XIX. Soin des reliques
Les chrétiens suivaient encore les martyrs dans lesjilaces publiques où on les tourmentait, et dans les autres lieux où on les menait pour les exécuter à mort. €es exécutions se faisaient d'ordinaire hors des villes; et lia plupart des martyrs, après avoir surmonté les tourmenta, ou par miracle ou par leurs forces naturelles , oat fini> par avoir la tète coupée. Les 6dè]es accouraient en foule pour les admirer et se fortifier par leur exemple ; fis observaient leurs dernières paroles, qui d'ordinaire étaient de?prières, comme celle de saint Polycarpe rapportée dans^ î'épttre de l'Église de Smyrne ; comme l'hymne de saint Âlhénogène, ancien théologien du même siècle, qu'il chanta avec joie étant près d'entrer dans le feu, et laissa par écrit à ses disciples ^ Souvent aussi les assistants encourageaient les martyrs. Origène exposa plusieurs fois sa v4e en de telles occasions; et il y a plusieurs exemples de martyrs qui souffrirent effectivement pour avoir exhorté le§ autres , comme ceux dont il est parlé dans une épître de saint Denys d'Alexandrie, et dans l'épître fameuse de l'Église de Vienne *.
Les fidèles ne craignaient point de s'approcher des martyrs tandis qu'on les tourmentait, pour recueillir avec des linges ou des éponges le sang qui coulait de leurs plaies, et le conserver dans des fioles qu'ils mettaient dans les sépulcres. On fit mourir sept femmes qui avaient ainsi ramassé des gouttes du sang de saint Biaise; et quand saib Cyprien eut la tête tranchée, les fidèles avaient étendu des linges autour de lui pour recevoir son sang K Ils n'étaient pas moins curieux d'enlever les corps des martyrs ou d'en recueillir les restes; car souvent il ne
ï Ap. EusEB. IV. Hisl. 15. — Martyrol 18. Jan. — » EusEB. TI. /Twf. 3. — Ap. Ers. IV. Hist. 34. — -4i?.EcsEB. V. Hist. 1. — 3 Marti/rol, Rom..^,feh. Ponl^Diac.
demeurait que des os ou des cendres, comme quand ils avaient été brûlés ou dévorés par les bêles ; et de là est venu le nom de reliques *. Us n'épargnaient point la dépense pour les racheter des mains des bourreaux et les •ensevelir honorablement; souvent même il leur en coûtait la vie. 11 y en a qui ont souffert le martyre pour avoir baisé les corps des martyrs, pour avoir empêché que l'on ne leur insultât après leur mort, pour les avoir cherchés, pour les avoir ensevelis; il y en a eu de jetés dans les cloaques d'où ils avaient tiré les corps saints. On fit mourir saint Théodole l'hôtelier, pour avoir retiré les corps de sept vierges d'un étang où on les avait noyées. Les disciples de saint Ignace rapportèrent ses reliques de Rome jusqu'à Antioche *.
Ce soin des reliques était la cause de l'acharnement des païens à dissiper les corps, des martyrs après leur mort, joint qu'ils croyaient diminuer par là l'espérance de la résurrection, a Vous vous flattez, disaient-ils, que vos corps demeureront jusqu'au jour où vous croyez les -reprendre» et vous espérez qu'ils seront embaumés et couîservés dans des étoffes précieuses, par les femmes que vous avez infatuées de vos rêveries : nous y donnerons bon ordre. » Ils les faisaient donc manger aux bêtes, ils les mêlaient avec des corps de gladiateurs ou d'autres criminels, ils les jetaient dans Teau attachés à de grosses pierres, ils les brûlaient et jetaient les cendres au vent; mais, malgré toutes leurs précautions, la plupart des reliques étaient conservées, soit par le zèle ardent des fidèles, soit par les miracles que Dieu faisait souvent en ces occasions. On honorait les tombeaux des martyrs sitôt qu'ils
* Ael. SS, Tharacij etc. S. Boni/ac an.^* Martyr. Rom, IT. fehr, de S. Juliano. — 7 decemb. de S. Agalhone. — 15. Mart. de S. Nieandro. — 21. AuG. de S. Palerno 2,^Acla S. TAeorf.— Hier, de «cripC ChrysosL de Jgn, — Roma solteran. I, 2, 3, ulc. Epi«l«
y reposaient. Plusieurs saints ont souffert le martyre pour avoir été pris veillant ou priant aux sépultures des niartyrs, ou célébrant leurs fêles; ce que Ton faisait tous les ans, comme Tertullien et saint Cyprien le témoignent; et pour cet effet on marquait soigneusement le jour de leur mort .