I.KMI'LOYH
Cll.\riTIIEl\.
Vjiiijlcs (le to
10'' A.MOME. — KiUie le smiuimciMirt; ol le sous-clief. loin est commis. ^
Le cumniis n'a que deux inaiiières délie : il est célibalairc ou niariii. Le coiiiiiiis célibalaire est s;éiniialeiueiil mauvais commis, ei se dislingue parraitemcut de l'Iiunime marié. Le célibataire a des dettes, il n'est pas aussi bien mis ni aussi piupic (|ue l'Iionune marie. Le commis marié presque toujours a pris son parti de faire son clieniiu dans l'administration et d'y rester; il donne rarement sa démission. Sur cent commis célibataires, quarante quittent la carrière administrative. Le garçon est soumis à diverses inllucuces qui le foui varier, taudis que le commis marié n'eu écoule qu'une. Le gar(;ou suit SCS l'anlaisies, il dépense ses appoiutemculs dans les di\ premiers jours du mois, et jeûne pendant les vingt derniers, on il enqjrunte. Il ne pense qu'à lui : son ambition est démesurée, il veut trop, la marche leulc de l'admiuistratiou ne lui convient pas. Né:tinuoiusil se ren contre des garçons pleins de volonté, persistants, qui se conduisent avec une arrière-pensée; ceux-là parviennent, ils sont exacts, économes et rangés : si l'on fouillait leur vie privée, on les trouverait presque mariés Voici niaiiiteuaut les dillérentes nuances qui dilïéreucient cette variété de l'espèce humaine appelée à Paris un employé.
L'ejiplovx bel 1I0M.ME. — Cet employé, qui reste assez ordinairement expéditionnaire et ne va pas plus loin (pie le grade de rédacteur, flein'it dans les bureaux entre vingt-deux et quarante ans. Il persiste sous une l'orme juvénile. Pendant tout ce temps, il a l'air d'un jeune homme entre vingl-ciiKi et trente-cinq ans, il est toujours bien fait, il tient à sa cambrure, il l'ait élat de sa figure élégante et romanesque; il a les clievcnx, le collier de barbe, les moustaches soignés conini(! la cheveline d'une fenune enlrelenne. .\ussi rilil pour montnr ses belles dents. Il déjeune d'une simple llûie et d'un verre d'eau, loi^o dans une mansarde garnie à douze francs par mois, et dîne à vingt sous dans la taverne de Lucas. Tout est sacrifié à la loiletie extérieure. Ses quinze cents francs d'appointements appartienucn' à sou tailleur : il a toujours des pantalons i|ui dessinent ses formes, il eu a de collants, demi-collants, à plis ou à broderie; il a des boites fines, de riches cravates tenues par une bague, et des chapeaux Irais. Il porte sa bague à la chevalière par-dessus ses gants jaunes. Tous ses ii;ibits ou ses redingotes lui preuueul la taille. Il se refuse des chaussettes, des chemises; mais il se fait friser tous les jours. La grande plaisanterie des bureaux à sou égard consiste à parier (pi'il a un corset. La grande affaire de cet employé, c'est de se ijromfiuer avec un cure-dent à la bouche dans la grande allée des Tuileries, il joue le jeune honnne riche, il en affecte les manières. Il espère qu'une jeune Anglaise, une veuve, une étrangère, une femme quelconque, pourra s'amouracher de lui. Le programme de sa vie est de reehcrclier les occasions, il se montre, il parade, il attend un hasard. Jlartyi' de son existence, il va le soir dans deux ou trois talés tenus par les fenuues de riches limonadiers, auxquelles il fait la cour, eu cas qu'elles deviennent veuves.
L'employé bel hoiumc a des principes fixes : à six mille francs de rentes, il épouse une bossue ; à huit mille tme femme de quarantelans ; à trois mille une Anglaise. 11 espiomie les filles de comptoir et les riches marchandes. Ou l'a quclipicfois surpris chanlaut des romances dans quelques sociétés bourgeoises. Cet employé jeûne quelquefois pour se procurer des bagatelles à la mode. Dans les bureaux, on se moque de ces Amadis à vide; et bien à tort ; ils ont leur plan, ils ne nuisent à personne, ils ont une croyance, et s'y adoiment. Fidèles aux bals masqués dans le temps de carnaval, ils y vont clierclier les bomics fortunes qui les fuient partout, même fà. lieautoup finissent par se marier soit avec des modistes, qu'ils acceptent de guerre lasse, soil avec de vieilles femmes, soit aussi avec de jeunes personnes auxquelles \cur physique a plu, et avec lesquelles ils ont filé un roman émaillé de lettres stupides, mais qui ont produit leur effet. Ces commis sont quelquefois hardis : ils voient passer une femme en é(|uipage aux Champs-Elysées, ils se procurent son adresse, et lancent des épi- 1res passionnées à tout hasard. Les employés beaux hommes ont leur place pour vivre, cl leur physique pour faii e fortune,
La ganache. — L'employé ganache devient quelquefois rédacteur ou commis d'ordre. H est dans son plus beau moment vers quarantecinq ans. Toujours marié, presque toujours sergent-major dans sa compagnie, il loge dans nu faubourg, où il a loué une maison à jardin. De laille moyenne et gros, il marche lentement, il est fier d'appartenir à l'administration, il s'applique en tout à servir l'ordre de choses et se vante de son insouciance en politique. Adoptant l'opi-
nion du Journal des Débals, le seul qu'il veuille lire, il est pour h> pouvoir, quel qu'il soit. Sincèrement zélé, zélé sans arrière-pensée, il reste volontiers une heure de plus pour achever un travail que le chef demande.
Sa fenune donne des leçons de piano dans des pensionnats de jeunes persoimes. Il reçoit chez lui nu jour par semaine, donne de la bière et des gâteaux, et permet déjouer la bouillotte à cinq sous la cave. Malgré celte médiocre mise, par certaines soirées enragées, l'employé à la mairie du douzième perd ses six francs. La ganache est compatissante, mais en paroles seulement; il est tenu par .^^a femme, (jui lui donne douze francs par mois, et à laquelle, d'aillem'S, il est attaché. Dans sou salon, il a un salon : sur la tenture verlaméricaiu, bordée d'un câblé rouge, brille, comme disait madame Grassini du buste de Napoléon, \c purlrait du gouvernement. Tout auioin' se voient le Convoi du Pauvre, d'après Vigneron, le Soldai laboureur et le masque de l'Umpereur.
Le dimanche, dans les beaux jours, la famille fait des parties aux environs de Paris, dont on s'est donné la carte. La ganache, essentiellement respectée de ses enfants, leur a déjà fait connaître Anlony, Arcueil, Bièvres, l'ontenay-aux-lloses, Aulnay. Quand la partie ouest sera bien explorée, on se portera vers l'est, et ainsi de suite Le fils aîné doit succéder à sou père dans l'adminislralion; le second fait ses éludes pour entrer à l'Ecole polytechnique. Cet employé dit à son fils aîné : — Quand tu auras l'Iioimeur d'être employé par le gouvernement... Il regarde son chef de division conmieun liounue de génie, il le propose comme un modèle à son fils en s'écriaut : — Je serais bien heureux si lu pouvais ressembler à .M. Bouvard ! Si, par hasard, la voilure du minisire entre on sort au moment où il quille son bureau, et s'il se trouve à la porte, la ganache ôie son chapeau, que la voilure soil vide ou pleine. Aussi, quaiul le chef de bureau lui explique nu travail, la ganache prend-elle un air de compouelion, elle tend sou intelligence, elle se fait tout expliquer, elle écoute avec profondeur.
Silencieux au bureau, travailleur exact, cet employé-modèle, les pieds en l'air sur un pupitre de bois, étudie sa besogne en conscience, il pose avec attention la plume au bord de la table avant de tirer son mouchoir, et la reprend gravement. Dans sa correspondance administrative, il est roide, il prend tout au sérieux, il appuie sur les moindres choses. Il ne fait au bureau que l'ouvrage du gouvernement. S'il ne blâme pas ceux de ses collègues qui s'y livrent à des travaux .AUiiiEs que ceux du b^ureau, sa consciente à lui ne le laisserait pas tranquille. Chez lui, le soir et le matin, il copie dei mémoires, des pièces pour les avoués, les avocats, car il a surtout nue belle écriture. L'indusirie de sa femme et la sienne, le peu de fortune qu'elle a, ses appointements, leur composent près de mille écus par an, Grâce à la |ilus sévère économie, on met mille francs de côté tous les ans, pour faire une dot à la jeune |)ersomuî. La ganache a de beau linge, nue épingle en diamant donnée par la belle-niere le jour du mariage. Sa fille lui brode des bretelles, il maintient l'habit noir, le gilet blanc et le pantalon bleu. 11 a été longtemps avant d'ado|)ter les bottes. On fèlc dans la famille les anniversaires, les saints, et il compose des quatrains pour ces jours solennels. Il ne maïuiue jamais un enterrement ni un mariage, il va jusqu'au Père-Laehaise, il rend ses devoirs à ses chefs au jour de l'an. Il économise depuis douze ans sur ses douze francs par mois, et il boursicote, afin de satisfaire u\) désir (pii s'accroît de violence d'année en année, c'est sa seule passion : il veut voir la Suisse !
Note pour les grandes dames qui liront celle Phi/siologie.
Le ménage de ces employés est parfailement leuu, les filles sortent mi>^es conveuablemeni, la mère parait cossue, le père a la icniu; d'un riche bourgeois. Le père, la nierc, les enfants ont toujours du linge blanc, et les enfants reçoivent une belle éducation. Quand on y donne à dîner, il y a qualre (dais d'entrée et un bicuf panielant autour duquel se groupent des légumes ; le second seryice com|)orie nue volaille, deux entremets, deux plats sucrés : le dessert est mir(d)olanl (vingt-quatre plats). Enfin ce ménage a toujours viugt-ciM{| louis dans son secrétaire. Toute celle honnètelé sagement ordonnée, celte vie d'abeilles qui font miel cl cire, roule sur mille écus. Que le diable enqjorie celle Physiologie si ce n'est pas vrai... et la femme ne peut pas être autrement que vertueuse !
Le coLLEcno>>Ei'[i. — Les travaux administratifs sont si cuiuiyeux pour lis employés subalicrncs, que les commis, dont l'esprit n'est pas tout à fait éteint, coniiiensent les ennuis du bureau par (piclipie passion. 11 est rare de ne pas trouver dans chaque administration l'enqdoyé collectionneur et artiste.
Rangé, minutieux, épilogueur, son avanceinent ne préoccupe point cet employé, il a une place pour pouvoir vivre et se livrer à ses goûts doininanls. .\ssez maladif, d'ailleurs, il a les cafés, le cigare et l'équitation en horreur; il se couche à dix heures et se lève à sept; il va rarement au speclacle ; il joue du fiageolct ou de la flùie traversièrc,
L'EMPLOYÉ
et s'csl fail preiulre pour fifre dans la garde naiioiialo alin de ne pas passer les iitiUs au eorps de garde. Il a des eolleelious! Il souscrit à tous les ouvrages par livraisons; les Seines de ta rie iirivée des animaii.v ilUislrée par Grandville, le Don Qiiieliotle, Flovian, les Français peints par eu.t-mémes. uièine les l>il)liogra|iliies, loul ce qui se llvraisonue n'a pas de plus chaud souseripieni'. mais il garde les ouvrages en livraisons et oublie de les l'aire relier. Il achète les lithographies de la maison Auberi, et. eu gcuéral, tout ce qui. dans les arts, ne dépasse pas 50 centimes 11 entasse chez lui des curiosités qu'on lui donne ou qu'il orqiiicrf dans les ventes, où il ne dépasse jamais cent sous pour tous ces lois, .\ussi son logement est-il encombré de pierres à paysages, de modèles en terre cuite, de pétrifications de la fontaine de Saini-Allyre de l'Iermont. Il a des régiments de petites bouteilles où il met de> barytes, des sulfates, de sels. Il dit : Je possède des coraux, des papillons, des parasols de Chine, des poissons séchés, des médailles.
Le collectionneur ne se marie point, il craint le mariage, il veut garder sou indépendance. Il a toujours une mère qui doit lui laisser mille francs de rente, qu'il compte joindre avec sa pension ; ou bien il a une sœur modiste, fleuriste, pianiste ou dame de compagnie avec laquelle il se retirera, tôt ou laixl, à la campagne.
Quoique recherché par les mères de famille, ce jeune homme maigre, fluet, qui a les yeux tendres et cernés", qui porte des bas blancs par toutes les saisons, des pantalons verdùtres, des souliers lacés, des redingotes vertes ou noisettes, ue se laisse pas séduire. .\u bureau, il a un fauteuil de canne, percé au milieu du siège, ou garni d'un rond en maroquin vert, à cause de ses hémorroïdes. Il se plaint de ses digestions. Il fuit, le dimanche, des parties de plaisir à une, et accompagnées de lait, à .Moutmorcncy, des diners sur l'herbe. Quelquefois , il entraine le bureau à prendre du laitage sur le boulevard du .Montparnasse. Cet employé devient souvent souschef.
L'exploté iiom.me de LETTRES. — Cet employé est un finoi, qui travaille peu au bureau, il fait faire ce qui le regarde par les surnuméraires 11 est d'ailleurs protégé par le chef de di\ision, qui a une loge à toutes ses premières représentations: car il est un intrépide faiseur de vaudevilles. Ses liaisons avec ses collaborateurs, avec les théâtres, lui permettent de donner des billets à ses collègues et des loges au chef de bureau. Il fait à peu près le nécessaire pour palper ses appoiutemcuLs ; mais il ne travaille qu'à ses pièces Dans les associalioos dramatiques, il est le piocheur. c'est lui qui rabote le dialogue, tourne les couplets, raccommode une scène et raccorde une coupure. Ses collaborateurs suivent les répétitions, et corrigent ce qu'il exécute. L'employé vaudevilliste devient quelquefois chef de division : il y en a des exemples, dont le plus illustre e^t Sewriii. Généralement, au milieu de sa carrière administrative, il est au moins sous-chef, car il rend des services à ses supérieurs : il ménage les raccommodements entre le ministre et sa maîtresse, il empêche des articles contre des députés ou contre son directeur général. Il a toujours la cfoix de la Légion d'honneur. Sa tenue cï-l supérieure, il re>»emhle à un
Le chef de division.
fonctionnaire distingué. D'ailleurs, il est à son aise, il a campagne, il ne se refuse pas le cabriolet de régie. Il dit Scribe, il dit IIulo Dumas, Delavigue. .\iil)cr. lîerlioz, il dit même Ancclot tout court. Il (oiiiiait uius le> auiems, il dîne presipie toujours en ville, il traite au lloclior de Caucale, il a mille écus du ministère, et se fait sept à huit mille francs par an au théâtre avec ses tiers et ses moitiés de pièces. ('et employé n'est pas marié, mais il a son affaire au théâtre, on lui connaît un attachement. 11 n'a d'esprit que sur la scène et dans ses pièces, car, dans la vie ordinaire, il n'a pas plus d'esprit que tout autre employé. Ses collègues le trouvent bon enfant. 11 arrive au bureau quand il veut, on ne lui dit rien ; il y apporte des romans qu'il lit pour y trouver, par contre-pied, des traits d'esprit ou des sujets.
Une autre ligure de ce genre est l'employé homme de lettres qui fait des livres au lieu de faire des pièces. Itélas! son exisicnce n'est pas aussi brillante que celle de son confrère. Il expectore à peine un
roman tous les deux ans, qui ne lui donne guère, I un dans l'autre, qu'un supplément de sept ou huit cents francs par an ; mais il fait des articles critiques non signés dans les journaux :
il travaille pour avoir le prix Montyon, Il a une existence plus sourde, plus éteinte que celle du vaudevilliste; mais il a la croix de la Légion d'honneur. Il est plus assidu que l'autre à son bureau , car il n'a pas la ressource des loges, des billets de spectacle, pour acheter son indépendance. Il se bat avec la langue française, cl corrige ses épreuves à ses moments perdus ; mais il se lie si peu à son talent , (|u'il ne veut pas perdre ses chances d'avancement :
il finit ijuclqucfois par ne plus écrire.
Li: CU.MUI-AI1D.— Cclemployé se recommande par son industrie, (-lariuette ou haut-bois à l'Opéra - Comique, il est musicien le soir ; et le matin il est teneur de livreschez un négociant, de sept heures à neuf heures. En soufflant au théâtre dans un morceau de bois, en suant sang et eau le malin, il se fait ainsi neuf mille francs. 11 a une femme charmante, une jolie famille. Le cumulard cultive les arts et les artistes. Sa manie consiste à organiser des concerts où tous les employés de la division vont gratis, car il a be.
soin d'une excessive indulgence à cause des répétitions. Comme il est très-bon musicien, il ne va qu'aux répétitions générales. L'administration complaisante se prête à cela, soit au ministère, soit au théâtre. D'ailleurs il élève en musique et à la brochette un petit jeune homme qui le remplace ei qui doit lui succéder à l'orchestre. Sa femme, (|ui est très-jolie, et qui a quelque fortune, a son indépendance, l'allé ne voit son mari ipi'à dîner, et s'est toujours liée avec le chef de division : aussi le cumulard obtient-il de l'avaiKimciii. Sa femme revoit les mercredis, et joue la femme comme il taiii. 1:11e dépense beaucoup eu toilette, sans que son ménage en souliie. Ses entants ont des demi-bourses. Le cumulard a l'esprit de faire la bête, il se vante de son bonheur intérieur.
C'est un bon gros homme, assez hurluberlu, comme tous les .'ir-
ti^t(•s, mais qui ne manque pas de bon sens. Le chef de bincau, -
nacé de près par lui, dit que c'est un homme tres-fin. Le cumulai d
L'EMPLOYÉ
est travailleur, il a de l'esprit, il fait des jeux de mots, il expédie rapidenieiil sa besogne.
1,1 ^l iiiKii. — Cul ouiployé a la figure terrible. Il n'a pas deux iiiaiiiiTi's d'Olre : il est ou paie, loiif;, verdàlre. le front cliauve, l'u'il vairon ; on pirscnic une (igure écbaulïée, boutonneuse, rouge. Il a le sang blanc ou le sang vicié. Il est employé par spéculation, et pour pouvoir vivre sans toucber ni à son capital ni à ses intérêts. Il est silencieux, ci donne tout son tcni|)s, son inlclligence, à l'adniinislration, où il finit par faire sou clieiuin. Il ne rit jamais; il a les lèvres minces, il esl de bon conseil, mais senlcncieux. Personne an bureau ne sait ce qu'il fait, il esl uuiel sur ses opérations. Ses praliques le trouvent cliez lui de sept heures à neuf heures, excepté les quinze ei les fins de mois, ou de cinq heures à six heures. Sa soirée esl un mystère. C'est cet employé (|ue l'on vieul souvent demander, el qui descend causer dans la cour, où il écoute alors plus (pi'il ne parle, et à qui des inconnus présentent des papiers qu'il regarde d'un air froid et impassible, et il remonte avec calme , il reprend sa besogne. Il a une tabatière d'or.
Le FLATTEun. — Cet employé, toujours assez médiocre , se soutient par les services ipril rend et par la crainte qu'il inspire. Il cause avec le chef de bureau, le chef de division; il les observe et s'insinue dans leur confiance ; il finit par connaiire leurs goûts, leurs caprices; il leur rend des services de loule nature, et les instruit de ce (|ui se dit cl de ce qui se fait dans les bureaux. Malgré le mépris qu'il inspiie, il reste : il est indispensable, il a surpris des secrets; cl. si à loule celle immense fraude il joint un peu de lalent ou de l'ambition, il parvient quelipiefois On dit alors qu'il esl dévoué : il se laisse, en effet, désavouer, il supporte les malheurs de son audace avec calme, et personne ne s'explique son pouvoir ni sa résignation. Ou le trouve infâme, et on lui donne la main. Ou l'appelle le jésuite. Il dénonce un peu, il espionne beaucoup, il y met de l'adresse : on y esl toujours pris!
Le coMMtncA>T. — Ce genre d'employé esl assez commun. La plupart ont des femmes qui sont ou des riches couturières ou des lin-
gères, ou des marchandes de uouveaulés. de cachemires, de mo- (ks, etc. L'administration aime beaucoup ces sortes de gens : ils sont < onlenls de leur son, leur traitement leur suflii. Les femmes de ces employés sont aussi satisfaites que l'administration, elles n'ont pas leurs maris sur le dos pendant la journée et sont maîtresses au logis. Us font d'excellents commis, d'excellents maris el d'excellents ména- L'es. Ces employés ont produit les ménages fantastiques où le mari ne se voit jamais que le dimanche ou les jours de fête. En arrivant chez eux, à cinq heures jusqu'à sept heures, ils entrent dans un cabinet pour mettre les livres de leurs femmes à jour cl faire la caisse. Dans les grandes circonstances d'affaires, ils se montrent : un négociant esl alors tout étonné de rencontrer un employé rusé (pii défend les intérêts de rétablissement. Ces employés sonl quelquefois commanditaires dans de fortes niaisons de commerce, dans la droguerie, la hante épicerie, la librairie. Il y avait un cnqiloyé au Trésor qui aclie-
Le garçon de bureau
tait les pièces de .M. Scribe, et qui se nommait Pollet; il achetait aussi des ronunis. Mais, (prind le commerce devient trop intéressani, l'adminislration a tort, el I employé (initie la partie. (Juclqnelois l'employé se trouve engagé dans n[ie (entreprise lourde (jui lui dévore ses capi taux : il reste alors employé malheureux. Les gens graves de l'admitraiiou disent alors que l'on a tort de faire deux choses à la fois. Le proverbe : Il ne faul pas courir deux lièvres, court les bureaux.
Le l'ioc.iiEuii. — Celui-ci a pris la carrière au sérieux : il étudie les choses, les honnnes, les affaires; il pénètre les ressorts de l'adminis- Iration; il aime son pays; il possède la partie; il fait des mémoires sur les diflicullés. Il est cpielquefois sombre et iiupiiet, connue un homiue qui ne sait pas s'il percera ; mais il finit par être apprécié. C'est, dit-on, un cheval à l'ouvrage ; il emporte du travail chez lui, il furète dans le ministère ; il ne fait pas autre chose que de l'adminislraliou : il devient euliu un homme spécial, comme l'homme entré
pilolin devient contreamiral ; et le sous-lieuteiianl, général. 11 a la volonté, il l'applique à l'adminislralion ; rien ne le rebute, rien ne le décourage. Chose étrange ! c'est celui-là qui a des envieux et pour lequel chacun est difficile.
Le ministre, le chef de division, sont exigeants pour lui ; connue quand dans un allelage il se trouve un bon cheval, c'est à lui que le fouet s'adresse dans les mauvais pas. Quelquefois le pioclieur menace de quitter la baraque ou la boutique! Ou le retient, on le décore, el il arrive à cinquante ans à être maîlre des requêtes, directeur, et il défend des projets de loi aux Chambres; el il fait (ni beau mariage, cl le publie le regarde comme un honnne liscal, comme un bureaucrate, comme le Iléau des contribuables.
Le PAUVllE BMPI.OVt.
— Voici la figure la i)lus touchante , celle de l'homme qui n'a ni bonheur ni entregent, qui n'a pas de double industrie, qui n'a que sa place, et qui s'est marié avec une femme (|u'il aime. Pour Augusiine, il se prive de tout. II esl ponctuel, il déploie les plus hautes vertus, il demeure hors barrière. Sa femme, qui se permet à peine une femme de ménage, nourrit sou enfant, fait tout chez elle el marchande elle-même les moindres choses. Le ménage vil avec dix -huit cents francs, et s'en conlenie pendant vingt ans, sans pouvoir mettre un sou de cfité. Ces deux êtres intéressanls ont réussi, dans la vie, à payer de modestes meubles en acajou, (quatre robes, deux chapeaux et les souliers de la femme elia(pie année, les bottes et les habillemeuls du mari. Dans celle lulte entre le ventre el la main, l'intelligence s'est ou efficée ou agrandie. L'employé invente des corsets mécaniques ou des biberons, des i)ompes à incendie ou des paracrottcs, des cheminées qui ne consonuiient pas de bois ou des fourneaux qui cuisent les côtelettes avec trois feuilles de papier. Il se fait voler par celui qui lui prête des fonds pour le brevei, el retombe dans la misère ; ou bien il atteint sa retraite, et cherehc une place dans une administration particulière. S'il meurt avant sa retraite, on ne sait ce que devient ni sa femme ni son enl:(nt.
Les ministres ne s'inquiètent en aucune manière de ces pauvres victimes.
T/KMri.OYi";
i;ilAl'lTRE X.
IK'Suiiic.
Von* ilevez npcri^evoir mainitMi.iiii pourquoi loiil va si iLMitoiiionl dans le [lavs île biiroaiicriuio. VEUM pavaiil tros-pen ses employés, K'S eiiiploviis sonl oblige* d'avoir une donlile e\isicncc, de (aire deux ilioscs, de se partager enire radininisiraiion et nne autre industrie; en sorte que les afi'aires souffrent, vont lentement, et ne peuvent pas aller autrement. On se demande comment la maison Hoiliscliild. qui a tout autant de détails que le ministère dos finances, qui reuino autant de capitaux, qui est obligée de savoir les ressources et les liiianccs iion-seulemenl de la France, mais de l'Angleierre, de l'I^spagne, de la Belgique, de l'Autriche et de Naples, du pape et du grand Turc. qui pave autant d'intérêts «pie la Trance, et qui a des reialious avec toutes les villes d'Europe, fait ses ;ili'aires avec vingt commis quand le ministère des linances en a plus de mille. Les vingt employés des Roibschild travaillent dix fois plus que ceux du Trésor ; mais ils ont UD avenir, ils apprennent;! être banquiers, ils veulent savoir comment on gagne des mUlions, ils voient une récompense proportionnée ;i leurs efforts: tandis que les emiiloyés, en Franie, ont un misérable avenir, peud'lionueur, quoi(|tie treslionorablcs, et n'appreniieal ()ue la dépense sans apprendre la rccctie. Autrefois, dans les ministères français, les efforts, les travaux, pouvaient être récompensés : un ministère attendait le petit employé Colberi, Letellier, de Lyoïme. Aujourd'hui il faut être député pour devenir administrateur.
Les traitements ne sont point proportionnés aux exigences du service. Cent employés à douze mille francs feraient mieux et plus prompiemcnt que 'mille employés à douze cents francs. Mais la machine est ainsi montée, il faudrait la briser et la refaire; et persomic n'en a le courage en présence de la tribune et des soties déclamalioiis de l'opposition, ou des terribles pulls de la presse. Il s'ensuit (lu'il n'y a point solidarité entre le gouvernement et l'adminislration : un minisire veut et ne veut pas. il y a îles lenteurs interminables entre les clioses et les résultats. Si le vol d'un écu est impossible, il existe des collusions dans la sphère des intérêts On ne concède certaines opérations qu'ajirès des stipulations secrètes, impossibles à surprendre. Enfin les employés, depuis le plus petit jusqu'au chef de bureau, ont leurs opinions à eux, ne sont pas les mains d'une cervelle, c'està-dire, n'agissent pas tous dans la pensée du gouvernement ; ils peuvent parler contre lui, voter contre lui, juger contre lui.
La subordination n'existe pas dans l'administration à Paris, l'n commis-rédacteur pourra très-bien humilier son chef de division en le rencontrant à pied dans les Champs-Elysées, quand il sera, lui, en voiture élégante avec une jolie femme. Un employé supérieur, uu directeur, qui fait et défait des préfets, qui décide des choses les plus graves dans l'Etat, n'est presque rien dans Paris. On a beaucoup perdu en repoussant les costumes et les uniformes, auxquels tenait tant Napoléon.
Sur les neuf heures que tout employé doit à l'Etat dans les bureaux, il y en a bien quatre et demie de perdues en conversations, en narrés, en disputes, en taille de plumes, en intrigues. Ainsi, l'Etat perd cinquante pour cent dans le travail 11 poinrait faire faire pour dix millions ce qu'il paye vingt. Les variétés d'employés que nous avons décrites coDstiiue'ut les rouages delà machine. Màiuleuaut voici les moteurs !
CIlAliTRE XI.
Le chef de bureau.
Ao-dessos de toutes les figures que vous pouvez imaginer d'après les types de commis se dresse en premier lieu la physionomie assez curieuse du chef de bureau, qui est dans l'adminislration ce que lu colonel est dans l'armée. Mais, hélas! il ressendile bien plus à un régent de collège qu'à uu colonel. Ou ne parvient pas au poste de chef de bureau avant quarante ou cinquante ans, et presque tous les chefs de bureau ont passé par la lilière admimstrative. Assurément, pour être nu homme remarquable en arrivant à ce poste, il faut avoir été bien vigoureusement doué par la nature, et avoir possédé des
qualités bien éminentt'S. Le chef de bureau doit être nécessairement travailleur, et il offre à cel âge, sur une ligure fatiguée, mi air assez content de lui-même. Il est presque toujours décoré, il a peu de cheveux, il est raremoui somptueux ou recherché dans sa mise ; mais il a surtout le dégoâi empreint sur la figure : aucun d'eux ne trouve que le jeu vaille la chandelle. Il eût été bien autre chose dans toute autre carrière ! P;irnii les chefs de bureau, il s'en trouve do boimcs gens, unis, tout ronds, mais le plus souvent ils out je ne sais quoi d'acerbe et de despoli(|nc dans la physionomie. Ils ont tous à se plaindre ou des hommes, ou des choses, ou des ministres. Sachez bien que tous ont la conviction profonde des résultats qui sont consignés au chapitre précédent. Entre ipiatre murs ou en rase campagne, il n'en est pas un qui ne vous dise : — C'est unedrùlede chose, allez, que l'adininistration ! Ils ont vu le bien possible en théorie, impossible en |)ratique; ils ont vu les résulials les plus contraires aux promesses : ils ne croient à rien et croient ;i tout. Résignés sur tout, ils accomplissent les alfaircs, comme l'ilale prononçait le jugement de Jésus-Christ, en se hivaul les mains. Ils ont des sourires et des regards si bien à eux, que, pour qui connaît bien les physionomies parisiennes, en voyant uu lionime dans un omnibus, décoré, en habit bleu ou noir, le visage faiigué, creusé connue celui du bon Charles ^odier. sans le fin sourire de Villcniain, mais désillusioimé comme celui d'Henri Monnier, il n'Iiésile pas et se dit : — C'est un chef de bureau !
Dans les bureaux, le chef est ou chien ou Ion enfant : il n'a que CCS deux caractères. Le rliirn est dur, exigeant, iracassicr, méticuleux. H a une mauvaise sanié, il a eu des passe-droits, il rend :i ses employés les maux qu'on lui a faits; il est rogne, prétentieux avec le public, et, avec ses employés, ab^olu, tranchant; il n'adoucit point les refus; il y a chez lui du professeur, du juge et de l'académicien jaloux. Le bon enfant est calme, indulgent, complaisant s;ins se bisser duper ; il jouit d'une bonne santé. Ordinairement les chefs de bureau de ce genre ont des succès auprès du beau sexe. Ils sont aimables avec le.i femmes, ils sont hommes du mond(!, assez coquets dans leur mise, ils dorent les pilules et font des réprimandes en faisant observer tout ce qu'elles leur coûtent à faire.
En général il y a une grande ligne de démarcation entre les chefs de bureau et les autres employés. Les chefs de bureau sont, eux, assez bien avec les chefs de division, comme sont les colonels avec les généraux ; car, à mesure qu'on s'élève, les manières et les idées se simplifieut, l'horizon s'agr;iudit, les boutonnières fleurissent, les figures prennent du caractère, l'homme a du ventre, et le traitement periucl de vivre à Paris.
ClIAl'ITi EXll.
Le cliL'l' di- division.
Le chef de bureau peut encore être un homme ordinaire, mais le chef de division est toujours un lioninie dislingué. (Juaud il prend le nom de directeur, c'est, comme nous l'avons dit, un homme politique. (Juaut aux directeurs généraux, ils se croient tous des lionnnes d'Etat. Le malheur du chef de division est de tellement ressembler à un chef de bureau, que souvent il n'y a ri'ellemenl entre eux que la différence du traitement et de la nomenclature, car le chef de division a toujours beaucoup de qualifications. Jugez ce que tient de place dans l'almanach royal : M Buireau-l.escbevin, directeur du personnel, officier de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis, du Lion de Belgique, de Saint-Ferdinand d'Espagne, de Saint-Wladiniir de Russie, troisième classe, et membre libre de l'Institut; maitre des requêtes en service extraordinaire, député d'un département ou membre du conseil général de la Seine, et toujours le fantastique etc.
Le chef de division protège ses employés; il leur permet de prendre r:iir le jour rfps Aniilais, qui est le jour public où les créanciers peuvent entrer et faire des scènes à leurs débiteurs. Ce digne homme rudoie les créanciers qui s'adressent !i lui, il se prête aux combinaisons qui peuvent rendre iimtilcs les oppositions sur traitements, et qiiehpicfois obtient du ministre le payement d'une petite dette criarde. Il s'efforce d'être le père de ses employés. Les chefs de division sont, comme nous l'avons dit, la monnaie du ministre, ils sont donc l'àine des ministères, et gouvernent les ministres. Le nerf, l'existence, la gloire du chef de division, c'est le Rapport.
(Jiiand les rois curent des ministres, ce qui n'a commencé que sous Louis XIV, ils se firent f lire des rapports sur les questions importantes. Insensiblement les ministres out fait connnc les ruis, puisipie
LTMPI.OYF:.
sept miuislres sonl la monnaie il'nii roi. .M:iinlenanl les miiiislrus, occupés de se défendre devant la Chambre, sonl pins que jamais menés i>ar les lisières du rapport. Il ne se présente rien d'important dans l'administration que le ministre, à la tliose la plus urgente, ne réponde : — J'ai demandé un rapport. Le rapport, c'est, pour I affaire et |)our le ministre, ce qu'est le rapport à la Cliand)re des députés pour les lois : une consultation où sont traitées les raisons contre et pour avec plus ou moins de partialité; en sorte que le ministre est aussi avancé avant qu'apri'S le rapport.
Il semble que l'on est ministre pour avoir delà décision, connaître les affaires et les faire marcher : mais non, le raporl régne en France depuis le colonel ju>qu'an maréchal, depuis les préfets jusqu'aux ministres, depuis la Chambre jusqu'à la loi. Tout se discute, se balance et se contre-balance de vive voix et par écrit, tout prend la forme littéraire; la France rapporte, rapporte tant, qu'elle se ruine malgré de si beaux rapports, elle perd sou temps, elle disserte au lieu d'agir. Il se l'ait en France un million de rapports écrits par année. Il s'ensuit que les bureaucrates régnent.
Un miuisire vous a donné les plus belles assurances: vous revenez dans les bureaux ; on vous dit : — Ou l'ail le rapport au ministre. Vous vous trouvez alors lace à l'ace avec une lame de couteau ou ime massue, selon le tenqiérameui du redoutable chef de division. ( oiiiprcnez-vous'/ Ue là cet axiome :
10' AMOME. — Le rapport est un report, et quelquefois un apport.
Il ne faut cependant qu'un moment pour prendre un parti ; quoi qu'on lasse, il faudra décider. Plus vous aurez mis en bataille de raisons pour et de raisons contre, moins le jugement sera sain. Les plus belles choses de la France se sonl faites quand il n'existait pas de rapports et que les décisions étaient spontanées. Le chef de division marche sur deux béquilles : le rapport eu est une, le mémoire est l'autre.
Nous pourrions faire de Madagascar notre Botany-Bay. (Juels sont les moyens à employer'? comment faire'/ Le directeur des colonies passe un an à préparer un mémoire où la possibilité est établie, où les ressources sonl indiquées. On met le mémoire dans un carton ; il y dort, ou, si la chose est urgente, on passe immédiatement à l'exécution. Mais un inventeur propose à la marine un moyen de dessaler l'eau de la mer, le ministre demande un rapport. Le rapport dit que cela est si dillicile, que c'est impossible; la marine, deiiuis cent ans, est ennuyée de propositions de ce genre. Il propose de nonmier une commission de savants: l'homme, ennuyé, va en Angleterre, et vend son procédé. .\ve/.-vûus compris? Voilà le chef de division : il peut tout aussi bien être une célèbre ganache (lu'uu grand honnne inconnu.
CIIAPIfOE XII!.
Le garçon de bureau.
Sous cette pyramide humaine, en haut de laquelle est le ministre, se trouve un liomme heureux, caché dans im coin, sous sa crypte, derrière son paravent, sons sa livrée de drap bleu à bordure multicolore ; cet honmie, c'est le garçon de bureau Le garçon de bureau peut très-bien, le soir, devenir changeur de contremarques à la porte d'un théàlre, ou receveur dans un bureau grillé, on porteur d'un journal du soir. Le garçon de bureau ne peut pas aller au-dessus de l'huissier; mais, comme il y a peu d'huissiers aujourd'hui, tomme les minisires et les directeurs généraux exigent un certain physique, une cerUiine figure, des mollets et des manières, celle place est le bàlon de maréchal des garçons de bureau, c'est-à-dire très-rare.
Véritables piliers de ministères, experts des coutumes bureaucratiques, ces garçons, sans besoins, bien chauffés, vêtus aux dépens de l'administraiiou, riches de leur sobriété, soudent jusqu'au vif les employés : ils n'ont d'autre moyen de se désemmyer que de les observer; ils connaissent leurs manies, savent jusqu'où ils peuvent s'avancer dans le prêt, et font d'ailliurs les commissions avec discrétion. Ils engagent ou dégagent au mont-de-piété pour les employés, achètent les recunnaisauces et prêtent sans intérêt. Voici pourquoi Aucun employé ne prend d'eux la moindre somme sans la rendre en y joignant une gratification : les sommes sonl légères, les temps de prêt très-courts, il s'ensuit des placements à la petite semaine, excessiveuienl sûrs et proliiables.
Serviteurs sans maîlies, quittant leur livrée à cinq heures, ayant
peu d'ouvrage, ces garçons ont de sept à huit cents francs d'appointements. Les étrennes, les grati(icatious. portent leurs émolumeuls à dou'/,e cents francs, et ils sont on position d'en gagner autant avec les employés. Leur industrie du soir leur rapporte à peu près trois cents francs. Enfin leurs fenunes sonl gardemalades, font des reprises aux cachemires, blanchissent et raccommodent les dentelles, sont marchatides à la toilette, et quelquefois tiennent des bureaux de tabac, ou sonl concierges dans des maisous opulentes, et gagnent autant que leurs maris. Aussi n'est-il pas rare de voir des garçons de bureau électeurs ayant une maison dans Paris. Après trente ans, ils ont une pension de six cents francs. Vous trouverez dans le livre des pensions, des garçons de bureau retraités à treize et (pialorze cents francs.
La figure de cet employé du dernier ordre est plus curieuse qu'on ne le pense, car le vrai philosophe ist rare; et ce garçon, qui n'csi jamais célibataire, esl le philosophe des administrations. Les garçons voient tout dans les bureaux, ils ont leurs jugements à eux, leur petite politique; ils ont leur imporlaucc aux yeux du public, ils sont les eunuques de ce vasle sérail : moins ils ont à faire, plus ils se plaignent. Si le garçon d'un bureau esl, par hasard, appelé dix fois dans une inalinée, s'il va d'un ministère à un autre trois fois; s'il est renvoyé d'une division à l'autre comme un volant sur deux raquettes, il se plaint, il dit que c'est à en penlre la tête.
Voici le beau idéal du garçon de bureau. (Juand, en 1830, il y cul ce grand mouvement national qui ne peut se rendre que par celle profonde pensée politique : Ote-tui de là que je m'y mette! qui dirigea la conduite de lous les libéraux, les bureaux furent agités, il y eut des déménagements de fond eu comble. Celte révolution pesa principalement sur les garçons de bureau, (pii n'aiment guère les nouveaux visages. Un de nos amis, venu de bonne heure au ministère, a entendu le dialogue suivant entre deux garçons ; Lh bien ! comment va le tien'.' Il s'agissail d'un chef de division. — Ne m'en parle pas, je n'eu peux rieu faire. 11 me sonne pour me demander si j'ai vu son mouchoir ou sa tabatière. Il reçoit sans f;)ire attendre, pas la moindre dignité. Moi. je suis obligé de lui dire : Mais, monsieur, .M. le comie votre prédécesseur, dans l'intérêt du pouvoir, il bLleliait son fauteuil avec sou canif pour faire croire qu'il iravaillaii. Et il bi ouille tout! je trouve tout sens dessus dessous : c'est un bien petit esprit. Et le lien? — Le mien, oh ! j'ai fini par le former, il sait maintenant où est son papier à lelircs, ses enveloppes, son bois, toutes ses affaires Mon autre jurait, celui-là est doux... mais ça n'a pas le grand genre, il n'est pas décoré, je n'aime pas qu'un chef soii sans décoration; on peut le prendre pour un de nous, c'est humiliant. Il emporte le papier de bureau, et il m'a demandé si je pouvais aller servir chez lui des jours de soirée. — Eh', quel gouvernement, mon cher! — Oui, tout le monde carotte. — Pourvu qu'on ne nous rogne pas!... — J'en ai peur! La Chambre est bien près regardante. On chicane le bois des bûches. — Eh bien ! ça ne durera pas longtemps, s'ils preimenl ce genre-là.
CIIAPITIÎR XIV.
Tant que l'on est employé, dans tous les bureaux, dans tonles les administrations, il n'y a qu'un cri. nue pensée, nue seule romance dont voici les paroles": — Ah 1 quand aurai-je fini mon temps? quand pourrai-je quitter? quand pourrai-je prendre ma retraite? J'ai encore laul d'années à faire, et puis mes irente ans seront acconqjlis! J'irai vivre à la campagne ! Ceux qui n'ont plus que deux ans, cinq ans, dixhuit mois, tout le monde les trouve heureux, et chactni leur sourit : ils s'en iront! ils feront place aux jeunes!
Quand arrive le moment, il en esl de l'employé comme de mademoiselle Mars et des acteurs; ils S(^ sentent verts et pleins d'aclivilé, jamais ils n'ont eu plus de judiciaire. Si d'imprudentes impatiences leur rappellent leur retraite, ils crient, et il se chante un nocturne mvariable : — Quelle injustice ! je commence à joindre les deux bouts, je viens d'établir ma lille,j'ai de l'expérience. l'Etat peut jouir de mes connaissances, et c'est quand on devient bon à quelque chose que l'on vous renvoie. D'im trait de phune, on vous enlevé la moitié de votre avoir. El que liiire? est-ce à cinquante-cinq ans que l'on prend une carrière? L'employé oublie loules ses récriminations contre les vieillards stupides, les ganaches (|ui fermaifmt aux jeunes gens l'entrée de la carrière; il se débat contre le ministre, contre le chef du personnel ; il les apitoie, il se crarapoime à son fauteuil comme nu
[/EMPLOYÉ
coiiildmuc à mort s'atutclie à la cliarreKe. Mais ciiliu il esi mis ù la loirailc, il faut quitter ses cartons, cette atmosphère, ees paperasses abhorrées et adorées lour à tour. — Que vais-jc devenir, avec cet homme-là chez moi louie la jonniée?dit sa femme, .\qnoi l'occuper? Il est si lâlillon, si touche-à-tont, si minutieux, si drolo 1 Allez, ditelle à ses amies, vous ne le connaissez pas' il va falloir lui fourrer quehiue chose dans la tcie! Sa pension à faire régler l'occupera pendant quelque temps; mais après.' Une femme de (|uarante-cini| ans a généralement peu les moyens d'amuser un lionnne de ciniiu.niiecinq ans. Le ménage tourné alurs les yeux sur Passy, Bellevillo, l'.mliu. Saint-GeriDaiu, Versailles. L'eniployé retraité devient un inlaliisa- Lile liseur de journaux, il les lit depuis le titre jusqu'au nom du itérant, il étudie les annonces, et cela lui prend trois heures; puis il Ih'me, il atteint péniblement son diner; mais, une fois là, tout est sauvé. Le soir il fiit s;» partie, il va en société, licaticnnp d'employés reiraités s'adoniicnt à la pèche, occupation qui a licaïucuip (r;iiial()i;ie avec celle du bureau. Quelques autres, lioninies iniiliricux, se font actionnaires, perdent leurs fonds, mais ils retrouvent une place dans les entreprises. Il y en a qui deviennent maires de vill.i^o ou adjoints, et qui continuent leurs poses bureaucratiques. Tons se dcbalteni contre leurs anciennes habitudes, il y eu a qui sont dévorés du spleen ; ils meurent de leurs circulaires rentrées, ils ont non pas le ver, mais le carton solitaire : ils ne peuvent pas voir un carton blanc bordé de bleu sans que cela ne les impressionne. La mortalité sur les employés retraités est effrayante. Ce mot : — Le père chose est mort! retentit souvent dans les ministères, el se dit sans compassion. Il n'obtient d'autre réponse qu'un : — Tiens! on : — Eh bien! ça ne m'éloDue pas.
Quelquefois suit la biographie du défuni, ainsi dépeint : — (l'était mi drôle de corps '. — Ob ! oui. — Fiijure/.-voiis que le père chose écrivait un journal de sa vie, il écrivait l'achat d'un chapeau, le sou donné à uu pauvre, et niOme... — Bah ! — Parole d'honneur, il faisait des ronds devant le jour du mois à son almanach ! — l'as possible I — Sa femme nie l'a dit! — C'était bien leste I dit le loustic du bureau.
Ou bien : — Le père chose avait la fureur de mcltre des biVhes dans le poêle, il nous faisait crever de chaleur, il avait l'hiver dans le ventre. Il est entré un matin et nous a dit : .Ma mère est morte! absolument comme il aurait dit : Je nie suis acheté ce petit pain de seigle. Il dormait toujours. En travaillant il s'endormait, sa plume, qu'il tenait toujours, faisait des points sur son papier. — Ou bien : h' père chose était un fameux farceur; il buvait de la tis.uie quatre mois de l'année sur douze il av.tit du malheur.
— Il sera mort de quelque paysanne, le vieux scélérat! Il était bien ennuyeux, et comme il vous recevait le monde : — Qu'y a-t-il pour voire service? l'oli comme une bilclie.
11« AXIOME. — La vie des bureaux est double.
Quand on se destine à l'administration, il faut y entrer par la tète au lieu de se mettre à la queue. l'our devenir chef de division, faitesvous noiiinicr député, devenez taipiin ou rendez des services comme M. l'iet sdus la ric>laiu'alion, passez pour un homme spécial, vous devenez diro( leur i;énéral ou chef de division. L'antichambre de l'adiiiinisiration est la Chambre, la cour en est le boudoir, le chemin ordinaire en est la cave.
tout.
- Pour être quelque chose, il faut commencer par cire
Pour servir l'Etat il faut être riche, et beaucoup de gens s'imaginent (pi'on s'enrichit eu servant l'Etat. L'Etat vole autant ses employés que les employés volent le temps M à l'Etat. On travaille peu parce qu'on reçoit peu. La (Chambre veut administrer, et les administraleiirs veulent être législateurs. Le gouvernement vent administrer, cl l'administration veut gouverner. Aussi les lois sont-elles des règlements, et les ordonnances deviennent-elles parfois des lois.
Il y a une réforme administrative à faire. Les traitements, les pensions et rentes forment les trois quarts du budget, et c'est un peu trop. Si la France, le pays le mieux administré de l'Europe, est ainsi, jugez de ce que doivent être les autres!
L'.Vcadémie des sciences morales et politiques devrait bien proposer un prix pour qui résoudra cette (piestion : Quel est l'Etal le mieux eonslilué tir celui qxii fait beaucoup do choses avec peu d'employés, ou de celui qui fait peu de choses avec heaitcoup d'employés!
Tel est notre dernier mot, il est profond comme le budget, aussi compliqué qu'il parait simple, cl met un lampion sur ce casse-cou, sur ce trou, sur ce gouffre, suf ce volcan appelé par le Consiitutiontiel l'horizon politique.
rnoi'osiTioN.
n. de Cormciiin est prié de laii'c un raiipait sur le iioiiilin iiii iliiitions dos emiiloyés sous la Ilépiibliipie.
et les
ri^ IIK I. CMIi.llYU.
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D'autres, des ingrats, passent insouciammciU devant la sacro-sainte boniiquc d'un épicier. Dieu vous en garde ! Quelque rebutant, crasseux, mal en casqiioiie que soit le garçon, quelque frais et réjoui que soit le maître, je les regarde avec sollicitude et leur parle avec la déférence qu'a pour euxleCoiistitufioiiHcf. Je laisse aller un mort, MU évéque. un roi, sans y faire attention, mais je ne vois jamais avec indilTérence un épicier.
A mes yeux, l'épicier, dont l'omniiiolence ne date que d'un siècle, est nno des plus belles expressions de la société moderne.
IS'obt-il donc pas un être aussi sublime de résignation (pic remar- (pialile par son utilité, une source constante de douceur, de lumière, •II' denrées bienfaisantes ?
Enfin, n'est-il plus le ministre de l'Afrique, le chargé d'affaires des Indes et de l'Amérique?
Certes, l'épicier est tout cela ; mais, ce qui raet le comble à ses perfections, il est tout cela sans s'en douter. L'obélisque sait-il qu'il est un monument ?
Ricaneurs infâmes, chez quel épicier êtcs-vous entrés qui ne vous ait gracieusement souri, sa casquette à la main, tandis que vous gardiez votre chapeiiu sur la tète .'
Le boucher est rude, le boulanger est pâle et grognon ; mais l'épicier, toujours prêt à obliger, montre dans tous les quartiers de Paris un visage aimable.
Aussi, à quelque classe qu'appartienne le piéton dans l'embarras, ne s'adresse-t-il ni à la science rébarbative de l'Iiorloger, ni auconq)toir bastionné de viandes saignantes où trône la fraîche bouchère, ni à la grille déliante du boulanger; entre toutes les boutiques ouvertes, il attend, il choisit celle de l'épicier pour changer une pièce de cent sous ou pour demander son chemin; il est sûr que cet homme, le plus chrétien do tous les commerçants, est à tous, bien que le plus occupé, car le temps qu'il donne aux passants, il se le vole à lui-nièmc.
Mais, quoique vous entriez pour le déranger, pour le mettre à coutribuiion, il est certain qu'il vous saluera ; il vous marquera mémo de l'intérêt, si l'entretien dépasse une simple interrogation et tourne à la confidence.
Vous trouveriez plus facilement une femme mal faite qu'un épicier sans politesse.
Retenez cet axiome, répétez-le pour contre-balanccr d'étranges calomnies.
Du haut de leur fausse grandeur, de leur implacable intelligence ou de leurs barbes artistement taillées, quelques gens ont osé dire Raca! à l'épicier.
Ils ont fait de son nom un mot. une opinion, une chose, un système, une ligure européenne et encyclopédique comme sa boutique.
On crie : Vous êtes des épiciers ! pour dire une inlinilé d'injures.
Il est temps d'eu finir avec ces Dioclétiens de l'épicerie.
Que blàme-t-ou chez l'épicier ?
Est-ce son pantalon plus ou moins brun rouge, verdàtre ou diucolat? ses bas bleus dans des chaussons, sa casquette de fausse loutre garnie d'un galon d'argent verdi ou d'or noirci, son tablier à pointe triangulaire arrivant au diaphragme?
Mais pouvez-vous punir eu lui, vile société sans aristocratie et qui travaillez comme des fourmis, l'estimable symbole du travail ?
Serait-ce qu'un épicier est censé ne paspenserlemoins du monde. ignorer les arts, la littérature et la politi(iue?
Et qui donc a engouffré les éditions de Voltaire et de Rousseau ?
Qui donc achète SoKrriiiis d KnjrH.s de Diiliufe?
Qui a usé la planche du Soldat [.nhouicur, du Coiuoi du Pauvre, celle de V Attaque de la barrière de Cliehi/ '!
Qui pleure aux mélodrames ?
Qui prend au sérieux la Légion d'honneur ?
Qui devient actionnaire des entreprises impossibles ?
Qui voyez-vous aux premières galeries de l'Opéra-Comicpic quand on joue Adolphe et Clara, ou les Hendez-rous bourgeois?
Qui hésite à se moucher au Théâtre-Français quand on chante Cliatterton?
Qui lit Paul de Kock ?
Qui court voir et admirer le Musée de Versailles?
Qui a fait le succès du Postillon de Longjumeau,?
Qui achète les pendules à niamelucks pleurant leur coursier?
Qui nomme les plus dangereux députés de l'opposition, et (pii appuie les mesures énergiques du pouvoir contre les perturbateurs?
L'épicier, l'épicier, toujours l'épicier !
Vous le trouverez l'arme au bras sur le seuil de toutes les nécessités, même les plus contraires, comme il est sur le pas de sa porte, ne comprenant pas toujours ce qui se passe, mais appuyant tout par son silence, par son travail, par son immobilité, par son argent !
Si nous ne sommes pas devenus sauvages, Espagnols on saint-simoniens, rendez-en grâce à la grande armée des épiciers. Elle a tout maintenu. Peut-être maintiendra-t-elle l'un comme l'autre, la république comme l'empire, la légitimité comme la nouvelle dynastie; mais certes elle maintiendra !
Miiinlenir est sa devise. Si elle ne maintenait pas un ordre social quelconque, .à qui vendrait-elle?
L'épicier est la chose jugée qui s'avance ou se retire, parle ou se tait aux jours des grandes crises.
iSe l'adinircz-vous pas dans sa fui pour les niaiseries consacrées ?
Empêchez-le de se porter en foule au tableau de Jeanne Gray, do doter les enfants du général Foy, de souscrire pour leChamp-d'Asilc, de se ruer sur l'asphalte, de demander la translation des cendres de Napoléon, d'habiller son enfant en lancier polonais, ou en artilleur de la garde nationale, selon la circonstance.
Tu l'ess.ayerais en vain, fanfaron Journalisme, toi qui, le premier, inclines plume et presse à son aspect, lui souris, et lui tends incessamment la chatière de ton abonnement 1
Mais a-t-on bien examiné l'importance de ce viscère indispensable à la vie sociale, cl que les anciens eussentdéifié peut-être? Spéculateur, vous bâtissez un quartier, ou même un village ; vous avez construit plus ou moins de maisons, vous avez été assez osé pour élever une église; vous trouvez des espèces d'habitants, vous ramassez un pédagogue, vous espérez des enfants; vous ave/, fabriqué quelque chose qui a l'air d'une civilisation, comme on fait une tourte : il y a des champignons, des pattes de poulets, des écrevisses et des boulettes; un presbytère, des adjoints, un garde-champêtre et des administrés : rien ne tiendra, tout va se dissoudre, tant que vous n'aurez pas lié ce microcosme par le plus fort des liens sociaux, par un épicier. Si vous tardiez à planter au coin de la rue principale un épicier, comme vous avez planté une croix au-dessus du clocher, tout déserterait. Le pain, la viande, les tailleurs, les prêtres, les souliers, le gouvernement, la solive, tout vient par la poste, par le roulage ou le
LÉPICIKR.
totlic; mais l'i'picier iloil olrc là, rcslor là, se lever le premier, se coucher le ilernier. ouvrir sa boutique à toute heure .luv rhalauils, .1UX eaneaus, aux marchands. Saus lui. aucuu île ces excès qui ilislingneui la société moderuc îles sociétés aucienues, auxquelles l'eaude-vie, le tabac, le thé. le sucre, étaient iiicouuus. Pc sa boiiliquc procéile uuc triple production pour chaque besoin : ilié, café, chocolat, l.i couclu>ion de tous les déjeuners réels ; la chandelle, l'huile et la bougie, sources de toutes lumières; le sel, le poivre cl la muscade, qui composent la rhétorique de la cuisine; le ri/, le haricot et le macaroni, nécessaires à toute alinioulion raisounée; le sucre, les sirops et la conlliure, sans quoi la vie serait bien auière; les IVomapcs, les pruneaux cl les meudiaius, qui, selon Brill;il-Savarin, donnent au dessert sa physionomie. Mais ne serait-ce pas dépeindre tous nos besoins que détailler les unités à trois angles qu'embrasse l'épicerie? L'épicier lui-nièu)c forme une trilogie : il est électeur, garde national et juré. Je no sais si les moqueurs ont une pierre sous la mamelle gauche; mais il m'est impossible de railler cet lionune quand, à l'aspect des billes d'agate contenues dans ses jattes de bois, je me rappelle le rôle qu'il jouait dans mou cufiince. .\h ! quelle place il occupe dans le cœur des niarniots auxquels il vend le p;\pier des cocottes, la corde des cerfs-volaiits, les soleils et les ilragées ! Celle homme. qui tient dans sa montre des cierges pour notre enlerremcnt cl dans son œil une larme pour noire mémoire, coloie incessamment noire existence : il vend la plume et l'encre au poète, les couleurs au peintre, la colle à tous Un joueur a tout perdu, veut se tuer : l'épicier lui vendra les balles, la poudre ou l'arsenic; le vicieux personnage espère tout regagner : l'épicier lui vendra des cartes. Votre maitresï^e vient, vous ne lui offrirez pas à déjeuner saus l'intervention de l'épicier; elle ne fera pas une tache à sa robe (pi'il ne reparaisse avec l'empois, le savon, la potasse. Si. dans une nuit douloureuse, vous appelez la lumière à grands cris, l'épicier vous tend le rouleau rougo du miraculeux, de l'illustre Fumade, quencdélrimcnt ni les briqucls allemands, ni les luxueuses machines à soupape. Vous n'allez point au bal sans son vernis. Enlin, il vend l'hostie an prêtre, le cent-septans au soldat, le masque au carnaval, l'eau de Cologne à la (dus belle moitié du genre humain. Invalide, il te vendra le tabac éternel que tu fais passer de ta tabatière à ton nez, de ton nez à Ion mouchoir. de ton mouchoir ù ta tabatière : le nez, le tabac et le mouchoir d'un invalide ne sont ils pas nue image de l'inlini imssi bien que le serpent qui se mord la queue? Il vend dos drogues qui donnent la mort, cl des substances qui donnent la vie, il s'est vendu lui-même au public comme une ànie à Satau. Il est l'alpha ei l'oméga de notre étal social. Vous ne pouvez faire un pas ou une lieue, un crime ou une bonne action, une œuvre d'art ou de débauche, une maiiressc ou un ami, sans recoinir à la louie-puissance de l'épicier. Cet homme est la civilisation en bontiqnc. la société en cornet, la nécessité armée de pied en cap, l'encyclopédie en action, la vie dislribuée en tiroirs, en bouteilles, en sachets. Nous avons entendu préférer la protcciion d'un épicier à celle d'un roi : celle du roi vous tue, celle de l'épicier fait vivre. Soyez abandonné de tout, même du diable ou de votre mère, s'il vous reste un épicier pour ami, vous vivrez chez lui, comme le rat dans son fromage.
Nous tenons tout, vous disent les épiciers avec un juste orgueil.
Ajoutez : N'ous tenons à tout.
Par quelle faUililé ce pivot social, celte tninquilic créature, ce philosophe praiiqiie, celle industrie incessamment occupée a-i-elle donc été prise pour type de la bêtise .' Quelles venus lui manquent ? Aucune. La nature éminemment généreuse de l'épicier cnlrc pour beaucoup dans la (diysionomie de Taris. D iin jour à l'antre, ému par quelque catastrophe ou par une fête, ne rcparait-il pas dans le luxe de son uniforme, après avoir f.iii de rop|)osition en biset? ses mouvantes lignes bleuca à bonnets ondoyants acconq)agneni en pompe les illustres morts on les vivants qui triomphent, cl se mettent galamment en esp;dicrs fleuris à l'eiiirée d'une royale mariée. (Juant à sa coi)bt;iute. elle est fabuleuse. Lui seul a le courage de se guillotiner lui-même tous les jours avec un col de chemise empesé. Quelle intarissable fécondité d ms le retour de ses plaisanteries avec ses pratiques ! avec quelles paicrnelles consolations il ramasse les deux sous du pauvre, de la veuve cl de l'orphelin ! avec quel sentiment de modestie il pénètre chez ses clients d'un rang élevé! Direz-vons que l'épicier ne peut rien créer .' Qel^QUET était un épicier ; après son in-
vention, il esl devenu un mol de la l.ini;ne, il a engi-ndré l'iiuluslric du lampiste.
.Ml ! si l'épicerie ne voulait fournir ni pairs de Kranec ni députés, si elle refusait des lampions à nos réjouissances, si tlle cessait de piloter les piétons égarés, de donner de la monnaie aux passants, et nu verre de vin à la femme qui se trouve mal au coin de la borne, sans vérifier sou étal; si le qninquei de l'épicier ne protestait plus contre le gaz son ennemi, qui s'éleinl à onze heures ; s'il se désabonnait au ConstititthnnrI, s'il devenait progressif, s'il déblatérait contre le prix Monlhyon, s'il refusait d'être capitaine de sa compagnie, s'il dédaignait la croix de la Légion d'honneur, s'il s'avisait de lire les livres qu'il vend en feuilles dépareillées, s'il allait entendre les symphonies de Berlioz au Conservatoire ; s'il admirait Géricault en lemps utile, s'il feuilletait Cousin, s'il conqirciuiit l'allanche, ce serait un être dépravé qui mériterait d'êlrc la poiqiéo élernelloment abaimc, élernellement relevée, éternellement ajustée par la saillie de l'ariiste affamé, de l'ingrat écrivain, du saint-simonien au désespoir. Mais examinez-le, 6 mes conciloycns ! Que voyez-vous en lui ? Un homme, généralemcni court, joufflu, à ventre bombé, bon père, bon époux, bon maître. A ce mol, arrêlons-nous.
Qui s'est figuré le [Sonheur anirenieut que sous la forme d'un petit garçon épicier, rougeaud, à tablier bleu, le pas sur la marche d'un magasin, regardant les femmes d'un air égrillard, adjiiirani sa bourgeoise, n'ayant rien, rieur avec les chalands, conicnl d'un liillct de speclaclc, considérant le patron ronime un homme fort, euviaiil le jour où il se fera comme lui la barbe dans nu miroir rond, pendant que sa femme lui apprêtera sa chemise, sa cravate oison pantalon? Voilà la vérilable Arcadie ! Etre berger comme le vent Poussin n'est plus dans nos mœurs. Etre épicier, quand votre femme ne s'amourache pas d'un Crée qui vous empoisonne avec votre propre arsenic, est une des pins honreuscs conditions humaines.
Artistes et feuilletonistes, cruels moqueurs qui instdlez au génie aussi bien qu'à l'épicier, admellons que ce petit ventre rondelet doive inspirer la malice de vos crayons. Oui, malheureusement quelques épiciers, en présentant arme, présenlenl une pause rabelaisienne qui dérange l'allgncnient inespéré des rangs de la garde nationale à une revue, et nous avons entendu des colonels poussifs s'en plaindre amèrement. i\lais qui peut concevoir un épicier maigre et pâle ? il serait déshonoré, il irait sur les brisées des gens passionnés. Voilà qui est dit, il a du ventre. Napoléon cl Louis XVIII ont eu le leur, et la Chambre n'irait pas sans le sien. Deux illustres exemples! Mais, si vous songez qu'il est plus confiant avec ses avances que nos amis avec leur bourse, vous admirerez cet homme et lui pardonnerez bien des choses. S'il n'était pas sujet à faire faillite, il serait le prototype du bien, du beau, de l'utile. 11 n'a d'autres vices, aux yeux des gens délicats, que d'avoir en amour, à quatre lieues de Paris, une campagne dont le jardin a trente perches; do ilr.iper son lil cl sa chambre en rideaux de calicot jaune imprimé de rosaces rouges, de s'y asseoir sur le velours d'Ulreehl à brosses fleuries; il est l'éternel complice ces infâmes étoffes. On se moqne généralement du diamant qu'il porte à sa chemise cl de raiineau de mariage qui orne sa main ; mais l'un signifie l'homme établi, comme l'autre annonce le mariage, et personne n'imaginerait un épicier sans femme. La femme de l'épicier en a partagé le sort jusque dans l'enfer de la moquerie française. Et pourquoi l'a-i-on immolée en la rendant ainsi doublemenl victime?, Elle a voulu, dit-on, aller à la cour. (Juelle femme assise dans un comptoir n'éprouve le besoin d'en sortir, et où la vertu ira-t-cllc si ce n'est aux environs du irone .' car elle esl vertueuse : rarement l'infidélité plane sur la tête de l'épicier, non que sa femme manque aux grâces de son sexe, mais elle manque d'occasions. La femmed'un épicier, l'exemple l'a prouvé, ne peul dénouer sa passion que par le crime, tant elle esl bien gardée. L'exiguilé du local, l'envahissement de la marchandise, qui monte de marche en marche et pose ses chandelles, ses pains de sucre jusque sur le seuil de la ch;imbre conjugale, sont les gardiens de sa vertu, toujours exposée aux regards publics. Aussi, forcée d'être verluense, s'attachc-l-ellc t;int à son mari, que la plupart dos femmes d'épiciers en maigrissent. Prenez un cabriolet à l'heure; parcourez Paris, regardez les femmes d'épiciers: toutes] sont maigres, pâles, jaunes, étirées. L'hygiène, interrogée, a parlé de] miasmes exhalés par les denrées coloniales ; la pathologie, coiisulléeJ a dit quelque cho>e sur l'assiduité sédentaire au comptoir, sur lel
L'Kl'IClKli.
nioiivomoni oomiimcl des bras, de la voix, sur rallemioii sans cesse (•VL'illce, sur le froid (jui cuirait par uue porte toujours ouverte et rougissait le uoz. l'eiil-èire en jetant ces raisons au ucz des curieux, la science n'a-t-elle pas osé dire que la (idclilé avait quelque chose de fiital pour les épicicres ; peut-être a-t-elle craint d'affliger les épiciers en leur déuioulrautles inconvénients de la vertu. Quoi qu'il en joil, dans ces ménages que vous vnyez mangeant ut buvant enfermés sous la verrière de ce grand bocal, autrement nommé par eux avrure-boiilique, revivent et fleurissent les coutumes sacranicntales qui mettent riiynien en honneur. Jamais un épicier, en quelque quartier que vous eu lassiez l'épreuve, ne dira jamais ce mot leste ; ma femme; il dira : mon épouse. Ma femme emporte des idées saugrenues, étranges, siibalierncs. et change nue divine créature en une chose. (Les sauvages ont des femmes ;lesêtres civilisés ont des épouses, jeunes (illcs venues entre onze heures et u)idi à la mairie, accompagnées d'une infinité de parents et de connaisances, parées d'une couronne de (leurs d'oranger toujours déposées sous la pendule, eu sorte que le mameluck ne pleure pas exclusivement sur le cheval. Aussi, touonrs fier de sa victoire, l'épicier conduisant sa fennne par la ville a-t-il je ne sais (pioi de fastueux qui le signale au caricaturisie. 11 sent si bien )•: îjonlieur de qiiiiier sa boutiipie, son épouse fait si rarement des loilctlcs, ses robes sont si bouffiinles, qu'un épicier orné de son épouse lient plus de place sur la voie publique que tout autre couple. Débarrassé de sa casquelle de loutre cl de son gilet rond, il ressemblerait assez à tout auire ciloyeu, n'étaient ces mots, ma bonne amie, qu'il emploie frcipiomment en expliiiuant les changements de Paris à son épouse, qiij, confinée dans son comptoir, ignore les nouveautés. Si, parfois, le dimanche, il se hasarde à faire ime promenade champêtre, il s'assied à l'endroit le plus poudreux des bois de Romainville, de Vincennes ou d'.Vuicuil, et s'exiasie sur la pureté de l'air. Là, comme partout, vous le reconnaiirez, sous tous ses déguisements, à sa phraséologie, à ses opinions. Vous allez par une voilure publique à .Meaux, Melun, Orléans, vous trouvez en fice de vous un homme bien couvert qui jette sur vous un regard défiant; vous vous épuisez en conjectures sur ce particulier d'abord taciUirne. Est-ce un avoué? est-ce un nouveau pair de France.' est-ce un bureaucrate? Une femme soufl'rante dit (pi'elle n'est pas encore remise du choléra. La conversation s'engage. L'iuconiui jirend la parole.
— Mosieu... Tout est dit, l'épicier se déch'.re. Un épicier ne prononce ni monsieur, ce qui est affecté, ni m'sieti, ce qui semble infiniment méprisant; il a trouvé son triomphant mosicH qui est entre le respect cl la proiet lion, exprime sa considération et donne à sa parole une saveur merveilleuse. — Mosieu, vous dira-t-il, pendant le choléra, les trois plus grands médecins, Dupuytren, Uroussais et niô- ^ieu Magendie, ont traité leurs malades par des remèdes différents; tous sont morts ou à peu près. Ils n'ont pas su ce qu'est le choléra . mais le choléra, c'est une maladie dont on meurt. Ceux que j'ai vus se portaient déjà mal. Ce moment-là, mûsicti a fait bien du mal au commerce.
Vous le soudez .alors sur la politique. Sa polili(|uc se réduit à ceci : — Mosieu, il parait que les minisires ne savent ce qu'ils font ! On a beau 'es changer, c'est toujours la même chose. Il n'y avait que sous l'em pereur oi'i ils allaient bien. Mais aussi, cpiel homnie ! En le perdant, la France a bien perdu. Et dire qu'on ne l'a pas soutenu ! Vous découvrez alors chez l'épicier des opinions religieuses extrèmemenl répré. hcnsibles. Les chansons de Déranger sont sou Evangile. Oui, ces détestables refrains frelatés de politique onl l'ail un mal dont l'épicerie se ressentira longtemps.
Il se passera peut-êlre une ccnlaine d'années avant (pi'im épicier de Taris, ceux de la province sont un peu moins aiteinls de la chanson, entre dans le Paradis.
Peut-èlre son envie d'èlre Français rcntraînct-elle lro[) loin.
Dieu le jugera.
Si le voyage était court, si l'épicier ne parlait pas, cas rare, vous le reconnaîtriez à sa manière de se moucher. Il met un coin de son mouchoir entre ses lèvres, le relève au cenire par un mouvement de balançoire, s'empoigne magistralement le nez, et sonne une fanfare à rendre jaloux un cornet à piston.
Qiieliiucs-uns de ces gens qui ont la manie de tout creuser signalent un grand iucouvonient à l'épicier : il se retire, disent-ils.
Une fois retiré, personne ne lui voit aucune utilité.
Qlue fait-il ? que devient-il? il est sans intérêt, sans physionomie. Les défenseurs de celle classe de citoyens estimables ont répcmdu (pic généralement le fils de l'épicier devient notaire on avoue, jamais ni peintre ni journaliste, ce qui l'autorise à dire avec orgueil : J'ai payé ma dette au pays.
Quand un épicier n'a pas de lils, il a nu successeur auquel il s'intéresse; il l'encourage, il vient voir le montant des violes journalières et les compare avec celles de son temps; il lui prêle de l'argent : il tient encore à l'épicerie par le fil de l'escompte.
Qui ne connaît la louchante anecdote sur la nostalgie du comptoir à laquelle il est sujet?
Un épicier de la vieille roche, lequel, trente ans durant, avait respiré les mille odeurs de son plancher, descendu le fleuve de la vie en compagnie de myriades de harengs et voyagé cote à cote avec une inliuiié de morues, balayé la boue périodique de cent pratiques matinales et manié de bons gros sous bien gras; il vend son fonds, cet homme riche au delà de ses désirs, ayant enlerré son épouse dans nu bon peiii terrain à pcrpétuilé. tout bien en règle, quitlancede la Ville au carton des papiers de famille ; il se promène les premiers jours dans Paris en bourgeois, il regarde jouer aux dominos , il va même au spectacle.
Mais il avait, dit-il. des inquiélmles. Il s'arrêtait devant les boiiiiqucs d'épiceries, il les flairait, il écoutait le bruit du pilon dans le mortier.
Malgré lui celte pensée : Tu as été pourtant toui cela ! lui ré-ouiiait dans l'oreille, à l'aspect d'un épicier amené sur le pas de sa porte par l'état du ciel.
Soumis au magnétisme des épiées, il venait visiter sou successeur.
L'épicerie allait.
Notre homme revenait le cœur gros.
Il était tout r/iosp, dit-il à Broussais en le consultant sur sa maladie.
Droussais ordonna les voyages, sans indiquer positivement la Suisse ou l'Italie.
Après quelques excursions lointaines tentées sans succès à Saint- Germain, Monlmoreney, Vincemies , le pauvre épicier dépérissant toujours, n'y tint plus; il rentra dans sa boutique, comme le pigeon de la Fontaine à sou nid, en disant son grand proverbe : Je suis comme le lièvre, je meurs où je m'allaehc!
Il obtint de son successeur la grâce de faire des cornets dans un coin, la faveur de le remplacer au comptoir.
Son œil, déjà devenu semblable à celui d'un poisson cuil, s'alluma des lueurs du plaisir. '
Le soir, au café du coin, il blàmc la tendance de l'épicerie au charlatanisme de l'Annonce, et demande à quoi sertd'exposcr les brillantes machines ([ui broient le cacao.
Plusieurs épiciers, des têtes forles, deviennent maires de qucUpie commune, et jettent surles^ canqiagnes un reflelde la civilisation parisiemie.
Ceux-là commencent alors à ouvrir le Voltaire on le Itousseau qu'ils ont acheté, mais ils meurent à la page 17 de la notice.
Toujours utiles à leur pays, ils onl fait réparer un abreuvoir; ils ont, en réduisant les appointemenls dn curé, contenu les euvahisseiiiculs du clergé.
Quelques-uns s'élèvent jusqu'à écrire leurs vues an Coiislitulinnnel. dont ils atlendeiil vainement la réponse ; d'autres provo(|uent des pélitious contre l'esclavage des nègres et contre la peine de mort.
Je ne fais qu'un reproche à l'épicier : il se trouve en trop grande quantité. (Certes, il en convieuiira lui-même, il est commun.
Quelques moralistes, qui l'ont observé sons la laliludc de Paris, préleudent que les qualilés qui le distinguent se tournent en vices dès qu'il devient propriétaire.
Il contracte alors, dit-on, une légère teinte do férocilé, cultive le commandement, l'assignation, la mise en demeure, et penl de son agrément.
Je ne conlredirai pas ces accusations, l'oiulces pcul-êlre sur le temps critique de l'épicier.
LÉIMCIKR.
Mais consuUcz les diverses espèces dliommes, éuuliez leurs bizarreries, el demandez-vous ce quil y a de complet dans celle vallée de
misères.
Sovons indnlaeiils envers les épiciers' D-ailleurs, où eu seriousuous sils eUticni parfaits .' il laudrail les
adorer, leur confier les rênes de ri:ial an char duquel ils se sonl conrageuscmcnl allelés.
De grâce, ricaneurs, auxquels ce mémoire ea adressé, laissez-lesy, ue lourmeuloz pas trop ces iutéressanls bipèdes : n'ave/-vous pas assez du gouverncmcul, des livres nouveaux cl des vaudevilles .'
FIN UK l. LPIClEll.
L'épicier.
I 7 CÛMC-DIE H U lui ME f^T
^m$ aae/jfrijg^;^
TI'XEBREISE AFFAIliE
H .SIEIR DE UJRGOSB,
Son liOte (lu cliDliau dcSicbé recoiiiKii-sjMl,
De Balzac.