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Mais l'opulence, s'écrie-t-on, l'opulence a du moins cet avantage qu'elle attire la considération. Ah! sans doute, beaucoup de gens calculent sur vos richesses l'estime qu'ils vous doivent; on ne leur persuadera jamais que le mérite va souvent à pied, et que la stupidité monte quelquefois en voiture: mais, un homme sensé peut-il s'informer de l'opinion que de tels sots ont de lui?
Lorsque dans un cercle, où l'on étale à l'envi 1 opulence , vous éprouvez quelque honte en vous apercevant que la simplicité de votre habit est remarquée, demandez-vous si vous changeriez, avec ceux qui vous entourent, de genre de vie, de caractère, de talens; et reprenez la fierté qui sied à l'honnête homme.
Se contenter d'une fortune médiocre est la meilleure preuve de philosophie ; toutes les autres me semblent douteuses. Celui qui sait vivre de peu , donne seul une haute garantie de la probité et du courage qu'il saurait conserver dans des situations difficiles. Celui-là seul a mis, autant qu'il est possible, sa vertu , son repos.
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son bonheur, à Tabri des vicissitudes du sort et des caprices de ses semblables.
Il est des instans où le désir des richesses pénètre dans la retraite du sage; non avec le puéril et dangereux projet d'éblouir les hommes, mais avec la séduisante espérance de leur être utile. Quand l'imagination crée de riantes chimères, on pense quelquefois aux richesses; et l'emploi qu'on en fait dans ses rêves les rend dignes d'envie. Quel vaste champ est ouvert à ceux qui les possèdent î lis peuvent hâter les progrès des sciences, et concourir à la gloire des lettres. Qu'ils offrent un appui aux jeunes gens, dont les premiers essais annoncent des dispositions heureuses, et dont le caractère, peu propre à réussir, se compose d'indépendance et de timidité. Qu'ils s'honorent en prenant soin de charmer la retraite du vieillard qui consacra sa vie à l'étude , et qui négligea la fortune , pour enrichir les hommes de quelques découvertes. Us peuvent, sans même accroiîre leurs dépenses , donner aux arts une noble impulsion: un groupe qui perpétue le souvenir d'une action héroï([ue , ne
coûte pas plus qu'un groupe insignitiaiit de faunes et de bacchantes. Une carrière plus belle encore est ouverte à l'opulence. De combien de vices et de pleurs il est en son pouvoir de tarir la source! Ah! le riche, pour être heureux, n'a besoin que de voidoir le devenir : il peut faire immortaliser son nom par les arts; et, ce qui vaut mieux, le faire bénir par les infortunés. De tels plaisirs sont durables; et l'on doit se ranimer encore pour les goûter, même après s'être lassé de tous les autres.
Qu'un rêve séduisant ne nous laisse cependant au réveil aucun désir ambitieux. C'est dans la sphère où l'on est placé par le sort qu'il faut chercherles moyens d'être utile; et, s'il en est qui n appartiennent qu'à l'opulence, il en est aussi que la médiocrité fait mieux découvrir. Peutêtre, en nous donnant des richesses, ne réaliserait-on que la moitié du songe. Il semble, dit Platon, que l'or et la vertu soient placés des deux côtés d'une balance; et qu'on ne puisse ajouter au poids du premier, sans que l'autre devienne au même instant plus léger.
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