XXIV. Veuves diaconesses
Les veuves qui renonçaient aux secondes noces vivaient à peu près comme les vierges, dans les jeânes, dan»le& oraisons et les autres exercices de la vie ascétique; mais elles n'étaient pas si enfermées, parcequ'elles s'appdqnaieni aux œuvres extérieures, comme à visiter et soulager les malades et les prisonniers, particulièrement lès martjrre et les confesseurs ; à nourrir les pauvres, à retirer et servir 'les étrangers, à enterrer les mrorts, et généralement à toutes les œuvres de charité ^ Toutes les femmes chrétiennes, veuves ou mariées, s'y employaient fort , et ne sortaient guère que pour ces bonnes œuvres , ou pour aller à l'église *. Les veuves , étant plus libres ^ s'y aâb»^ naient entièrement : si elles étaient riches , elles faisaient de grandes aumônes; si elles étaient pauvres, l'Église les nourrissait. On choisissait pour diaconesses lès veuves les
' Cypr. de ffak. Virg. — a Ambros. ad Virg, laps. 6.-3 Hier. in episc. Paula. — 4 Tertull. II. ad ux. 4. — Id, 2 de Ceîs. fem. 11.
plus âgées j c'est-à-dire de soixante ans ' . Cet âge fut depuis réduit à quarante ans; mais c'était toujours les veuves les plus sages et les plus éprouvées par toutes sortes d'exercices de charité : on donnait aussi quelquefois cette charge à des vierges % et alors on leur donnait aussi le. nom de veuves. Les diaconesses recevaient l'imposition des mains et étaient comptées entre le clergé, parcequ'elles exerçaient à l'égard des femmes une partie des fonctions des diacres.
Leur charge était de visiter toutes les personnes de leur sexe que la pauvreté , la maladie , ou quelque autre misère, rendait dignes du soin de l'Église. Elles instruisaient celles qui étaient catéchumènes , ou plutôt leur répétaient les instructions du catéchisme; elles les présentaient au baptême, leur aidaient à se déshabiller et à se revêtir, afin que les prêtres ne les vissent pas dans un état indécent : elles conduisaient ensuite ces nouvelles baptisées pendant quelque temps , pour les dresser à la vie chrétienne^. Dans l'église, elles gardaient les portes du côté des femmes, et avaient soin que chacune fût placée en son rang et observât le silence et la modestie. Les diaconesses rendaient compte de toutes leurs fonctions à l'évéque, et, par son ordre, aux prêtres ou aux diacres. Elles servaient principalement à les avertir des besoins des autres femmes, et à faire, pous leur direction, ce qu'ils ne pouvaient faire eux-mêmes avec autant de bienséance.
Les prélats usaient d'une grande patience et d'une grande discrétion pour gouverner toutes ces femmes, pour maintenir les diaconesses dans la sobriété et Tactivilé nécessaires à leurs fonctions, mais difficiles à leur âge; pour empêcher qu'elles ne devinssent trop faciles ou trop
> 1 Tim. V, 9. — Const. ap. III. — > Const. aposL VII, 17, 19. — Tjertull. de Vel. virg. 9.-3 Conc. Nie. 17. Chalced. 15. Ep\ph. Jcatr. 70, n. 3. — Const. aposL 3. — Epiph. /iœr.1^, ti. ^.
crédules, ou qu'elles ne fussent inquiètes, curieuses, malicieuses , colères et sévères avec excès. Il fallait prendre garde que sous prétexte de catéchisme elles ne fissent les savantes et les spirituelles * , qu'elles ne parlassent indiscrèlement des mystères, ou ne semassent des erreurs et des fables; qu'elles ne fussent parleuses et dissipées. Il fallait encore bien de la charité pour guérir ou supporter les défauts des autres veuves et des autres femmes, comme la tristesse, la jalousie, l'envie, les médisances, les murmures contre les pasteurs même ; enfin tous les maux qui suivent ordinairement la faiblesse du sexe et de l'âge, surtout quand elle est jointe à la pauvreté, à la maladie, ou à quelque autre incommodité ^.