‹ Œuvres de jeunesse, illustrées. DessinsChapitre 55 sur 92 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Par un coursier rapide on l.i voit emporliîel... Ce coursier c'est le dieu qui réiril l'univers I El, plinnt sous Europe, il traverse les mers. Elle pleure!...

Anosïme.

Déesse condamnée à trop peu de louantes. Vous mciritcz pour suite et les dieux el les anges . Ce sont eux qui devraient, cmbr.issant vos ïciioux, Partager leur encens entre leur maître cl vous. Mii.TON, Srduclion d'Eve.

Qu'un jour de noces est une belle chose!... Neuf heures du matin ont sonné ; Fauclieite saule à bas de son lit virginal, auqiud elle fait ses adieux avec une tendre joie... CouroUin a dépêché sa vieille mère, qui se présente pour habiller la mariée ; elle lui passe une robe de moire blanche ; un coiffeur lui arrange avec grâce ses beaux cheveux ; on emprisonne son joli petit pi(>d dans une élégante ch;iiissure ; sa gorge divine est voilée par une mante de malines, que l'on . a vendue au professeur pour de la dentelle d'Angleterre, et, à ira- i vers celte dentelle, le blanc satiné de la peau de Fanchette brille, ainsi que ses épaules d'albâtre, dont les gracieux contours ont été jusqu'à préscnl cachés par la siamoise ; on lui pose un chapeau de fleurs d'oranger; mais, (|uelquc chose de plus efficace que tout cela, le bonheur fait resplendir son charmant visage d'un fard inconnu aux malheureux... Néanmoins, on s'apcrçoil qu'elle n'a pas dormi la nuit tout entière, cl que mainte réflexion lui est venue sur la solennité de l'engagement qu'elle va prendre et tout ce qui s'ensuit; or, l'on sait combien cette suite-là éveille de pensers dans le cœur d'une jeune fille !...

Jean-Louis arrive tout paré; sa mise est simple; instruit parle professeur que l'habit ne fait pas le moine, il avait déjà envoyé chez le fripier les habits dorés dont son père lui fit présent pour éblouir Plaidaiiun, Il fnt hors de lui-même quand il aperçut sa douce et tendre fiancée, embellie par tant d'attraits étrangers... Car on a beau dire, la toilette ajoute beaucoup à la beauté. Le charme de la vertu répandit un parfum céleste sur cette scène touchante, et le professeur s'écria en achevant une tranche de jambon : — C'est un bien bel argument qu'une femme!...

Le père Granivel entre, gêné dans sa marche par ses habits de cérémonie. — Tiens, mon enfant, dit-il à Fanebette avec bonhomie, je t'apporle tout le bien que la famille t'a l.iissé ; je le dois compte de ma gestion. Alors il lira \\n médailhm tenu par une chahie d'or; il coiiteii:iit un portrait de femme.

- Voi( i ton héritage cl la dot, et il lui passa au cou la chaîne d'or.

Elle embrassa son père en lui disant: — De combien ne vous siiisje pas redevable!... Je vous dois jusqu'à mes vertus. Elle fut s'asseoir sur nu canapé, et Jean-Louis, enchanté, met cinq louis dans la main de la vieille mère de Coiirotiin, et s'approche du caii;ipé, en

JEAN-I.OUJS.

ressemblant di's forces pour puuvoii- résister au torrent de délices qii l'iiioiidi- et fait bnuilluiiiK'r tuul son sang.

En cet iii>taiit, le léger clerc arrive, cl salue avec un air rusé toute la t'uniillc, en di:<ant :

— El les témoins, qui de vous y a pensé?

Snr-le-cliamp, invilalimi fui faite à qualrc personnages d(^ la rue Tliil)auli)dé, qui, allc'cliés par re>péraDce d'un bon diné. accoururent an>si vile qu'un veuliu ; or, vous connaissez la célérilé d'un venlru Cil pareil cas.

— Le temps n'est n'est pas certain, dit le clerc, il vous faut deux voilures. — Certes, mou ami, ma Fancbetie ne peut pas aller à pied à l'église. — Pourquoi donc pas? la nature nous doinia lesjanibes pour mareber. — Mon frère, la décence... Est de convenlion. — N'uu-, serons suivis de tout le monde. — Taul mieux ; il y aura plus de léinoius de leur bonheur !...

Jlais déjà Jean-Louis avail pris CouroUin dans un eoin, et le priait d'aller chercher deux honnêtes liacres.

Le roulement des voilures se lit entendre, et le cœur des deux époux battit d'une joie toute céleste.

I.e galaut Jean-Louis doinie le bras à sa mariée : l'empressé Couroitin a beau vouloir détaehcr le marchepied du fiacre, il ne peut y parvenir : le cocher portait une figure enluminée, el des ornements rouges sur son nez, qui prirent une tournure énergique, lorsi|u'en sacrant et jurant il s'écria : « Ce n'est pas de ce côté-là ; déjukliezvous, sacrebleu ! mes chevaux sont méchants !... » Jean-Louis iiiipalienlé, lire CouroUin à lui, le colle contre la borne, saisit sa fiancée par sa jolie taille, et la pose sur le fatal coussin du fond ; il se retourne pour attendre sou père ; la portière se referme d'elle-même, et les chevaux preiiuenl le mors aux deuts; ils s'échappent par la rue des Bounlonuais, el ils ont déjà tournés la rue Saini-IIouoré, quand le chaibiuinier stupéfait regarde la place où fui la voiture !...

— Grand Dieu! s'écrie CouroUin, dont la figure annonçait l'effroi le plus grand, nos sommes trompés!... on vous l'enlève. — Qui? demanda Jean-Louis. — L'infâme cocher. — Parbleu ! je le sais ; mais qui?... — Il s'est ofl'ert avec tant d'empressement! — Qui le fait agir?... — Je l'ignore, mais!... — Eh bien! qu'y a l-il, mon ueveu? munlous, s'écria le pyrrhonien. — Moutons, répète le père Grauivel.

— Panchette est enlevée! repond Jean-Louis; je jure, repril-il en fermant ses poings el les yeux en fureur, de tuer son ravisseur!... Parleras-tu, magot de plâtre? s'écria-t-il en saisissant le pâle CouroUin à la gorge. — C'est le marquis de Vaudeuil. il avail dit, le jour du thé, à son grand coquin de laquais, de l'enlever pour sa petite maison. Le laquais, je me le rappelle, rôde depuis trois jours dans le quartier ; mais, connue il y a une cousine, j'ai cru que c'était chez die qu'il allait. — Tiens, mon ami ; et Jean-Louis donna une poignée de louis à Courottin, dis-moi oii demeure ce Vaudeuil? — Chez le duc de Parthenay !...

Jcau-Louis n'en entend pas plus ; il court, il vole. Laissons-le courir. Les quatre témoins el les deux frères se regardent mélaiicoliqueuient.

— Frère, quel malheur ! dit Granivcl. — Ce n'est pas un malheur.

— C'est un bonheur? — Non. — Qu'est-ce donc? — Un fait encore sans quahlé ; attendons pour discuter. Et le philosophe, sans remonter avec eux, resta auprès di' la porte, occupé à chercher si « ouvrir ou fermer celle porte u'élait pas une même opération déguisée par les termes... » Il eut la constance de l'ouvrir et de la f'rmer pendant nue demi-heure, en argumeulanl à lui tout seul... Mais il appUquait cette opération à la vie el à la mort, et il pensa des choses sublimes

La voilure emportait Fanchette avec une effrayante rapidité; son bruit étouffa les cris de la jeune fille, qui ne put baisser les glaces ; elles étaient arrêtées par un secret. Elle prit le parti de se taire, mais le diable n'y perdit rien, car des pleurs de rage sillonnèrent sa jolie figure. Celte voilure d'enfer parcourut tout Paris, et, après cinq heures de tours, de déUiurs et de courses, elle se dirige vers les boulevards du Pont-aux-Chuux, entre dans une rue déserte, et roule sur le sable ; enfin elle s'arrête auprès d'une maison sans apparence, ilont la porte s'ouvre et se referme après avoir reçu la voilure. Ou lient les chevaux, le faux cocher ôte son masque et sa perruque; l.adeur ouvre la portière, deux hommes saisissent, malgré ses cris, la pauvre Fanchette, et elle est transportée, comme par enchanleliient, dans uue petite pièce où elle resta seule. La beauté de ce bondoir la surprit ; l'odeur des parfums les plus suaves calme son agilaiiuu; elle s'assied sur un meuble soyeux ; elle lève les yeux, el se croit sous le ciel ; des oiseaux voltigent sur un plafond, chef-d'œuvre de l'art ; les dorures, les recherches l'éblouisseul; les murs mêmes sont déguisés sous les étoffes les plus précieuses, drapées avec une rare élégance. Sa pose sur le canapé où elle est, devient insensiblement moins roide, elle s'y étend avec complaisance... alors une voluptueuse musique l:til entendre les accords les plus tendres, et une voix délicieuse invite au plaisir par des sous filés avec un art admirable... Tous les sens de la jeune fille sont trop occupés pour qu'elle pense à sou malheur!...

Une porte s'ouvre, un jeune seigneur parait, vêtu avec toute la

magnificence possible ; tous les ordres de la France le décorent. e> Fanchette frémit en reconnaissant la figure noble el chcvaleresqua du marquis de 'Vaudeuil. Une timide rougeur colore son visage.

— Fanchette, dit-il d'une voix Ireuiblante et douce, me pardoa nerez-vous?... Dieu "... que vous êtes beUe ... Oui, j'ai vu la reine cl les plus jolies femmes d'Europe, elles vous céderaient toutes d'elles-mêmes le prix de la beauté... Le marquis n'approche point de Fanchette, mais il déploie toutes les grâces de son corps, et elle ne peut se dispenser de les voir. Le séducleiu- coiuiiine : — Je suis bien coupable I... hélas ! l'amour le plus violent csl mon excuse, el je n'ai pu résistera la tentation de vous adniiier un instant sans que mon bouilleur fût partagé par d'insolents rivaux : vous êtes vousmême la cause de ce crime... vous n'avez qu'à parler... je vais obéir...

Avouons que l'esprit de Fanchette, de même que ses sens l'étaient, fui séduit par ce discours, débile avec raeeent d'une passion véritable... mais l'image de Jean-Louis lui apparaissait, ainsi que la scène de la veille. Aussi répondit-elle :

— Monseigneur, je suis simple, el j'avoue que vos éloges me flattent ; n'espérez cependant pas arriver à mon cœur, un auire y règne pour toujours. — Ma chère Fauchette, je ne veux que vous voir el vous adorer, même saus espérance! .. — J'en conserve une, monseigneur, c'est que vims me rendrez à rinstaul à ma famille el à mon li.incé. — Eh ! le puis-je, cruelle Fanchette? s'écria le marquis en se glissant sur le canapé où était sa victime... Fancheliel... déesse (le mou àme, me refuseras-lu le ti iste plaisir de savourer ta vue peud uit (pielques instants? — Ah 1 l'oyez-oioi plutôt, monseigneur, car, si vous m'aimez, ma vue auginiMitera un amour indigne de vous et (le moi. — Eh ! le puis-je. belle lanchette ?... répondit galamment le rusé marquis ; il csl iio|iiissil)le de vous fuir après vous avoir vue... Mo eoivraiil ainsi Faoeliclle d iloi;es, le courtisan portait à ses lèvres la jolie main de la jeune fille. Elfiayée de 1 action du manjuis, et plus eiieore des regards entlammés qu'il lan(;ait sur elle, Fanchette se leva l'récipilaunueul, cl fut se réfugier à rexlréinilé la plus éloigoée du boudoir. L'effréné Vaudeuil contempla un moment avec délices la charmante colombe qui voulait se soustraire à sa destinée ; puis, se levant transporté de désirs, il s'avança vers Fanchette, l'âme pleine de voluptés coupables.

Aux éclairs qui sortent des yeux du marquis, à l'expression de sa figure, Fanchette aper(,^oii toute l'étendue du danger ; elle se précipite à genoux, el là, les bras tendus vers son persécuteur, elle s'écrie :

— Monseigneur, au nom de votre mère, prenez pitié de moi!... Quehpie cruel el vif que fût le cœur du coiu'lisaii, l'air, l'accent et

les paroles de Fanchette l'émureul involontairement. Il fixa le chefd'œuvre de grâces et d'inuocencc prosterné à ses pieds, et eul Inmle de lui-même. Ce remords inaccoutumé sauva la jeune fille pour l'instant; peut-être aussi le désespoir et l'énergie empreints sur son visage servirent-ils à arrêler les odieuses entreprises du marquis.

— Votre place est-elle à mes genoux? s'écrie le Vaudeuil en s'approchanl respectueusement de sa captive. Ah! belle Fanchette, pouvez-vous croire que vous ayez quelque chose à redouter près de l'amant le ))lus tendre el le plus soumis? — Monseigneur... — Itassurez-vous ; dans ces lieux vous êtes souveraine, et tout doit obéir à vos ordres. — Alors, permettez donc, monseigneur, que je quille une demeure si riche et si peu faite pour moi. —Cruelle Fanchette! pourquoi me demandez-vous la seule chose que je ne puisse vous accorder?... excepté votre liberté, de laquelle mon bonheur et ma vie dépendent, il n'est pas un vœu que vous puissiez former qui ne soit accompli à l'inslanl... parlez, et les bijoux les plus précieux, les parures les plus brillantes, viendront embellir vos charmes... je mettrai ma gloire à les de|ioser à vos pieds. — Monseigneur, tant d'honneurs me déshonoreraient; pauvre, orpheline obscure, je dois resler (laus la classe où le ciel m'a placée... Dieu m'est témoin que je n'ambiiioiine pas d'en sortir. — Pouvez-vous demeurer insensible à loui < r ijue l'amour, les grandeurs et les plaisirs ont de séduisant?... — .Maosi iyneur, je suis plus sensible à la honte... — Y en a-til, belle Fanelielle, à obéir aux plus doux |ienchants de la nature?... regardez-vous, de grâce, ajoiua le marquis en plaçant la jeune fille devant une glace, voyez ces traits fins et délicats, celte bouche de roses ornée des perles les plus brillantes, ces yeux dont le doux éclat commande l'admiration el l'amour!... vous devez plaire, séduire, subjuguer ; je dois vous aimer, belle Fanchette, il nous faut subir cette destinée...

Ce n'était pas en vain que l'adroit courtisan comblait celte jolie fille d'éloges (latteurs; digne enfant de notre mère Eve, la vérin de Fanchette s'amollissait aux accents de la louange : le Vaudeuil s'en aperçut; mais trop consommé dans l'art de la séduction pour risquer de détruire, par une conduite téméraire, les dispositions moins craintives de la jeune fille, il résolut au contraire d'accroître sa confiance, et, pour cela, se mettant à ses genoux, il lui adressa ces paroles captieuses :

— Adorable Fauche i!e, il n'est que trop vrai que je ne puis vivre sans vous; mou bonheur serait de ne vous point quitter, de vous en-

JEAN- LOUIS

tourersan* ct»sse do mes soins et do iiittii anioiir... Cependant, si tel.o (UT>|ieelivo déluicuse priir moi c.ulle un soupir ù votre oanir, je >iiis prêt à s;icrilier ma félieité, mes vœux, mes espëraiices, au uuiiiidro do vos dé.-irs.

Oui. eli.tnnaute tille, ces désirs seront des lois pour le inalheHi-eux marquis de Vaiideuil; parlez, ei du<sé-jo payer ma soumi>sion do ma vio, les pories de cette deraouro voui s'ouvrir devant vous... mais, avant do fnir à jamais, aecordoj: à l'Iumune qui vous idolâtre nne faveur bien U-gèrcet dont votre rigide vertu n'aura point à rougir... — (lue mo deniaudoi-vims. umuseiiîiieur .' dir Fanolioiie en baissant les vous. — l.'uuique graco que je sollicite, c'est que vous consenliez à ro>ler encore un jiiiir on ce> liou\: ce d('lai ovpiro. si vous porsisloz à vouloir abandouiier l'amant le plus lendio ol lo plii^ sincère, je jure sur l'bonni'ur de vous rendro à vos amis, à voiro f.unillo, et penl-élre à un rival prélorc... J'ose o>périr que vous ne mo refuserez pas la seule faveur qui peut me garantir du désespoir.

Toute naivo qu'était Fauchoile, ollo comprit qu'il fallait accorder au marquis ce qu il n'élail pas ou son pouvoir do refuser. Elle soupira, pard.i le silence, cl parut se résigner à son sort.

Le Vandeuil. plein d'espoir et d'ardour, se mil alors à dresser sou plau de campagne; par ses ordres, tomes les délices des arls furent rassoniblées pour subjuguer l'imagiiiaiion et les sens de Fancbeiie; jamais oonquêle de grande dame n'avait coulé tanl de soins! De son cùié. la jolie capiive forinait des vœux, pensait à Jean-Louis, et jurait de se conserver pour lui.

IVudaut que cbacun formai! dos projets, l'beure coulait, ei la nuit arriva. Le Vandeuil vint alors retrouver Fanclioitc. La jeune fille, assise dovaul une croisée ouverte, fixait niélancoliquemont l'éloile de Vouus, dont elle avait si souvent admiré l'éclat avec Jean-Louis. — Hélas! se dit-elle, s'il regarde niaintenaiil le ciel, il pense à moi... Lo marquis, au soupir sorti du sein de la jeune tille, devina l'espèce d:' pensée qui l'agitait.

— Dollo Faucheite, pourquoi fixer le ciel d'un air d'envie?... Les di.imanis de la voûle céleste sont bors de ma puissance ; je ne puis les inollre à vos pieds...

A ce Compliment, prononcé d'une voix douce el tendre, Fancbelle se retourne vivemoni; elle tressaille, et veut en vain réprimer le trouble iuvoloulaireqni la domine.

— tb quoi ' cbarniaute fille, ma présence vous cause encore de l'offroi.'... — Monseigneur, ce n'est pas vous... mais la fin du jour... ITif ure noire... que vous dirai je?... — Puisque l'obrcurité vous déplai:, il faut lui ordonner de disparaiire... Génies et féos de ces lieux, b'ocria le marquis eu élevant la voix, comblez les désirs de votre souveraine!...

Aussitôt les bo.squets du jardin sont illuminés comme par encliantomenl: des gerbes, des feux variés, s'élancent dans les airs, elle cbiffre de Faucheite, entouré de devises amoureuses et de serinonls, V parait sous mille forme différemes. Mais bientOl tout rentre dans l'ordre accoutumé; les arbres reprennent leur vert feuillage, et la nuit -ses voiles sombres et son calme paisible

— Belle Fancbette, ditalor^ le marquis à la jeune fille émue, ainsi ne finira point mon amour; aus^i vif que ces feux, il sera durable comme la fixité des nuits... — Ah! nnuiseigneur, répondit l'amante àc Jean-Louis, pourquoi adressez-vous les attentions empressées d'un amour si délicat à une pauvre lillo qui ne peut y répondre?... mon csLiir n'est plus à moi... — Allmis, ri|)rit Vandeuil, je vois que votre mélancolie revient avec Vlicure noire. Il faut chasser l'ennemi...

A ces mots, le marquis po-e le doigt sur un boulon; il appuie, et nue nouvelle merveille vient frapper les regards de Faucheite. Le plafond du boudoir s'eutr'ouvre, et un magnifique lustre de cristal, surchargé do bjugies odorantes, descoud doucement. L'éclat des luliiiuii-s est répété dans les gla<:es, el Fancbelle, en y jetant les yeux, peut jouir de la vue enivrante de sa beauté; alors des voix mélodieuses se foui entendre; une musique aérieime les accompagne el prêle un charme invincible aux chants volu[>tueux qu'elles soupirent.

Vous conviendrez, aimables lectrices, que la galanleiie du marquis était assez bien entendue ; il couroinia lo chi'f-d'o'uvre de la séduction en prenant congé de Faucheite avec des paroles aussi tendres que re-peetueuses. Laissons des femmes de chambre, attentives et adroites, dé>habiller notre béioïue; laissons cette dernière s'étendre sur le duvet le plus moelleux, après toutefois avoir visité et barricadé toutes les pories de sa chambre, et adressé au ciel, qui s'inqui('tait furi peu prob.iblemeul alors de l'innoeence en danger, une prière ardente puur qu il la conservât digne de Jean Louis... Et, là-dessus, dormons connue Fancbette...

Le lendemain, à huit heures, Fanchctte ouvrit les yeux, fraîche comme llobé, belle comme Vénus, el pure cunnm: Minerve... chose qui n'élail encore arrivée qu'à elle dans la inaiscm du marquis de Vandeuil. Quelle est sa surpri-e et son effroi!... Malgré ses précautions, on a [léuétré jusqu'à elle... Les étoffes les plus riches sont étendues sur les n eubles; sur la toilette, un riche écrin composé de giiandoles d'une eau admirable, d'un collier de perles rares, de b :g<ii:s et de bracelels, e>l placé avec art. Près du lit, un peignoir élégant garai dedeuleDes maguifiques} de tous cùiés, euliu, les mer-

veilles de la parure et des arts rappellent l'amour et la retenue adroite du marquis.

ranohelte, étonnée, se récrie : à sa voix, des fenuues de chambre entrent dans l'appaitiMnoMl, et oITront leurs soins empressés. Avant qn'olle ;iit lo loiiips <lo l:iiro un choix, la jeune (illo est habillée avec une simplicité rccliorcliée el un goiU exquis. Elle semble être servie par des fées : c'est du moins ce qu'elle se dit tout bas, n'osant s'avouer le plaisir que la vue de sa beauté lui cause.

Enfin, d'enchanlomontsen enchantements, la moitié de la journée se passe. Faneliette. environnée de tout ce qui lente le plus la vanité, f des femmes, voit cependant arriver avec plaisir le moinont qui doit f la rendre à la liberté et à Jean-Louis. Elle pense au fidèle ami de son enfance, à la douleur qu'il a dû ressentir de sa perte, el à la joie [ que va causer son retour... Sur ces eniretiiites, Vandeuil, paré de I m;iniore à mettre dans le jour lo plus favorable les avantages qu'il a reçus de la nature, entre dans lo boudoir. Il y esl à peine, qu'un maille d'Iiotol vient annoncer que le diner est servi,... Le marquis se love, donne la main à Fanchctte, et la conduit à la salle du festin... Oh! pauvre Fancbette, tiens-toi bien!

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