‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 112 sur 131 · XXVIII. Sépultures · texte numérisé non relu

XXVIII. Sépultures

Pour mieux témoigner la foi de la résurrection, ils avaient grand soin des sépultures et y faisaient grande dépense , à proportion de leur manière de vivre. Ils ne brûlaient pas les corps, comme les Grecs et les Romains ; ils n'approuvaient pas non plus la curiosité superstitieuse des Égyptiens , qui les gardaient embaumés et exposés à la vue sur des lits dans leurs maisons. Saint Antoine ^ combattit cette coutume , qui durait encore de son temps.

Les chrétiens enterraient les morts comme les Juifs. Après les avoir lavés, ils les embaumaient et y employaient plus de parfums , dit Tertullien , que les païens à leurs sacrifices. Ils les enveloppaient de linges très fins, ou d'étoffes de soie; quelquefois ils les revêtaient d'habits précieux '. Ils les laissaient exposés trois jours , ayant grand soin de les garder cependant, et de veiller auprès en prières. Ensuite ils les portaient au tombeau, accompagnant le corps avec quantité de cierges et de flambeaux , et chantant des psaumes et des hymnes * pour*louer Dieu et marquer l'espérance de la résurrection. On priait aussi pour eux, on offrait le sacrifice, et l'on donnait aux pauvres le festin que Ton nommait agape, et d'autres aumônes. On en renouvelait la mémoire au bout de l'an, et on continuait d'année en année, outre la commémoration que l'on en faisait tous les jours au saint sacrifice ^.

L'Église avait des officiers destinés pour les enterre-

" Cypr. de Morial. et in Demeir. Dormivit cum palribus suis. — 3 Reg. II, 10. XI, 40. XIV, 20, etc. — » Vie de S. Ant. 31. — 3 Baron. an. 34, n. 310, etc. — Apol. 42. — * Const. ap. 6. ull. VII. 41, 42. — Prud. Hymn. in exeq. — Teriull. de Co. mil. 3. — Orig. in Tob. hoyn. 3. — ^ Cypr. Ep. 66.

menls, que Toii appelait fossoyeurs ou travailleurs », et qui se trouvent quelquefois comptés entre le clergé. On enterrait souvent avec les corps diverses choses pour honorer les défunts ou en conserver la mémoire , comme les marques de leur dignité, les instruments de leur martyre, des fioles ou des éponges pleines de leur sang, les actes de leur martyre, leur épitaphe, ou du moins leur nom, des médailles, des feuilles de laurier ou de quelque autre arbre toujours vert, des croix , l'Évangile. On observait de poser le corps sur Je dos , le visage tourné vers l'orient ^ Les païens, pour garder les cendres des morts, bâtissaient des sépulcres magnifiques le long des grands chemins, et partout ailleurs dans la campagne ; les chrétiens au contraire cachaient les corps, les enterrant simplement, ou les rangeant dans des caves, comme étaient auprès de Rome les tombes ou catacombes.

C'étaient des lieux souterrains taillés dans le tuf ou pratiqués dans les veines de sable , dont les chrétiens avaient fait leurs cimetières. On y descend par des escaliers, et on trouve de longues rues qui , des deux côtés , ont deux ou trois rangs de niches profondes où les corps étaient posés, car on les en a tirés pour la plupart. De distance en distance sont àes chambres spacieuses , voûtées et bâties avec la même solidité , et percées de plusieurs niches semblables à celles des rues. La plupart de ces chambres sont peintes de diverses histoires de l'ancien et du nouveau Testament, comme les églises l'étaient; et en quelques-uns de ces cimetières il y a des églises souterraines. En plusieurs on a trouvé des coffres de marbre ornés de figures de relief, qui représentent les mêmes histoires que les peintures : c'étaient des sépulcres pour les personnes les plus considérables. Chacun de ces cimetières est comme

* Fosaores, lahorantes, copiala. — Barom. ann. 14, n. 2S8. — 2 TiiOMASS. Disc.y 2. ni, 13, 14.

un grand faubourg sous terre , et quelques-uns ont deux ou trois étages en profondeur. Aussi les chrétiens^y trouvaient des retraites assez sûres dans les temps de persécution pour garder les reliques des martyrs , pour s'assem; bler et célébrer les saints offices. Ces anciens cimetières étaient demeurés la plupart inconnus depuis longtemps , les entrées en ayant été comblées , et n'ont été découverts que depuis la fin du siècle passé. Ces lieux sont nommés quelquefois conciles des martyrs^ ^ parceque leurs corps y étaient assemblés ; ou arènes ^ à cause du terrain sablonneux : en Afrique on nommait aussi les cimetières des a«Ves*.

On a. toujours eu grande dévotion à se faire enterrer auprès des martyrs, et c'est ce qui a enfin attiré tant de sépultures dans les églises, quoique Ton ait longtemps gardé la coutume de n'enterrer que hors des villes. La vénération des reliques et la croyance distincte de la résurrection ont effacé parmi les chrétiens l'horreur que les anciens, même les Israélites, avaient des corps morls et des sépultures.

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