‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 111 sur 131 · XXVII. Malades · texte numérisé non relu

XXVII. Malades

Les chrétiens avaient grand soin de la visite des malades, si recommandée dans l'Évangile *. Alexandrie étant affligée d'une cruelle peste du temps de l'empereur Valérien, ils profitèrent de cette occasion pour montrer leur charité envers les persécuteurs, et ils assistèrent les malades si généreusement, que plusieurs, tant clercs que laïques, y moururent et furent honorés comme martyrs ^. Les prêtres visitaient les chrétiens malades pour les consoler, prier pour eux et leur administrer les sacrements. Le viatique

« Consi. aposl. II, 58. — Eus. IV. Hist. 14. — > Mart. 12 jun. Id. 11 dec. — 3 Vie de S. Pacôme. — 4 Matth. XXV, 36. — ^ Dionys. Alex. Ap, — Eus. VII. Hist. 22. — Martyroh 28. Feb. — Eus. VI. Hitt. 44r

^ donnait sous la seule espèce du pain, et pouvait être porté par un laïque en cas de nécessité , comme il parait par l'histoire, du vieillard Sérapion. Outre l'onction de l'huile sacrée portée par Tordonnance de saint Jacques*, souvent ils guérissaient les malades par Tapplication d'une autre huile bénite qui se donnait indifféremment aux fidèles et aux infidèles , par les clercs ou par les laïques , selon qu'ils avaient reçu le don des miracles *. Quelquefois on employait pour cet effet Thuiie des lampes qui brûlaient devant les sépulcres des martyrs.

Les païens n'ayant point d'espérance après la mort, la regardaient purement comme un mal qui les privait des biens de la vie, ou comme nn anéantissement qui les délivrait de tous leurs maux. Il n'y avait presque plus personne qui crût ce que les poètes racontaient des supplices ou des récompenses de l'autre vie ^. Ainsi on ne songeait point à exhorter les mourants, mais à les diverlir; ils travaillaient de leur côté même à faire durer le plus îju'ils pouvaient les plaisirs de la vie. Leur maxime était celle que rapporte saint Paul après Isaïe ^ : a Buvons et mangeons , puisque nous mourrons demain. » C'est là où se terminent toutes les moralités d'Horace. La mort de Pétrone sous Néron en est l'exemple le plus fort que je connaisse ^. Ceux qui étaient plus sérieux se consolaient par la philosophie , et cherchaient à mourir tranquillement.

Les chrétiens, ayant d'autres maximes , ne regardaient la mort que comme la porte de l'éternité. Ainsi, vivant bien la plupart, ils la souhaitaient plus qu'ils ne la craignaient, et ils s'affligeaient moins de la perte sensible de leurs parents et de leurs amis qu'ils ne se réjouissaient de leur bonheur éternel, et de l'espérance de les revoir dans le

^ Jac. 14. — ' Baron, an. 63, n. 16. — ^ Adeo ne me delilare cetues ut ista credam ? Cic. Tusc. qiieesL I, n. 6. '^Nec pueri creduni. JUjv^n. ~ » Isa. XXir, 13. — 1 Cor. XY, 32. — ^ Ïacit. Annal. 16,

ciel. Ils ne comptaient leur' mort que pour un sommeil, suivant le langage de TÉcriture; et de là vient lé nom de cimetière, qui, en grec, ne signifie qu'un dortoir *.

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