XXVI. HospitaliU
L'hospitalité était d'un usage ordinaire , même entre les païens. Chez les Grecs et les Romains les hôtelleries publiques n'étaient guère fréquentées par les honnêtes gens'. Dans les villes où ils pouvaient avoir affaire, ils avaient des amis qui les recevaient, et qui réciproquement logeaient chez eux quand ils venaient à leur ville. Ce droit se perpétuait dans les familles; c'était un des principaux liens d^amitié entre les villes de Grèce et d'Italie , et il s'étendit depuis par tout l'empire romain ; ils regardaient ce droit comme une partie de leur religion. Jupiter, disait-on, y présidait ; la personne de l'hête et la table où l'on mangeait avec loi étaient sacrées. Les Juifs, de leur côté, l'observaient comme une bonne œuvre pratiquée de tout temps par les saints, et ils l'observent encore entre eux.
Il ne faut donc pas s'étonner si les chrétiens exerçaient
' Consl. aposUllt W. — * "Const, aposl. H, 67. — 3 De Thoma^sin, — Tesser. hospital.
l'hospitalité , eux qui se regardaient tous comme amis et comme frères, et qui savaient que Jésus-Christ Ta recommandée entre les œuvres les plus méritoires^. Pourv» qu'un étranger montrât qu'il faisait profession de la foi orthodoxe et qu'il était dans la communion de l'Église , on le recevait à bras ouverts. Qui eût pensé à lui refuser sa maison eût craint de rejeter Jésus-Christ même ; mais il fallait qu'il se fît connaître. Pour cet effet, les chrétiens qui voyageaient prenaient des lettres de leur évoque, et ces lettres avaient certaines marques qui n'étaient connues que des chrétiens*. Elles faisaient voir l'état de celui qui voyageait : s'il était catholique; si, après avoir été hérétique ou excommunié, il était rentré dans la paix de rÊglise ; s'il était catéchumène ou pénitent; s'il était clerc, et en quel rang ; car les clercs ne marchaient point sans le dimissoire de leur évoque '. Il y avait aussi des lettres de recommandation pour distinguer les personnes de mérite , comme les confesseurs ou les docteurs , ou ceux qui avaient besoin de quelque assistance particulière.
La première action de l'hospitalité était de laver les pieds aux hôtes*. On voit cette coutume en plusieurs endroits de l'Écriture ; et ce soulagement était nécessaire , vu la manière dont les anciens étaient chaussés. De là vient que, dans saint Paul *, l'action de laver les pieds est jointe à l'hospitalité. Si l'hôte était dans Ja pleine communion de l'Église, on priait avec lui et on lui déférait tous les honneurs de la maison , de faire la prière , d'avoir la première place à table , d'instruire la famille. On s estimait heureux de l'avoir : le repas où il prenait part était estimé plus saint. On honorait les clercs à proportion de leur rang; et si un évoque voyageait, on l'invitait
' M.vTTH. XXV, 34. — » Baron, ann. 141, n. 7. — Prior. De litt. Canon. — 3 Conc, Eliber. 68. — ♦ Maurt des Isr, X, ICS. — ^ 1 Tim. y, 10.
partout à faire loffice et à prêcher, pour montrer Tunité du sacerdoce et de TÉglise •. C'est ainsi que le pape saint Anicet en usa envers saint Polycarpe. Il y a eu des saints à qui l'hospitalité exercée envers des clercs, ou d'autres qui venaient prêcher l'Évangile, a été occasion de martyre, comme on dit du fameux saint Âlban en Angleterre, et de saint Gentien à Amiens*. Les chrétiens exerçaient l'hospitalité même envers les infidèles. Ainsi ils exécutaient avec grande charité les ordres du prince , qui les obligeaient à loger les gens de guerre , les officiers et les autres qui voyageaient pour le service de TÉtat , ou à leur fournir des vivres. Saint Pacôme ', ayant été engagé fort jeune à servir dans les troupes romaines, fut embarqué avec sa compagnie, et aborda en une ville où il fut étonné de voir que les habitants le recevaient avec autant d'affection que s'ils eussent été leurs anciens amis. Il demanda qui ils étaient, et on lui dit que c'étaient des gens d'une religion particulière, que Ton appelait chrétiens. Dès lors il s'informa de leur doctrine , et ce fut le commencement de sa conversion.