‹ Œuvres de jeunesse, illustrées. DessinsChapitre 70 sur 92 · Ignorant les circon · texte numérisé non relu

Ignorant les circon

stances qui avaient amené Abel à ce point de crédiiliie et de sauvagerie, îe curé s'imagina que c'était quelque jeune hiiinnip qui avait perdu la iè!e, et il s'efforça de démontrer .'i Catherine qu'elle courait de grands dangers auprès de cel être extraordinaire. 11 lui prouva de plus en plusqiie les fées étaient des personnages imaginaires créés par pure faniaisie; et, pour le lui fnire cdinprendre, il lui lut et lui expliqua le conte de Peau-d'Ane, une f.ib'e dt; la Fontaine, un conte oriental, ei l'engagea à ne plus retourner à la colline.

Calherine, en qnillant le curé, Iroiivait qu'Abel n'était point fou; (pi'elle ne courait aucun danger auprès de lui, si ce n'est le plus grand de tons : celui d'aimer sans espoir de l'être.

Pour réns-ir. elle résolut de faire un dernier effort auprès de son ;inii de la montagne, en lui racontant l'histoire de la ieune moissonneuse.

LA DERNIÈRE FÉE

Elle accoiinit dom- un m:>liii : et. s'afsin aiil van> façon à sos côti'S, elle ciinmicnva par lui ilire qu'il n'y avait (loim do foes : puis clic làtlia de lui f.iiie conipi-fiidre les raisouucuiciils du curé.

— Caiherine. répondil gravemoni Aboi, on no nie prouvera jamais qu'il n'y a «pie nous dans la naluie. (lui a f.iil lonl ce une nous voyons ' c'est un grand gonio. 11 v a la fée de> neur>. la fee des eaux, la "fée des airs. Est ce ([»•• tu u'e^ pas poricc, coaime moi, ù aiuicr quelque chose hors de loi?

— Oh oui ! dit-elle.

— Eh bien! n'iniagines-tu pas des (leurs qui ne se fanent point, et un jour qui n'aura pi'iiul de nuit? Tout cela ïC trouve chez les fées : les fées demiurenl par del.i les cieux, car les cieux sont le parvis de leur temple, et les étoiles sont les marques de leurs pas. Lorsqu'une tempête couvre le ciel, c'est que de mauvais génies se sont iHîbappés de leurs prisons, ou qu'ils oui cassé les bouteilles qui les renfermaient.

Catherine, est-ce que tu n'as pas envie quelquefois d'èlre autre part que là où tu es? Ne désires-tu pas voler dans les airs, et te confundre dans uue adoraiiou amoureuse, comme celle que j'ai pour uue fée ?

— Si, dit-elle bien doucement; je suis chrétienne et j'aime Dieu.

— Dieu ! reprit Abel, quel est-il?

— C'est lui qui nous a faits à son image, pour le servir et l'adorer... dit-elle d après son catéchisme.

— Ah! j'euieuds, contiuua Abel, Dieu est le roi des fées et des gëuits.

— Mais le curé m'a dit qu'il n'y a pas de fées!... dit-elle avec dépit.

— (Ju'est-ce que le curé? demanda sur-le-champ Abel.

Il fut impossible à Catherine de faire entendre à Abel ce que c'élait qu'un curé : elle s'embarqua dans une explication de l'ordre social, et ne put achever sou explication, parce qu'elle s'y euiorlilla.

Enfin, elle s'en tira en concluant : qu'un curé était un homme qui ne se mariait point parce qii il ne devait aimer que Dieu, le prier pour tout le monde, et s'habiller de noir.

— On ne prie donc pas Dieu soi-même? dit Abel... Mais, repril-il, si ton curé t'a montré dans un livre qu'il n'existait point do fées, je m'en vais te montrer dans un auire qu'il y a des fées!... Il courut cherchiT un volume de contes, et lui Ut voir l'estampe de lapparitiun de la fée .\bricotine.

— Pui-que vous voulez qu'il y ait des fées, j'y croirai ! dit-elle en rougissant ; et, quand cela ne serait pas, croire à votre erreur m'est plus doux que conuaUrc la vérité.

— Catherine, dit Abel, avec cette joie d'enfance, cette cnriosilé naïve d un jeune écureuil qui court de hranche en branche en jouant avec chaque frnil, Catherine, lu m'as promis uue histoire: dis-lamoi, car j'aime à l'eaicodre parler..".

Caiherine sentit alors dans son cœur un mouvement qui ressemblait fort à celui de la peur. Eu effet, son propre sort allait se décider.

DISTOIBE DE LA JEUKE MOISSONNEUSE.

A la dernière moisfon. dit-elle en montrant les champs de la vallée, il est venu de la Lorraine (c'est un pays tout là-bas. dont 1rs habilauis sont pauvres cl vieuiienl au printemps pour faiii; ims miiisMins); il est venu, disais-je, une jeune (ille, avec sa mère. Elles éiaieni bii-n pauvres toutes deux : la mère était àgéc; maii, malgré ses inGrmités, elle a fait le chemin avec sa ûlle.

Sa fille se nomme Juliette : elle est jolie comme une rose qui vient de s'ouvrir* et sons suu grand chapeau de paille elle a l'air, avec ses cheveux bl.iiid-, d'une violette qui se Cache sous nue feuille sèche. Ses bras sont rond» et lisses conu<ie la brandie d'un jeune bouleau, et jadis son sourire était gracieux comme une malinée de priuteuip?. Elles sont venues toutes les deux à cette ferme que vous

voyez là-bas, à :t. I..1 du village : elles ont demandé à faire la moissou, ou le leur ,. permis.

Le fermier a pour fils un beau jeune homme grand, bien fiiit, basané :c'.;ti lui qui laboure lui-mènK; et qui mène lui-même ses voitures; Il esl le pins adroit du village au tir el à l'are il sait lire et écrire, et chante à l'église le dimanche; enfin c'est lui qui dirige les muisbouncurs cl tous les ouvriers de la ferme.

Il se trouva dans la salle de la ferme lorsque .Inlictte el sa mère se présenicrent : aussitôt que Juliette l'aperçut, elle pùlit et se sentit disposée à 1 aimer, parce qu'il était beau.

— Si j'aimais, dit Abel en l'interrompant, je n'aimerais pas que la beauié...

— Juliette supposait apparemment, reprit Catherine, que l'âme de ce jeune honnue était coninie l'enveloppe, el la pauvre enfant, avant de savoir si elle serait payée de retour, se laissa aller à chérir le fils du fermier.

Alors elle ne moissonna jamais que dans les pièces où il était; elle le regaidail à la dérobée, cl, s'il s'anêiailipulque part, elle ne souffrait pas qu'un autre allât couper les ('pis (pi'il avait froissés: s'il s'asseyait sur une gerbe, elle la rapportait sur sa lèlc.

Enfin elle tâchait de se trouver toujours auprès de lui, de manière que, lorsqu'il se plaignait de la chaleur, elle lui pré-entait le vase de grès plein d'eau qu'elle apportait avec elle, el faisait consacrer par ini eitie biiuieille, qui lui devenait chère aussitôt que ses lèvres y avaient lonelic : on remarqua même qu'elle ne soulTrit plus que sa pauvre mère s'en servît. El elle préféra, toute pauvre qu'elle esl, en acheter uue autre, cl, malgré sa faiblesse, eu porter deux au lieu d'une.

Lorsque Antoine parlait, elle tremblait en elle-même, el rccueillail les moindres sons de cette voix chérie : s'il lui adressait la parole, elle rougissait et n'osail le regarder; enfin, elle l'aimait de tontes les forces de son âme, saisissant avec ardeur le moment présent et ne pensant pas à l'avenir.

La mère s'aperçut que sa fille était changée, car, tout en ayaiu toujours autant d'amour pour elle, Juliette avait des distractions.

Un jour qu'Antoine .ivait aidé JnliclU^ à charger sa javelle, et que leurs mains s'étaient rencontrées avec leurs regards, elle laissa sa mère porter seule le fardeau dont elle avait couiumc de la débarrasser.

Alors, le soir, la mère dit à Juliette :

— Mon enfanl, l'air de ce pays-ci ne le convient pas, retournons en Lorraiue.

Juliette lui répondit que maintenant la Lorraine était ici, pour elle. La mère vit bien qu'il n'y avait plus de remède, cl elles continuèreul à faire la moisson.

Antoine n'ignora pas longtemps l'amour que Juliette avait pour loi, parce (pi'une nuit il la vil dans la conr de la ferme, assise sur une pierre et ne dormant pas: elle regardait tour à tour le ciel et l'endroit de la maison où il reposait.

Comme il était nuit, qu'elle croyait tout le monde endormi, que tout se tai>ail, et que l'on aurait pu entendre le liruit des images qui reniaient dans l'air, elle envoya un baiser à la chambre où reposait Antoine.

Cette muette et silencieuse adoration, cet amour secret plurent au jeune homme qui, dès lors, devint auprès de Julietle plus attentif qu il ne l'avait été jusqu'alors...

— Ecoutez-vous ? dit Catherine à Abel.

-.- Oui, oui, répondil le jeune homme qui semblait rêver. Alors Catherine répéta sa phrase en le regardant.

— Et, coniinua-l-elle, Antoine donna à Jidiette moins d'ouvrag qu'aux autres. Lorqn'il faisait trop chaud, il lui disait de se reposer, et elle se reposait avec sa mère, parce (|ucc'élail lui qui le leur avait dil. A table, il avait soin qu'elle fill bien servie : et un jour il loi ont une (bnr à sa place, Juliette prit la Heur, la cacha dans son sein; cette fleur, quoique Uéirie, y est encore.

LA dep.nK^re Fée.

Un snîr, Ini-sqiie tout le mnnJc clait couché. Juliette cl Autoiiie allèrent sassCDir sous un arl)re du jardin de la fi'iine, cl ils s'entreliiirrnl Iniigti-iiips : Aiiloinc fut cliarmé de la grâce et de l'esprit de la jiiinc (il'c. Iles lors ils s'aiiiicrciil l'un et l'autre avec ardeur el eu si'tri't. Julielic fui toul à fait heureuse, i]uand elle vit que son amour était partagé par celui qu'elle adorait, et elle se livra avec enthousiasme à l'espérauce.

Lorsqu'elle vil qu'Antoine était bien épris d'elle, alors ils cliangèleut de rolc : ce fut Antoine qui enibr.issa avec amour tout ce i|u'ille purtail ou touchait; il la reiiardail muissouncr, et l'aidait ainsi que ~a mère, qui, malgré sa longue expérience, commença à croire (pie l)Ht cela finirait bien. Alors la vieille mère souriait en voyaÊit le lils du fermier danse r le soir avec Jnlieile, et ne pas rembiasser à la contredanse à laquelle chacun s'embrasse, chose qui lui parut d'un bon augure.

Enfin, un soir, eu revenant à la ferme, Julielte, qui avait pris le bras d'Antoine, lui dit :

— Mon ami que j'aime d'amour, tu m'as donné une fleur de la terre, el mille autres Heurs qui vienucnl du ciel ; en retour, je ne puis le donner que ee ruban qui me sert de ceinture, prends-le; et souviens loi qu'en te l'oflranl, je t'ai donné toul moi-même.

Antoine prit le ruban et le garda toujours : il voulut un baiser, mais Juliette le refusa.

Ils en vinrent à se comprendre d'un regard, à lire dans les yeux l'un de l'autre, à ne plus pouvoir se quiilcr : ils confondirent leurs cœurs et savourèrent les délices d'un amour délicat et pur. 11 n'y avait plus pour eux d'heures ni de temps, de saison ni de terre : ils étaient toutûiue, et ils finirent par prendre les gestes, le parler, les manières lun de l'auire, par penser l'un comme raiitre; enfin Antoine était tout Julielte, et Juliette tout Antoine.

Alors un malin que Juliette avait pleuré, parce que le fermier parlait de la lin de la moisson el de payer les moissonneuses, Antoine dit à son père qu'il aimait Julielte, et qu'il voulait l'épouser.

Le soir même, le fermier, qui voulait me marier à son fils, chassa Juliette de sa ferme, après lui avoir donné ce qu'il lui devait : enfin il dit à son fils qu'il ne consentirait jamais à sou mariage avec la Lorraine, parce qu'elle clait trop pauvre.

Juliette sortit sans pleurer, mais elle était pâle comme une morte: elle a élé recueillie par un autre fermier, chez lequel elle travaille avec sa mère, sans rien gagner ; mais elle ne veul pas qintter le pays habité par Antoine, cl la pauvre fille est eucore heureuse de respirer l'air qu'il respire.

J'ai été la trouver un matin, et je lui ai dit :

— Juliette, sois sûre que je n'épouserai jamais Antoine, et si lu as besoin de quelque chose, lu trouveras en moi une amie qui le secourra en tout avec plaisir!...

— C'est bien ! s'écria Abel eu frappant dans ses mcins comme un spectateur trop ému.

Catherine fut interdite, tant la joie que lui causa celle louange, qui ue regardait que l'àme, fut violente et douce à son cœur !...

Depuis ce temps, continua-t-e'le, Juliette n'a d'autres plaisirs que de voir Antoine à l'église, de l'apercevoir quelquefois dans les champs; rarement ils se trouvent ensemble, mais alors ils se parlent avec un extrême plaisir, ils se jurent dé ire l'un à l'auire.

Cependant Juliette se reproche d'avoir attiré sur la tête d'Antoine la colère de son père, car le fermier a déclaré à son fils que, s'il né ■ punsait pas celle qu'il lui do. nierait pour fenmie. il le dé-hériler.^it en vendant ses biens. Juliette c;-! Irisle, sans espoir, elle se cou^unic, et elle ressemble à une jeune fleur rongée par un ver : tout le village l'aime et la plaint, et cepeudaui elle se meurt d'arauur.

Maintenant, ajouta Catherine, quel remède irouverez-vous à de |iarcils maux?...

Abel garda le silence.

— Mais, coiilinua Citherine, supposez qu'Antoine n'eût pas aime •ûlietle, ei que Julielte l'eût toujours adoré; diles-moi s'il exisierail J)ijur une àme pleine d'amour un malheur plus grand ?

En prononçant ces derniers mots, sa voix tremblait, elle regardait Abel avec, anxiété, el elle attendait sa réponse, comme la fleur d'été brûlée par les feu.x du soleil attend la rosée du soir.

— Il me seniWe, répondit Ahel d'un ton indifférent, que le véritable amour finit par vaincre tous les obstucles; les bonnes fées triomphent toujours...

— Triompherai-je '.'... se demanda Catherine.

Depuis ce jour, Catherine vint souvent causer avec Abel ; et la pauvre euf.iiii aima le fils du chimisle avec la même ardeur que Juliette aimait Autuine.

Cependant le bruit se répandait dans le village qu'il y avait à la chaumière de la colline un jeune homme beau comme le jour, ravissant et céleste, et qu'un démon infernal servait; qu'il avait hérité du chimiste le p(mvoir de commander à la nature; (ju'il avail des rnlieiicns avec des fées, des lutins, que l'on comprit sous la dJnomination d'esprils; et qu'enfin on le voyait quelcinefois le soir, au clair de la lune, causer avec un revenant qui voltigeait comme une ombre.

Ces bruits coururent par tonle la contrée, et, ce qui les accrédita, ce l'ut la défense que le curé fil dans un prône, aux jeunes filles, d'al- 1 r à la colline.

Cependant Abel aimait Catherine, mais comme on aime une sœur, et il se nourrissait toujours de sesd(mccs rêveries. 11 éiail d'aiiiaiit plus dévoré du dé-ir de voir une fée, que ses songes lui offraient souvent des images fantastiques qu'il embrassait avec ardeur, et qu'il croyait quelquefois, à sou réveil, avoir réellement vues.

11 faisait ses confidences à Catherine, qui contenait ses larmes, m lis qui, en s'en allant, pleurait de se voir dédaignée pour des êtres i nagiuaiies que le curé lui avail dit ne pouvoir jamais exister. Elle e-péra que son tour arriverait.

Elle venait toujours voir Abel le matin, parce que c'était un malin qu'elle l'avait rencontré pour la première fois ; de manière que ces courses à la col ine n'avaient encore été remarquées de personne; et d'ailleurs son père, connaissant son innocence et lliorreur qu'il lui avait inspirée pour la colline, ne concevait aucun soupçon.

Cependant, lorsqu'un jour Catherine s'aperçut qn'efle devait aimer Abel sans espoir d'en être aimée, elle conunença à pâlir : le changement de sa figure et de ses manières n'échappa point à l'oeil du m iréthal des logis des cuirassiers de la garde, .Jacques l!onlenq)S, (pii, tous les soirs, lui faL^aitsa cour. Il remarquait que, depuis un certain temps, il u'élail pas vu aussi bien par Catherine, qui, le comparant avec Ahel, dont les manières étaient nalurelle.i, él'gautes et iiaive>, ne trouvait plus le Ion brusque, les gesles dég^igés et le langage de Roiitemps d aussi bon goût. Néanmoins il se llallait toujours de l'éliou-er, car il avail reçu une lettre qui lui donnait beaucoup d espoir : en effet, son ami le garçou de bureau venait d'être iioiiimé à la place iiiiportaute de garçon du cabinet particulier du ministre.

Ce fut alors qu'il rédisrea une pétition .iu ministre pour avoir la place de perci.'pteur, el il l'envoya à sou ami pour la poser sur le bureau de 1 Excellence, à la première occasion.

11 passa un lenips infini .i rédiger sa pétition, mais enfin il accoucha, après quinze jours de réflexions, d un morceau curieux que nous transcrirons littéralement.

« Monseigneur (1),

« Votre Excellence apprendra avec surprise que dans la commune de V" il n'y a pour percepteur qu'une vieille ganache qui, dans la machine dont Votre Excellence est l'àme. se trouve un rouag(! sans cambouis : cela élanl, Jacques Bonlemps, maréchal des logis, auquel, par parenthèse, ou a refu é une pension de retraite, parce qu'il lui manquait un an de service, ru qu'on 1 avail bien licencié exprès; mais, attendu que Voire Excellence n'élaii pas ministre alors, ou ne piui lui eu faire" un reproche, mats qu'il n'eu est pus nioi.vs sans pension.

« Cependant, il va, sans faire d'embarras, vous prier, monseigneur, dî lui donner la place du percepleur. Toutefois, mon eigneiir lo.'a bx'U de l'adineitre à la retraite, parce que le péiitionnaiie ue Vdut

(1) Copié sur l'original.

LA DERNIÈRK FÉE.

que In place du percoinour, ol iinii lui miiiv dans voire osprii : il »'; vous en coûtera, inoiiteigiieur, qu'im irait i\c plume : et le >oiisMgiie péliiionnaire a le plaisir de vous faire souvenir t\i\ il se tniiivait de sarde à la porte de Son Ex'-elleiice avant quelle lili nllnl^l^e. H gii il Va sauvée des Cosaques, sans quoi mouseigueur ne ser.iit pas Sou Excellence aujourd'hui.

<i Le pétitionnaire ne doute pas des sentiments de reconnaissance de monseigneur, avec lequel il a Ihonneur dèire, ete.

• .Iacques Bo>temps. »

Oela fait, il rassembla toute la somme de ses idées pour faire un précis dans le même genre de laffaire de la onumunc, et leuv(.\ ,i a un de ses anciens géuér.nix, en lui recommandant de le remciiie a un conseiller d Etat. « afin, disait-il, de faire rendre sur-le-champ une ordonnance du roi. »

.Après de telles dépêches, .Tarques Bopiemps déclara an père de Catherine qu'avant un mois il serait, lui. Rontemps, nommé percepteur, et que le procès de la commune serait terminé.

L'ancien hodeau répondit qu'alors Calherluo deviendrait sa femme, ei t'^aiherine poussa un soupir.

Ls fc-e lies Pcrlo

Ahel avait fini par désespérer de voir jamais une fée, et, depuis trois ou quatre jour<, il avait même re^^en•é tous ses livres de féerie, qu'il savait par cœur, ayant enfin résolu de ne plus les ouvrir.

Comme tous ceux qui commencent à douter d'une chose sur laquelle ils ont placé leur boiihi iir, il s'abai;do!mait à une mélancolie douce : il trouvait du vide en lui-même, et pensait à Calheriue.

Tons les éléments de l'amour étaient eu lui sans qu'il fût amoureux. Sou aciiviié de pensée se repliait dans des rêveries sans objet qui le plongerenl. pendant l'absence de Catherine, dans une sorte d'engourdissement moral.

En un mot, il éprouvait ce besoin d'aimer qui nous obsède au sortir de l'enfance et qui donne aux premières amours tant de charme et tant de ferveur.

Un soir, après avoir contemplé pendant longtemps l'aspect du ciel, Abel, dans son langage oriental, apostropha l^ firmament :

— Nuages, diT-il, qui souvent vous arrêtez sur le sommet des montagnes, et dépo-ez le génie qui rafraîchit la terre, envoyez sur ma chaumière quelque lutin léger qui m'instruise, ou qui me prescrive quelque entreprise dilficile où je puisse mettre tome mon àme; qu'il m'ordonne de me précipiter dans nnlac, au fond duquel je dois trouver les lions qui gardent une jeune fée, assise sur un diamant, et endormie depuis des >iecles par les artifices il un cruel enchanteur. Etoile, conikii--moi \ ers celle que je dois aimer... Hayon divin qui pars du sein de la reine d' s nuits, guiilcz-moi dans la contrée oi'i se trouve Farucknaz, où le Hoc déploie ses ailes, où s'élèvent les mille colonnes d'or des châteaux des fée-.

— Ah', bientôt, dit-il à Caliban qui l'écoutait sans le comprendre, bientjit ! demain peut-être, je fouillerai la cheminée, et nous irons autre part : car les princes, dans mes contes, vont par le monde, et c'est ainsi qu'ils rencontrent des fées dégiii-érs en mendiantes, en Tieilles femmes; mais, ajouta-til, comment abandonner le champ où repose ma mère.'... et i^atherioe, et toi, Caliban, qui ne peux plus marcher.

Caliban lui baisa la maio.

— .le voudrais aimer !... s'écria Abel : mes fleurs, ma chaumière, mes plantes ne me suni^ent plus!... je suis seul!... ô fée des amours!... bonne fée qui avez si bien servi le Prince lutin, venez à mon secours !

Il rentra, se coucha tristement sur son lit. dans le laboratoire, et ne larda pas à dormir d'un profond sommeil, ainsi que Caliban, qui habitait une chambre éloignée de la sienne.

Il était environ minuit : le plus profond silence régnait autour de la cabane, et n'était troublé que par le veut frais de la nuit, qui balançait mollement les branches des arbres; quelques chouettes criaient dans le lointain : la lune était cachée par de gros nuages.

Abel rêvait qu'une fée allait paraître, il entendait dans son rêve les accords enclianteurs d'une musique tout aérienne, et, au milieu des sons, il écoutait avec ee ravissement pur d'une àme dégagée du corps la voix argentine de la fée.

11 s'éveille en sursaut, la douce musique du rêve continue... bien-

tilt

(Juel spectacle !

Pour en donner une juste idée, il faudrait pouvoir décrire le tableau d'Endymion, montrer Ahr-I, tout aussi beau que le berger ainn'' de Diane, couché dans cette attitude si gracieuse, et coloré, cornu ■ lui, parla lueur amoureuse qui annonce la déesse ; mais ici, dans !'• laboratoire, la déesse était arrivée.

Abel stupéfait a vu sortir de sa cheminée l'objet de ses rêves, une fée, mais la plus jolie des fées, la fée des amours!...

Elle s'avance au milieu d'un nuage de Inmière blanche comme celle d'une étoile ; cette lumière est produite par une lampe de bronze que la fée a laissée dans la cheminée, et qu'alors Abel ne peut plnvoir.

Cette bmipe, d'une forme antique, jette un éclat qui semble un ravmi céloste et qui illumine le laboratoire. Abel croit encore rêver. il s'abandonne, le cou tendu, au délice de contempler celle dont il vient d'<iitendre la voix enchanteresse.

Le chant et la musique ont cessé...

Du sein de son trône de lumière, la fée semble insulter la terre qu'elle dédaigne de loucher de ses pieds 'le neige.

Elle est habillée d'une étoffe blanche tellement éblouissante, que l'image qu'Abel s'était faite des vêlements dune fée est surpassée. Ses cheveux luiirs comme du jais étaient parsemés de perles dont la blancheur charmante, plus douce que celle du diamant, faisait ressembler sa tête à une touffe de verdure chargée de mille gouttes de rosée.

Une ceinture de perles entourait une taille svelte, légère et voluptueuse : un collier de perles à quinze rangs ne fut distingué qu'avec peine par Abel, parce qu'il semblait se confoii'lre avec la peau de la fée, tant elle était blanche ; à ses bras polis, délicats et satinés, brillaient des bracelets de perles, et sa robe était brodée de perles. Elle tenait une baguette de nacre de perle, et du sommet de fa tête pendait, par derrière, un voile léger.

Cette fille de l'air était petite, mignonne, vive, légère, mais rien ns pourrait donner l'idée de son visage.

11 renfermait tous les caractères : la bonté, alliée à la fierté douce, la grandeur, l'amour, la grâce, et ce charme indéfinissable qui résulte de l'envie de plaire.

Ses yeux vifs, pleins d'un feu humide, avaient ce cercle noir qui en double l'éclat, et ils avaient de plus cette éioniiante expression de V(dupté que doime une large, longue et belle paupière h)rsqu'clle s'avance sur le milieu de 1 œil, et qu'elle semble cacher la prunelle où biille tout le feu de l'amour; sur sa joue en fieiir resplendissait l'éclat d'une pomme brillante, et sa bouche souriait comme une rose qui s'ouvre, en laissant voir des dents rivales des perles de sa toilette.

Son divin sourire annonçait une pensée pure et fraîche comme son haleine, et la pose élégante de son col, qui s'élevait du milieu de la coin be gracieuse de ses (■p;iules comme une colo;Mie d'albâtre, indiquait qu'elle avait étudié la majesté dans les cieux. Sou sein, tout voilé qu'il était par une g;ize aérienne, fut dévoré par l'œil charmé

LA DEriMÈRE VÉE.

ITy

d'Abel, (|tii, dans le sileute du la nuil, put ciilciidre le luuimuii; de ces glubes d'ivoire.

Voir loul icla fut l'affaiii' d'iiiio iiiinule ; Abel scinblail craindre que son Sdiilllu ne lit envoler eelle apparition divine, et il n'osait regarder la fee dont les yeux lui parurent deux étoiles du ciel.

La fée se complaisait à jouir de 1 etonneuieut d'Abel, et sou reyard était celui d'uue admiration curieuse.

Elle baissa et leva ses yeux tour à tour, jusqu'à ce qu'enfin Abel, enlcndanl la respiration ile la lue, ne douta plus de la réalité de cette brillaiiie apparition; il se |u'o^tenia, et, levant sou visage augélique, il lui dit avec entllousia^ule cl avec la vuix du I adoratiou :

— Tu es sans doute la feu des Perles?...

Klle sourit et baissa la tète eu signe d'approbation; ce doux mouvciueiit faisant briller nu ^iO'< diamant ipii se trouvait au milieu de sont friHit pur, Abel erut que le nuage <le lumière tremblait par secousse et (iéerivail des cercles multipliés, cuiumu lorsque l'on jetle uu caillou dans une eau limpide.

— Belle fée des Perles, conliuua-t-il avec une ingénuité cliarmante, vous avez doue entendu ma voix'?... Prenez avec vos blauelies mains, prenez les rênes de ma vie 1 je veux vous appartenir tout entier, si toutefois j'en suis digue; mais l'offrande d'uu cœur pur est, je crois, ce qu'il y a de plus beau sur la terie. Ali ! venez quelquefois dans ma chaniniére, je vous clierclierai les larmes du repentir, si c'est votre emploi de les recueillir; je vous élèverai di's lempies, des autels, je vivr.ii pour vous, je... mais parlez, je tiuiuble que vousuu soyez que la lille d'uu rêve.

liapbaél nous a représenté des anges, des séraphins, agenouillés devant 1 lîleruel, et il a rassemblé la perfection humaine dans une poslme qui, malgré son humilité, brille de giàce; leurs visages resplendissent et send)lcut jeter un rellet sur la terre qu'ils couvrent des milliers de boucles de luurs cbuvelures d'or : tel était Abel eu prière devaul su fée.

Elle l'admirait, et, un instant, son teint de lis devint plus blanc et sa rougeur plus vive, ses yeux brillèrent, et une expression divine erra sur sa ligure radieuse.

Quand Abel eut fini sa prière, elle agita douceiiieut sa léte et prouoni,'a ces mots :

— Abel, je verrai si tu seras digne de ce que tu demandes; pendant quelque temps je viendrai lue glisser dans ta chaumière, comme le rayon de lune qui répand une lueur argentée et brille au milieu des nuits... Si tu le mérites, je serai ton amie, ton étoile, et...

Elle s'arrêta connue si elle eût craint de faire une trop grande pro» messe.

Eu entendant cette voix d'ange qui se glissa dans son oreille cuumie les derniers sons d'uue harpe, Abel resta frappé d'étoune- Mieut : cet organe allait droit à son cœur, il écoutait de l'ànie ces accents qui paraissaient sortir de celle de la (ée.

La douce musique qui avait précédé celte apparition n'était pas plus suave que ce doux accord.

— Ah! s'écria-t-il, quand, transporté sm' un nuage, j'entendrais les divins accents des harpes d'or dont (Catherine m'a dit que les chérubins jouaient devant son Dieu, je n'aurais pas autant de plaisir

que m'en donne une syllabe prononcée par vous! L'oiseau qui

chaule avant de mourir, le rossignol, le loxia d'or, et le baiser dune mère ne sonl pas plus doux. 0 fée des Perles, n'êtes- vous ])as la reiue du loutes les fées, comme la perle est la reine de l'Océan?

La fée lui sourit, et l'enivra par ce sourire.

— Si j'étais éternel, s'écria-t-il avec force, un sourire pareil tous les mille ans, et je serais heureuxl... Mais souriez-moi encore... et je meurs content : votre sourire me charmera jusque dans la nuit de la tombe; j'aimerais mieux la mort avec ce souvenir que la vie sans vous!...

— Abel, adieu, dit-elle d'une voix tendre.

Abel se prosterna, et, quand il releva sa tète, l'obscurité la plus eompletu légnail : la fée avuil disparu coiaïue elle était venue, ei le

jeune honniie s'elToiga eu vain de distinguer la place qu'elle avait occupée; il ne vit, pour nous servir de l'admirable expression de Milton : Il ne vit que les ténèbres, et n'entendit que le silence.

Cependant il distingua dans le loiulain un bruit sonrd comme celui du tormeire; alors, il courut hors de la chaumière, il gravit la colline, el, vers la f>>rê', il aperçut un char lumineux emporlé avec la rapidité d'un nuagu des tempêtes.

11 rentra, et, jusqu'au jour, il no put dormir; il voyait toiroursla fée des Perles et son nuage de lumière; il eiilenilaitrelte douée voix et se précipitait comme pour saisij- le pied lumineux <|u'il avait vu briller dan-; un coihinih' d'une étoffe argentée; il se frottait parfois les yeux, mais il nu pouvait douter.

Au jour, il eut la preuve de l'apparition céleste : le tabouret de sa mère était devant la cheminée, et il trouva dessus quelques perles détachées de la robe de la fi;e. 11 voulut visiter la cheminée, i^ trouva à ses pieds les débris d'un énorme bocal cpie son père avait placé sur le manteau de la cheminée, et sur l'étiquette duquel Abel se souvint d'avoir toujours lu le premier mot. Esprit.

— C'est cela, se dit-il, mon père tenait là la fée enfermée, et son temps a fini cette nuit.

Enfin, il entra dans la cheniin(''e, et il aperçut que, dans l'mi (!e> cotés, son père.lorsfpi'il l'agrandit avec Calib.m, avait laissé nu petit e-c.dier pratiqué dans le' roc, el, sur quelques marches, il vit encore des perles.

Alors il courut réveiller Caliban, et loi raconta la venue de la fée. Le vieux serviteur se réjouit, et, lorsque son jeune maître cul fini, il lui dit :

— Abel, je deviens vieux et je mourrai bientôt; il faut demander à ta fée, pour l'éviter la peine dt; cultiver le j.irdin, de moudre le blé et de semer les légumes, de le faire faire par des lutins.

— Si elle pouvait te faire vivre toujours, dit Abel; mais les fées n'eu ont pas le pouvoii'.

(Cependant, ce point étant douteux. H se promit de revoirie Cabinet des Fées, el de chercher des exem[)les.

Alors t^.aliban se réjouit, espérant qu'à quelque page oubliée Abel trouverait un brevet d'immortalité pour eux.

Abel sortit, elle premier olijet qui frappa ses regards fut, à une centaine de pas de la chaumière, une masse blanchâtre qu'il n'avait pas coutume d'y voir.

Il se souvenait bien (pi'à celle même place il existait quelque chose auparavant; mais ce ne fut qu'après une grande heure de médilalion qu'il se rappela que c'était l'énorme buisson qui lui avait caché Catherine, la première fois qu'elle s'aventura stir la colline.

11 y courut ; il vit que le buisson avait été brûlé, pour découvrir une énorme pierre autour de laquelle il croissait et qu'il dérobait à tous lus regards.

Cette pierre était carrée, et il aperçut des caractères bizarres tracés sur la table qui recouvrait cette espèce de monument rustique. Au bas de ce bloc carré se trouvait une dalle exlraordinairement large el vaste ensevelie depuis longues années sous le terrain : on avait bêché la lerre, et celle dalle blanche, au milieu de lacpielle se trouvait un gros anneau de fer, était alors dégagée de loul ce qui l'avait cachée depuis si longtemps, puisque le buisson avait pu y croître.

Ce travail, assez considérable, eut lieu sans qu'Abel eût pu l'entendre, et cette réflexion lui fit penser que c'était uu tour de la jolie fée des Perles, et que ce luonuinent el ses caractères hiéroglypliiques signifiaient des choses Lien importantes. Il se coucha par lerre, l'oreille sur la dalle, el il enleiulit un bruit sonrd qu'il prit pour celui de quelques iulins, mais qui, réellement, était produit par la même cause qui fait bruire l'onde de la mer dans les coquillages que les enfants approchent de leur oreille.

Il se releva el chercha un sens aux caractères, mais ce fiit une chose impossible, car ils n'eu avaient point, quoique Abel y pilt distinguer quelques chifïres effacés par le temps.

Il regardait encore ce singulier monument, lorsqu'il entendit un p\i.- lér;er connue cel .i d'un fantôme; il avança la tête, et crut que

LA deunièul; fée.

. . J; la fOe; il aperçut Calherioe qui, malgré son cliagriu, vint gaielacu! à sa rcucoiatre.

Aliol ne put eachor un mouvomoul di> dopil on voyant qu'il se Irompaii : ce geste ne pou\ait échapper à l'œil de Catherine.

— Qu'avez-vous? lui dit-elle eu tremblant comme une feuille d'hiver.

— Je croyais, répondit-il avec un diuix sourire, (jui poiir le nionicul rassura la pauvre Caiheiine, je croyais que celait la fée...

— Quelle fée'? dit-elle avec surprise.

— La fée des Perles, répliqua Abcl avec des yeux brillants d'amour. Oh! qu'elle est belle:... Catherine, eh bienl qu'as-tu'.' lu di^ tournes les yeui?...

— Oui, dit-elle d'une voix élou(Tée, je ne saurais voir les vôtres lorsqu'ils ont celle expression... et qu'elle n'est pas pour moi, pensatelle.

— Qu'as-lu, ma petite Catherine.' dit-il avec un douxacceni; lu pleures.' tu souffres donc?...

— Oh! oui, je souffre!

Et Catlierine sanglotait; elle se retourne et le voit pleurer :

— Tu pleures aussi? reprit-elle.

Et, sur-le-champ, ses larmes parurent se sécher.

— Puis-je voir ta peine sans en éprouver? répondit Aboi; n'es-ln I..IS ma sœur, puisque tu es le seul être qui m'ait souri le premier :'.!us être mou père, ma mère, ni Calibaa...

— Eh bien, dit Catherine en cachant son désespoir, quelle est celte fée?

.^Inrs Aliel, avec tout le fou du jeune âge, avec tout le feu de l'amour, lui lit une description ;inimée et biUlanie de la vision céleslo qu'il avait eue la nuit; à cliai|ue lustiint les phrases les plus énergiques d un laufiaL'e que le froltemcnl de la civilisalion n'avait pas eiieore aliéré arrivèrent sur ses lèvres enHauiniées, et ninslruibirenl que triip la malheureuse Catherine, qui ècoutail encore avec plaisir rot arrêt de mort, comme un criminel repeulanl qui se fait un besoin de son suppUce.

— Enfin, dit Abel en finissant et en montrant les cieux, ce n'est que par delà cette écharpe diaprée que naissent et \ ivent des fleurs aussi brillantes; elles viennent du parterre des jardins de Ion Dieu, que j'aime encore plus, depuis qu'il a permis que je visse des roses qui uni habité près de sim troue, et qui en rapporleni une rosée de lumière, de parfums et de charmes dont la nature d'ici-bas n'a pas ■ l'exemple. Oui. Calherlne, la blanohcur d'un lis vierge, les mille cou- . -urs des oiseaux de l'Orient, le doux chant des cygnes, l'odeur de i'ainbre. le vib.ige des huurlsde Mahomet, rassemble toutes les merveilles de la nature, et ce chef-d'œuvre sera au-dessous d'elle...

— 'Vous l'aimerez? dit Catherine en tressaillant et en épiant sa ré- 1 oiise.

— Je n'oserais, de peur que mon amour ne ternît sa pureté...

-^ Mais si elle est belle, reprit Calhcrine, et qu'elle ne vous aiir.c point.'...

— Tu me soulèves ircp de pensées, dit- il en se frappant le cœur, jeu ai trop là, elles m'étouifeul!...

— Vous l'aimez, et elle vous aimera , dit alors Catherine en fontljiit en larmes: car une femme qui vous aura vu ne pourra jamais oublier la douceur de votre visage...

Ayant dit, Catherine s'enfuit à travers les ronces en pleurant toujours. Jlai- clie sairèia, revi.it préci[(iiamment; et, s" asseyant près de lui, sur la grosse pierre, elle lui dit:

— Abel, sois heureux, et je serai heureuse... Elle se leva et s'enfuit.

Le jcuae homme, pensif, la suivit des ;eox.

Pendant quelque temps, il ne pensa plus à la fée des Perles. Les discours et les regards expressifs de Calhcrine lui revinrent à l'esprit, mais ce ne fut qu'une préoccupaliou ayant sa source dans un sentiment conlus qu il ne chercha point h s'e.vpliquer.

La lampe merveilleuses.

Pendant plusieurs jours, l'âme d'Abel vécut du souvenir que lui laissa l'app.irition de la fée des Perles ; mais bientôt il ressentit un besoin de la revoir qui arriva promptement à l'impatience; il se tenait éveillé pendant la nuit, afin de ne pas perdre un seul moment la vue de la jolie fée quand elle viendrait.

Il se parait avec recherche, il baignait ses cheveux dans Peau claire de la fontaine, tandis que Caliban tâchait de rendre le beau col brodé aussi blanc que la neige; puis Abel tressait sur sa jambe les nattes qui ratlachaient ses sandales de buis, sur lesquelles son X'.iLÛ ressemblait au pied d'une statue antique.

Un soir, il cueillit avec Caliban un énorme bouquet de roses, et il Icscrieuilla dans le hdxiratoire qu'il tapissa de feuilhigos. Il nettoya Il clu minée par laquelle descendait la petite fée, et il y attacha des rameaux de lilas, afin qu'elle trouvât un chemin parfumé.

La nuit suivante, à l'heure de minuit, heure que les fées, que tontes les fées chérissent, parce que le silence et le mystère, qui plaident à leurs âmes aimantes, régnent alors partoul, une musique dune douceur divine se fil entendre dans la chaumière, unie au chant argentin et caressant de la fée aux Perles.

Cette mélodie semblait descendre des nuages. Abel se réveilla aussilôt et vil 1,1 fée au milieu de sou corlége de lumière, qui s'éiendait sur tout le laboratoire comme le voile d'air que l'on remarque quelquefois sur la terre quand, par un beau jour de printemps, on rei-;iirde une vallée du haut de la coUiue.

La charmante fée s'était assise sur le fauteuil vermoulu, et regard.iit dormir son protégé : aussitôt qu'Abel ouvrit les yeux, elle cessa de chanter, et son visage prit une expression moins tendre.

Abel, qui, depuis la première apparition, se couchait habillé, se leva et fiit se mettre à genoux à quelques pas de la fce. Un moment (le silence régna enlre eux, car elle paraissait prendre plaisir à l'admiration du jeune homme, dont les regards la parcouraient avidement, comme s'il eût revu, après une longue séparation, un ami tendrement aimé.

Enfin, il lui dit avec une na'iveté charmante:

— Vous avez donc cassé la grande bouieille oii mon père vous avait renfermée?

— Oui. répondit-elle en souriant, et c'est parce qu'il m'a tirée des mains d'un enchanteur, mon ennemi, que j'ai juré de vous protéger.

— De me protéger!... rcpéla-t-il lentement avec l'accent du regrei et le regard du reproche.

— Que me voulez-vous de plus?... dit la fée, qui le comprit parfaitement.

— Je ne sais, répondit-il; mais, après un moment de silence et d'hésitation, il ajouta avec cet air à la fois souniis et passionné qui prêle tant de force aux paroles d'amour : Je voudiais ne jamais vous quilter!... ne m'avez-vous pas rendu la vie que je mené insupportable? Que deviendr,iis-je si je ne pensais pas à vous et si votre image ne remplissait p;is tous n)es monienls?... Une clio^e, maintenant, ne me plaît qu'autant qu'il peut y avoir du rapport entre elle et vous... J'avais du bonheur plein mon ànie en cueillant ces roses.

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