‹ Œuvres de Joseph DrozChapitre 35 sur 52 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Drj BEAU DANS LES ARTS.

Les qualités qui produisent le beau sont à peu près les mêmes dans les différens arts. J'entrevois cette vérité au moment où j'observe qu'il est une impression dominante causée par tous les chefs-d'œuvre. Ecoutez l'iphigénie de Racine, celle de Gluck; admirez l'Apollon; transportez-vous dans Rome ou dans Athènes , en récitant les harangues de leurs orateurs; ces ouvi'ages vous agiteront d'émotions différentes, mais tous élèveront votre âme. Pressé, par un ami des arts, de définir le beau, ou d'en donner au moins une idée, on s'énoncerait d'ime manière vague, mais juste, en répondant : c'est ce qui élève l'âme.

Un sentiment plein de volupté nous émeut

quand notre âme s'élève , parce qne nos facultés morales prennent alors une direction meilleure et des forces nouvelles. Ce sentiment s'éveille dans les instans les plus doux de la vie : les pensées généreuses, les actions magnanimes le développent, l'exaltent; nos vices le repoussent; et l'espoir de le goûter encore fait naître le calme heureux qui suit le repentir.

Tous les hommes éprouvent, au moins confusément, un besoin d'élévation. Mais, trompés sur les moyens de le satisfaire , ils s'épuisent en vains efforts; ils se disputent des richesses, ils briguent le pouvoir : on dirait qu'ils veulent une élévation matérielle, à défaut d'une élévation morale.

Le charme des beaux-arts résulte de ce qu'ils inspirent l'élévation qui convient aux facultés humaines. Plus un être est doué de sensibilité, de noblesse , mieux il jouit des prodiges des arts. Ces prodiges existent à peine, au contraire, pour les âmes que la nature fit étroites et froides , ou qui sont devenues telles par l'habitude d'occupations intéressées, minutieuses et serviles. Le

beau ne peut les enchanter; c'est une douce lumière vainement répandue sur des yeux fermés à son éclat.

Il est nécessaire de connaître les effets avant d'oser expliquer leurs causes : nous avons vu quelle est l'impression du beau; cherchons à découvrir les qualités qui la produisent.

En se livrant à de telles recherches , il est deux routes pour s'égarer. Diderot, avec un ton dogmatique, nous dit : « j'appelle beau hors de moi, tout « ce qui contient en soi de quoi réveiller l'idée de f< rapports; et beau par rapport à moi, tout ce « qui réveille cette idée. » Les froides explications de cette phrase obscure , ne peuvent éclairer ni les artistes, ni les philosophes. S'il fallait choisir entre des erreurs, je préférerais encore celles qui naissent d'une imagination poétique. Platon , dans le ravissement que la beauté lui cause, pour en dévoiler la source, interroge les secrets des Dieux. Il pense que les âmes existaient avant les corps ; et que libres et pures , elles avaient des connaissances universelles, dont elles ont perdu le souvenir en revêtant une

enveloppe grossière. Toutefois , ce souvenir peut être réveillé; et le tressaillement que nous éprouvons à l'aspect des chefs-d'œuvre , est produit par une réminiscence de la perfection suprême que nos âmes ont vue dans leur état d'indépendance et de pureté. Un tel sytème ne saurait soutenir le plus léger examen; mais le rêve de Platon est celui d'une imagination brillante , il pouvait inspirer les artistes. Dans nos recherches , évitons les deux genres d'erreurs ; n'offrons , s'il se peut, ni d'arides calculs , ni de vaines chimères.

Gardons-nous aussi de plier les faits à nos opinions, et de vouloir former un système parfaitement régulier. 11 est des qualités qui se retrouvent dans tous les chefs-d'œuvre; mais celles que je désignerai sont-elles les seules d'où naisse la beauté? J'apercevrai les plus remarquables; d'autres, moins importantes, m'échapperont peut-être. L'absence d'une des qualités sur lesquelles s'arrêteront mes regards , suffirait-elle pour que le beau disparût? >îon , si les autres, élevées à un très haut degré , excitent encore

DANS LES ARTS. U^f)

un puissant intérêt. Je doute qu'un système sur le beau puisse jamais concilier les esprits, s'il ne laisse au lecteur quelque liberté d'ajouter ou de retrancher, selon sa manière de sentir, aux principes énoncés par l'auteur.

3oO ÉTUDES SUR LE BEAU

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