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les époux s'aiment plus qu'ils ne le croient. S'ils paraissent indifférens ou près de se haïr, qu'un d'eux soit atteint d'une maladie grave, l'autre se livre à des alarmes sincères : l'habitude lui ferait regretter même les peines auxquelles il est accoutumé. Quand des époux commencent à se plaindi'e de leur sort, je conseillerais à chacun d'eux, au lieu de vouloir corriger l'autre , de lui donner l'exemple , et d'acquérir d'abord l'indulgence. Le mari peut n'être coupable que d'une erreur T)assagère , il peut se trouver infidèle, sans être inconstant ; et quel tort pour celle qui l'accuse, si les soupçons étaient faux, si tourmentée par des chimères , elle seule troublait la paix du ména£fe? La femme peut avoir une humeur inégale, sans mériter moins d'être chérie. La santé des femmes est faible, son influence sur leur caractère est sensible ; leurs torts peuvent être indépendans de leur volonté. Oh! que deux époux , avant de renoncer au bonheur qu'ils avaient espéré et qu'ils s'étaient promis , épuisent tous leurs soins pour le réaliser, pour le fixer près d'eux! Le bonheur le plus pur est ce-
SUR i.'art d'êtrk heureux.
lui de deux êtres qu'unissent l'estime et l'amoui-. Quel tableau touchantprésentent ces lignes! « J'ai « vu , pendant mon séjour en Angleterre , un « homme du plus rare mérite , uni depuis vingt- « cinq ans à une femme digne de lui. Un jour, en « nous promenant ensemble, nous rencontrâmes « ce qu'on appelle en anglais des ^jyp^/ej, des bohéc< miens, errans souvent au milieu des bois, dans « la situation la plus déplorable; je les plaignais a de réunir ainsi tous les maux physiques de la « nature. Eh bien , me dit alors M. L. , si , j)our « passer ma vie avec elle , il avait fallu me rési- « gner à cet état , j'aurais mendié depuis trente « ans; et nous aurions encore été bien heureux. « Ah ! oui, s'écria sa femme, 7ious aurions encore « été les plus heureux des êtres! »*
* De V Influence des passions , ])ar madame de Staël.