut-il donc être question'.' demanda de Vieille- Roclie avec l'air de l'eifroi le plus visible .. — Des innyens, reprit le capitaine, qui peuvent nous conduire à rejoindre celte coiiLuvre d'Italie qui glisse toujours des mains an ntomenl où l'on croit la saisir... Je vous disais donc, mes amis, que j'avais re»poir... Eu ce moment, la seniinelle placée parle prudent de Vieille-Roche poussa le cri d alarme, et se replia sur le gros de l'armée; elle ne tarda pas à être suivie de di;ux guerriers dans les personne» desquelles le ctipitaine reconnut sou gendre .Moii.bard et le sénéehal de Bourgogne. — Eh bien! qu'y a-l-il. mon gendre.' l'ennemi maïKKiivreiait-il sur nos derrières.'... — Préci émeut, capitaine: carie iii.irquis Villani est en ce moment chez la comtesse. Je puis même ajouter que c'est à sa conidération qu'elle a cinirgé d une conimissioii fort dé-agréalile pour von» un donieMiipie qui s'en serait déj.i acquitté, si je n'euse réclamé I honneur de l'amlia-sade. ali.-i de ne pas rendre publiques les di-sen ions qui séparent les memlircs d'une laéiiie famille — Parlez, mon gendre, que chante ma lille'? — KHe neehaii'epas. capitaine; ellevoii» pr'e seulement de soriir de son chàleau le |iliis lot pos»ible, vous, d'O.breuse et M. de Vieille-Roche. — Pari aigle du Béarn. l'impudenie aurait osé. . — Rien n'est plus vn:i, capitaine, reprit le sénéchal. Votre (ille vous donne uneheure poursorlir de ses domaities ; et je crois même que »i la cho- e avait été pos- Ihle, elle m'aurait prié de quitter le cha eau de mes pères. Quoi qu'il en soit, j en sortirait bientô , mais v.donl.iirement, aionia-i-il avec toule la fierlede» Morvaii. — P.ir l'aigle du B.,aru. s'écria lihani los, transporté de colère, je jure que je vai» laver comme il couvent la lê.e de mon in olente Olle.. — tiioyez moi, mou cher capit;iiue. dit Moutbard en retenant son beau-pc e, il vaut mieux quitter ces lieux -ans donner à la valetaille du château la comédie à nos dépens. - Oui, cela vaut beaucoup mieux, ajouta le sénéihal. — (À'l;i v.nit be:iucoup mieux! répé a d;- Vieille-Rociie en pon-sant un soupir qu'il accoidait à h) cave de Bir.igne; cela vaut beaucoup mieux... I.e c.ipitame. qui avait beaucoup d estime el d'atniiié pour sua geiidre, el une grande

L'HÉRmfiRE DE BIRAGUE.

consîdérnlion pour h porsoniio tlii sonêclial. sr t)ôoid;\ h ^C ronduiio par leurs ioii>oils. Il i>iil(iiina donc h son donio^liqne de soIUt le fidèle Henri, et annonça à Monlbard qn'il allait qniller le eliàtean à l'insianl. — Je vous suivrai bieiilôl, capitaine , car vons semez parfailenuMil qn"aprcs la conduite de la comtesse envirs vous et d'Olbreuse, je ne puis consentir à prolonger mon séjiinr en ces lieiw. Le capitaine appriniva Loancoup le plan de eoiidnili' de son pendre. 11 l'embrassa eu lui jurant énergiquemenl (lu'il le trouvait le pins brave geulilliomme de l'Knrope: pni>, avant salué le sénéchal el serré la main d'Olbrense. il descendit lesëalier en sifllant à tue-Iète la fanfare de son invincible maître. Henri, tout bridé, attendait son inséparable cavalier; l'officier de Chanclos l'enjamba lestement, et traversa fièrement les cours de Riragne au trot de son vieux destrier. De Vieille-Roche suivait l'oreille basse: il réfléchissait en bii-înèmc h la fatalité qui. le poursuivant toujours, ne lui avait jamais permis de prendre racine dans une maison riche et décente.

Tandis que Chanclos quittait Piiapue. le sénéchal , d Olbreuse et Montbard étaient encore dans l'appartement du marquis. Le sénéchal, dont la lierlé était tempérée par la prudence, avait laissé (Chanclos, et surtout Vieille- Roche , s'éloigner avant de faire part à son lils des exhortations qu'il croyait devoir lui adresser. .Xussilôt qu'il se vil seul avec Montbard et lui. il se tourne vers le chevalier, et lui dit d'un ion presque solennel : — .Mon fils, il m'est impossible d'approuver votre conduite d'aujourd'hui, surtuu:

en ce qui concerne l'espèce d■a^sociatioIl que vous aviez potir ainsi dire formée avec le capitaine de Chanclos et son ami de Vieille- Roche. .Adolphe, est-ce ain-i que l'héritier de mon nom. le futur comte de .Morvan, devrait se

conduire? — .'^fais.

mon père, je devais et

je dois encore —

Vous devez m'écouicr, monsieur Croyezvous, jeune tête légère, connaître mieux que moi la conduite qn'il faut tenir en cette rircoustance?... Convientil au rejeton des .Mathieu de compromettre sou rang et son honneur v\ se mesurant avec un obscur étranger sans rang et sans honneur?...

Monsieur, je vous défends, au nom de toute

l'autorité que le ciel m'a donnée sur vous, et de toute l'amitié que vous devez à un père qui a toujours été plus votre ami que v(;lre père, de vons compromettre davantage avec le vil intrigant qu'on vc'is préfère... Renoncez, en un mot, et pour toujours, ou à voire ptre, ou à la fille de .Mathilde de Chanclos. — Mou père... — Choisissez... — J'rn mourrai peut-être, mais je n'hésite pas. Mon père, je suis prêt ii vous suivre. — Bien, d'Olbrense, bien, mon cher lils .. Partons donc... Marquis de Monlbard. recevez nos adieux... .l'espère Vous posséder, vous et votre charmante femme, quelques jours à Uijon et à mon château d'Olbrense.

A ces mots, le séncehal tendit la main à Montbard, el lui renouvela son amicale inviialiim. Pour d'Olbreuse el .Montbard, ils s'embrasserent plusieurs fois, et à la vue même de Robert, qui païut en ce moment au bas de l'escalier. Le jeune chevalier, en serrant sou ami dans ses bras, loi fit promettre tout bas de ne pas le laisser man-

Le niarpiis se jclle à .-es pieds

en lui pro

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