‹ Œuvres de jeunesse, illustrées. DessinsChapitre 89 sur 92 · ESQUISSE D'HOMME D'AFFAIRES · texte numérisé non relu

ESQUISSE D'HOMME D'AFFAIRES

papier timbré. Suzoïi, sans aucune défiance sur ce petit drôle, un vrai painin de Paris frotte de pnulenoe par ses condaimiaiions on police l'oireoiioune'.le, engagea son maître à le recevoir. Voycz-vniis CCI lioninie d a flaires, aii regard ironble, au\ clievcux rares, au front dégarni, à petit liabii sec et noir, en boucs croiiccs...

— (Iiielle image de la créance ! s"ci ria Lonsk-an.

— Devant le comte, reprit Desroihc-(l image delà délie insolente), en robe de chambre de llancllc ll.uc, en panionllcs brodées par quoUiue maniuise, en panlalon do lainage blanc, ayant snr ses cheveux teinls en noir une magniiiipio oaloiie, une choniise éblouisse nie, et jouant avec les glands de sa coinlure?...

— Cest un tableau de genre, dii Nathan, pour qui connaît le joli petit s;don dallenie où Maxime déjeune, plein de tableaux d'une gnnde valeur, tondu de soie, oii l'on marche sur un tapis de Smyrne, en admirant des étagères pleines de curiosités, de raretés à faire envie à un roi de Saxe...

— Voici la scène, dit Desrorhes.

Sur ce mol. le conteur obtint le plus profond silence.

— 1. Monsieur le comie, dilCérizei. jcsuis envoyé par tm M. Charles Claparon. ancien banquier. —.\h 1 que me veut-il. le pauvre diable?... — Mais il est devenu votre créancier pour une somme de trois mille deux cents francs "^oixante-quinîe centimes, en capital, iniérèls et frais... — La créance Coutelier, dit Maxime, qui savait ses affaires comme un pilote connaît sa côte. — t1ui. monsieur le comte, répond Cérizet en s inclinant. Je viens savoir (jnelles sont vos intentions '.' — Je ne paverai celte créance qu'à ma fantaisie, répond Maxime en sonnant pour l;iire venir Suzon. Claparon est bien osé d'acheter une créance sur moi sans me consulter! j'en suis fâché pour lui, qui, pendant si longtemps, s'esi si bien comporté comme Vlwmmr de paille de mes amis. Je disais de lui : Vraiment il faut être imbécile pour servir, avec si peu de gages et tant de fidélité, des hommes qui se bourrent de millions. Eh bien ! il me donne là une preuve de sa bêtise... Oui. les hommes méritent leur sort! on chausse une couronne ou un boulet! ou est millionnaire on portier, et tout est juste. Que voulez-vous, mon cher'.' Moi, je ne suis pas un roi, je liens à mes principes. Je suis sans pitié pour ceux qui me font des frais ou qui ue savent pas leur métier de créancier. Suzon. mon ihé ! Tu vois monsieur!... dit-il au valet de chambre. Eh bien ! tu t'es laissé attraper, mou pauvre vieux. Monsieur est un créancier, tu aurais dil le reconnaître à ses bottes. Ni mes amis, ni des indilTérents qui ont besoin de moi, ni mes ennemis, ne viennent me voir à pied. Mon cher monsieur Cérizei. vous comprenez I Vous n'essuierez plus vos bottes sur mon tajùs, dit-il en regardant la crotte qui blanchissait les semelles de son adversaire... Vous ferez mes compliments de condoléance à ce pauvre Boniface de Claparon, car je mettrai cette affairelà dans le Z. — (Tout cela se disait d un ton de bonhomie à donner la colique à de vertueux bourgeois.) — Vous avez tort, monsieur le comte, répondit Cérizet en prenant un petit ton pércmptoire, nous teroiis payés intégralement, et d une façon qui pourra vous contrarier. Aussi venais-je amicalement à vous, comme cela se doit entre gens bien élevés... — \\i ! vous l'entendez ainsi.'... » reprit Maxime. que celle dernière prétention du Cérizet mit en colère. Dans celle insolence, il y avait de l'esprit à la Talleyrand, si vous avez bien saisi le contraste des deux costumes et des deux hommes. Maxime fronça les sourcils et arrêta son regard sur le Cérizet, qui non-seulement soutint ce jet de rage froide, mais encore qui y répondit par cette malice glaciale que distillent les yeux fixes d'une chatte. — « Eh bien! monsieur, sortez... — Eh bien! adieu, monsieur le comte. Avant six mois, nous serons quilles. — Si vous pouvez me voler le montant de votre créance, qui. je le reconnais, est légitime, je serai votre obligé, monsieur, répondit Maxime, vous m'aurez appris quelque précaution nouvelle à prendre... Bien votre serviteur... — Monsieur le comte, dit Cérizet, c'est moi qui suis le votre. » Ce fut net, plein de force et de sécurité de part et d autre. Deux tigres, qui se consultent avant de se battre devant une proie, ne seraient pas plus beaux, ni plus rusés, que le furent alors ces deux natures aussi rouées l'une que I autre, l'une dans son impertinente élégance, l'autre sous son harnais de fange. — Pour qui pariez-vous?... dit Desroches, qui regarda son auditoire surpris d'élre si profondément intéressé.

— En voilà une d'histoire!... dit Malaga. Oh! je vous en prie, allez, mon cher, ça me prend au cœur.

— Entre deux chiens de cette force, il ne doit se passer rien de vulgaire, dit la Paiférine.

— Bah '. je parie le mémoire de mon menuisier qui me scie, que le petit crapaud a enfoncé Maxime, s'écria .Malaga.

— Je parie pour Maxime, dil Cardoi, on ne l'a jamais pris sans vert. Desroches fit une pause en avalant un petit verre que lui présenta

b lorette. .

— Le cabinet de lecture de mademoiselle Chocardelle, reprit Desroches, était situé rue Coqucn.Trd. à doux pas de la rue Pigale, oii demeurait )laxime. Ladite demoiselle Chocardelle occupait un petit appariemcni doimant sur un jardin, et séparé de sa boutique par une grande pièce obscure où se trouvaient les livres. Antonia' faisait tenir le cabinet par sa tante...

— Elle avait déjà sa tante?... s'écria Malaga. Diable ! Maxime faisait bien les choses.

— Celait, hélas' sa vraie tante, reprit Desroches, nommée... attendez!...

— Ida Bonamv... dit Bixiou.

— Donc, Antônia, débarrassée de beaucoup de soins par celte lanle, se levait tard, se couchait lard, et ne paraissait à son comptoir (pie de deux à quatre heures, reprit Desroches. Dès les premiers jours, sa présence avait sulli pour achalander son salon de lecture ; il y vint plusieurs vieillards du quartier, entre autres un ancien carrossier, nommé Croizeau. Après avoir vu ce miracle de beauté féminine à travers les vitres, l'ancien carrossier s'ingéra de lire les journaux tous les jours dans ce salon, etj'ut imité par un ancien directeur des douanes, nommé Denisart, hfnhmc décoré, dans qui le Croizeau voulut voir un rival, et à qui plus tard il dit : — Môsieur, rotjs m'avez donné bien de la ffrl/cf ■)(•/ Ce mot doit vous faire entrevoir le personnage. Ce sieur Croizeau se trouve ap]\arienir à ce genre de petits vieillards que, depuis Henri Monnier, on devrait appeler l'espèce Coquerel, tant il en a bien rendu la petite voix, les petites manières, la petite queue, le petit œil de pomlre, la petite démarche, les petits airs de tête, le petit ton sec dans son rôle de Coipierel, de la Famille improvisée. Ce Croizeau disait : — Voici, belle dame! en rcmeilant ses deux sous à Antonia par un geste piéieniieiix. Madame Ida Bonaniy, tante de inadoinniselle Choearilelle, siu bientôt par la cuisinière que l'ancien carrossier, homme d'une ladrerie excessive, élaii taxé à quarante mille francs de rentes dans le quartier où il demeurait, rue de Bulïault. Huit jours après l'installation de la belle loueuse de romans, il accoucha de ce calembour galant : — « Vous me prêtez des livres, mais je vous rendrais bieiules francs... s Quelques jours plus tard, il prit un petit air entendu pour dire : — n Je sais que vous êtes occupée, mais mon jour viendra : je suis veuf. » Croizeau se montrait toujours avec de beau linge, avec un habit bleubarbeau, gilet de pou-de-soie, panlalon noir, souliers à double semelle, noués avec des rubans de soie noire, et craquant comme ceux d'un abbé. Il tenait louiours à la main son chapeau de soie de quatorze francs. — « Je suis vieux et sans enfants, disait-il à la jeune personne quelques jours après la visite de Cérizet chez Maxime. J'ai mes collatéraux en horreur. C'est tous paysans faits pour labourer la terre ! Figurez-vous que je suis venu de mon village avec six francs, et que j'ai fait ma fortune ici. Je ne suis pas fier... Une jolie femme est mon égale. Ne vaut-il pas mieux être madame Croizeau pendant quelque temps que la servante d'un comte pendant un an... Vous serez quittée, un jour ou l'autre. Et vous penserez alors à moi. .^ Votre serviteur, belle dame! » Tout cela mitonnait sourdement. La plus légère gaianlerie se disait en cachette. Personne au monde ne savait que ce petit vieillard propret aimait Antonia, car la prudente contenance de cet amoureux au salon de lecture n'aurait rien apjiris à un rival. Croizeau se défia pendant deux mois du directeur des douanes en retraite. Mais, vers le milieu du troisième mois, il eut lieu de reconnaître combien ses sou|ii;ons étaient mal fondés. Croizeau s'ingénia de côtoyer Denisart en s'en allant de conserve avec lui, puis, en prenant sa bisque, il lui dit : — u 11 fait beau, môsieur?... » A quoi l'ancien fonctionnaire répondit : — « Le temps d'Austerlilz, monsieur : j'y fus... j'y fus même blessé, ma croix me vient de ma conduite dans cette belle journée... » Et, de fil en aiguille, de roue en bataille, de femme en carrosse, une liaison se lit entre ces deux débris de l'Empire. Le petit Croizeau tenait à 1 Empire par ses liaisons avec les sœurs de Napoléon ; il était leur carrossier, et il les avait souvent tourmentées pour ses factures. Il se donnait donc pour avoir eu des relations avec la famille impériale. Maxime, instruit par Antonia des propositions que se perineitait Yagréable vieillard, tel fut le surnom donné par la tante au rentier, voulut le voir. La déclaration de guerre de Cérizet avait eu la propriété de faire étudier à ce grand gant jaune sa position snr son échiquier, en en observant les moindres pièces. Or, à propos de cet agréable vieillard, il reçut dans rcniendement ce coup de cloche qui vous annonce un malheur. Un soir Maxime se mit dans le second salon obscur, autour duquel éiaient placés les rayons de la bibliothèque. Après avoir examiné par une fente entre deux rideaux verts, les sept ou huit habitués du salon, il jaugea d'un regard l'àme du petit carrossier; il en évalua la passion, et fut très-satisfait de savoir qu'au moment où sa fantaisie serait passée, un avenir assez somptueux ouvrirait à commandement ses portières vernies à Antituia. — « Et celui-là, dil-il en désignant le gros et beau vieillard décoré de la Légion d'honneur, qui est-ce? — Un ancien- directeur des douanes. — Il est d'un galbe inquiétant! » dit Maxime en admirant la tenue du sieur Denisart. En effet, cet ancien militaire se tenait droit comme un clocher, sa tète se recommandait à l'attention par une chevelure poudrée et pommadée, presque semblable à celle des postillons au bal masqué. Sous celle espèce de feutre moulé sur une tète oblongue se dessinait une vieille ligure, administrative et militaire à la fois, mimée par un air rogne, assez semblable à celle que la caricaturea prêtée au Cnnatituliouml. Cet ancien adniiriistraienr, d'un âge, d'une poudre, d'une vou'-^ui e de dos à ne rien lire sans lunettes, tendait son respectable abduineu

ESQUISSE DHOMMR DAFFAIRRS.

avcp tout l'orgueil d'un vieillard à mallresse, et portait à ses oreilles lies lioiH'Ies (l'or qui rappelaient celles du vieux général Moiiicornel, l'hahiiné du Vaudeville. Denisart affeeiionnait le bleu : son pantalon ei sa vieille rcdiiigoie, trcs-amples, étaient en drap lileii. — « Depuis (imuid vient ce vieu\-là ? demanda Maxime, à (pii les lunetles parurent il'iin port suspect. — Oh! des le commencement, répondit Anionia, vttici bientôt deux mois... — Bon, Céri7,et n'est venu (pie depuis un iiiiis, se dit Maxime en lui-même... Fais-le donc parler'.' dit-il à l'oieille d'Anlonia, je veux entendre sa voix. — Bah ! répniidii-rile, ce iera difilcile, il ne nie dit jamais rien. — Pourquoi vient-il alors'?... di'nianda Maxime. — Par une drôle de raison, répliqua la belle .^ntoni.i. D'abord, il a une passion, malgré ses soixante-neuf ans; mais, à cause de ses soixante-neuf ans, il est réglé comme un cadran. Ce bonhomme-là va dîner chez sa passion, rue de la Victoire, à cinci heures, tous les jours... en voilà une malheureuse! il sort de chez elle à six heures, vient lire pendant qiiaîre heures tous les journaux, et il y retourne à dix heures. Le papa Croizeau dit qu'il connaît les motifs de la conduite de M. Denisart, il l'approuve; et, à sa place, il agira de même. Ainsi, je connais mon avenir! Si jamais je deviens madame Croizeau, de six à dix heures, je serai libre. Maxime examina l'Almanach des 23,000 adresses, il trouva cette ligne rassurante:

Demsaut i't, ancien directeur des douanes, rue de la Victoire.

Il n'eut plus aucune inquiétude. Insensiblement, il se lit entre le sieur Denisart et le sieur Croizeau quelques conlidences. Rien ne lie plus les hommes qu'une certaine conformité de vues en fait de femmes. Le papa Croizeau dîna chez celle qu'il nommait la belle de M. Denisart. Ici je dois placer une observation assez importante. Le cabinet de lecture avait été payé parle comte nioitié comptant, moitié en billets souscrits par ladite denioisellellhocardelle. Le(|nartd'heure de Rabelais arrivé, le comte se trouva sans monnaie. Or, le premier des trois billets de mille francs fut payé galamment par l'agréable carrossier, à qui le vieux scélérat de Denisart conseilla de constater son prêt en se faisant privilégier sur le cabinet de lecture. — « Moi, dit Denisart, j'en ai vu de belles avec les belles!... Aussi, dans tous les cas, même quand je n'ai plus la tète à moi, je prends toujours mes précautions avec les femmes. Cette créature de qui je suis fou, eh bien ! elle n'est pas dans ses meubles, elle est dans les miens. Le bail de l'appartement est en mon nom... » Vous connaissez Maxime, il trouva le carrossier très-jeune ! Le Croizeau pouvait payer les trois mille francs sans rien loucher de longtemps, car Maxime se sentait plus fou que jamais d'Anlonia...

— Je le crois bien , dit la Palférine, c'est la belle Iinpéria du moyen âge.

— Une femme qui a la peau rude, s'écria la lorette, et si rude qu'elle se ruine en bains de son.

— Croizeau parlait avec une admiration de carrossier du mobilier somptueux que l'amoureux Denisart avait donné pour cadre à sa belle, il le décrivait avec une complaisance salanique à l'ambitieuse Anionia, reprit Desroches. C'était des bahuts en ébène, incrustés de nacre et de lik'is d'or, des lapis de Belgique, un lit moyen âge d'une valeur do mille écus, une horloge de Boule; puis, dans la salle à manger, des torchères aux quatre coins, dts rideaux de soie de la Chine sur laquelle la patience chinoise avait peint des oiseaux, et des portières montées sur des traverses valant plus que des portières à deux pieds. — « Voilà ce qu'il vous faudrait, belle dame... et ce que je voudrais vous offrir... disait-il en concluant. Je sais bien que vous m'aimeriez à peu près mais, à mon âge. on se l'jit une raison. Jugez coniliu:n je vous aune, puisque je ^ous ai piêlé iiiille francs. Je puis vous l'avouer : de ma vie m de uios jouis, je n'ai prélé ça ! )■ Et il tendit les lieux sous de sa sè.nice ovcc l'impoitanc' qu'un savant met à une (li'mo:islraliou. Le soir, Anionia dit au cumie, aux Variétés : — e C'est bien ennuyeux tout de uiciue un cabinet de lecture. Jonc me sens piiinl de goût pour cet ctat-lâ je n'y vois aucune chance de loituue. C'est le lot l'iiiio ven-ei|ui veut vivoter, ou d'une lillealruccnienl laiilrt qui cioll pouvoir altraiier un homme par un peu de toilelte. — C'est ce •\\ni \ons m'avez ileinande, "répondit le comte. En ce moment, Nuciugcn, a qu,! la veille, le loides lions, car Icsganls jaunes eiaicut alors devenus des lions, avait gagmi mille écus, entra les lui donner, et en voyant l'etonui'nieiil de .Maxime, il lui dit: — C'Iiiii rcssi cineabbozition ii la nijûédi: de ce lia-pie de Glabaron... — Ah ! voilà leuis moyens b'éc.na Mixirae, ils ne sont pas forts ccnxla... — C'eide ecal, répondit le b.uiiuier, bayez-l's, (jar ils bourraicjit s' a tresser à t'audresquc niûi, et fus caire tu dord...che breiiils a itcmoin cedde eholie phamiue que ehc Jus ai bayé ce madin, pien afant iobbozition...

— Reine du tremplin, dit la Palférine en souriant, tu perdras...

— Il y avait longtemps, reprit Desroches, que. dans un cas semblable, inais où le trop honnête débiteur, effrayé d'une affirmation à faire en justice, ne voulut pas payer Maxime, nous avions rudement mené le créancier opposant, en faisant frapper des op|)Ositioas en masse, afin d'absorber la somme en frais de contribution...

— Quéqu' c'est qu' ça?... s'écria Malaga, voilà des mots qui sonnent à mon oreille comme du patois. Puisque vous avez trouve l'cs-

lurgcon excellent, payez-moi la valeur de la sauce en leçons de chicane.

— Eh bien! dit Desroches, la somme qu'un de vos créanciers frappe d'opposition chez un de vos débiteurs peut devenir l'objet d'une semblable opposition de la part de tous vos autres créancii-rs. Que fait le tribunal, à qui tous les créanciers demandent l'autorisation de se payer'/... Il partage légalement entre tous la somme saisie. Ce partage, fait sous l'œil de la justice, se nomme une contribution. Si vous devez dix mille francs, et que vos créanciers saisissent par opposition mille francs, ils ont chacun tant pour cent de leur créance, en yerlu d'une ri'partilion au mare k franc, en termes de palais, c'està-dire au pioiala de leurs sonnnes; mais ils ne tonchciit que sur une pièce l('g;dr appelée ectrnit du bordereau de rotlacation, (pie délivre le gicllici- du Iriliiiiial. Devinez-vous ce travail fait par un iu:;c et préparé par de-, avdiiés .' il iin|iliqiie beaucoup de papier tiniliré pli-in de ligues kiclies, diH'iises, où les cliij'fi-es sont novi's dans des colonnes d'une entière blancheur. On commence par de'dnire les frais. Or, les frais étant les mêmes pour une somme de mille francs saisis comme pour une somme d'un million, il n'est pas difficile de manger mille écus, par exemple, en frais, surtout si l'on réussit à élever des contestations.

— Un avoué réussit toujours, dit Cardot. Combien de fois un des vôtres ne m'a-t-il pas demandé : « Qu'y a-t-il à manger? ii

— On y réussit surtout, reprit Desroches, quand le débiteur vous provoque à manger la somme en frais. Aussi les créanciers du comte u eurent-ils rien, ils en furent pour leurs courses chez les avoués et pour leurs démarches. Pour se faire payer d'un déliiieur aus--i fort que le comte, un créancier doit se mettre dans une situation légale excessivement difficile à établir : il s'agit d'être à la fois son débiteur cl son créancier, car alors on a le droit, aux termes de la loi, d'opérer la confusion...

— Du débiteur? dit la lorette, qui prêtait une oreille attentive à ce discours.

— Non, des deux qualités de créancier et de débiteur, et de se payer par ses mains, reprit Desroches. L'innocence de Claparon, qui n'inventait que des oppositions, eut donc pour effet de tranquilliser le comte. En ramenant Anionia des Variétés, il abonda d'autant plus dans l'idée de vendre le cabinet littéraire pour pouvoir payer les deux derniers mille francs du prix, qu'il craignit le ridicule d'avoir été le bailleur de fonds d'une semblable entreprise. Il adopla donc le plan d'Anlonia, (pii voulait aborder la hante sphère de sa profession, avoir un magnifique appartement, femme de chambre, voilure, et lutter avec noire belle amphilryonne, par exemjile...

— Elle n'est pas assez bitm faite pour cela! s'écria l'illustre beauté du Cinpie; mais elle a bien rincé le petit d'Esgrignon, tout de même !

— Dix jours après, le petit Croizeau, perché sur sa dignité, tenait à peu près ce langage à la belle .Antonia, reprit Desroches : — « Mon enfant, votre cabinet littéraire est un trou, vous y deviendrez jaune, le gaz vous abîmera la vue; il faut en sortir, et. tenez !.„ profitons de l'occasion. J'ai trouvé pour vous une jeune dame qui ne deniaude pas mieux que de vous acheter votre cabinet de lecture. C est une petite femme ruinée qui na plus qu'à s'aller jeter à l'eau; mais elle a quatre mille francs comptant, et il vaut mieux en tirer un bon parti pour pouvoir nourrir et élever deux enfants... — Eh bien ! vous éles gentil, papa Croizeau, dit Antonia. — Oh! je serai bien plus gentil tout à l'heure, reprit le vieux carrossier. Figurez-vous que ce pauvre M. Denisart est dans un chagrin qui lui a donné la jaunisse... Oui, cela lui a frappé sur le l'oie comme chez les vieillards sensibles. 11 a tort d'être si sensible. Je le lui ai dit : Soyez passionné, bien! mais sensible... halte-là! ou se tue... Je ne me serais pas attendu, vraiment, à un pareil chagrin chez un homme assez fort, assez instruit pour s'absenter pendant sa digestion de chez... — Mais qu'y a-t-il?... demanda mademoiselle CliocardcUe. — Cette petite créature, chez qui j'ai dîné, l'a planté là, net... oui, elle l'a lâché sans le prévenir aiilrement que par nue lettre sans aucune orthographe. — Voilà ce que c'est, papa Croizeau, que d'ennuyer les femmes!... — C'est une leçon, belle daine, reprit le doucereux Croizeau. En attendant, je n'ai jamais vu d'homme dans un désespoir pareil, dit-il. Notre ami Denisart ne connaît plus sa main droite de sa main gauche, il ne veut plus voir ce qu'il appelle le théâtre de son bonheur... Il a si bien perdu le sens qu'il m'a proposé d'acheter pour quatre mille francs tout le mobilier d'Ilorieiise... Elle se nomme llortense! — Un joli nom, dit Antonia. — Oui, c'est celui de la belle-fille de Napoléon; je lui ai fourni ses équipages, comme vous savez. — Eh bien! je verrai, dit la fiue Antonia, commencez par m'envoyer votre jeune femme. ..» Antonia courut voir le mobilier, revint fascinée, et fascina Maxime par un enthousiasme d'antiquaire. Le soir même, le comte consi'nlit à la vente du cabinet de lecture. L'établissement, vous compieiiez, était au nom de mademoiselle Chocardelle. Maxime se mit à rire du petit Croizeau qui lui fournissait un acquéreur. La société Maxime et Chocardelle perdait deux mille francs, il est vrai ; mais qu était-ce que cette perle en présence de quatre beaux billets de mille francs? Comme me le disait le comte : « Quatre mille francs d'argent vivant! il y a des moments où l'on souscrit huit mille francs de billets pour

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