CHAPITRE VI
Do iiulIc|uO!- cires cliiiiiériqucs.
Avanl d';uialvser les diffcrcuis rouages ilo la tnacliiiio admiiiislralivc : le siiniuméraiie, rcxpùdilioiiuaire, les coniinis. le sous-clicf, le chef de bureau, le cliel'de division, nous avons à parler de quel- (|ues incléores de la bureaucraiie, tels (|ue le biblioiliécaire, le secrétaire particulier, le caissier, l'architetle, le missionnaire.
(les employés semblent cliiint'ri(|nes en i c ^ens qu'o[i les voit 1respeu, mais ils ont des traitements, ils vieunenl (pieli|uel'ois, disparaissent ot reviennent; ils sont les derniers possesseurs de sinécures, ce qui veut dire sans soucis; ils sont, en effet, dans la plus entière sécurité sur leurs places, n'ont rien ù faire, ou travaillent chez eux. Les employés ne les aperçoivent que comme les astronomes aperçoivent les comètes.
j! !•■'. Le bibJiotIuraire. — A quoi bon une bibliotlièque dans un ministère? — (Juelqu'un a-t-il le temps de lire? Est-ce le ministre? estce le surnuméraire? A-t-on fait la bibliothèque pour le bibliothécaire ou le bibliolbéeairc pour la bibliotliè(|ue? I.a plupart des minislères ont un bibliothécaire. Eu faisant nommer l'un de nos poètes les plus distingués bibliotbécaire d'un ministère, un des jeunes ducs de la maison d'Orléans lui dit en riant : — Y a-t-il des livres? — J'en ferai, répondit le poète. La bibliothèque une fois constituée par quelques centaines de bouquins, elle produit un employé sous le bibliotbécaire ; lequel est censé épousseier les livres, et dont les fonctions consistent à aller chez le siuécuriste lui porter tous les mois, dans un sac, trois cents francs, et un registre à signer, environ dix francs par jour. Députés, ministres, conservez ces sept places, ainsi que les deux ou trois musées particuliers (il y a un musée de la marine, un musée de modèles, et une collection à la guerre) qui donnent du pain à quelques grands poètes, à de petits écrivains. Les places de professeurs, de bibliothécaires, enfin les places dites littéraires, ne sont pas si nombreuses qu'il faille supprimer ces jolis canoniaits administratifs, si bien occupés, si bien mérités, et auxquels on no nomme pas toujours de grands poètes, ni des écrivains dont la vie est entièrement dévouée aux lettres! Songez qu'en juillet 1831» vous avez mis un livre dans les armes de la France. Et d'ailleurs un bibiothècaire à mille écus d'appointements contracte alors pour miUe écus de dettes, et fait rentrer dans les coffres du trésor an moins mille écus de frais par an. l'amc l'bysiologie déclare que cette puissante réclame ne lui a été payée par aucun bibliothécaire.
Un des minislères qui sont sans bibliothèque est le ministère de rinstruclion publique; celui-là devrait posséder une bibliothèque spéciale, où se trouverait tout ce qui concerne ^Univer^ité, les ordres religieux enseignants, les livres sur l'éducation politique, privée, religieuse; les systèmes, les projets, etc. La plus curieuse collection est celle du ministère des affaires étrangères; elle est interdite au public, et s'appelle du nom pompeux d'archives. Le bibliothécaire d'un ministère pourrait devenir un homme d'une immense utilité ministérielle, s'il avait la charge de savoir, de connaître et d'indiquer tous les livres, les projets, les améliorations, etc., relatifs à son ministère. .Mais il serait alors le consulteur du ministère, charge qui existait à Venise. 11 lui faudrait vingt raille francs d'appointements, et un sous-bibliothécaire, pour (|ue cette somme de science existât toujours. Amen !
§ II. L'archiU'cle. — J'ai vu dans Paris des cartes ainsi conçues :
M. Tel, architecte du ministère de l'intérieur, ou de la Chambre des députés, etc.
(Jnant à celui de la Chambre des dé|)utés, s'il doit rebâtir tout ce qu'elle a démoli, sa place n'est pas une sine cure, et cet homme sera certes un grand homme. Ces places expliquent pourquoi en France nous bâtissons, démolissons, rebâtissons sans cesse, car les architectes éprouveut le besoin de démontrer la nécessité de leurs places. Sous l'ordre de choses actuel, il est de bon goût que chaque ministère ait un architecte. La flatterie a toujours été très-ingénieuse en France. Sous Louis XIV, les ministres avaient des maîtresses et de petits Versailles. Meudon, le palais de Louvois, n'est pas aujourd'hui trop étroit pour un prince. Quand l'architecte bàlit le ministère, les employés n'y sont pas; quand les employés y sont, l'architecte n'v est plus. L'architecte est donc, comme le bibliothécaire, un être de raison dont la raison d'être n'est connue que du ministre.
Cette place a sans doute été créée pour montrer jusqu'à quel point mi artiste peut devenir un employé, ou jusqu'à quel point un employé iicut devenir artiste. L'architecte est, comme le bibliothécaire.
un employé dont le bonlieur approche de la béatitude : il ne dépend que du ministre, et souvent le ministre dépend de lui.
Ji III. Le wissionnaire. — Chaque ministère éprouve le besoin de savoir si, dans les autres pays, les choses du ministère correspondant au sien ne vont pas mieux, ou si elles vont plus mal; il s'adresse alors à un journaliste, à un feuilletoniste, à un publiciste, à un spécialiste quelconque déiuié de monnaie, et capable de comparer les choses de son ministère, que le jeune homme ignore, avec celles des ministères étrangers, desijucls ni le jcmic homme ni le ministre n'ont la moindre connaissance. Ce problème, né de l'accouplement d'une république et d'im roi, nommé gouvernement à bon marché, s'appelle une mission. Celte mission ne se donne (ju'à des esprits d'élite pour qui l'habitation de Paris est difficile, qui éprouvent le besoin de prendre les eaux et des renseignements , d'acquérir de nouvelles connaissances et d'éviter les anciennes. Ces esprits d'élite consentent alors à voyager dans un but social, à raison de trois ou quatre cents francs pur mois, ce qui me semble mesquin. Le (ils d'un député, le littérateur, le faiseur de premiers-Paris, sont moins payés que les commis voyageurs. Tout se fait au rabais dans le gouvernement français. L'Angleterre paye énormément ces voyageurs (|ui rappmtent toujours des mémoires instructifs de politique comparée, qui ont espionné très-astucieusement les industries et vu s'il y avait péril pour celles de l'Angleterre. La Russie est très-magnifique aussi sur ce point. Le voyageur français, certain de la supériorité de son pays, et qui s'endette en voyageant à quinze francs par jour, rapporte un article pour les revues du gouvernement. Cet article, n'apprenant rien aux lecteurs, apprend très-peu de chose au minislre.
Ces missionnaires sont les cerfs-volants des minislères.
g IV. Le caissier. — Plus on a simplifié l'adminislration, plus on a supprimé les caisses. Aussi bientôt ne se soiiviendra-t-on plus des caissiers de ministère ! Cette place, conservée dans (luelques administrations (au ministère de l'intérieur, par exemple), est la plus sûre de toutes. Le caissier est son maître, il est l'employé favori, le chat de la maison. La Chambre, sous la Itesiaiirntion, avait des idées moins mesquines que celle d'aujourd'hui sur le gouvernement; elle ne faisait pas ce qu'on nomme, en style de caissier, des économies de bouts de chandelle. La Cbambie accordait à chaque ministre qui prenait les affaires une indemnité dite de déplacement; car il en coûte autant pour s'installer au ministère que pour en sortir. Comment compter avec un homme considérable forcé de liquider, d'interrompre ses affaires privées, de déménager, ele. ? L'indemnité consistait en viiujt-cinq mille francs. La Chambre, depuis le grand déménagement de juillet 1830, a sans doute prévu ses pnqires fantaisies; et, comme elle devait accoucher de vingt ininisiens diflérents, elle a refusé celle allocation pour ne pas rendic m> pl.iisirs trop dispendieux. Elle est économe jusque dans ses folies. .M. Tliiers aurait touillé sept fois vingt-cinq mille francs à lui seul. On n'a jamais vu de révolution si prudente dans ses imprudences.
Ouand un orage ministériel avait éclaté, pendant que tous les employés tremblaient, se disaient : —Que va faire le ministre? va-t-il supprimer ou augmenter? l'un est aussi fatal (pie l'autre : augmenter c'est souvent faire deux traitements d'un seul; le caissier prenait vingt-cinq jolis billets de mille francs, gravait sur sa figure de suisse de cathédrale une expression joyeuse, et se faisait introduire chez monseigneur pour saisir le couple ministériel dans le premier moment de ravissement. Au : Que voulez-vous? du ministre, il exhibait la somme, il en expliquait l'usage , et la femme du ministre, heureuse, surprise, prélevait tout ce qui regardait le déplacement, affaire de ménage. Aussi, en réponse à celte phrase : Si Son Excellence est contente de mes services, etc., il obtenait sa confirmation dans son poste. Le caissier a la profonde habileté de se donner pour une machine, pour un homme sans conséquence : il se compte comme un comptable, il s'assimile à ses écus; il reste alors, tapi dans sa caisse comme un cloporte, à l'abri de toute dcsiilutiou. Quaiid on voudra peindre un homme heureux, il faudra toujours prendre la ligure à la fois plate et bouffie d'un caissier du ministère, il n'a pas le moindre pli sur la peau I
8" AXio.HE. — Caisse, graisse.
§ y. Le secrétaire particulier. — Véritable oiseau de passage, le secrétaire particulier de chaque ministre décampe et reparaît quelquefois avec lui. Si le ministre tombe avec des espérances parlementaires, il emmène son secrétaire jjour le ramener, sinon il le met au vert en quelque pâturage administratif, à la Cour des comptes, par exemple, cette auberge où les secrétaires attendent que l'orage se dissipe. Le secrétaire particulier est toujours un jeune homme dont les c.ipacités ne sont connues ipie du minislre. Ce jeune homme est le petit prince de Wagrani du Napoléon ministériel, sa femme, son Ephestion. Il connaît tous les secrets, raccroche les tièdes, porte, r.ip|)orte et enterre les propositions, dit les no» ou les oui que le ministre n'ose pas prononcer, li'est lui qui reçoit les premiers feux
L'EMPLOYÉ
el les premiers coups du désespoir ou de la eolcre. On se lamoiiic cl l'on rit avec lui, il joue le rùle d'Iioninic compromis, .tmadoiiu les journaux, et travaille leurs rc'daeieurs. Anneau mysiérioux par lequel bien des intérêts se rattachent au ministre, il est diserei comme nn coufesseur : il sait et ne sait pas, il sait tauiùi tout ei laniùi rien; il doit avoir bon pied, bon œil ; il dit de son nnnisire ce que le ministre ne peut pas dire de soi-même. Ilnfui, avec lui le ministre ose être ce qu'il est. ote s;» perruque et ?ou ràielier. pose sesscrupults et se nul eu pantoufles, déboutouue ses roueries et déchausse sa couscieuce.
Ce jcmie homme n'est pas prérisément un homme d'Eial, mais c'est nn homme pnliiiqne, el (pielciuefois la poliiiquc d'un honmie. l'rcsque toujours jeime. il est dans le méinge minisiériel ce ([u'esi l'aide de canqi chez le pêuéral. Sou rôle est l'atiachemenl. il est le Pvlade du niinisire. il le'tlalle el le conseille, obligé de llatler pour conseiller, de coni-eiller en llallaut et de déguiser la flallerie sous le conseil. .Vissi presque tous les jeimes gens qui fout ce métier muils une lit:ure :issez jaune. Leur con>iaule habilude de toujours l'airo un mouvement de tète afiirmatif pour approuver ce qui se dit, ou pour s'en donner l'air, communique quelque chose d'étrange à leur lêie. Ils approuvent iiidiiréreu)nienl lonl ce que vous diies. Leiu' langage est plein de mais, de crpcmlaïUAf. iicViiinioiiis, de inni je ferais. moi à rotie place (ils disent souvent à votre place), tonles phrases qui préparent la contradiction.
Une victime de ce genre esi payée entre dix et vingt mille francs; mais le jeune homme prolite des loges, des invitaiions el des voitures ministérielles. Quand on pense au nombre infini de lettres qu'il doit décacheter cl lue, outre ses occupations, nous éprouvons le besoin de dire que dans un Elat monarcbiipie ou payerait celle utilité plus cher. L'empereur Nicolas serait très-heureux d'avoir pour cinquauie mille francs par an un de ces aimables caniches constitutionnels, si doux, si bien frisés, si caressants, si dociles, si merveilleusement dressés, de bonne garde, et lidèles! Mais le secrétaire
particulier ne vient, ne s'obtient, ne se découvre, ne se couve, ne se développe que dans les bureaux d'un gouvernement représenlatif. Dans la monarchie vous n'avez, ipie des courtisans et des serviteurs , lamiis ([u'avec une charte vous êtes servi, llatlé, caressé par des Immnics libres. Les ministres, en France, sont donc plus heureux que les femmes et que les rois : ils ont quelqu'un qui les conq)rend. J'ai toujours plaint les secrétaires particuliers, auiani que je plains les femmes et le papier blanc : ils souffrent tout. Comme la femme charte, ils doivent n'avoir de talent qu'en secret, et pour leurs niiuislrcs. S'ils ont du lalent en public, ils sont pculus. Le secrétaire particulier de .M. Guizot se nomme Génie. Ou peni dire de ce ministre, .comme de Socrate, qu'il a un Génie f;iinilicr.
ÎK AXiouE. — Un secrétaire particulier csl un ami doimé par le gouvernement.
CUAl'ITRE VU.
Le surnumûraire
Le surnuméraire est à l'admiuistration ce que l'enfant de clin-ur est à 1 église, ce que l'enliml de troupe esl au régiment, ce que le rat ou le comparse est au théâtre : quelque chose de naïf, de candide, un Olrc aveuglé par les illusions. Sans l'illusion, où irions-nous? l/cit elle qui nous donne la puissance de manger la vache eniaqiv de-, ans. de dévorer les connnenccments de toute science eu nous dunuant la croyance. L'illusion esl ime fui démesurée! Or, il a foi eu l'adniiuistratioo, le surnuméraire; il ne la suppose pas froide, atroce, dure comme elle est. Il n'y a que deux genres de surnuméraires : le burnuméraire pauvre cl le surnuméraire riche.
Le surnuméraire pauvre esl riche d'espérance et a besoin d'une place ; le surnuméraire riche est pauvre d'esprit el n'a besoin de rien. Une famille riche n'est pas assez béte pour mettre nn homme d'esprit dans l'administralion.
Le surnuméraire riche est confié à un employé supérieur ou placé près du directeur général, qui l'initie à ce que Bilboquet, ce profond philosophe, appellerait la haute comédie de l'adminislration. Ou lui adoucit les horreurs du sta^e, jusqu'à ce qu'il soil nommé à quelque emploi. Le surnuméraire riche n'effraye jamais les bureaux. Les employés savent qu'il ne les menace point, le surnuméraire riche ne vise que les hauts emplois de l'administration. Le jom°nalisme persécute assez le surnuméraire riche, qui est toujours cousin, neveu, parent
(lo (piclipie ministre, de quelque député, d'un pair très-influent; mais les employés sont ses conqilices, ils recherchent sa protection!
Le surnuméraire |>anvre est donc le vrai, le seul surnuméraire. Presque toujours ciiliuil de la balle, fils d'une veuve d'employé, ou d'un employé rclrailé <pn vil d'mie maigre pension, s:i famille se lue ;'i le nourrir, le blanchir el l'habiller. Prescpie toujours logé dans un quartier où les loyers ne sont pas chers, le surnuméraire part de bonne heure. L'élal du ciel est sa question d'Orient, à lui! venir ;i pied, ne pa-- se crotur. ménager ses habits, calculer le temps qu'une trop forle avcr>e jumiI lui prendre s'il esl forcé de se meure à l'abri, combien de préoccupa(ionsl les trottoirs dans les rues el le dallage des boulevards el des quais ont éié des bienlails pour lui. Quand, par des ciuises bizarres, vous êtes dans Paris à sept heures el demie on huit hcnres du malin, que vous voyez, par un froid pi(pi;uii, par une pluie, par un niauv;iis lemps quelconque, poindre un craintif et paie jeune homme, sans cigare, comme celui-ci, dites : — C'est im surnuméraire! Il a déjii déjeune. Si vous faisiez allenlion ;i ses poches, vous verriez la eoniignralion d'une lU'ue que sa mère lui a donnée, afin i|n'il puisse, sans danger pour son esiomac. franchir les neuf heures qui séparent son déjeuner de son dincr.
La candeur des surnuméraires dure peu. Le jeune homme a bienlui me>nré la di^.lance effroyable qui se trouve entre un sons-chef el lui, celte distance qu'aucun mathématicien, ni Archiniède, ni Newton, ni Pascal, ni Lcibnilz, ni Kepler, ni Laplac.e, n'a pu évaluer, et qui existe entre 0 et le chiffre i , entre une graiification problémalique el un traitement! Le surnuméraire aperçoit les iuq)ossibililés de la carrière, il entend parler des passe-droits par des employés qui les expli(pient, il découvre les intrigues des bureaux, il voit les moyens exceplionnels par lesquels les supérieurs sont parvenus : l'un a épousé tnie jeune per>(imio qui ;ivail liiit une lanle ; l'autre, la fille naturelle d'un niinislrc : celui-ci a endossé une grave responsabilité; celui-l;i, plein de laleul, a risqué sa santé dans des travaux forcés, il av;iit une persévérance de taupe : et l'on ne se seul pas toujours capable de tels prodiges. Tonl se sait dans les bureaux.
L iioimne incap:djle a nue feunne pleine de tète qui l'a poussé par l;i, qui l'a fait nonmier dépulé. S'il n'a pas de talent dans les bureaux, il inlrigailie à la Cliainbrc Tel a pour ami intime de sa femme un homme d'Etal : tel csl le connnandilaire d'un journallslc puissant. Des lors, le surnuméraire dégoûté donne sa démission. Les trois quarts des surnuméraires quittent l'administration sans avoir été employés. Il ne reste que les jeunes gens entêtés ou les imbéciles qui se disent: — J'y suis depuis trois ans, je finirai par avoir une place; ouïes jeunes gens ([ui se sentent la vocation. Evidemment, le surnumérariat est, pour l'administration, ce que le noviciat esl dans les ordres religieux : une épreuve. Celle épreuve esl rude, on y découvre ceux qui peuvent supporter la faim, la suif et l'indigence sans y succomber, le travail sans s'en dégoùler, et dont le tempérament acceptera l'horrible existence, ou, si vous voulez, la maladie des bureaux. De ce poini de vue, le surnumérariat, loin d'être une infiime spéculaiion du gouvernement pour obtenir du travail gratis, esl une instiluiiou bienfaisante. Sur trenle surnuméraires il en est donc sept qui se sont faits à \'uir (In buiriiii, qui ont si bien accoutumé leur main à écrire, leur lètc a ne plus penser, leur esprit à ne s'exercer que dans le cercle adminisiraiif, ipi'ils deviennent les uns commis, les autres chefs en espérance. Le jour où ils ont émargé esl une belle journée, ils ont bien manié l'argent de leur premier mois, et ils ne le doiment pas tout euiier à leur mère ! Vénus sourit toujours ;i ces prémices de la caisse ministérielle.
CilAI'lTIlE Vlll.
Maintenant, apparaissez, figures rouges, figures blafardes, figures grimées, figures sérieuses, ligures l'alignées, flétries, désabusées, tristes, ébonrilïéis, à cheveux gris; pliys-ionoinies sournoises, ganaches, hommes spirituels, grands hommes inconnus quoique décorés, qui mettez nos régiments et nos llolles en mouvement, qui ramassez nos écus, surveillez les villes et les campagnes, :q)|irovisionnez Paris, tarifez les consciences et les talents, connnandez les tableaux el les statues, mettez les cnq)loyés ù la retraite, estimez les caraclères, les forces de tous les honnnes qui servent la France, comptez ses ressources, évaluez ses produits, régissez ses propriétés, administrez
ses biens! Et vous, passagers, attention! voici les matelots du
bord, si, comme le préieudent le Constitutionnel el beaucoup d'orateurs, l'Etal est un bachot.