‹ Œuvres de jeunesse, illustrées. DessinsChapitre 51 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

C'est une srande erreur lie croire que le preoiier venu puisse aimer. Il faut, pour fiire celle insigne folie, avoir beaucoup d'esprit, et en trouver autant dans ce qu'on aime .. Jl faut de plus deux âmes... Mahomet a dit que les femmes n'en avaient pas... Anosthe.

Qii'oB se représente iiue façade inagniliqne : l'arcliiteclure y déploya loutes ses ressources, et riionime toutes les niagnilleenccs de ses inventions. Sur une assise de trente pieds de haut, dont les pierres sont parfaitement bien jointes et polies, s'élèvent vingt- quatre colonnes cannelées qui supportent une frise d'une admirable simplicité. Sa beauté, sa blancheur, ne peuvent se comparer qu'à celles du front virginal d'une jeune fille...

Au fond de cette galerie aérienne sont des colonnes plates, et l'espace y est si bien ménagé, que le jour, l'air et l'œil les parcourent sans peine. Les architraves, les chapiteaux et les basreliefs sont d'un gont exquis

Jean-Loui» le ctiarbonnier.

Le geaie qui dicta l'arrangement du Parlliénon a dirigé de ses propres 1 et de sueurs mauis la pose des pierres de ce tenuile. A droite et à gauche s'élè- 1 au nombre 465 r

vent deux pavillons carré

Earfailement incorporés ai, âtiraent général; et, au milieu, un magiiifique portail, au-dessus duc^uel est sculpté un Apollon condiiis^int son quadrige eélesie : la présence de ce dieu semble aiiuoucer que ce jialais, trop grand pour la petitesse de riioinme, est la demeure des immortels. Tout augmente cette croyance ; la piireié de l'air, l'éclat d'un ciel d'azur, et la majestueuse rapidiiédu Meuve, qui, après avoir parcouru l'empire , s'empresse d'en apporter rhommage an maître de ce nouvel Olympe...

Quant au dedans, nous soussignés pauvres écrivains, nous n'en parlerons pas, attendu que nous n'avons jamais eu l'honneur d'y être introduits. Nou> n'en admirons pas nmins liinuiense travail que cet éilidce a coûté à dix générations d'hommes et de bêtes. En effet, les fées et les génies, aulrenient dit les surintendants et les nuni-tres ( si tant est qu'on puisse leur donner ces noms, le dernier surtout', qui construisirent ce va4e monument, y ■consumèrent plus de trois cents ans de peines (de leurs gens s'entend) : les ouvriers y furent employés de 91.912,500.095,258,912 349,781,25'9; ils mangèrent

ji:an-louis.

2ô8.9-lô.9Sn.578.0DV),000.t>Mî.(;«7,778.8S!).H 1,122 de boi>sp;..ti\ do blé aux IroL- qiuirUs avarie; pitts , 5."i!t.lOn.!tO.">.!i-20,Mn,8IO.OO'.i de iviquels de carollcs. itfm 52 iiiillinixls de livn'S de vaclus ; quant au fin... le lleuve euulail à eem p-is d'i u\. Les niavcnis y e;is!-èreui lovalemont pour ireule milliuus de UKidiiiie." :)p|i;\i'ieiiaiit à l'Klai ; pour ce qui esl de leuis outils paiiiculiei->. il> n'eu lll'i^èl■em une pour vingi-sepi livn-s di\ >ous... Celle iiiiposaule bàli.-se u'esl. du reste, qu'uu uiouuuieul fuuéraire, car il y esl uiorl une foule de uiiindc. soit eu creusant les rondenieuls. soit en élevaul les écliafaudagcs, soit sous le bàlon des eluf^. soil de l'aini, de soif, de froid, de chaud, d'apoplexie. d'êpil>p>ie. de la pépii' et du farcin.

Ce que la po-leriië .uira le plvis de peine à croire, c'est que ce t^ajbel royal n'a eoùié que soixante milliards environ, lesquels sotxaute milliards furent acquittés seriipuleusemeut et saïus révolte atKUue, par le plus spirituel des peuples du monde. Cet amas de pii-rres a, du re-te. vu bien des cho>es, dont quelques-unes sont bonnes à dire, et beaucoup à cacher. Il a été souillé par les visites de vingt millions de meiUeui's, llalieurs, nous voulons dire de courtisans ; pour Ce qui e^l des courtisanes, iniittipliez le nombre des courtisaus par le i li iTre 0, et vous approcherez... Le nombre des du|Vs qui M' iires~èreiil dans son enceinte s'élève à cinquante millions; celui (les c.iqiiins à quarante-neuf millions, et.... il n'y cul que ireuie-deiix honnêtes gens'.... encore vingt-cinq d'entre eux, victimes de leurs vertus, en fnrenl-ils igooiniaieu>emeul bannis!... Ce ehef-d'oeuvre du génie des hommes, celte soinplueuse preuve de Cornes leur.- misères vivra-t-elle?... nous l'ignorons... L'inipurlant pour nous, c'est qu'elle existait en 1788, el que noire héroïne dcineuraii alors à ce palais estraurdinaiie... quand uuus disons à, cest 'con;re.

Ciier lecteur!... nous aimons bciucoiip les lecleurs, mais plus particulièrement ceux qui, au lieu de nous loiur (/ocare). nous acliéleul. Nous ne vous ferons pas l'injure de croire que, d'après noire description détaillée, vous soyez à chercher le nom de ce palais... Cependant, dans le cas où nous aurions été obscurs, car nous sommes trop polis pour accuser voire perspicacité, nous vous invitons, lorsque votre ménagère, laide ou jolie, vous aura fait prendre... votre café, ou louie autre chose, que vous aurez l'estomac garni, le Ventre Ubre. les pieds chauds el les idées nettes, à déboucher, par tel chemin que ce soit, sur la place Sainl-Cerraain-l'Auxcrrois, en ayant toutefois la précaution de lever liéreiueutla lèleet d'ouvrir les yeux. Quand vous aurez vu el reconnu le Louvre, baissez un peu cette léle aliiére, et vous apercevrez, contre le grand guichet à main gauche, un petit tonneau !... telle esl la demeure de Fanchelle.

Cette habitation n'a coûté qu'une journée de Uavail à Jean Maligot, rue de la Verrerie, u tjl. Il l'a fabriquée enlre son déjeuner et son diner. Ou l'a payée six francs, et l'on ne prit la sueur de personne pour les solder. On n'y a cassé aucun outil. Aucune créature n'a péri, si ce n'est un pauvre ver que la duluire a écrasé. Quoi qu'il eu soit, ce tonneau diugénique eoniieni ans i bien son homme que le Louvre, car il a six picîis de haut, el neuf de circonférence ; il contient même en sus un fauteuil vermoulu qui vieai de la vente du premier couseillcr-clerc qu il y eut au parlement "de Paris ; on y iriiuve encore des poches qui renferment des bis troués, du (il, des aiguilles à tricoter, et il est recouvert d'un lalTi'tas noir. j;cdis blanc muiré, reste de la robe qu'avait inademoi-elle de la Valliere le jour... ou la nuit où Louis XIV... Mais, chut! gardons les secrets de 1 iital ; |a Force vaut bien feu la Bastille.

Celle modeste maison se trouve là comme une violette près d'un Ci.-dre. Jamais aucun de ceux qui habitèrent le Louvre n'eut l'àine aussi tranquille que Fauehelle, quoiqu'elle ne se connût sur la terre ui père ni mère, parchemins, fortune, el autres conséquences de la vie sociale. Elle clail gaie... partant pauvre !... Pauvre!... non, car clic payait un franc de capilalion pour des objets qui en valaient plus de cent mille : a savoir, une jolie taille, des bras ronds el potelés, deux mains dont les doigts efiilés et mignons finissaient par une substance Cornée colorée comme une feuille de rose; des pieds qui n'avaient que deux pouces de large, ebaiiuani indice!... item, deux peiiis Seins rondelets, fermes el bien séparés, qui commençaient à grossir, s'euibedir el frémir ; euOii sa bouche élaii une grenade ; son œil, une étoile ; ses dents, dcs pei les ; sa joue, une pécbe ; chaque geste, nue grâce ; son eosenible. un enchantement.

N'allez pas vous enflammer, el croire quelle fût parfaite : son joli petit n. z n'était pas tout à fait aipiilin ; ses sourcils, arcs parfaits, malheureu-emi-nt un peu trop touffus, donnaient à sa physiuiKniÉie une expression de fierté qui aurait fort bien convenu à loin ^.utie qn'à un pauvre enfant (rouvé ; décidéinenl. ses yeux noirs étaient trop grands, el les cils trop longs en amortissaient l'éclat, presque humide... <>s é .onins ilt-laiils n'étaient rien en comparaison de celui que nous allou, -igiMler : oui, belle l'anehette, non- le dirons, vou- vous portiez trop bien, et votre fiaieheur, lille de la pauvreté el de la vertu, vou- empêchait .le posséder ce teint blafard, apanage des filles de qualité, el décoré par leurs soupirants du nom d'intéressante pâleur, inéTilable produit des nuiu employées au bal, aux

\yiuxhalls, aux conceris, et à mille autres amusemenis que vous ae !(innaissiez pas.

A présent c'est votre fiuile, aimable lecteur, si vous n'apercevez pas Faiiebette travaillant dans son tonneau, l'ufil pudii|uemeni baissé, et le relevant avec gràee pour lorjj;ner, iiivolonlairemeiu sans doute, chaque beau cavalier qui venait a passer sous le guichet du Louvre. Ou était en juin, el tous les négociants d'alors avaient daté Irurs lettres du 27; trois heures sonnaient à Saint-Geiinain-l'Auxerroi- pour annoncer les vêpres. Ties-peu de inonde s'y reiidail, allcn.l»i qu'il livait plu tonte la journée, el vous savez les résultats d une pluie à ^iris.

Depuis deuN minutes, Fanchelle, l'œil fixé sur la rue des l'rêlres, suivait avec curiosité les mouveiuenls d un assez beau jeune hoiniiic habillé tout en noir, et qui sembl.iil se diriger vers sa boutique. A voir la pn'caulion avec laquelle il posait, sur chaque pavé saillant, un pied fort proprement chaussé, on eût dit qu'il uiarchaii sur des charbiins ardents, à l'instar de je ne sais quel saint. A force de manœuvres savantes , le jeune homme parvint à tiavcrscr locéaii de boue qui couvrait la place, et son génie s'exerçait à passer le ruisseau, lorsqu'une voix criarde l'arrêla au milieu du saut gracieux qu il méditait. Celle voix parlait du gosier d'une créature haute de quatre pieds neuf pouces, à fi^ui'e de fouine, à jambe de cerf, et à échine crollée I oh! mais crottée !... elle puriail nu sae à procès qui la couvrait presque tout eulière.. Celle créature avait nom Courollin, et élail nègre, c'esi-à-dire petit clerc de procureur.

— 51onsieur Vaillant !... monsieur Vaillant !... on vous attend au Palais !... c'est l'affaire de monseigneur le duc de Parlhenay !... voici le dossier!...

lin prononçanl ces paroles d'une voix clairette, Couroitin agitait le dossier qu'il avait tiré de sou énorme sac ; ce niouvemeot foi exécuté avec tout lurgneil (l'iiii jeune conscrit poriani un vieiiv drapeau.

A ces cris, le iiialire clere, car c'en élail un, se reiouiue, fait un geste impératif, el --auli' légèrement le ruisseau pour s'avancer vers le tonneau, qu'il assiégeai! d ■ ses regards. A mesure qu'il approche, le teint de Fanchelle "s'aiiiuie, sa respiration esl plus vive, son fichu esl agité, et cependant elle n'a pas d'amour!... vous voyez quelle est coupable de coquetterie, de légèreté, de vanité, d'imprudeuce et du faiblesse, tons (!• l'aiils qui se liiiiiieui par lauiaiii.

— Bonjour, iuademi>i-elle l'anclnlle, dit le cItc d'une voix doucereuse et presque iremblanle. — Bonjour, monsieur Vaillant, répondit-elle, embarrassée par les regards avides du jeune hoinine. — Je vous apporte de l'ouvrage. — lineore I ... Ah ! vous êtes une bonne pratique... — Tenez, voici des bas. — Mais ils sont presque neufs ! ce serait dommage !... — Ah! Fauehelle! dit le clerc en cherchant à lui prendre la main, jamais un bas neuf ne m'a été si doux à la jambe que ceux raccommodés par vous. — Comment cela se fail-il ? dit Fauehelle en riant. — Je l'ignore; mais ce que je sais, c'esl que vos mains laissent une suavilé à tout ce qu'elles ont touché !... — Ah! monsieur! mes mains!. . lit alors la jeune fille, rouge comme une cerise, cacha sous son tablier ses jobs petits doigis noircis par la laine qu'elle avait employée.

Le clerc, voyant ce mouvemeul de vanité, crut ses affaires en bon cliemin ; en conséquence, il allait hasarder un geste familier, qui ne manquait pas d'une certaine éloquence, lorsqu'un « bonjour, Fanchelle, » sorti de la profondi'ur d une vasle poitrine, le fil rester in statu qtto, c'esl-à-diie ses dix doigts à un demi-pied du caraco de Fauchetie.

Le clerc, désappointé, se relournant vers l'imporlune basse-iaille, aperçut un giand garçon de cinq pieds dix pouces (vieux siylei, gros, brun, frais, réjoui, ne doutant de rien : el certes, il avait bien raison, car ses fiirine> alhlétiipies annonçaienl la puissance de renouveler le plus difiiciledes douze travaux d'Ui'rcule; or, si vous vous reportez en 1788, temps oùles femmes... sensibles étaient beaucoup dans l'Elat, vous convienditz que Jean-Louis devait marcher tête levée.

Les forces du fils d'Alcmène ne furent pas le seul don que la nature prodigue versa sur cet èlri' piiviléiié. Jean-Louis y joignail encore une rare perspicacité; aussi deviua-l-il de suite tout ce que l'âiiie cléricale de Vaillant renfermait de dé-irs. Un charbonnier n'aime pas plus qu'un duc le rival qui veut lui soufller sa niaiiresse, et il s'en venge quand cl coniiue il le peut : c'est pourquoi Jean-Louis, frappant de son laigi; pi. d la boue qui se Iroiivail à coté de Fanch'lte, eu couvrit lulalemeiil le beau clerc; mais, dé>aruié par son air pileux, il ariêla le cours de ses vengeances, eu rafferinissaiil sur sa tête le sac de chaib )n qu il déversait déjà sur le chef de son rival, el, lançant un sourire d'iuieliigence à sa belle, il s'écria, avec le gros rire du peuple : « A ce soir, Fanchelle...» I.à-dessus il disparut, el les voûtes du Louvre reteniireni longtemps encore des éclats de sa voix.

Le clerc, abasourdi, n'osait plus reganli-r la jtdii^ ravaudeuse ; il se figurait (pie la boue qui couvrait son bel habit lui avait enlevé tout sou mérite, eu lefais.int paraître ridicule. Il voulut battre en retraite, sentant que, dans sa position, c'était la seule chose <|u'il eûl à faire. Il allait exiicuier celle manœuvre lorsque Fanchelle, détachant soa tablier, h- lui présenta d un air moitié compatissant, moitié railldur.

— Tenez, mou pauvre monsieur Vaillaul, essuyez-vous. Je suis

JEAN-LOUIS

Iiien fàcliéede la maladresse de Jean-Louis. — C'esl donc Jean-Louis

(|ue ce biuliil se iionniie? Cuninient se fait-il, ajouta le clerc,

qu'une (lllc aiuialile coiiniic vous eouuaisse nu lionniie de celte espcci; ■'...— (le^l mon |iit'leiidu I le (ils de M. Grauivel, ce riche cliarbiinnier!... - Grauivel I... uu charbouuier!... ali! uiadiuKiiàelle Fauchclle!...

L'air de dédain du beau clerc lit uu tort incroyable à Jean-Lonis (I.iMS lOprit de la jenue fille : elle eut la misérable vanité de rougir il ' sou amant, et la beule déicuse qu'elle put opposer l'ut de dire d'nu air embarrassé :

- Il est pourtant bien connu sur le port !... — Counu !... rciirit le cirrc — l^onnu ! répéta Courottin, qui composa sa ligure sur celle île ■on chef en lui présentant l'inévitable dossier... Je ne le connais |ii -, moi qui connais tout le quartier, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus CM!. nie il l'aut. Par exemple, la riche fruilicre, qui l'ouruit le dessert (le madame, la vieille marcliamli: de papier timbré, l'iiuissier, les rec rs et le gnflicr du commissaire;... même un peu le commissaire !...

— Vous voyez !... dit Vaillant ù Fauchelte d'un air de triomphe, vous voyez!... Là-dessns le clerc prit un air de dignité en ajonlaut :

— Mademoiselle, mes bas pour sept heures... Arrachant alors le dosi'wr des mains du respectueux Coinotiin, il courut au Palais.

— l'our sept heures 1 répéia Faiii bette. — H le laul bien , dit alors Cunrollin, devenu plus ex|iaiisil'par la disparition de sou chef, il le faut bien, à moins qu'd n'aille a la soirée jambes nues comme les cannibales, car il n'a que trois paires de bas de soie une sale. Une à ses pieds, et l'auiie dans vos jolies petites menottes !... — Et il; quelle soirée est-il prié? demauda lu curieuse Fanchetle... — Conunenl ! vous ignorez... s'écria le clerc malin, lorsque depuis un mois tout le quartier a été mis en rumeur pour fournir à uiaiire l'Iuidanou les cinquante biscuits, les vingt-cinq glaces, et le thé de la Chine que j'ai vu labriquer ce matin avec du ||vulnéraire suisse chez ce gros confiseur du coiu. — Ah !... c'est chez vous !... je voudrais bien voir cela, et vous aussi, n'est-ce pas?... — Quant à moi. je suis invité... je puis aller partout, au salon même... 11 est vrai qu'il faut qu'on m'appelle ; mais j'ai lait élection de domicile à la cuit-inc. — Vous devez être bien heureux de voir liiul ce monde-là!... — Il ne tieni qu'à vous de partager ce bonheur !... Je vous oifre ma proieclioii... je n'ai qu'à dire uu mol à Justine, et vous entrerez... — C'esl bien vous, vraiment, qui me reudriez uu bon ofUce ! N'avez-vous pas dit tout à Iheure que mon père n'était pas connu dans \x quartier? Fi! que c'est vilain de renier un homme qui nous uu!ine !... Va-t-on harceler voire vieille mère pour la voie de charbon qu'elle doit?... — Commeut se fait-il que vous qui avez tant d'esprit, inadcni')iselle Fancheite, vous soyez encore à comprendre que je suis «.bligé. par état et par prudence, d'être l'écho de mon chef?... Il avait cent fois tort... je devais lui donner raison .. Cela u'empèche pas que je ne respecte inlinimcnt M. Granivcl, dont les deux rives de la Seine connaissent les bateaux et la probité. — Vous nagez donc toujours entre deux eaux? — Kcouiez doue, mademoiselle l'anchette, le poisson ne peut vivre que comme ça... Au surplus, il s'agit de M. Vaillant; ne perdez pas votre temps; vous l'avez entendu, il lui faui ses bas pour sept heures ; n'oubliez pas de les apporter si vous avez pitié de mes jambes; elles ont arpenté tout Paris. . Adieu, mademoiselle.— Eh bien! ce tlié que vous deviez me faire voir?... — Un Courotlin n'a que sa parole, dit noblement le clerc ; présentez-vous à Justine, et vous entrerez; je m'en vais lui en glisser deux mots... Adieu, mignonne.,.

Là-dessus le chat judiciaire reprit sa course, sans s'inquiéter des ruisseaux, et en trois minutes il fut chez mailre Plaidaiion.

Fancliette se mit à lonvrage, et comme M. Vaillant ne lui avait pas donné beaucoup d'occupation, elle eut bientôt terminé; alors elle s'achemina vers la (lenieure de mailre Plaidanon.

Comme elle montait l'escalier, un furet dont les naturalistes ont oublié le nom dans leur nomenclature, Courottin, en «n mot, s'y trouva ; en un clin d'œil il lui sourit, la guide, la présente à Justine, et la recommande avec un ton et des manières qui prouvaient que la femme de chambre n'avait rien à lui refuser. 0 bienheureux Couroitin!... car Justine était la perle des soubrettes; elle avait lœil fripon (ne vous y trompez pas, lecteur, fripon est ici le mot bonnêie), 1.1 mutinerie peinte sur la figure, l'oreille line, le pied léger, le cœur iilein... bonne fille dn reste!... Néanmoins, nous devons dire que depuis quinze jours qu'elle avait distingué Courottin, elle lui élail fi- (li'le; celte lidélilé datait du moment où elle reconnut en ce dernier une grande dose de philosophie, beaucoup d'adresse, d'ordre et d'ambition; qualités dcmt la réunion produit le ])héuix des maris... Aussi Justine pensait-elle au sacrement tant de fois oublié !...

Par toutes ces raisons que nous venons de vous détailler, la re- ( ommandation du petit clerc (il obtenir sans peine à Fancheite la I rrmissiun de voir le beau monde qui devait se remire le soir même (liez le procureur. La prudente Justine eut en outre un motif parii- ( ulier d'inlérét à combler les désirs de la curieuse Fanchette. Klle allait se trouver surchargée d'une foule de soins qu'elle imagina de luire partagir à la ravandeuse.

l?eudaul que celte dernière cause et promet tout ce que l'on veut,

le temps se passe, et le robuste Jean-Louis arrive au guichet du Louvre, pour enlever, selon son habitude, la maison portative de sa belle. H cherche en vain celle-ci ; la place est déserte, et le tonneau vide. Le brave jeune homme, loin d'accuser Foiclu lie, s'adresse des reproches sur l'heure avancée à laquelle il arrive. Il est juste de convenir qu'il ne fut pas vtnbeux; deux ou trois sacrebleus lircnl les principaux frais de son discours.

Ayant dit, Jean-Louis s'empare de la maison de Fanchette, et prend en tonte liate le chemin du logis paternel. Lecteurs, si vous le permeilez, nous courrons avec lui.

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