‹ Œuvres de Joseph DrozChapitre 6 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DU .AIALHELR.

Que nos principes n'aient rien d'exagéré, si nous voulons qu'on les suive. Il est des maux contre lesquels les secours de la raison et de l'amitié même sont impuissans. Laissons gémir l'infortuné qui vient de perdre im être dont la vie se confondait avec la sienne ; le temps seid peut affaiblir ses souvenirs et sa doulein\ Rendre l'homme impassible, ce serait changer sa nature; et quel avantage en résulterait-il? Stoïcien austère , qui vois avec dédain ma faiblesse , si tu rends mon âme indifférente aux coups les plus

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affreux Ju sort, quelle sensibilité lui laisserastu pour goûter les plaisirs? *

Rien de plus absurde que les discours par lesquels on veut consoler celui qui regrette ou son enfant, ou sa femme, ou son ami. Tous les raisonnemens échouent contre ces mots : Je l'ai perdu! Votre malheur, me dit-on, est sans remède. — Eh! s'il y avait un remède, au lieu de gémir, je l'emploierais ; c'est parce qu'il n'y en a point que je verse des larmes. — Elles sont inutiles. — Elles servent à me soulager. — Votre enfant est heureux , il n'a pas connu les peines de la vie. — Je voulais lui en faire connaître les

* Il suffit d'exagérer la morale , de la rendre impraticable, pour que beaucoup de gens s'écrient qu'elle est sublime. On admire le disciple des stoïciens, affirmant qu'il supporterait de sang -froid les pertes les plus cruelles ; on ne s'aperçoit pas que ses discours sont précisément ceux du personnage qui dit , en parlant de Tartuffe :

De toute affection il détache mon âme; Et je verrais mourir, frère, enfans , mère et femme , Que je m'en soucirais autant que de cela.

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