‹ Œuvres de jeunesse, illustrées. DessinsChapitre 47 sur 92 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

0 nuit l'pouTanUblel. . mut alTreusel... où ces pales relenlirent comme un échil ilc toimerrc : Madame st molle'...

BossutT, Oraison funèbre d'Benrielle, reine d'Àmjleltrre.

rôles

le Dicurtl... M.iJami

L? marquis de Villani, armé do son poignard el d'une lanterne sourde, parcourait avec précaution lo souterrain pierreux où iiacucre il avait suivi la comtesse... Au fond de la nièiiie grotte où Matliilde crut ancaulir toutes les traces de sou ' crime el sur la même pierre qui fut noircie paroles cendres des ossements. l'Italien aperçut uu homme qui, les bras croisés, la lèle penchée sur la poitrine, paraissait attendre en rciléchiss;\ut... Alors il diminua le bruit de sa marche traîtresse, et il latha de s'approcher de sa viciime, en profitant, pour se dérober à sa vue, des redans formés par les sinuosilé,du souterrain. L'inconnu tournait le dos au marquis, et ce dernier, dirigeant les feux de sa lanterne, crut rei;o:inaiire l'homme au niaute.iu rouge. Alors, ramassant tout ce qu il pouvait avoir de cuur;ige, il fondit à l'impruviste sur lui, le saisit d'un bras tremblant, et lui plongea sou poignard dans le cœur à plusieurs reprises... Le sang sort à gros bouillons... La victime s'écrie : — Je meurs!

Grand Dleu!pardomjezmoi 1... c'est à la même place!... La voûte sonore retentit faiblement du cii lamentable de 1 iipprimé... L'ange qui piéside aux repentirs l'entendit sans doute...

Hais Villani, muet de stupeur , les cheveux hérissés, reconnut trop tard le comte de Morvan étendu, l'œil fixe et la tète penchée languisumment... Lorsque le maitre de Birague tomba, la cloche de la chapelle tinia faiblement et

rendit des sons auxquels le silence de la nuit donnait une solennité •l'gtit-r.î...

Bi'— " ' le meurtrier prit sa course et revint rapidement auprès de la c. . U trouva la comtesse allant à la chapelle pour savoir le moiu ues ^,^rèts qu'elle y voyait faire. L'Italien la saisit fortement par le bras, souilla son blanc vêlement du sang de son époux et la traîna jusqu'au perron en criant : — Venez! venez! nous sommes perdus!... — Quavez-vous? — Rien. — Vous êtes troublé'.* — Rien.

— Que vois-je '... du 'ang !.. traître!... — Rien, vous dis-je. L'Italien en achevant pour la troisième fois ce monosyllabe énergique, retrouva un peu de présence d'esprit el ajouta : — Venez, comtesse, les moments sont chers... Prenez tout ce que vous avez de précieux.

— Çec signifie?... — Prenez, je vous expUquerai en fuyant... — Mais encore ne pouvez-vous... — Voulez-vous donc monter avec moi sur an affreux échafaud?.... — Marquis, ces meuaoes, toutes terribles

qu'elles paraissent, ne m'en imposeront pas... Non, je ne quitterai point mon chAteau sans savoir les nioiifs qui commandent celte fuite. — Eh bien! peidons-nous parmi instant de retard !... Apprenez que dans ce même souicrrain, a la même place, sur la inêine pierre où vous avez brûlé les os de votre victime, j'ai cru rencontrer l'ennemi que vous redouiez. J'avance... je frappe... — Il aurait expiré? s'écria la comtesse. — Oui! mais c'était votre époux...

La comtesse pâlit en disant: — (lommeut se fait-il... — Jel'ignore, répondit l'Italien. — Ijuci parti prendre?... — La fuite!... elle seule peut nous sauver... Ne pensez pas que je supporte seul le fardeau du crime que je viens de commettre... On connaît nos liaisons et la haine que vous portiez an comte... Vos querelles avec lui, votre opposition au mariage de d'Olbreuse et de voire fille, que vous vouliez ine donner; le mystère qui règne ici, toutes ces circonstances grossies pèseront suf'votre tête ; tout parlera contre vous, et si vous me

refusez, je parlerai moi •

"^Vvtf^.^it^

Il fonilil à l'iniprovistc sur lui, et lui (iluiipci son poi;;n ir.i ();ins le lœn

même. Ou aime à avoir des compagnons de malheur.... Oui, comtesse; maintenant nos destinées sont pareilles ; nous sommes inséparables, et (|uand même je ne serais pas maître de vous en sachant vos secrets el possédant volie cœur, ce dernier crime nous fiance et nous miii à jamais... Rien ne prévaut contre un pareil contrat... Suivez moi .

vous le devez, je le veux!...

A ces mots, prononcés avec la rapide énergie inspirée à Villani par sa situation critique, et eiupreints de l'éloquence du moment, la comtesse fut subjuguée ; elle courut à son apiia"'cment pour y prcr tous ses bijoux. Pendant ce temps, Villani, sachant combien un instant de réilexicn pouvait lui nuire, et voulanlprofitcrde l'émotion de la comtesse, éveillait Jackal, et lui donna l'ordre de seller les chevaux sans bruit. Alors il remonta sans perdre une minute à la chambre de Malhilde. Comme il ouvrait la porte, il entendit une vive altercation. — Qu'allezvous faire à celle heure?... — Je fuis ce lieux !...— Sans moi?...

— Oui; laisse ma robe, Chalyne... — Elle est pleine de sang !..

— Dieu !... — Vous avez commis un crime!...

n'importe si c'est

vous, il est juste

mais prenez- moi : si l'on

vous accuse, vous le rejelerez sur ma pauvre tête, et mon sacrifice ne fera pas grand, puisque je ne peux vivre sans vous,.. Ma sœur, ma bonne maîtresse, souffrez que je vous accompagne. — Chalyne, ne m'arrête pas ; ma vie serait en danger.. . Chalyne ! — Que je vienne avec vous!... — Non, te dis-je. — Vous me chassez donc?... —Ton salut le veut; tu dois me luirl... — Ah ! si ce n'est que cela !... n'espérez plus m'éloigner, et il faut que je vous suive... je détournerai les coups que vous pourriez recevoir ; je vous serai utile !... — Ma pauvre Chalyne'... non... non... — Qui vous habillera? qui vous soigjnera comme moi? dit-elle en sanglotant. — Allons, laisse-moi!...

— Il faudra donc que je meure!

Ce fui à ces mots que le marquis eiilra encore toul épouvanté de sa situation. — Avons-nous assez d'or? furent ses premières paroles.

— Mes diamants valent un million. Les yeux de l'Italien s'animèrent :

— Partons, s'écria-l-il. Chalyne se traîne après sa maîtresse iii tenant

L'HÉRITIÈRE DE RIRAGUE.

un flambeau pour éclairer cette marche prccipitée. Les deux complices, souillés (les taches du saug du comte, allaient appuyés l'un sur l'autre, précédés par la fidèle suivaule. Ce groupe effrayant traversa les galeries eu silence, et quand ou fut dans la tour, la comtesse se mit en croupe derrière Vilîaui en le serrant dans ses bras; .latkal niunla sur son coursier, et (ihalyne se glissa dirrière le valet avec uni- joie sans égale; et les chevaux s'élaucerent avec la rapidité de la foudre.

Maihllde elle-même éveilla le concierge, qui, tout effaré, baissa machinalement le pont-levis, et le laiva iil qu'il était en se couchant auprès de la chaîne, tant le sommeil raccublail. Les cloches sonnèrent alors avec force; la chapelle par.ii>sait tout eu feu; Robert avait tout disposé pour l'union de sa jeune niaiiresse. IFn prêtre vénérable, eu habits sacerdotaux, attendait les époux. Le conseiller vigilant, inquiet du pas des chevaux qu'il vient d'cnleudre. sortit précipitamment; la vue du llambeau brùlaut encore près du perron le surprit ; il regarde autour de lui, et voit le pontlevis baissé... Des pensées vagues se glisseni dans sa tête; enlin il aperçoit les fuyards malgré l'ombre. A ce dér;ingemeiil, le bonhomme éperdu courut de tous côtés, mû par des craintes indullnissables; le craquement de ses sou> liers, retentissant daui le vaste silence des cours, maniuait son irrésolution par les intervalles de bruit et de repos. ;Vlors Robert se décida à mie chose qui prouve quelle énergie donnent les grandes circonstances. H lut aux écuries, et moula sur le*'cheval fiiigucnx du comte ; déjà le pas de la petite jument" grise était beaucoup trop fatigant pour lui; néanmoins le vieillard grimpe de son mieux ; malgré les caracoles de .Superbe, il saisit les brides, et, cramponné sur sa selle, sans éperons, tenant ton mortier, s'eiiveloppant de sa simarre, il se recommande à saint Malhieu et saint Pioberi, et se met à la pour.-.niie des fugitifs.

Superbe, en traversant le pont - levis donna uu violent coup de piid au dormeur, dont les cris achevèrent déveiller Il s domestique?, déjà émus par le son des cloches. Alors le tumulte le plus grand régna dans le château...

Tous les valets descendent armés de flambeaux... on court avertir le comte; il est absent. Le lit de la comtesse est vide ; Aloise est disparue ; Chalyne, Villani, Jackal n'y sont plus... Les domestiques, privés de leurs maîtres, errent comme des brebis sans berger... Mais ce qui les déconcerta le plus, ce fut l'abseuce du chien fidèle, nous voulons dire de l'intendant... Christophe n'est point écouté... Ils ont tous des (lambeaux, et ces lumières soudaines colorent leurs visages qui expriment l'inquiétude et l'effroi... Laissons-les...

Pendant que le coursier l'emportait avec tant de vitesse, Mathilde commençait à refléchir sur la situation extraordinaire où elle se trouvait en partageant la fuite du meurtrier de sou époux... Il n'était plus temps de réfléchir!... De son côte, Villani, inquiet sur les moyens à prendre potr sortir de France, ne disait mot. Ainsi, la route se fit en silence. Arrivés près de la forêt qui se trouve entre Birague et Dijon, le marquis s'y enfonce, et le cœur de .M.iihilde se serra en marchant

Une cabane..., tel ctait l'asile que Villani offrit i la riche comtesse,

sous cet ombrage épais et silencieux. Je ne sais quoi de sinistre se glissa dans son àme, soit que ce fût l'effet de l'horreur religieuse qu'inspirent les forêts, soit que nous ayons des prcsscnliments heureux ou funestes. Le marquis se dirigea vers l'endroit le plus impénéirable du bois, qu'il avait souvent exploré pendant ses chasses. Il arriva bientôt près d'une éminencc cachée par des arbres de haute futaie. Uue cabane, sans doute abandonnée par les bûcherons qui avaient terminé la coupe de cette partie de la forêt, se trouvait placée dans une cavité de ce monticule, de manière à être dérobée à tous les regards... Elle était bâtie grossièrement avec des pierres jointes sans ciment, et tellement recouvertes de mousse, qu'elles semblaient faire un mur; le toit, formé par des arbres non équarris, et par du chaume éparpillé pour boucher les interstices, laissait passage à la fumée par un trou. La porte, encore ouverte, tenait à peine à des gonds faits avec des liens de fagots. Tel était l'asile que Vil-

lani offrit à la riche comtesse de Birague, qui,peud'instantsavant, commandaitàtroisccnts domestiques dans le plus vaste château de la province. L'effroi de la comtesse en eulranl seule dans celte chaumière délabrée se disi.ipa en apercevant des indices qui annonçaient la présence d'un habitant... Une longue chandelle de cire brûlait; des gants et des vêtements épars sur les chaises ; des parfums, et quelques vases recherchés, indiquaient que le possesseur de ces lieux n'était pas un homme d'une classe vulgaire...

Ces vestiges furent loin de- produire sur Villan' le même effet que sut

la comtesse 11 lu-

sembla que Mathilde dépendait moins de lui.

Son premier soin fut donc de visiter la chaumière, et lorsqu'il eut acquis la certitude qu'elle était déserte...

un alfreux sourire que Jackal recueillit vint errer sur ses lèvres.

Tandis que Villani et son valet faisaient leurs recherches , Mathilde , à peine rassurée, s'assit sur uue chaise que lui présenta Chalyne. — 0 ma chère maiiresse !

quelle pâleur couvre votre visage ! seriezvous malade? — Chalyne !... je ne suis pas bien... je te l'avoue; les événements de cette nuit... et surtout cette demeure écartée, ajouta-t-elle à voix basse...

La fidèle suivante, pour toute réponse, pressa la main de sa maltresse. En cet instant, Villani s'approcha, et lui conseilla, d'un air doucereux, de prendre quehuesheures de repos, devant bientôt se remettre en route et vo»' — le reste de la nuit. — Jackal, dit-il en se tournant vers son ''a

couper des bruyères pour renouveler le lit qui doit servit a la cobatesse... vous, Chalyne, suivez Jackal.

A cet ordre, Chalyne regarda sa maîtresse pour voir si elle devait obéir; Mathilde n'osa point s'y opposer. La suivante, indécise, profila du moment que Villani et son valet causaient près de la porte pour échanger un coup d'oeil fnrlif avec sa maîtresse ; puis, lui prenant la main, qu'elle baisa tendrement, elle glissa l'écrin de Mathilde dans les cendres du foyer... mais l'œil vigilant de l'Italien l'aperçut, et celle précaution lui arracha un nouveau sourire, aunuel Jackal répondit par un sourire plus effrayant encore. — Allons, belle Chalyne, dit le valet en ricanant, me laisserez-vous couper seul la fougère?... Ne crai-

L'HÉRITIÈRE DE BIR\GUE

gnoi pas mes doux propos; vouer; faisons le lit do notre ni;\i[ro>se; quaui à moi. jv molirai tous mes soins; je suis siir qu'elle doimira bien. A ces ilorniors mois, un rayon ireniblanl do la lune, loinbant sur le visage de Jackal. donna à sa pliysiononiio l'oxprossion d'iino malice infornalo... Chalyne. effrayée, (il un pas on arrière... il nélait plus temps, le valet avait saisi sa main, ei lonlraînail dans lo bois.

Villani. resté sur le seuil de la porte, oui l'air, pond.\iit quoique temps, de prêter l'oreille au bruit de leurs pas; puis, après un niomont do silence, il lit un mouvement violent comme s'il venait de proiulro une rësoluiion immuable, et s'avança précipitamment vers la comtesse. — Ou'y a-t-il? s'écria Malbildo épouvantée... serions-nous inuirsuivis, mon cher marquis? ajouia-t-elle en feignant de prendre le changg. — Oui, dit il avec un sourire amer... je suis poursuivi par la destinée, qui commande... — Qu'ordonnc-t-cUe?... — Ta mort... — Grand Dieu! ... Et la comtesse se jeta aux genoux do l'Italien... Ma mort... Poiivoz-voHs la vouloir "... .\h ! sans doute cotte hcurible menace est l'oflot du délire où vous plonge le meurire do mon époux !... Le marquis détourna la loto avec déd.iin. — .Vvez-vous oublié tout ce que j'ai fait pour vous?... Oublioz-vousco(iuo jepuis faire encore?... Ar);eni. crédit, soins, j'ai tout prodigué !... tout, jusqu'à des laveurs qu'une femme ne rappelle jamais sans rougir!... Kt les serments, ingrat?...—Comme ceux des femmes, ils furent gravés sur l'onde, l'onde s'est écoulée!... La comtesse se rail à pleurer. Villani lui dit froidement : Ces pleurs sont inutiles, il faut mourir!... Le Icm avec lequel il prononça cet arrêt apprit ;i Mathilde qu'il n'y avait plus de pitié dan.; le cœur qu'elle essayait do lléeliir... Elle se lève brusquement... parcourt la chaumière, et veut s'élancer vers la porte... Vill.mi se jette au-devant d'elle, l'atieint, et la renverse sur la bruyère... Elle pousse un cri... l'Italien s'avance, cl son œil furieux lance la mort... Mathilde rassemble ses forces, et de sa voix glacée elle appelle : — Au secours 1 ïhalyne!...

A ces mots, un gémissement prolongé parti de l'épaisseur du bois semble lui répondre... Villani tressaille... il écoule... il s'arrête... mais la nuit a repris sou funèbre silence... Alors dos pas se font entendre... on accourt!... E^l-ce un libérateur?... Un rayon d'es; érauce colora le pâle visage de la comtesse... La porle s'ouvre avie fracas, ei Jackal, tenant un couteau plein de sang, paraît à leurs regards en disant : — th quoi !.. ce n'est pas encore fini ?... vous avez des scrupules... je vois qu'il faut que je m'en mêle !... Et il fond sur la comtesse en la menaçant de son couteau. — Point de sang répandu, lui cria son maître; point detraces... Jackai s'arrêta : — ^ucl moyen emploierons-nous doue?... — (Cherche... une eorde !... - Je n'en viùs pas!... — Prends un lien de fagot,., la bride de mon cheval, n'importe!...— Bien, répondit le valet. Et il se saisit di- la bride d'or du cheval de Villani. —Allons, vile, Jackal, un nœud coulant... Depuis quelques monienls la comtesse, les yeux fixes, était tondiée dans une morue insensibilité, et, au courage près, elle semblait César enveloppé dans son manteau à l'aspect de ses meurtriers. L'Italien et son valet saisissent Mathilde, qui, sans se défendre ni se plaindre, se laissa tenir par Villani; Jackal ôta préalablement le collier de perles de la comtesse, et ses doigts judiciaires, défaisant lentement le nœud du collier, se promenaient avec une avidité sur ce cou pétri de neige et de lait.

— Te dépêcheras-tu .' s'écria rilalien. alors iu;iccessible à la jalon ie.

— Allons, madame, dit le valet, changez-moi cela... collier pour collier... Et il pas,sa le nœud coulant au cou de la comtesse... Mathilde y porta les mains, et reconnaissant ces guides : — M.-.rquis, dit-elle avec uu sourire délirant, c'est la bride que j'ai lissue moi-mêmi' pour le cheval dont je vous lis présent. — De quoi diable vous plaignezvous? repartit Jackal .. on vous la rend !...

La comtesse leva les yeux au ciel en s'écriant : — Dieu juste ! tu permets .. — Ah!... ah!... ah!... des prières !... Entendez-les donc, messire bon Dieu !... ajouta Jackal avec un rire qui dut flétrir toute esiiérance. — Vite, Jackal, pas de paroles... tire... tire donc plus l'on. Le valet s'y prenait mal ; alors, sans être guidé même par une cruelle pitié, l'Italien mit son pied sur le sein de Mathilde; cl. Tournant la bride autour de sa main, il fit un violent effort, tandis que Jackal pesait du poids de tout son corps sur les épaules do la comtesse, qu'il profanait de ses regard lascifs. L'infortunée Mathilde pencha la tête et rendit le dernier soupir !... — Ouf!... s'écria Jaek:d. — Qu'elle est bi Ile encore! dit l'ItalieD. Attiré par une force irré-islible, il déposa u:i dernier baiser sur les lèvres de sa victime. Jackal poussa un tel éddt de rire, que Villaiù recula tout effrayé. — Coquin ?... s'écrial-il en fixant son;comphce. — Monseigneur, reprit ce dernier avec un faux air de contrition, si nous faisions la fosse?... Alors ils tireront ensemble la malheureuse comles'^e par son fatal cordon hors la cabane... Avant de la quittir. ils jetèrent spontanément un coup d'œil furtif sur les cendres qui cachaient le précieux écrin... et ils curent la même pensée...

La clarté de la lune commençait à se fondre dans les premiers feux du jour... Le crépuscule répandit une lumière rougeàtre sur la partie de la forêt où Jackal et Villani creusaient la tombe de leurs victimes. Les deux coioplices. se connaissant l'un l'autre, usaient des

plus grandes précautions. Ne se quittant pas des yeux, chacun avait soin de suivre les mouvements de sou adversaire; ensemble ils enfonçaient la bêehe, ensemble ils jetaient la terre, et tous les doux se gardant bien de bais'sor la têle Ku'sque l'autre levait son fer. Enfin, ce travail funèbre se faisait comme en cadence... La fosse creusée... l'Itatieu, en scélérat habile, voulut profiler de l'avantage que lui donnaient ses prorogaiives do maître; il donna l'ordre a Jackal de le guider vers l'ondroil où gisait le corps do Chalyne... Le valet sentit le piégo, mais il se promit bien do l'éviter. Il avança quelques pas vits l'épaisseur Je la forêt; puis, faisant un eiDohel, il s'élança, rapide comme le vont, vers la ehiunnioro... il cnurl au loyer, fouille les cendres, et s'emp;iro ;ivideineiit do l'éerin; ilTouvro, etsaisille Robert... Villani, inquiet do l:i fuite de .lackal, s'était li;Ué do le poursuivre; arrivé près do la porle, il entre avec précipilatiou, tenant sou épée à la raaiu... ilrog.irde, et aperçoit son v;dot grimpant avec l'agilité d'un chai le long des murs raboteux, et gagnant déjà la seule sortie que l'espèce de cheminée lui offrait alors. — Convenez, mon cher marquis, dit Jackal avec un air ironique que lui donnait sa position inexpugnable, convenez que j'ai bien fait de prendre les devants... Diantre! ll;ilion oaoteleux, si je n'étais Normand, vous m'auriez joué d'un tour... Heureusement j'ai jugé le cœur de l'homme d'après le mien. — (!onîmonll scélérat sans pudeur... s'écria ril;dioii. — Tiens, mon ami, tiêvede douceurs; expliquons-nous, et récapitulons nos droits: j'ôte de la balance ton titre de marquis, auquel lu ne dois pas leiiir beaucoup, et je raisonne ainsi : — Je suis pour |dus de moitié dans le crime que nous avons commis ensemble; selon toute jnsiiee, je dois prendre la moitié au moins des bénélices. Eh bien ! ;iiliniro ni.i niodéraiion, je n'ai pris que le tiers, et je le mets ou lieu de sûreté.

A ces mots, il défit la petite boîte de maroquin rouge qui contenait le Robert, il la jeta dans la cabane, et avala le célèbre diamant après l'avoir fait briller ;iux yeux cupides de son maître... — Tu me voles, misérable !... ne crois pas que ton crime reste impuni... je vais en tirer vengeance... — Tu prends mal ton temps pour me menacer; écoute... entonds-lu le pas des chevaux? — Serait-il possible ! s'écria le marquis effrayé.. — Ah! ah , tu te radoucis: crois-moi, sauvonsnous sans nous quereller.

Le marquis, sans répondre à Jackal, saisit l'ccrin, sort précipitamment, s'assure de la véracité de sou valet, monte sur son cheval, et fuit à bride abattue... Jackal, voyant son maître éloigné, enfourcha son cheval, et s'en fut par de petits sentiers détournés. Les cavaliers dont l'approche épouvanta les meurtriers ]);irurent alors: c'était l'.obert, accompagné du capitaine et de VieJlle-Roche, qu'il avait rencontré sur la route, et dont les coursiers en sueur attestaient la vigilance. — Faisons balle à ce bouchon, s'écria de Vieille-Roche, qui prenait toutes les maisons pour des cabarets. Chanclos ouvrit la bouelie pour représenter à sou digue ami qu'il n'était pas décent de boire en pareille circonstance; il en fut empêché par les aboiements plaintifs du chien qui suivait Robert. — Qu'a doue ce chien ? dit le conseiller en s'approchant de fidélio, qu'il aperçut léchant la figure d'un cadavre, il reconnut sur-le-champ son infortunée maîtresse. — 0 crime affreux ! dit le viedlard consterné. A celle exclamation , Chanclos accourut : — Grand Dieu! ma fille!... s'éeria-l-il avec une profonde douleur. — Sa fille!... répéta le sire de Vieille-Roche stupéfait. .

Le chien courut du cadavre de sa maîtresse à celui de Chalyne. En voyant celle manœuvre de lidélio, le sire de Vicillo-Rochc marcha sur ses traces, et parvint bientôt près du corps de la suivante assassinée. A cette vue le bon sire de Viedle-Roche, ému aussi profondément qu'il pouvait l'être, mit le cadavre de Chalyne sur ses épaules, et, suivi du chien qui hurlait, il rejoignit son ami. — Hélas! dit Vieille-Roche en posant Chalyne près de sa maîtresse, il n'est que trop vrai que l'heure quisuit n'esta personne; maintenant elles n'ont plus ni d'heure présente ni d'heure future : la bouteille est vide... elle vin confondu dans le grand tonneau... Telle fut l'oraison funèbre que murmura le buveur bourguignon. On en a entendu dans de belles églises plusieurs qui n'avaient pas, à beaucoup près, autant de sens et de philosophie.

Le digne capifaine essuya une larme, la seule qu'il ait répandue dans sa vie, et il ajouta : — On pourrait dire bien du malde ma fil e!.. elle fut insolente... son orgueil est excusable!... elle était comtesse

de Morvan mais elle est morte, et nous devons la plaindre!....

Comme Chanclos se lamentait, Robert, furetant parlout, selon son habitude, entra dans la chaumière, et il aperçut l'étui de maroquin rouge qui ne conleuail plus de Itobcrt. A ce spectacle, le conseiller intime lut frappé comme d'un coup de. foudre : après un moment de silence, il s'écria avec le plus grand désespoir: — Tout est perdu!... tout est flétri, il n'y a plus de ressources,... plus de bonheur, plus d'espérance!... Ces clameurs bruyantes attirèrent Chanelos et de Vieille-Roche. — Qu'y a-t-il encore? demandèrent-ils. — Le plus grand des malheurs, répondit rintendanl, tel qu'on n'en a pas vu de pareil sous aucun des Mathieu, pas même sous Mathieu le Rouge, où Birague fut pillé !... — Qu'est-ce donc ? dit Chanclos effrayé. — Le Aoberf est disparu ! et Dieu sait dans quelles mains!... Le vieillard

LHÉRITIÈRE DE BIRAGUE.

ue pui acliever; il lomba sans connaissance sur la cliaise uù s'assit la coinli'ssi'... mais, ivprcnanl bicntùl son énergie habilncllc, il coiiiul m troiliiianl vers le cheval du conile, el supplia de Vieillelloclie de le lii .er sur la selle. - Courons après les voleurs, s'écrial-il. — AiM'és les uicurlrier-, ajouta Clianclos en cufouri liant son iieuri. Vieille-Roclie sentit qu'il devait rester pour garder les corps.

Il est temps de retourner à Birague, oij nous ayons laissé le comie nageant dans sou sang. Il porta pénibleraent la main sur l'ccharpe que tous les ^rand-; seigneursavaieiil à cette époque, el parunniuuvenient niacliinal il en bouelia sa plaie. Alors, nialgiéraflaiblisseineiil de sa vue, il aperçut en ce inonieiit un bmnnie couvert d'un nianleaii noir, et qui descendait niyslérieuienieni par une ouverture seerèle; il porlail une luniiL'ie, qu'il pla^a sur un débris près de la voûte, te qui iiiniiiua tulleuient la lueur, qu'il n'en résultait plus qu'une teinte riiugcâtre dont la grotte lut eolurée. L'iiicuuiiu nlunniira quehpies mot-.. — (Jui que v.ius soyez,... séciia d'une voix affaiblie le comte de Morvan, approeliez-vuus je meurs, venez recevoir mes aveux, et me doimer l'ab-olulion ;iu nom du Très-llaul, si mon repentir vous touche... nii>n fnre... écoulez moi? L'étranger tressaillit en entendant ces paroles; il aecourul avee la plus grande précipitation, el, déebiranl ^on mouchoir, il lit avec assez de dextérité une ligature à la blessure du eomie. — 0 mon père!.. L'inconnu frissonna. — Ecoutez-moi, continua .Morvan. car je présume... à voire coslume, que vous êtes un ministre du Dieu... demibéricorde.

Alors le comte prit son poignard, dont le manche, enrichi de diamants, formait uni- troix, el la b.iisant avec dévotion... — Ecoutezmoi, je vous prie, dit-il en pressant la main de l'élranger qu'il attiia vers lui; mais... non... je ne puis parler ici, mes forces s'éteignent, et je dois ri loplir un drvoir mille l'cis jjlns sacré qu'une confession tardive... aidez-moi à gagner celle pierre... c'est là... qu'il me faut rendre... mou (.lernier soupir... en lavant, à force de larmes, le; traces du sang )irecieux qui la couvrent... Le comie s'appuya sur la poitrine émue de rélr.mgcr, qui le eo'..duiit pi es de la pierre fatale; Jlorvan s'y agenouille el la serre, I inonde de pleurs, en s'éeriaul : — Dieu juste! nn.n remords pourra-l-il l'apaiser.'... Eu ce moment, le beffroi du château sonne une heure. A ce simple coup, le conuc pousse un !Ouid gémissement; un voile s'étend sur ses yeux, il tombe... — M dlioureux !... dil l'élranger. Pendant qu'il lui pnxliguail ses soins, des pas se lirenl entendre ; c'étaient ceux de d'Olbreuse et d'.-\loise. venant au rendez-vous. Aussitôt qu'il les aperçu'., le vieillard leur montra du doigt le corps de Jlorvan. — Secourez volro père, leur dii-il, et, sur toutes choses, gardez-vous, si vous voulez cousi rvcr l'honneur de celte maison, si vous voulez eue unis, de proi.oncer un seul mot sur moi ?... Il se baissa vers le comte, l'eiubrasra lemlremeni, en ajouianl d'une voix émue... — Aloïse, je te recommande ton père... Puis il disparut.

A la vue du comte baigné dans son sang, la jeune fille jeta des cris aigus; mais d'Olbreuse, coniuiissant le prix d'un moment, saisil sou oncle dans ses bras, el, aidé de sa cousine, il parvint à le Uansporter près de la citerne. Aux cris d'Aloise, tous les domesti(iues accounircul , ils enlourèrent le corps de leur maître. Christophe el le valet de chambre du comte remplacèrent les deux amants. Aloise éplorée, tenant la tête de son père ap^joyée sur son sein, ne le quitte point... Ou conduisit le cimite dans sa chambre à coucher, escurlé de ton , les spedateurs désolés... La terreur, la curiosité, une foule de seutiments divers, lirenl que l'on entra sans respect dans rapparlement du maiire de Birague!... sacrilège inou'i (|ui n'arriva que par l'absence de Robert ! Lorsqu'on déposa le comte sur son lit, il donna queliiues signes d'existence; alors d'Olbreuse, ne se remeltant à personne du soin important de trouver uu chirurgien, courut ventre à terre chez SnatuUn, le docteur le plus près el le plus célèbre de la Bourgogne.

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