XVIII. Hôpitaux
Une partie considérable des biens de l'Église fut appliquée à fonder et entretenir des hôpitaux; car ce fut alors qu'ils commencèrent. La politique des Grecs et des Romains allait bien à bannir la fainéantise et les mendiants valides ; mais on ne voit point d'ordre public pour prendre soin des misérables qui ne pouvaient rendre aucun service. On croyait qu'il valait mieux qu'ils mourussent que de vivre inutiles et souffrants; et s'il leur restait tm peu de courage, ils se tuaient bientôt eux-mêmes. Les chrétiens , ayant principalement en vue le salut des âmes, n'en négligeaient aucune , et les hommes les plus abandonnés étaient ceux qu'ils jugeaient les plus dignes de leurs soins. Ils nourrissaient non-seulement les pauvres > mais ceux des païens mêmes. Julien* TÂpostat le témoigne avec confusion, lorsqu'il commande à Arsace , pontife de Gala lie, d'établir à leur imitation des hôpitaux et des contributions pour les pauvres. Il attribue l'accroissement du christianisme principalement à trois causes :.à l'hospitalité, au soin des sépultures, et à la gravité des mœurs.
* Conc. Carthag. can. 9. an. 398. et ihi. Baron, n. 33. — * Julien. ^/). 49.
Les chrétiens assistaient les pauvres en deux manières. L'une en leur distribuant simplement des aumônes et les laissant loger où ils pouvaient*. 11 y avait en chaque quartier de Rome un lieu nommé diaconiej qui était comme le bureau de ces aumônes. Un diacre y résidait, et recevait i>our cet usage une certaine somme dont il rendait compte. L'autre manière d'assister les pauvres, et la plus avantageuse pour eux , était de les loger et de les nourrir en commun ^ C'est pourquoi, sitôt que l'Église fut libre, on bâtit diverses maisons de charité, que nous appellerions toutes hôpitaux ; mais on les distinguait en grec par différents noms, suivant les différentes sortes de pauvres.
La maison où Ton nourrissait les petits enfants à la mamelle, exposés ou autres, s'appelait brephotrophium; celle des orphelins , orphanotrophium, Nosocomium était rhôpitaî des malades ; xenodochium, le logement des étrangers et des passants, que l'on appelle proprement en français hôpital ou maison d'hospitalité \ Geronioœmium était la retraite des vieilles gens ; ptochotrophium était général pour toutes sortes de pauvres *. 11 y avait de ces maisons de charité dès devant qu'on leur eût donné ces noms, et on en établit bientôt dans toutes lés grandes villes.
C'était d'ordinaire un prêtre qui en avait l'intendance, comme à Alexandrie saint Isidore, sous le patriarche Théophile ; à Constantinople saint Zotique, et ensuite saint Samson. Il y avait des particuliers qui entretenaient des hôpitaux à leurs dépens, comme saint Pammachius àPorio et saint Gallican à Ostie s. Ce dernier avait été patrice et consul , et c'était une merveille qui attirait des spectateurs de toutes parts , de voir un homme de ce rang , qui avait eu les ornements du triomphe et l'amitié de l'empereur
' Baron, ad Martyr. 8 aug. — » G^eg. IX. Epist. 24. — Cass. XVIII. Coll. r. 7, "et XXI. Coll. I. — 3 j. 19^ 2I. Cod. de Sacros. Bcd. — ♦ Auo. in Joan. tract. 97, 4.-5 Baron, ad 3 dec. et 27 Jun.
Constantin, de le voir, dis-je , laver les pieds des pauvres, les servir à table, et donner aux malades toutes sortes de soulagements '.
Les saints évoques n'épargnaient rien pour ces sortes de dépenses. Ils avaient encore grand soin de la sépulture des pauvres et du rachat des captifs qui avaient été pris par les Barbares, comme il arrivait souvent dans la chute de l'empire romain. Ils vendaient jusqu'aux vaisseaux sacrés pour ces deux dernières aumônes , tant elles étaient privilégiées. Saint Exupère , évêque de Tolose ( l'exemple est fameux), se réduisit par là à une telle pauvreté, qu'il portait le corps de Notre-Seigneur dans un panier, et le sang dans un calice de verre ; et saint Paulin/ évêque de Noie, après'avoir tout vendu, se rendit lui-môme esclave pour racheter le fils d'une veuve. Ainsi les grands trésors des églises, l'or et l'argent dont elles étaient ornées, n'y étaient que comme en dépôt , en attendant une occasion de les employer utilement, comme une calamité publique, une mortalité, une fapine*. Tout cédait à l'entretien des teniples vivants du Saint-Esprit. On rachetait aussi des esclaves servant dans l'empire, principalement s'ils étaient chrétiens, et que' leurs maîtres fussent des païens ou des juifs '.