IX. Sacrifices
L'évèque étant à l'autel recevait des main? des diacres les oblations qu'ils avaient reçues du peuple. Toutefois enquelques églises l'évèque allait lui-même recevoir les offrandes des personnes les pins honorables, comme à Rome des sénateurs et de leurs femmes * ; car tous les chrétiens, grands et petits, les magistrats ,^ les princes même , assistaient ensemble à l'oflBce». On ne mettait sur l'autel que^ . le pain et le vin, qui devaient être la matière du sacrifice. Les autres espèces de vivres, le luminaire, l'argent, et tout ce que les fidèles offraient pour les besoins de l'église, les diacres le recevaient, et le gardaient dans des lieux destinés à ces usages. Il est vrai que l'on mettait sur l'autel des fruits nouveaux , pour les bénir à la fin du sacrifice.
On n'employait à TEucharistie que le pain offert par les fidèles et bénit par Tévêque ; chacuir faisait de sa main les dons qu'il offrait. Saint Grégoire de Nazianze ' le dit expressément , parlant de l'empereur Valens. On voulait que tous les fidèles offrissent , au moins tous ceux qui devaient communier ; et on trouvait mauvais que les riches voulussent communier de ce qu'avaient offert les pauvres ♦; l'évèque lui-même donnait son offrande, et il y avait à Rome pour cet effet un sous-diacre oblationnaire. Les pains étaient donc en si grand nombre que l'aulel en était comblé , comme disent quelques oraisons ; et le corporal était une grande nappe , que deux sous-diacres étendaient par les deux bouts de l'autel ^. C'était le soin de l'archi-
' Ordo Rom. 1, n. 13. — » Can. aposl. 2, 4. •— 3 Grec. Naz. Or, 20, 851. C. — « Ordo Rom. n. 14, 16. — ^ Sécréta in Nativ. S» Joan. et in vigil. orna. ScmcConim.— Ordo iSom. 1, n. 2.
diacre de couvrir Tautel de tous ces pains , en les arrangeant proprement, ce que l'on appelait dresser l'autel '. Il y mettait aussi le calice du vin destiné pour être consacré. Afin d être plus assuré qu'il fût pur, on le versait dans ce calice par une couloire d'argent , je veux dire un vaisseau percé comme un crible ^
Le pasteur, ayant offert le pain et le vin, offrait aussi l'encens, qui représente les oraisons des fidèles, comme il est marqué dans l'Apocalypse', où Ton voit un ange occupé à offrir à Dieu ces parfums spirituels. On encensait , comme l'on fait encore , l'autel , les dons , le clergé €t le peuple. Mais on se servait de véritables parfums d'Oliban et d'autres aromates les plus précieux que l'on ■connût alors; et cela avec une telle magnificence que il'Église romaine avait des terres en Syrie et en d'autres {provinces d'Orient , destinées seulement à lui fournir ces j)arfums. Pendant l'ofl'ertoire on chantait un psaume, dont lil n'est resté qu'un verset, qui en était l'antienne.
Depuis l'offrande les portes étaient fermées et gardées avec grand soin par des diacres ou des portiers qui y demeuraient, et ne les ouvraient plus, même aux fidèles, jusques après la communion *. D'autres diacres se promenaient doucement par l'église, pour prendre garde que personne ne fît le moindre bruit ou le moindre signe. Il y ^n avait un qui observait en particulier les enfants, dont Ja place était près le tribunal de l'^vêque; et pour les plus petits, on avertissait les mères de les prendre entre (leurs bras. Ainsi tout le peuple, attentif et en silence, écoulait avec un profond respect les prières de la Préface ou de l'action, que nous appelons le Canon s ; car le prélat les disait tout haut, et le peuple répondait Amen, comme aux autres oraisons. Ces prières étaient beaucoup plus
' Componere allare, — > Ordo Rom. n. 1, 4. — 3 jipœ. 8. 4, 5. — 4 Const. apost. Vill, 14. — ^ Grec. Naz. OraL 28, 351. Oral, 32, 517,
longues qu'elles ne sont aujourd'hui, comme Ton voit encore dans les liturçies orientales*. L'Église romaine n'en a retenu que Pessentiel. Autrefois on y faisait un abrégé de tonte Thistoire de la religion , en remerciant Dieu de la création , de la réparation du monde après le déhige, de la vocation d'Abraham, des grâces qu'il a faite» an peuple dlsraël , et en6n de l'incarnation de son fits et de la rédemption du genre hmnain^
Après la consécration , Tévèque prenait la communion , puis la donnait aux prêtres, puis aux diacres et aux clercs , ensuite aux ascètes ou aux moine», aux dfacones" ses , aux vierges et aux autres religieuses , aux enfants ^ et enfin à tout le peuple. Pour aln-éger cette action , qui était toujours fort longue, plusieurs prêtres en même temps distribuaient le corps de Notre Seigneur, et plusieurs diafcres donnaient le calice; et, pour éviter la conftision , les prêtres et les diacres allaient porter la communion par lés rang» , comme ils avaient été recevoir l'offrande ^^ en sorte que chacun demeurait à sa place. Les hommes recevaient le corps de Jésus-Christ dans leurs mains ; et les femmes, dans des linges destinés à cet usage. On donnait aux petits enfants les particules qui restaient de TEucharistie *; et on donnait à ceux qui ne communiaient pas les restes du pain offert et non consacré ; de là est venu le pain bénit s. Pendant la communion on chantait un psaume, dont il n'est resté que l'antienne. Dès le quatrième siècle, la- communion n'était plus si fréquente qu'auparavant; et saint Chrysostome * se plaint que plusieurs assistaient aux saints mystères sans communier, et que plusieurs ne* communiaient qu'à roccasion des fêtes. Il marque qu'il y en avait qui ne communiaient qu'une ou deux fois Tannée.
» Conàl.aiJOSt.\Ill,l2. — ^ Const. aposL. yil\,Vi. — Cavi.NtcAl. — -3 OrJo Rom. 1, n. 20. — < Evagr. IV. Ilisl. 3H. — NiCEPH. XVII. Ilist. 25. — ^ OrJo Rom. — ^ jfom, III. in ejp. ad Ephes. Hom. XYII.. t« <7). ad Hcb.
De lout co que j'ai dit , il résulte que la liturgie était kmgu€ : aussi les chrétiens se croyaient pas avoir autre chose à faire les dimanches qu'à servir Dieu. Saint Grégoire ', pour montrer jusques où allaient ses inOrmités, dit qu'à peine pouvait-ji se tenir debout trois heures à réglise pour l'oflice. Toutefois le Canon de la me^se était dès lors tel qu'il est , et les sermons que nous avons de iui sont courts.
X, Offices $oknnels.
Tout l'office était accompagné de chant. Il en est parlé dès les premiers temps; mais il est à croire que Ton chanta encore plus quand l'ËgUse fut en pleine liberté. Saint Augustin* attribue à saint Ambroise d'avoir intro- £h}it en Occident le chant de9 psaumes , à l'imitation des Églises orientales. Saint Basile' témoigne que de son temps tout le peuple chantait dans les églises, les hommes, les femmes, les enfants; et il compare leur voix aux eaux de la mer. Saint Grégoire de Nazianze * la compare à un tonaeiTe. Saiat Basile dit atissi que l'on chantait les psau> mes ^ et dans les maisons particulières et dans les places publiques; et quejcs chants en étaient si agréables que oe plaisir aidait à faire entrer dans les esprits les senti-méats divins dont ils sont remplis , qui est le vrai but de Id musique. La tradition de la musique antique subsistait encore, et l'on distiaguait les genres de chants selon les sujets, doux ou véhéments, gais ou tristes, graves ou passionnés *'. Il est donc à croire qu'ils choisirent ceux qui convenaient à la majesté et à la sainteté de la religion, €t qu'ils se gardèrent bien d'appliquer aux saints mystères et aux louanges de Dieu des airs efféminés , et propres à amollir les cœurs ou à remuer des passions dangereuses.
» Lib. VIII. c/). c5. — ' Ave. IX, Con/ess. 7.-3 Jlezam. 4, in un. — * Greg. Naz. Nom. 20. 361. — ^ In Ps. 1. — « Plat. 3. de Jiepub.
On reprocha souvent à Ari us sa Thaîie, c'est-à-dire un cantique qui renfermait sa doctrine , mais dont la mesure et le chant étaient pris des chansons infâmes de Sotade. Toutefois saint Augustin * trouvait encore quelque chose de trop doux au chant des Occidentaux , et croyait plus sûre la pratique de saint Athanase, qui faisait réciter les psaumes par un lecteur, avec si peu de flexion de voix que c'était plutôt une prononciation qu'un chant. Je laisse à ceux qui sont savants en musique à examiner si dans notre plain-chant H reste encore quelque trace de cette antiquité ; car noire musique moderne semble en être fort éloignée. Dans cet art on n'a pas des modèles permanents comme dansJa sculpture et l'architecture, que l'on travaille depuis deux cents ans à rétablir sur l'antique. Quant au chant des oraisons et des lectures , il est aisé , de voir qu'il ne consiste qu'en très peu de tons, pour aider à soutenir la voix et marquer la distinction des périodes.
Je pense en avoir assez dit pour montrer que les saints évéques de ces premiers siècles avaient su fort sagement employer tout ce qui frappe agréablement les sens pour imprimer les sentiments de religion dans l'ame, même des plus grossiers. Représentons-nous les fidèles de Rome, assemblés la veille de Pâques, sous le- pape saint Léon, dans la basilique de Latran., Après la bénédiction du feu nouveau , lorsqu'un nombre incroyable de lumières rendait cette sainte nuit aussi belle qu'un beau jour, c'était sans doute un charmant spectacle de voir cet auguste lieu rempli d'une multitude innombrable de peuple, sans tumulte et sans confusion, chacun étant^placé selon l'âge, le sexe et le rang qu'il tenait dans l'église. On y regardait entre autres ceux qui devaient recevoir le baptême en cette même nuit, et ceux qui deux jours auparavant
« X, Con/. 33.
avaient été réconciliés à l'Église , après avoir accomplileur pénitence.
Les yeux étaient frappés de tous côtés par les marbres et les peintures, et par l'éclat de l'argent , de l'or et des pierreries qui brillaient sur les vaisseaux sacrés, principalement près du saint autel. Le silence de la nuit n'était interrompu que par la lecture des prophéties , distincte et intelligible, et par le chant des versets qui y sont entremêlés, pour rendre l'un et l'autre plus agréables. Par cette variété, Tame, frappée tout à la fois de tant de grands et de beaux objets, était bien mieux disposée à profiter de ces lectures divines, y étant préparée d'ailleurs par une étude continuelle.
Quelle était la modestie des diacres et des autres ministres sacrés , choisis et élevés par un tel prélat , et servant en sa présence, ou plutôt, en la présence de Dieu, que la piété leur rendait toujours sensible ' ! Mais quelle était la majesté du pape lui-même , si vénérable par sa doctrine, son éloquence, son zèle, son courage et toutes ses autres vertus ! Avec quel respect et quelle tendresse , de piété prononçait-il sur les fonts sacrés ces prières qu'il avait composées , et que ses successeurs ont trouvées si saintes, qu'ils nous les ont conservées dans la suite de douze siècles I Je ne m'étonne plus si les chrétiens oubliaient en ces occasions le soin de leur corps, et si après avoir jeûné tout le jour ils passaient encore toute cette sainte nuit de la résurrection en veilles et en prières, sans prendre de nourriture que le lendemain.
XL Fêtes. Pèlerinages.
Toutefois , ce grand jour étant venu et le temps du jeûne étant passé , les plus grands saints n'approuvaient pas seulement, mais ordonnaient que le corps fut soulagé. Quelque utile que soit le jeûne pour élever l'esprit à Dieu
« Greg. N\z. Orat. 20, 251 B. .
«l faciliter l'oraison , à laquelle les jours de fêtes soot destinés , il était défendu de jeûner ni les dimanches , ni les fêtes, ni pendant toute la Quinqua^ésime. Ils nommaient ainsi, non pas comme nous, les cinquante jours avant Pâques , mais les cinquante jours qu'il y a de Pâques à la Pentecôte*. Il est vrai que les moines d'Egypte usaient de grandes précautions pour empêcher que ce petit relâchement ne leur fit perdre le fruit de rabstinence passée; mais enfin ils marquaient la distinction. Saint Pacôme*, suivant Tordre de saint Palémon son maître , prépara le jour de Pâques des herbes avec de Thuile , au lieu de paio sec, qu'ils avaient accoutumé de manger. Un saint prêtre^ inspiré de Dieu apporta à saint Benoît, le jour.de Pâques, de quoi faire un meilleur repas qu'à li)rdinaire; et, pour marquer une autre sorte de réjouissance sensible , saint Antoine portait à Pâques et à la Pentecôte la tunique de feuilles'de palmier qu'il avait héritée de saint Paul , premier ermite ; et saint Âihanase se parait du manteau que saint Antoine lui avait laissé \ C'était une coutume étab!ie dès lors entre les chrétiens, de prendre aux jours de fête des habits précieux et de faire meilleure chère ; d'où est venu le nom de festin , comme qui dirait un repas de fête.
On honorait à proportion les fêtes des martyrs , et il y avait grand cgncours de [)euplê. Chacun célébrait avec son évéque le dimanche et les fêtes communes à toutes les églises; mais on accourait de tous côtés aux Unnbeaux des saints pour célébrer leur mémoire, et souvent plu-, sjeurs évoques s'y rencontraient. Un seul exemple peut faire juger du reste \ Saint Paulin rapporte plus de vingt noms, tant de villes que de provinces d'iJalie, dont les habitants Venaient tous les ans à grandes troupes, avec
* Ca^s. Collât. 21 de remiss, quiiiq. — * Vie de Pacôme^ 8. — ^ Grec. 2. Dial. 1. — 4 Léo. Serm. 3. de Quatlrag, — •> ^'aialù 3.
DES CBRÉlHiNS. &37
letirs femmes e( tenrs enfants, à \& (^ de saint Félix, lé 44 de janvier, mmofostant la rigue«r de la saison, et cela pour un setil confesseur dans ta seule vrfte de Noie. Qu'étajt-ce par toute la chrétienté? qii'était-ce à Rome attx fêtes de saint H»ppolyte, de saini Laureett, des apôtres saint Pierre et saint Paul *? On y venait n^êrâe de fort loin et en tout temps-; ainsi oirt commencé tes pèlerinages. Dès le commencement <ki troisiènte siècle , quand saint Alexandre fut fait évèque de ^rusalem avec saint' Narcisse, il était veim €to> Cappadoce visiter les lieux saints «.
Et véritablement c'était un des meilleurs moyens d'aider la piété par les sens. La vue des reliques d'un saint , de son sépulcre, de sa prison , de ses chaînes , des instruments de son martyre , feisait tout autre impression que d'en entendre parler de loin. Ajoutez les miracles qui s'y faisaient fréquemment et qui attiraient même les infidèles^ par l'intérêt pressant de la vie et de la santé s. Chacun sait qu'un des premiers effets de la liberté du christianisme fut le soin que prit sainte Hélène d'honorer les saints lieux de Jérusalem et de toute la terre sainte. Les pèlerinages y furent depuis encore plus fréquents qu'auparavant. Lorsqu'une croix de lumière parut en plein midi à Jérusalem , sous l'empereur Constantius ,. il y avait une infinité de pèlerins de tous les pays du monde qui furent témoins de ce miracle*. Saint Jérôme », témoin oculaire, assure qu'en tout temps on y voyait un grand concours de toutes nations , même des docteurs et des évoques. Ces voyages n'étaient pas diflQci les à cause de la grande étendue de l'empire romain, par la conmiodité de sa situation tout autour de la mer Méditerranée, et par les grands chemins
ï PRUD. Perisleph. 2, 11, 12.— » Martyr, jun. 29. de S. Cassio. — EusEB. VI. HisL 10, — 3 EusEB. 111. VU. 41 , etc. — * Cyrill. Epist. ad Consi. — SozoM. IV. Hisl. 15. — ^ Hier. adMarceli.
que Ton y avait dressés de tous côtés pour lé passage des armées et des voilures publiques. Ce n'était pas une grande entreprise d'aller d'Espagne ou de Gaule en Egypte , en Palestine ou en Asie.
Il fallait honorer les- martyrs aux lieux où ils avaient souffert, avant que l'on eût introduit l'usage de diviser ou de transférer les reliques. Les Grecs les divisèrent plus tôt; mais à ftome, le pape saint Grégoire ^ témoigne que jusqu'à son temps, pour reliques des saints apôtres, on envoyait seulement des linges nommés brandea, qui avaient touché leurs sépulcres, ou des clefs d'or qui enfermaient de la limaille des chaînes de saint Pierre *. Chaque 'peuple était jaloux de conserver ses reliques, comme des gages de la protection des saints et d'une bénédiction particulière de Dieu sur la ville et sur la province ^ ; il leur en revint même ensuite des avantages temporels. Le concours des pèlerins enrichissait les villes , et le respect des saints qui y reposaient porta les princes à y accorder des droits d'asile et des exemptions de tributs, comme fit Constantin en faveur d'HélénopIe en Bithynie \ On sait combien fut célèbre en France la franchise de Saint-Martin de Tours, et le respect que les Golhs témoignèrent pour l'église de Saint-Pierre lorsqu'ils prirent Rome *.
XIL Conciles.
Les conciles devinrent alors plus libres, et par conséquent plus fréquents. Ce n'est pas qu'ils ne fussent en usage dès les premiers temps «. Nous en voyons plusieurs en diverses provinces , sur la fin du second siècle , tonchant la question de la Pàque. Tertullien ', incontinent après, parle de ceux qui se tenaient en Grèce et que l'on
» Greg. III. £p. 30. — a Greg. Ep. V, 6. VI , 23. — 3 pr^d. Perisl. passim. — 4 Soc. I, 18. Ckrôn. pasi. an. 237. — 5 Gregor. TuR. ffist. — Oros. VII. Ilist. 39. — 6 Euseb. V. Hist, 23. - 7 Tertoll. de Jejun, 13.
commençait par des jeûnes. Saint Gyprien fait mention de plusieurs conciles d'Afrique plus anciens que son temps; lui-même en a tenu plusieurs , et dit souvent qu'il en faut attendre l'occasion pour régler les affaires importantes de J*ÈgIise, comme la réconciliation de ceux qui étaient tombés dans la persécution. Mais il marque en même temps que les persécutions empêchaient de les tenir, parceqtie les évéques et les prêtres étaient dispersés et cachés, comme ceux que l'on recherchait lé plus. On tenait les conciles dans les intervalles paisibles , et quelquefois même on les assemblait de plusieurs provinces, comme les deux conciles d'Antioche contre Paul de Samosate •.
Ainsi, quand la crainte des persécutions fut entièrement cessée, les conciles provinciaux se tinrent plus souvent et ^ plus régulièrement, c'est-à-dire deux fois l'année, comme il est ordonné par le concile de Nicée ^ ; et on commença d'en tenir d'oecuméniques, c'est-à-dire de toutes les Églises du monde, pour des alffaires extraordinaires et capitales à la religion. La tenue des conciles provinciaux était jugée si nécessaire, qu'Eusèbe^ compte entre les principaux effets de la persécution de Licinius d'avoir voulu les empé- . cher. C'était le tribunal ordinaire où se jugeaient toutes les -affaires de l'Égh'se qui étaient assez importantes pour n'être pas décidées par un seul évêque : la maxime était constante que la force des décisions et des ordonnances de rÉèlise consiste principalement dans le consentement des pasteurs, qui n'est jamais plus exprès que dans ces saintes assemblées. On y jugeait les évêques même, on les y ordonnait ; et il s'en faisait aussi pour les dédicaces des églises, qui furent fréquentes sous Constantin, pour réparer les ruines de la persécution. On voit en détail la forme de tenir les conciles dans le quatrième concile de Tolède *.
« Eus. VII. Hisi. 30. — > Can. Nie, — 3 Eus. I. VU. 51. — * Eus. X. Hisl. 3. — ToM. 5. Conc. 1702.
G 30 MŒUBS
XQI. Pratiques de pénitence.
C'eât encore à ces temps de liberté qu'd £aut rapporter reflet sensible que faisaient dans le public les jeûnes solennels de rÊglise, particulièrement le carême *. Personae n'était dispensé du jeûne ; m la condition ni Tàge ne passaient point pour des excuses légitimes. Toutes les affaires cessaient; on voyait les villes les plus peuplées tranquilles comme des solitudes; les fidèles passaient la plus grande . partie du jour dans les églises, à prier, à écouter les lectures et les exhortations; d'où vient que l'office de ces jours-là est toujours plus long. On n'y célébrait point de noces. On ne devait pas passer ces jours à chasser, même en observant le jeûne. La coutume durait encore dans le neuvième siècle de ne point juger de procès pendant le carême, et de ne point porter les armes ni même de voyager sans grande nécessité '.
Toutes ces pratiques étaient des suites de la pénHence à laquelle les jours de jeûne étaient consacrés ; et c'est pourquoi l'on réservait au carême la préparation de ceuxqui devaient être baptisés, et la répacation de ceux qui étaient tombés <]epois le baptême. Après la joie des fêtes de Noël et de TËpiphanie, on commençait à prier pour la rémission des péchés et à exciter les pécheurs à la pénitence, comme nous faisons encore depuis la Septuagésime ,• car c'est manifestement le dessein de l'office de ce temps-là. Les lectures de la Genèse représentent la puissance du Créateur, sa justice et sa sévérité. On y voit Adam chassé du paradis terrestre, le monde criminel détruit par le déluge, les quatre villes infâmes consumées par le feu du ciel. Ceux qui étaient touchés de ces exemples et des puissantes exhortations des prélats faisaient pénitence selon
' BASir.. Oral. 2 deJejun. — Hier. Ep. 7. adLalam, 22. ad Eustock. — CiiRYSOsT. in Gen. hom. 1, init. — Serm. 14. a. 2. ùi App, ^ng. — ' NICOL. 1. ad Consulta. Bulgar. 44, 4ô, 46.
DES CHRÉTŒNS. 031
les règles que j'ai marquées , et qui peut-être s'obsen'èrent plus ctxacteinent depuis la liberté de TÉglise *. Mais . on fut plus facile à accorder la communion aux mourants après que le péril des persécutions eut cessé. Personne n'était exempt de la pénitence, quelque grand qu'il fût dans le monde; les princes y étaient sujets comme les particuliers*. L'empereur Philippe s*y soumit dès le milieu du troisième siècle, et on n -oubliera jams^is dans l'Église l'exemple du grand Théodose.
XIW. Hérésies réprimées, L'autorrté des empereurs fit tomber la plupart des anciennes hérésies, en leur défendant de s'assembler et ordonnant la recherche de leurs livres^. Sous les empereurs païens, les catholiques n'avaient pjas plus de liberté que les hérétiques, car les païens ne les distinguaient pas ; ih méprisaient et persécutaient également tout ce qui portait le nom de chrétien. Mais depuis les lois de Constantin et de ses successeurs, ils n'osaient s'assembler ni publiquement ni secrètement , étant partout observés par les évoques. Ainsi la plupart se réunirent à l'Église, ou de bonne foi ou par dissimulation, nonobstant te soin que prenaient les évèques de les discerner; et ceux qui demeurèrent opiniâtres moururent saus laisser de successeurs de leur doctrine, car la plupart de ces sectes étaient peu nombreuses , à cause de l'absurdité de leurs dogmes et des mauvaises mœurs de ceux qtii en faisaient profession. H ne fut donc plus mention de valentiniens, de gnostiqires, de marcionites et des autres sectes plus obscures. Les manichéens furent ceux qui dur^ent le plus longtemps, nonobstant la peine de mort ordonnée contre eux*. Les ariens, du temps de Constantin, ne faisaient pas encore un corps à part, et sous ses successeurs ils ne trouvèrent que trop
» Euyoc. Ep.ad Exuper. 22. — » Eus. V. Hisl. 34. — 3 SozoM. II. HisL 32. — 4 £. 5. II. Cod. de haret.
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de protection ; car en général rhérésie, n*élant qu'une invention humaine, ne peut soutenir longtemps la persécution.
Quoique TËgliâe n'ait pas besoin de la puissance temporelle, elle n'en rejette pas le secours. Les évèques trouvaient bon que les princes chrétiens punissent les hérétiques d'exil ou d'amendes pécuniaires, du moins pour les intimider; mais on épargnait leur sang^. La règle était générale que TÉglise ne poursuivait jamais la mort de personne. Elle eut horreur de la conduite de Tévéquc Ithace, qui procura la mort de l'béréâiarque Priscillien * ; et nous avons plusieurs lettres de saint Augustin s, pour demander aux magistrats la grâce des circoncellions, espèce de donatistes convaincus de violences horribles exercées contre les catholiques, jusqu'à des meurtres. 11 dit * que Ton déshonorait leurs souffrances en faisant mourir ceux qui leur ont donné la gloire du martyre; et que, si Ton ne veot imposer d'autres peines à ces coupables, on réduira rËgiise à n'oser en demander justice. Toutefois les évèques n'ofrlenaient pas toujours les grâces de leurs ennemis, non plus que des autres criminels; et les princes faisaient quelquefois exécuter à mort des hérétiques, pour maintenir la tranquillité de l'État.