‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 109 sur 131 · XXV. Soin des pauvres · texte numérisé non relu

XXV. Soin des pauvres

L'Église prenait soin de tous les pauvres de tout âge et de tout sexe ; mais on ne comptait pas jpour pauvres ceux qui pouvaient travailler, puisqu'ils étaient en état de n'être plus à charge à personne ou même d'assister les autres pauvres; car on croyait qu'un bon chrétien ne devait pas se contenter de travailler pour se nourrir, mais qu'il devait encore contribuer à la nourriture de ceux qui ne pouvaient travailler. D'ailleurs la loi civile avait pourvu à empêcher qu'il n'y eût des mendiants valides'; car, comme l'escla-: vage était en usage, s'ils étaient libres, on les attachait à des terres cpmme des esclaves du public ; et s'ils étaient esclaves , on les abandonnait à qui s'en voudrait saisir. Il en était de môme des enfants exposés ; ils appartenaient à ceux qui se chargeaient de leur nourriture. Ainsi il n'y avait presque point d'autres niendiants que de vieux esclaves, dont les maîtres étaient assez inhumains pour les

» Can. aposi. 3, 5, 6, 7. — » CirRYsosT. III. de Sacnrd. — 3 Consl. fjpost. II, 4; IV, 1, 2, etc. — Orig. in Matlh. tract. 11. — Basil. Reg, . sus. 42. I. 7. Cod. de mend. t-altd. W.

abandonner quand ils ne pouvaient plus servir , des aveugles, des estropiés, ou d'autres invalides *.

C'étaient ceux-là dont les chrétiens prenaient soin , et Prudence • pous les décrit quand il représente ceux que saint Laurent fit voir au préfet de Rome comme les trésors de l'Église. Ils prenaient aussi grand soin des enfants , premièrement des orphelins enfants de chrétiens, et surtout de martyrs ; puis ils prenaient soin des enfants exposés et de tous ceux dont ils pouvaient être les maîtres , pour les élever dans la véritable religion». Tout ce soin des pauvres avait pour but de leur procurer les biens spirituels à l'occasion des temporels; c'est pourquoi on préférait toujours les chrétiens aux infidèles, et, entre les chrétiens, les plus vertueux; et on abandonnait les incorrigibles. On ne recevait pas les aumônes de toutes sortes de gens indifféremment * ; on refusait celles des excommuniés et des pécheurs publics, comme les usuriers, les adultères et les femmes débauchées : on aimait mieux exposer les pauvres .à manquer du nécessaire , ou plutôt on se confiait à la Providence divine, qui saurait y pourvoir d'ailleurs *.

Chaque église faisait un fonds considérable pour la subsistance des pauvres , pour l'hospitalité , les sépultures et les autres dépenses communes, comme l'entretien des clercs, le luminaire, les vases sacrés. L'Église romaine, sous le pape saint Corneille, vers Tan 250, nourrissait cent cinquante-quatre clercs et plus de quinze cents pauvres ; et depuis sa fondation , tant que les persécutions durèrent, elle eut toujours soin d'envoyer de grands secours aux pauvres églises des provinces et aux confesseurs condamnés aux mines. Ces biens communs des églises , pendant les trois premiers siècles , ne consistaient guère

' Colonatu perpeluo fuldatur. Argum. Z. 3. Coâ. de ins. expos. — > Perisioph. 11. — ^ Const. aposL IV, 1, 2. — AclaSS. Perp. et Felic. — * Const. aposl. IV, 5, 6, 7, 9. — * Acta S. A/ra,

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qu'en mcMe^, en proTîsions de boache, eo balMts, en argent comptant, qui Tenait de ce que les fid^es offraient toutes les semaines on tons les mois , oa quand ils voulaient ; car il n'j avait rien de réglé ni de forcé en ces offrandes '.

On recommandait toutefois , comme on devoir de religion^ de donner à 1^1 ise les prémices et les dîmes des fruits de la terre et du bétail , pour la subsistance des clercs et des pauvres. Origène * soutient que la loi ancienne oblige encore en ce point , plutôt confirmé qu'aboli par rÉvangile ; seulement nous ne voyons pas que Ton procédât encore par des censures contre ceux qui y manquaient. Ces offrandes se portaient cbez Févêque ou chez les diacres , et il était défendu d*offrir sur Faute! autre chose que le pain et le vin , qui devaient être la matière du sacrifice. Les églises avaient des immeubles dès le temps des persécutions, puisque, quand elles cessèrent, on en ordonna la restitution : on le voit dans Tédit de Constantin et de Licinius, de Tan 31 3 ^.

Voilà ces trésors de TÉglise dont les païens étaient si avides, et qui entraient dans les causes des persécutions, comme on voit en l'exemple de saint Laurent *. C'étaient les diacres qui en avaient le soin. Il était de leur chaîne de recevoir tout ce qui était offert pour les besoins communs de l'Église, de le mettre en réserve , le garder sûrement, et le distribuer suivant les ordres de l'évêque, qui en ordonnait sur le rapport qu'ils lui faisaient des nécessités particulières^. Il était donc encore de leur devoir de s'informer de ces nécessités , d'avoir des listes exactes tant

» BàRON. ann, 44, n. 68, etc.— JusT. 1. Apol.—TERTVLL. Apol. 39.

— Eus. VI. Hisl. 43. — Ephl. Dion. Corinth. ap. Eus. IV. Hisl. 23.

— Acta Celon. Cirtens. an. 304. — Tertull. Apol. 39. — * Hom. 11. ni Num. 17, in-fol. — ^ Can. apost. 3, 4. — Ap. Lact. de Mort. pers. n. 46. — Euji. X. Tlist, 6.-4 Prud. Per Steph. hym. 2. — * B.VRON.nt/ 31, n. 227. — Const. apost. III, 19.

des clercs que des vierges, des veuves, et des autres pauvres que FÉgiise nourrissait. Cétaità eux à examiner ceux qui se présentaient de nouveau , et à veiller sur \a condnile de ceux qui étaient déjà reçus , pour voir s*ils étaient dignes d'être assistés ;' c'était à eux à pourvoir au logement des étrangers, et a savoir par qui et comment ils devaient être défrayés. Les laïques s'adressaient à eux pour tout ce qu'ils voulaient demander ou faire savoir à l'évéque , dont ils n'approchaient pas si librement par respect, et de peur de l'importuner K Ainsi la vie des diacres était fort active ; il fallait aller et venir souvent par la ville, et quelquefois même faire des voyages au dehors* ; et c'est pour cette raison qu'ils ne portaient ni manleaux ni grands habits comme les prêtres, mais seulement des tuniques et des dalmatiques , pour être plus disposés à l'action et au mouvement.

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