‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 114 sur 131 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ï. Princes chréfienis,

Ifë Voici à la troisième partie de ce traité, où je dois représenter les mœurs des chrétiens depuis que l'Église fut en paix et en liberté. On soupirait depuis trois cents aiis après cette pdix, comme un état où les fidèles serviraient Dieu sans aucun obstacle ; mais l'expérience ne fit que trop voir que la persécution était |Jlus avantageuse. Cependant les mêmeo mœurs que j'ai décrites subsistèrent encore longtemps. Ainsi il ne reste ici qu'à remarquer les. différences que causa d'abor^d le libre exercice de la religion.

Premièrement ce fut un miracle tout nouveau de voir des princes chrétiens. Dans les siècles précédents on ne pouvait croire que les grands se soumissent à la sévérité de la discipline de l'Égli&e ; on ne se figurait pas comment l'humilité et la mortification pouvaient subsister avec un pouvoir absolu et des richesses immenses. C'était sans doute ce qui faisait dire à Terlullien ' que les Césars se seraient déjà convertis, s'ils avaient pu être tout ensemble Césars et chrétiens ; et Origène ^ en parlait à peu près de même. Dieu fit encore ce miracle à la face de l'univers, et c'est le changement le plus considérable des temps dont je parle ici, puisque c'est la cause de la liberté de l'Église.

On vit d'abord , à la conversion de Constantin , le nom de Jésus-Christ et sa croix sur les enseignes des troupes romaines ; on vit ce qui avait été jusque-là l'instrument du supplice le plus infâme servir d'ornement aux couronnes. L'empereur eut un oratoire dans son palais, où il s'enfermait seul tous les jours pour lire l'Écriture sainte et

Martyroî. Jan. 1. Feb. 16, It, Tf. Mari. 9, 27, 30. Mai. 3t. Jun. 30. Jxf.l. 7. Aug. 21. Sep(. 20, 25. Oct. 10, 19. Nov. 16. Dec. 3. — AcU S. Gènes. — » ApoL 21. -a- » Conl. Cals. VIIT.

faire des prières réglées à certaines heures, particulièrement les dimanches, dont il faisait observer le repos même aux païens*. A l'armée il faisait porter une tente en forme d'église, pour y chanter les divins offices et administrer les sacrements aux fidèles * ; des prêtres et des diacres suivaient, et même des évoques, que l'empereur regardait comme les gardes de son ame'. Il fit Constantinople toute chrétienne. La veille de Pâques y était célébrée par une illumination magnifique , non-seulement dans les églises, mais dehors et par toute la ville : on allumait des flaml)eaux ou plutôt des colonnes de cire qui changeaient cette sainte nuit en un beau jour. Dans les places de cette grande ville on voyait des fontaines ornées des images du bon Pasteur, ou de Daniel entre les lions ; elle n'avait ni idoles ni temples des faux dieux. Qui ne sait la magnificence dont usa Constantin * envers les Pères du concile de Nicée, et les honneurs qu'il leur rendit? Il leur fournit (les voitures pour les amener des parties les plus reculées de ce grand empire ; il les défraya pendant tout le temps du concile , et les renvoya chargés de présents ; il brûla les mémoires qui lui avaient été donnés contre les évéques * ; il baisa les cicatrices des confesseurs qui portaient encore les marques des persécutions ; il entra sans gardes, d'un air modeste et respectueux , dans la séance du concile, et ne s'y assit qu'après que les évoques lui en eurent fait signe ; il leur fit enfin un grand festin dans son palais, et se mit à table avec eux. On vit alors Jésus- Christ régner sensiblement même sur les rois.

Le grand Théodose <^ honora encore plus la religion par la pratique des vertus chrétiennes. 11 priait beaucoup, il avait recours à Dieu dans ses plus grandes affaires, et lui

' Eus. II. Vita Const. 2, 14. IV, 17, 21. — » SozoM. I. Hist. 8. — 3 Eus. II, Vila. 48. V, 22. — ♦ Eus. Vit, Consl. III, 6, 7, etc. — s SOCR. I, ffisl, 5 et 8. — C Theod. Hist. Eccl. 4, 17.

rapportait tout le bon succès de ses armes. Il se laissa emporter à la colère contre les habitants de Thessalonique ; Je péché fut grand, mais la pénitence fut proportionnée, et il n'estima aucun évéque à l'égal de saint Ambroise, parcequ'il n'en trouva aucun qui le flattât moins. L'impératrice, son épouse, est aussi louée de sa piété et de sa charité pour les pauvres. Cet esprit se conserva dans leur famille, mais il éclata principalement en sainte Pulchérie, leur petite-fille, qui se consacra à Dieu dès l'âge de quinze ans, avec ses deux sœurs, par le vœu de virginité, et qui, sans quitter le palais, y mena une vie si retirée, si occupée , si pieuse , que les auteurs du temps comparent ce palais à un monastère, c'est-à-dire à ce qu'ils connaissaient de plus saint.

Ce fut dans cette école de vertu qu'elle lit élever le jeune empereur Théodose, son frère». Il pratiquait les mêmes exercices, il se levait de grand matin pour chanter avec ses sœurs les louanges de Dieu, il priait beaucoup, il fréquentait les églises et y faisait de grands présents, il jeûnait souvent, principalement les mercredis et les vendredis. Il avait une bibliothèque de livres ecclésiastiques, il savait par cœur l'Écriture sainte et s'en entretenait avec les évoques, comme s'il eût été de leur profession, il leur portait un grand respect, et honorait tous les chrétiens vertueux. 11 fit transférer avec grande pompe les reliques de plusieurs saints, il fonda plusieurs hôpitaux et plusieurs monastères.

Sa sœur ne l'exerça pas seulement aux pratiques de religion, elle lui fit apprendre avec grand soin tout ce qui lui convenait comme empereur ; des maîtres excellents lui enseignaient les sciences, d'autres lui montraient les exercices des chevaux et des armes. On l'accoutumait à souffrir le chaud et le froid, la faim et la soif; sa sœur l'in-

» SOCR. VII, 22. — SOZOM. IX. 1, — TlIEOD. IV ,^Ç).

à9S MŒURS

siruisait elie-mêmie de toute sorte de bieiiséances dans les tiabits , le3 gestes çt les démarches ; elle raccoutuinait à retenir les éclats de rire, à se rendre aimable ou terrible selon Toccasion, à écouter patiemment. II devint maître de sa colère, doux, humain, et tendre à la compassion.

Tel fut Théodose le jeune , né dans la pourpre , en Orient , dans un siècle très corrompu. L'empereur Mar^ cien, qui lui succéda après de grands services et beaucoup d'expérience, fit paraître la même piété et le même zèle pour la religion, avec encore plus de force et de capacité; et il ne faut point d'autre preuve de sa vertu que le choûç de sainte Pulcbérie, qui l'épousa pour ie faire régner avec elle, mais à Ja charge de demeurer vierge. II. Forme des églises.

Aussitôt que Constantin eut fait cesser la persécution, on vit partout, au rapport d'Eusèbe \ des dédicaces d'é^ glises et des assemblées d'évêques ; les chrétiens se réunissaient partout ; ils étaient plus assidus à la psalmodie et à la célébration des mystères; toutes les cérémonies de la religion s'observaient avec plus de solennité : c'est donc ici le lieu de parler de tout le culte extérieur. Commençons par (a description dos églises, suivant ce qui nous^ reste et dans les livres et dans les bâtiments les plus 41^ ciens; mais observons d'abord que dès lors il n'était p^ permis de s'assembler dans une église pour faire les divins offices avant qu'elle fût dédiée avec les cérémonies qrcli^ naires, ni de célébrer les mystères ailleurs que dans Té-^ glise et avec des vases sacrés. L'un et l'autre paraît clairement par les calomnies formées contre saint Âthana^îe '.

L'église était séparée, autant qu'il se pouvait, de touç les bâtiments profianes, éloignée dujKiUit, et environnée de tous côtés de cours, de jardins ou 4e < bâtiments dépendant de l'église môme, qui to^is étaient renfermés dans une.

' Eue. X. HUl. 3. ^ » .Atii.vn. Apol. 1, 6S4. ^ ApoL2, 781, etc.

enceinte de murailles'. D'abord on trouvait un portail ou premier vestibule par où l'on entrait dans un péristyle, c'est-à-dîre une couf carrée, environnée de galeries couvâtes, soutenues de colonnes, comYne sont les cloîtres de& monastères. Sous ces galeries se tenaient les pauvres à qui l'on i^rmeltait de demander à la porte de l'église; et au milieu de la cour étaient une ou plusieurs fontaines pour se laver les mains et le visage avant la prière; les bénitiers leur ont succédé. Au fond était un doublé vestibule , d'où l'on entrait par trois portes dans la salle ou basilique, qui était le corps de l'égliôe. Je dis qu'il étai* double , parcequ'il y en avait un en dehors et un autre en dedans, que les Grecs appelaient nartheoû. Près de la basilique, en dehors, étaient au moins deux bâtiments : le bS&ptistère à l'entrée, au fond la sacristie ou le trésor, nommé aussi secretarium ou diatonicum^ et quelquefois il était double. Souvent le long dé l'église il y avait des. chambres ou cellules pour la commodité de ceux qui voulaient méditer et prier en particulier ; nous les appellerions âeBchfapelles^,

La basilique était partagée en trois, suivant sa largeur, par deux rangs de colonnes qui soutenaient la galerie de& deui côtés, et dont le milieu était la nef, comme nous voyons à toutes les anciennes églises. Vers le fond à l'orient était l'autel, derrière lequel était le presbytère ou sanctuaire ; c'est ce que l'on nomma depuis le chevet de réglisé^. Son plan était un demi-cercle qui enfermait Tautèl pat derrière, le^dessius urtfevoûte en forme de niche qui le couvrait ; on la nommait en latin concha, c'est-à-dire coquille ; et l'arcade qui en faisait l'ouverture s'appelait er> grec absis. Pcut-êlre les chrétiens avaient- ils d'abord voulu

I Eus. Hisl. Eccl. X, 4. De tit. Const. III, 34, 35, etc.; 60 ; IV, 58. — • M.vBiL. Comment, in ord. JRom. 3. — Paulin. Ep. 12, et nata. — Grec. IV. Dialog. 14. — » Ceîlte, exhedra. — 3 CxKG.Desc.S.So'î.Wœ.

imiter la séance du sanhédrin des Juifs, où les juges étaient ainsi en demi-cercle, le président au milieu. L'évêque tenait la même place dans le presbytère * ; il était au milieu avec les prêtres à ses côtés, et sa chaire, nommée trône en grec, était plus élevée que leurs sièges. Tous les sièges ensemble s'appelaient en grec synihronos, en latin consessus; quelquefois aussi on le nommait tribunal , et en grec 6^ma, parcequ'il ressemblait aux tribunaux des juges séculiers dans les basiliques». L'évêque était comme le magistrat, et les prêtres ses conseillers. Ce tribunal était élevé, et l'évêque en descendait pour s'approcher de l'autel. L'autel était enfermé par-devant d'une balustrade à jour, hors de laquelle était encore un autre retranchement dans la nef pour placer les chantres, que l'on nomma depuis par celte raison chœur, en grec choros, ou chancely du mot latin cancelli. Ces chantres n'étaient que de simples clercs destinés à cette fonction. A l'entrée du chœur était l'ambon, c'est-à-dire une tribune élevée où l'on montait des deux côtés, servant aux lectures publiques, nommée depuis pupitre , lutrin ou jubé. Si l'ambon était unique, il était au milieu; mais quelquefois on en faisait deux, pour ne point cacher l'autel. A la droite de l'évêque et à la gauche du petfple était le pupitre de l'évangile, et de l'autre côté celui de l'épître; quelquefois il y en avait un troisième pour les prophéties.

L'autel était une table de marbre ou de porphyre, quelquefois d'argent massif ou même d'or enrichi de pierreries ; car on croyait ne pouvoir employer de matière assez précieuse pour porter le Saint des saints , et les cérémonies de la consécration des autels marquent encore ce respect; mais quelquefois elle n'était que de bois ^ Elle était sou-

^ Cod. Tkalmud. Sankedr. 4, § 3. — * Grec. Naz. Carm. de Anast. — Prudent. Steph. 11, 215. de S. Hippol. Ordo R&m. — 3 ath. ad Solis. 87. D.

tenue de quatre pieds ou petites colonnes riches à proportion, et on ia plaçait autant qu'il était possible sur la sépulture de quelque martyr. Car comme on avait accoutumé de s'assembler à leurs tombeaux, on y bâtit les églises ; et de là est venue enfin la règle de ne point consacrer d'autel sans y mettre des reliques ; c'étaient ces sépulcres des martyrs que Ton appelait mémoires ou confessions. Elles étaient sous terre, et on y descendait par-devant l'autel. 11 demeurait nu hors le temps du sacriBce , ou seulement couvert d'un tapis, et rien n'était posé immédiatement dessus * ; depuis on l'environna de quatre colonnes aux quatre coins, soutenant une espèce de tabernacle qui couvrait tout l'autel, et que l'on nommait ciboire à cause de sa figure, qui était comme une coupe renversée : car les anciens avaient des coupes qu'ils nommaient ciboria, du nom d'un certain fruit d'Egypte.

m. Ornements des églises.

Tout cela était orné magnifiquement; le ciboire et les colonnes qui le soutenaient étaient souvent tout d'argent, et il y en avait du poids de trois mille marcs. Entre ces colonnes on mettait des rideaux d'étoffe précieuse, pour enfermer l'autel des quatre côtés. Le ciboire était orué d'images et d'autres pièces d'or ou d'argent, comme d'une croix, ïî>our le terminer par en haut. On suspendait aussi sur les autels des colombes d'or ou d'argent, pour représenter le Saint-Esprit. Quelquefois on y renfermait l'eucharistie que l'on gardait pour les malades, et quelquefois on la gardait dans de simples boîtes, telles que sont nos ciboires >. Quelquefois on couvrait d'argent l'abside entière, du moins on la revêtait de marbre aussi bien que la conque. Les colonnes qui soutenaient la basilique étaient de marbre ,

' Baron, in Martyr. 6 Jul. — * Anast. m Silvestr. in Léon. III, etc. — Id. in Sleph. IV. — Conc. Consl, an. 530. Act. 5. — Mabil. Comm, in ord. Rom. 20.

avec deâ chapiteaux de brotize doré. Elle était pavée de inarbre, et souvent tout incrustée en dedans.

On employa surtout, dads les siècles suivants, les ouvrages de mosaïque *, qui est une marqueterie de petites pièces de verre peintes de diverses couleurs*; on en fait toutes sortes de figures, qui ne s'etfacent jamais. Ce n'est pas que les églises n'eussent aussi d'autres peintures ; leurs ittorailles en étaient ornées pour la plupart ^. On y voyait diverses histoires de l'ancien Testament , surtout celles qtii étaient des figures des mystères du nouveau , comme Tarc-he de Noé, le sacrifice d'Abraham, le passage de la mer Rouge, Jonas jeté dans la mer, Daniel entre les lions. On y voyait en plusieurs endroits la figure du Sauveur et quelques uns de ses miracles, comme la multiplication des pains et la résurrection du Lazare. Eusèbe * témoigne . que dans les places de.Constantinople Constantin fît mettre le bon Pasteur et Daniel' entre les lions; et ailleurs il dit que dès les premiers temps on avait gardé les images des apôtres saint Pierre et saint Paul, et de Jésus-Christ même, peintes avec des couleurs, l'usage étant inviolable chez les anciens d'honorer ainsi leurs bienfaiteurs. Toutefois saint Augustin ^ avocte que de son temps- on n'avait point Ieur& vrais portraits, mais seulement des images faites à fantaisie, comme à présent. Enfin l'on représentait dans chaque église l'histoire du martyr dont les reliques y reposaient. Prudence ^ nous en donne deux beaux exemples de saint Cassien et de saint Hippolyte, et Astérius celui de sainte Euphémie. Ces peintures étaient faites principatemmi pour les ignorants, à qui elles servaient de livres, comme dit le pape Grégoire II ", en écrivant à l'empereur

' Optis musicum, — * Felib. Princip. dearbit.. — 3 i?om<p Sottbr. IV, 6; 7, etc. — * Eirs. IT!. Vita 49. Vil. HM, 18. — ^ VIII. Trin. 4, n. 7.-6 Prud. Peristeph. 9. de S. Cass. ibid. 11. de S. Hippolyto. -^ 7 Greg, 11, Ep, 1. iH Conc. Nie. 11.

DES CHRÉTIEÎNS. 603

Léon, auteur.des Iconoclastes: « Leâhorïî.ïnfisetles:fepimes, tenant entre leurs bras les petits,enfantsnouYçau-baptisés, leur montrent du doigt les histoires , ou aux jeunes gens , ou aux gentils étrangers. Ainsi jls les édifient,. et élèvent îeur esprit et leur cœur à Dieu. » Les portes de Téglise étaient ornées d'ivoire, d'argent ou d'or, et toujours garnies de rideaux. Aux principales portes on mettait des reliques, d'où venait le grand respect, que les fidèles leur rendaientt \,

Le diaconicum ou sacristie était un bâtiment, considérable joignant à l'église. Là était le trésor des vas^ sacrée:: ■c'est pourquoi il n'y entrait que les ministres q|ji avaient droit de les toucher. On y gardait aussi les livres, les habits sacerdotaux, les autres meubles précieux, les pbla^ lions des fidèles, et quelquefois l'eucharistie, dans uoe boîte enfermée d'un tour d'ivoire ^ Le secr^tarmm ét^ît ijn grand cabinet ou plutôt une salle dans laquelle l'évèque s'assemblait avec son clergé pour traiter ep^cret des af-. faires ecclésiastiques, ou pour se pr^parçr au sacrifice., comme saint Martin', qpi avait accoutumé d'y passer troi^ heures en oraison av^nt la messe. Il y en avait d'^ss^z spacieux pour y tenir des conciles.

Ils avaient grand nombre de calices et de patènes, qui •dans les premiers temps n'étaient souvent que de verre ^ niais souvent aussi d'argent ou d'or, môme durant le^ persécutions. En latin le nom de calix signifie une coupe ordinaire pour boire , et patina un plat pour servir les viandes. Lçs calices des églises étaient la plupart du poids de trois marcs ; les patènes étaient de. grands bassins jusques au poids de quarantercinq marcs et communément de trente. On se servait dès lors de cierges, et on en allu-

ï Hier, ad Demçtr. — Paul. ^atal. 3 et 6. — Anast. in Lm. IIU Baron, ad Martyr, 18. n,ov>.C(ync. Agalh. 66. — » Paulin. Ep, 12..— 8 fiEVER. de Vita S. MarL

mait toujours grand nombre, même en plein jour, avec grand nombre de lampes *. C'était depuis longtemps des marques de respect et de joie. 11 en est parlé dans les livres desMachabées'. On portait du feu devant les magistrats romains, et la Notice de Tempire nous représente entre les marques de la plupart des grands officiers une table qui porte un livre posé sur un coussin , quelquefois découvert , quelquefois couvert d'un grand voile et accompagné de deux chandeliers avec des cierges allumés , ce qui a bien du rapport à nos autels. On trouve des chandeliers d'or donnés aux églises dans les premiers temps , jusqu'à trente-sept marcs la pièce , et d'argent jusques à quarante-cinq marcs. On trouve l'usage des cierges parfumés môme dans les provinces , comme au baptême de Clovis.

Le baptistère était d'ordinaire bâti en rond, ayant un enfoncement où l'on descendait par quelques marches pour entrer dans l'eau ; car c'était proprement un bain '. Depuis on se contenta d'une grande cuve de marbre ou de porphyre, comme une baignoire; et enfin on se réduisit à un bassin, comme sont aujourd'hui les fonts. Le baptistère était orné de peintures convenables à ce sacrement, et meublé de plusieurs vases d'or et d'argent pour garder les saintes huiles et pour verser l'eau *. Ceux-ci étaient souvent en forme d'agneaux ou de cerfs, pour représenter l'Agneau dont le sang nous lave, et pour marquer le désir des âmes qui cherchent Dieu , comme un cerf altéré cherche une fontaine, suivant l'expression du psaume*. On y voyait l'image de saint Jean-Baptiste, et une colombe d'or ou d'argent suspendue sur le bain sacré , pour mieux

^ Conc. Carthag. ■— Perron. Eucher. III, l. — Lib. Pont, in Mar. et alibi passim. III, XII. — Hier, in Vigilant. 3. — Prudent, de S. Laurent. — » 2 Mac. IV, 21. — 3 Anast. in Sj/lvest. — Grec. Tue. il — ♦ Paulin. Ep. 12. — ^ Lib. Poniif. in Innoc. I. et aU — Ps. XLI, 1.

représenter toute l'histoire du baptême de Jésus-Christ et la vertu du Saint-Esprit qui descend sur l'eau baptismale. Quelques uns même disaient le Jourdain, pour dire les fonts*.

Telles étaient à peu près les anciennes églises et les bâtiments qui les accompagnaient , sans parler de la maison <\e révoque et du logement des clercs ; d'où vinrent dans la suite des siècles les cloîtres des chanoines, sans parler aussi des hôpitaux de diverses sortes , qui étaient d'ordinaire près de la principale église.

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