‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 101 sur 131 · IX. Mariages · texte numérisé non relu

IX. Mariages

Avec tout ce détachement des choses temporelles, la plupart des chrétiens étaient mariés. Le célibat des païens était odieux, n'étant fondé que sur le libertinage et la débauche : aussi les lois civiles avaient voulu les réprimer par diverses peines, et par des récompenses pour ceux qui augmentaient le nombre des citoyens par les fruits des mariages légitimes '.

Ceux qui se trouvaient chargés d'enfants ne faisaient point de difficulté de les exposer incontinent après leur naissance. Les chrétiens détestaient cette inhumanité. (( Nous ne nous marions, » dit saint Justin, a que pour élever des enfants; en renonçant au mariage, nous gardons la continence parfaite. » £t saint Clément Alexandrin : « Il faut se marier, ou s'abstenir entièrement «. » Ils ne connaissaient donc que ces deux états , et préféraient le dernier, dont ils connaissaient Texcelience par l'autorité divine. Plusieurs s'engageaient à la continence aussitôt après leur baptême; et entre ceux qui étaient chrétiens dès l'enfance, on trouvait plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe qui avaient conservé la pureté jusqu'à l'âge de soixante et soixante et dix ans. On sait jusques où Origène poussa le zèle indiscret de la continence; et cet abus de se mutiler devint si fréquent, qu'il faille des canons pour le réprimer s.

Les hérétiques sévères outrèrent cette matière. Les uns condamnaient les secondes noces, les autres le mariage en général, et regardaient toute union des sexes comme un crime. C'est à ces derniers que saint Clément Alexan-

» Tac. an. 3. v. tîl. Cod. de infir. pœn. cœlib. v, — Baron, an. 57» n. 44, etc. — ^ Just. I Apol. 91,D. n. — Pœdag. 10,193, c, — Id. III. Slrom. 459, D. — Athenag. Apol. 36. c. — TiRT. I. ad ux. 6. — Justin. I. Af.ol. 61. B. — 3 Contl. apott. 21, 22. — Can. Nie. 1. — Tert. de Mmog.

drin ' applique la prédiction de saint Paul, touchant ceux qui viendraient dans les derniers tenips défendre de se marier. Ccst ce qui a obligé ce Père et les autres de relever la sainteté du mariage, et d'appuyer sur les exemples des apôtres saint Pierre et saint Philippe, qui étaient mariés et avaient des enfants. Les Pères regardaient lé mariage noblement, comme ayant pour fin la production de créatures raisonnables, qui doivent durer éternellement, et rendant Thomme image de Dieu d'une manière particulière, en ce qu'il concourt avec lui à la production d'un homme. Ils ne veulent pas que Ton cherche le plaisir seul dans ce commerce dangereux, quoique légitime ; mais qu'il soit réglé par la raison et l'honnêteté, avec une attention continuelle à la présence de Dieu, qui voit dans les ténèbres les plus obscures, et un grand respect pour nos corps qui sont ses temples.

Entre les préceptes pour l'éducation des enfants, on recommandait de les marier de bonne heure, pour prévenir la débauche ^ ; et on exhortait ceux qui avaient la charité de nourrir des orphelins à les marier quand ils seraient en âge, et avec leurs enfants plutôt qu'avec d'autres s ; ce qui montre combien l'intérêt avait peu de part aux mariages des chrétiens. On consultait l'évèque sur les mariages, comme sur les autres affaires importantes,- « afin, dît saint Ignace *, qu'ils le fissent selon Dieu, et non selon la concupiscence. » Quand les parties étaient d'accord, on célébrait le mariage publiquement et solennellement dans l'église, et il y était consacré par la bé* nédiction du pasteur et confirmé par l'oblation du saint sacrifice 5. Les époux se donnaient la main , et la femme recevait du mari un anneau gravé d'une croix , ou de la

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figure symbolique de quelque vertu, une colombe, une ancre, un poisson; car tels étaient les cachets des chrétiens: or, chez les anciens, les anneaux servaient.de cachets '.

Les chrétiens s'abstenaient de l'usdge du mariage aux jours solennels de fête ou de jeûne, d'où est restée la défense de célébrer les noces en certains temps de l'année; et généralement ils vivaient en continence toutes les fois qu'ils voulaient vaquer plus librement à la prière, suivant le précepte de l'Apôtre *. Saint Clément Alexandrin dit que le gnostique, c'est-à-dire le chrétien parfait, quand il aura des enfants, regardera sa femme comme sa sœur, puisqu'elle la doit être un jour, lorsqu'ils auront quitté leurs corp.s ^; et Tertullien témoigne que plusieurs gardaient la continence dans le mariage, d'un consentement mutuel. Il représente ainsi le bonheur d'un mariage chrétien * : « Deux fidèles portent ensemble le même joug, ils ne font qu'une chair et qu'un esprit; ils prient ensemble, ils se prosternent ensemble, ils jeûnent ensemble, ils s'instruisent et s'exhortent l'un l'autre, ils sont ensemble à l'église et à la table de Dieu , dans les persécutions et dans le soulagement. Ils ne se cachent rien et ne s'incommodent point. On visite librement les malades, on fait l'aumône sans contrainte, on assiste aux sacrifices sans inquiétude. Ils chantent ensemble les psaumes et les hymnes , ils s'excitent à louer Dieu ^. » On ne permettait pas aux fidèles de se marier avec les infidèles, mais bien de demeurer ensemble s'ils étaient mariés auparavant^. Les secondes noces, quoique permises, étaient regardées comme une faiblesse , et en quelques Églises on mettait en pénitence ceux qui se remariaient^.

I Clem. Alex. III. Padag. 1. — > 1 Cor. VII, 5.— 3 eST^rom. 664, c. — 4 I. <m/ Mzor. 5. de Resur. car. 8. — II. ad uxor. in fin. — ^ 1 Cor. VII, 39. — ^ Tert. II. ad uxor. 1. — 7 Hier, ad Salmw. vtv^t^^.

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