‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 121 sur 131 · XIX. Monastères · texte numérisé non relu

XIX. Monastères

Enfin ce fut dans ce temps et depuis la liberté de l'Église que l'on commença à fonder des monastères. Dès le temps des persécutions plusieurs chrétiens étaient retirés dans les déserts , principalement au voisinage de l'Egypte, et quelques-uns y passèrent le reste de leur vie , comme saint Paul * , que l'on compte pour premier ermite. Saint Antoine ^ , ayant mené quelque temps la vie ascétique près

* Martyr, 2ô>un.~ ' Hieron. adRustic. et Mari. 28 «ep/. — GrÉC - 11. Dialog. 1. âmbros. 11. qf. 28. HiERON. ad Nepot. — 3 Joan. Di\C. Vita S. Greg. IV, 43. — 4 Hier. Vita S. PauH. — * Fito S. Aul.

ri46 MŒURS

du lieu de sa naissance, se retira dans le désert pour s*y exercer avec plus de liberté et de sûreté, s'éloigtiaat de toutes les tentations qui pouvaient venir de la part des hommes. Il fut le premier qui assembla des disciples dans le désert, et les y fit vivre en commun. On ne. les ncMoma plus simplement ascètes, quoiqu'ils menassent la même vie ; on les appela moines , c*est-à-dire solitaires , ou ermites , c'est-â--dire habitants des déserts^ On nomma cénobites ceux qui vivaient en communauté, et anachorètes ceux qui se retiraient dans une solitude pkis entière, après avoir vécu longtemps en communauté, et y avoir appris à vaincre lettrs passions. Les cénobites ne laissaient pas d'être fort solitaires, puisqu'ils ne voyaient ame vivante que leurs confrères, étant séparés de toute habitation par plusieurs journées de chemin , dans des déserts de saÛes arides, pu il faut tout porter, jusqu'à leau. Ils ne se voyaient même que lé soir et la nuit, aux heures de la prière , passant tout le jour à travailler dans leurs cellules, seuls ou deux à deux, et gardant toiyoors un grand silence; joint que les cellules étaient séparées d'un espace considérable , car la place ne leur Hiaiu|uait pas flaAs ces vastes solitudes.

Saint Antoine, saint Hilarion, saint Pacôme, et les autres qui les imitèrent, ne prétendirent pas introduire une nouveauté, ou renchérir sur la vertu de leurs pères; ils voulurent seulement conserver la tradition de la pratique exacte de l'Évangile, qu'ils voyaient se relâcher de jour en jour. Ils se proposaient toujours pour modèles les ascètes <[ui les avaient précédés : comme en Egypte, au rapport de Cassien ' , ces disciples de saint Marc , qui vivaient au voisinage d'Alexandrie, e»fer mes dansées loaisons, priant, méditant l'Écriture, travaillant de leurs mains, et ne prenant leur nourriture que la nuit. Ils se proposaient la

» Cass. XVIII. InsL 5. Col. 5.

primitive Église de Jérusalem, les apôtres mêmes, les prophètes ^ Us ne cherchaient point à se faire admirer par une vie extraordinaire , mais seulement à vivre en véritables chrétiens. On le voit partout dans la règle de saint Basile ^ Ce n'est qu'un abrégé de la morale de rÉvangile qu'il proposé généralement à tous. Il dit , par exemple , sur les habite,, qu'un chrétien doit se contenter de se couvrir pour la bienséance, et se défendre du froid et des autres injures de l'air; mais avec le moins d'embarra& qu'il est possible, se contentant d'un seul vêtement qui serve pour le jour et pour la nuit ; ce qui est praticat^ dans le pap où il viva^. Il y a peu de chose dans cette règle qui soit particulier à des gens séparés du monde.

Ce que les moines avaient de singulier était de renoncer au mariage , à la possession des biens temporels et à la compagnie des autres hommes, même des fidèles et de leurs parents'. Au reste,. c'étaient de bons laïques, vivant de leur travail en silence , et s'exerçant à combattre les viees l'un après l'autre, afin qu'ayant combattu dans les règles, ùonime dit saint Paul^, ils. pussent arriver à la pureté de coeur qui les rendit dignes de voir Dieu. Toutes leurs pratiques étaient fondées sur ces principes. Saint Chrysostome rapporte une histoire mémorable d'un jeune homme dont la mère, voulant le faire bon chrétien, perrsuada à un vertueux moine d'être son précepteur ; car ce Myat homme, pour l'instruire dans la piété, ne fit que l'exercer en secret à toutes les pratiques de la vie monas- Xiqiaer sous Les apparences d'une vie commune.

Le jeûne continuel tendait premièrement à dompter l'intempérance, puis à prévenir les tentations d'impureté, et$ rendre l'esprit plus libre et plus propre à s'appliquer aux

» Hier, ad Paulin. Item ad RttsLic, — •* Baîsil. Reg. svf. n. 12.— 3 Chrysost. Adfidel. pair. — 4 Cass. Inst. Y, 12, 16, etc., et VI, 7. — 1 Cor. IX, 25. — 2 Tim. II, 5. — Matth. V, 8. Ad fidtL

choses célestes ^ Mais ils usaient d'une telle discrétion, qu'ils se conservaient des forces suffisantes pour travailler continuellement et dormir peu , sans toutefois ruiner leur santé, en sorte qu'ils vivaient très longtemps sans maladies ^ Les vies des Pères nous en marquent un grand nombre qui ont vécu quatre-vingts ou quatre-vingt-dix ans , plusieurs jusqu'à cent , et quelques-uns même au delà. On voit principalement ces exemples entre les Égyptiens, qui étaient reconnus pour les plus sages de tous, et qui , après de mûres délibérations fondées sur de longues expériences, avaient borné le jeûne à manger tous les jours , après none , deux petits pains de six onces chacun, et ne boire que de Teau ^

La solitude servait contre les tentations d'impureté et d'avarice, afin de perdre, autant qu'il était possible, jusqu'au souvenir des objets qui peuvent les exciter. Ils combattaient l'avarice par leur extrême pauvreté, et par leur fidélité à né rien posséder en propre, et à distribuer aux pauvres ce qui leur restait chaque jour du prix de leur travail après en avoir pris leur subsistance ; et ces aumônes étaient si considérables , au rapport de saint Augustin * , que l'on en chargeait des vaisseaux entiers. Enfin ils combattaient la colère par le silence et la compagnie, qui les obligeaient à se supporter les uns les autres ; ils combattaient la paresse par le travail continuel, la tristesse par la prière et le chant des psaumes , la vanité et Vorgueil par l'obéissance et la mortification-^.

Il y avait des moines qui travaillaient à la campagne, soit pour eux , soit en se louant comme d'autres ouvriers pour la moisson et les vendanges ". De là peut être venue Ja division en dizaines ou décanies, dont chacune était

ï Cassian. ImUI. V. — » Cass. Coll. II, 17, etc. — ^ Cass. Coll. T, 19. — 4 />« mor. EccL I, 67. — * Chrysost. Hom, 27 t» Mattà. — 6 Jieg. S. Ben. 48. Reg. S. Ben. 21.

conduite par un doyen ; car les anciens divisaient ainsi leurs esclaves pour le travail ' . Les plus parfaits d'entre les moines trouvaient trop de dissipation à ces espèces de travaux, et demeuraient enfermés dans leurs cellules, faisant des nattes de jonc, des paniers et d'autres ouvrages semblables , qui ne les empêchaient point de méditer les saintes Écritures et d'avoir Tesprit toujours appliqué. à Dieu*. Il n'y en avait point qui n'eussent quelque occupation du corps , au moins de transcrire des livres ; et on traita d'hérétiques les euchites ou massaliens , qui prétendaient suppléer au travail par la prière *.

Cette vie si pauvre,, si dure et si basse en apparence, attirait effectivement aux moines le mépris des hommes sensuels et même de quelques chrétiens ' . Ils en faisaient de méchantes railleries; quelques-uns usaient de violence, jusqu'à frapper les moines, les tirer de leurs cellules, les traîner devant les tribunaux des juges, ce qui ne servait qu'à faire éclater davantage leur humilité et leur patience K

Aussi étaient^ils aimés et honorés de toutes les personnes raisonnables, non-seulement du peuple, mais des grands ; non-seulement des laïques, mais des prêtres mêmes et des évéques, jusque-là que l'on choisissait souvent des plus saints et des plus capables pour les élever au ministère de FÉglise et même à l'épiscopat. Alors ils quittaient le monastère et revenaient dans le commerce du monde, xomme les autres clercs. 11 semble que tous les moines ne s'engageaient pas également dans ces premiers temps ^, Saint Basile '' dit que les moines ne s'engageaient au célibat que tacitement; mais il juge à propos de leur en faire laire une profession expresse, afin que, s'ils reviennent à la vie voluptueuse, ils soient soumis à la pénitence.

ï CoLUMBLLA, I, c. uU. — » Cass. Coll. 24. de morUf. 3, 4, etc. — 3 Epiph. Har. 80. — * Auo. de ep. Monach. — ^ Chrysost. advert* Vilup, — c Cass. 17. CollaU 21.— 1 Ad Atnphil. 19.

«jO mœu&s

Saini Chry^ostome < parle du retour d'un moine dans le monde comme d'une action entièrement libre, lorsqu'il tiongeille à un père d'engager sm (ils à ce saint genre de Tie sitôt qu'il sera en état de pécîier, comme dès l'âge de dix ans, et de l'y laisser autant qu'il sera besoin pour ie perfectionner dans la vertu, comme dix ans ou vingt ans. Ce saint quitta lui-même la vie monastique au boutdeciaq ans pour rétablir sa santé. Mais on voit, par les reprocKes qu'il fait à son ami Théodore, combien étaient blâmés œm qui , avec la vie monastique, quittaient la furatique de la vertu par légèreté, par ennui ou par quelque autre mauvaise cause. Saint Augustin dit expressément que ceux qui se retirent du monastère font conire leur vœu, et se rendeol «coupables de rie l'avoir pas accompli ^. L'Église les mettait en pénitence ; mais pour le temporel ils n*étaient puni^ que par la honte du chaagement.

La sainteté de la vie monastique fut d'un tel éclat qu'en peu de tem|)s il y eut par tout l'Orient plusieurs milliers nôn-seulement de moines, mais de monastères*. De la seule règle de saint Pacôme *, il y avait jusqu'à cinquante mille moines distribués en plusieurs maisons, souslacofrdoitc d'uu abbé, qui s'assemblaient pour célébrer la fêle de Pâques. Rien n'était si facile que l'établissenoent (teces monastères. Ils ne possédaient ni terres ni autres biens qui pussent leur attirer de l'envie. Il ne fallait ni permissioB ni secours de personne pour quitter tout et sc^-etirer éaM des lieux inhabités, y établir de pauvres cellules du bois ou des roseaux que l'on y trouvait, et y vivre ckuag le »* lenee et le travail, non-seuiement sans ^ être à chargea personne, mais se rendant fort utiles au public par des

I Adfidel. Patrem, — » AuG. in Ps. LXXIX, 12. in Ps. XV, 12.- ^ Chbysost. JJom. U. in Episl. 1. od Timoth. ^^ 4 Aoo. De mer, EceK r, 67. — Hier. prte/. in Rcg. 8. Pacom. et Epist. ad . JSustoch.

D£S CHiUÉiTJENS. 6&1

aumônes teUes que je les ai marquées * . Je parle des pre* miers temps; car quand les moines commencèrent à quit* ter leurs solitudes pour se mêler d'affaires civiles ou ecclésiastiques, le concile de Chalcédoine défendit d'étiiblip aucun monastère sans la permission de Tévéque '. Les monastères se multiplièrent tant, qu'il y en eut jusque dans les lieux habités et au voisinage des villes; aussi n eût-il pas été juste que les pays fertiles, comme l'ItaUe, la Sicile, la Grèce, eussent été privés de cet avanteu^e; mais les mokies y conservaient toujours leur solitude, cm gardant exactement la clôture et le silence^.

Quand ils étaient assez proche des villes, ils venaiefrt^ à l'église publique recevoir les instructions de Tévêque et participer aux saints mystères; ils avaient leur place m»r« quée pour être tous ensemble séparés des autres, comme les vierges et les veuves ; ce qui n'empêchait pas qu'ils n'eussent des oratoires dans leurs maisons pour y faire leurs prières communes à toutes les heures *. Ceux qui étaient éloignés avaient des prêtres entre eux jxiur lew faire l'effice et leur administrer les sacrements ; et enfin OQ jugea plus à propos qu'il y eût au moins un prêtre en chaM^ue monastère avec un diacre ou deux, et souvent ce prêtre était l'abbé. Ainsi, n'ayant point occasion de sertir^ ils demeuraient enfermés dans les monastères comme des Bnorts dans leurs sépulcres. C'était le prétexte qu'alléguaH 4'hérésiarque Eutychès pour ne 8e point présenter au con* cile de Constantinople devant saint Flavien<^.

Il y eut aussi des monastères de filles, même dans les déserts, où elles demeuraient assez proche des moines pour tirer un secours réciproque de ce voisinage, et assez loin pour éviter tout péril et toi^t soupçon. Les moines leur bâtissaient des cellules et les soulageaient dans .tous les

' CHRY80ST. ad Sed, Patr, — > Can. 4.-3 jid, Conc. 7. an r>3«i. — * ÂMBROS. an Virg, laps. 6. — * Conc. Chalc. act. 1, 191. E. ^

travaux rudes : les religieuses faisaient les habits des moines, et leur rendaient d'autres services semblables; mais tout ce commerce de charité était exercé par quelques vieillards choisis, qui seuls approchaient du monastère des filles. On voit un exemple de ces monastères en celui que fonda la sœur de saint Pacôme ^ Il y en eut dans les villes, et on fit ainsi vivre en communauté toutes les vierges consacrées à Dieu qui demeuraient auparavant en des maisons particulières ^ Les religieuses d'Egypte et de Syrie se faisaientix)uper les cheveux pour la netteté; ailleurs elles les gardaient, et les pratiques de l'antiquité ont été diverses sur ce point ^ Saint Ghrysostome décrit ainsi l'habit des vierges de son temps : une tunique bleue serrée d'une «ceinture, des souliers noirs et pointus, un voile blanc sur le front, un manteau noir qui couvrait la tète et tout le corps. Les peintures que l'on fait de la sainte Vierge semblent en être venues *.

Les évêques qui firent vivre leurs clercs en communauté prirent pour modèle la vie des moines, et s'y conformèrent autant que la vie active du clergé le pouvait permettre. Aussi on nommait souvent monastères ces communautés, et dans la suite on les confondit tout à fait. Dans le cinquième siècle, la plupart des évèques et des prêtres de Gaule et d'Occident pratiquaient la vie monastique et en portaient ^habil^ Le pape saint Grégoire, ayant été tiré du monastère où il s'était enfermé après avoir quitté les grandeurs du siècle, continua toujours de vivre en moine,, et remplit son palais de moines très saints, dont il tira plusieurs grands évêques , entre autres saint Augustin et les autres apôtres d'Angleterre.

Le vrai usage de la vie monastique était de conduire è

« Vita s. Pacom. 28.— * Hier. Episc. 48, ad Sabinam. — 3 Baroh. ad Martyr, 20 sept. — 4 Ilom. 8. in l. Titn. II, 9. — !> Thomass. Disc, 2. Tart, I, VI, XXXIV, XXXV, XXXVI. — Joan. Diac. II, XI et XII.

DES CHRÉTIËINS. 653

la plus haute perfection les âmes pures qui avaient gardé rinnocence du baptême, ou les pécheurs convertis qui voulaient se puri6er par la pénitence. C'est pour cela que J'en y recevait des personnes de tout âge et de toute condition, déjeunes enfants que leurs parents y offraient pour les dérober de bonne heure aux périls du monde, des vieillards qui cherchaient à finir saintement leur vie, des hommes mariés, dont les femmes consentaient à mener la même vie de leur côté. On voit des règlements pour toutes ces différentes personnes dans la règle de saint Fructueux, archevêque de Brague*. Ceux qui, pour leurs crimes, étaient obligés, par des canons, à des pénitences de plusieurs années, trouvaient sans doute plus commode de les passer dans un monastère, où Texemple de la communauté et la' consolation des anciens les soutenaient, que démener une vie singulière au milieu des autres chrétiens. Aussi le monastère devint une espèce de prison ou d'exil dont on punissait souvent les plus grands seigneurs, comme on voit en France sous les deux premières races de nos rois, et en Orient depuis le sixième siècle.

XX. Comparaison de la vie monastique avec celle des premiers chrétiem,

La vie monastique est une preuve sensible de la providence de Dieu, et du soin qu'il a eu de conserver dans son Église jusqu'à la fin des siècles, non-seulement la pureté de la doctrine, mais encore la pratique des vertus ; car si Ton veut repasser ce que j'ai dit de la vie chrétienne dans la seconde partie de cet écrit, et le comparer avec la règle <Je saint Benoît et avec l'usape présent des monastères bien réglée, on verra qu'il y a peu de différence.

J'ai dit que les chrétiens comptaient la religion pour le <îapital, ef y faisaient céder tout le temporel; c'est ce que

« Reg. Comm. c. 6, 7, 8, 16, 19. Cod. regul. t<m. 2.

font les moines qui se sent séparés du monde pour vaquer plus librement à l'unique nécessaire, et à qui par cette faison on a donné le nom de religieux, commun du com~ mencement à tous les bons chrétiens. On nommait aussi persmmes dévoteê les moines^ les ascètes et les vierges, pour dire qu'elles étaient enCièrement dévouées à Dieu.

Les chrétiens priaient souvent, et en Commun et en particulier, approchant le plus qu'ils pouvaient de roraison continuelle. La psalmodie n'est nulle part mieux réglée ai plus exactement observée que dans les monastères, 0% elle est encore telle que saint Benoît Va ordonnée il y a plus de douze cents ans. Les moines n'ayant rien qui les détournât de ce devoir y ont été plus exaets que les clercs mêmes, et on croit que ce sont eux qui ont achevé de former l'Office tel qu'il se fait depuis longtemps. Aussi les Gfc^cs rapporlent-ils leurs typiques ou rubriques aux usa*-, gesdes monastères les plus fameux. Ce sont les moines qui oui introduit les offices de prime et de complies, qui éa couimeocement n'étaient que des prières domestiques pour commencer et finir saintement la journée dans chaque hmi le chrétienne ou dans chaque monastère. Cassiea témoigne que l'établissement en était nouveau de son temps '. £ii tout ceci il faut regarder les chanoinete<:Qffme des m(ines; aussi dans l'origine ils étaient tous réguliers. Les chrétiens communiaient souvent ; aussi faisaient les moines pour la plupart % Les disciples de saint Apollon, au rapport de Rufin, communiaient tous les jours. Les moines conservèrent longtemps l'ancienne coutume d'avoir l'Eucharistie chez eux, pour se communier eux-mêmes quand ils n'avaient point de prêtre. C'était peut-être faute de celle précaution que quelques-uns demeuraient jusqu^à doux ans sans communier '.

» 2 Instit. 4,6.-2 Basil. Ep. 280. ad Ceêsar. patr. — 3 Chrys. Ilorn. 17, in Eysl, ad Heb.

DES CHftÉTIEiSS. ù^

Les chrétiens 9'applk|Q»rent à la ïeciure de rÉcritiire mainte ; ausa est-elle recominandée dans la règle • de ?aint Benoît, particulièrement en carême el toas les diieanche», au lieu du travail des mains, qui occupait une grande par« lie des âuUres jours, et dont il reste encore des trace?^, quoiqu'il faille avouer que c'est celle des pratiques mo- «astiques qui s'eM le moins conservée.

Le silence était nécessaire, comme j'ai dit, pour éviter les péchés de paroles, si fréquents parmi les hommes, et t^tefois si fort condamnés dans l'Écriture, comme les i»édisa aces, les mauvais rapports, -les railleries, les bou Sonnerie», les discours impertinents et inutiles; et on remarque que les monastères les mieux réglés sofit ceux où le silence est le plus rigoureusement olîxservé.' Les noms de pères ou de frèreSy suivant l'âge oo la dignité, étaient d» conomencement communs entre les chrétiens. Ils étaient soumis à leurs prélats et à ceux qui avaient autorité »ur «ux ; ils étaient unis entre eux ; ils exerçaient charitaWement rUospitalilé envers leurs frères et l'aumône mver^ tous les pauvres. Tout cela se voit encore dans les monastères.

XXL Raisons de rextérieur singulier des moines. Mais, jira-t-on, si les moines ne prétendaient que de vivre en bons chrétiens, pourquoi ont-ils affecté un extérieur si éloigné de celui des autres hommes? A quoi bon se tant distinguer dans les choses inditïéren tes? Pourquoi cet habit, cette figure, ces singularités dans la nourritures dans les heures du sommeil, dans les logements? En un mot, à quoi sert tout ce qui les fait paraître des nations différentes répandues entre les nations chrétiennes? Pourquoi tant db diversité entre les divers ordres de religieux, en toutes ces choses qui ne sont ni commandées ni défcn-

» lîeg. S. Ben, 6, 48. ■

dues par la loi de Dieu ? Ne semble-t-il pas qu'ils aient voulu frapper les yeux du peuple pour s'attirer du respect et des bienfaits? Voilà ce que plusieurs pensent et ce que quelques-uns disent, jugeant témérairement, faute de connaître Tantiquité. Car si Ton veut se donner la peiife d'examiner cet extérieur des moines et des autres religieux, on verra que ce sont seulement des restes des mœurs antiques, qu'ils ont conservées fidèlement durant plusieurs siècles, tendus que le reste du monde a prodigieusement changé. ^

Pour commencer par l'habit, saint Benoit * dit que les moines se doivent contenter d'une tunique avec une euculle , et un scapulaire pour le travail. La tunique sans manteau était depuis longtemps l'habit des petites gens, et la cuculle était un capot que portaient les paysans et les pauvres *. Cet habillement de tète devint commun à tout le monde dans les siècles suivants ; et étant commode pour le froid, il a duré dans notre Europe environ jusqu'à deux cents ans d'ici. Non-seulement les clercs et les gens de lettres, mais les nobles même et les courtisans, portaient des capuces et des chaperons de diverses sortes. La cuculle marquée par la règle de saint Benoît servait de manteau. C'est ia touUe des moines de Cîleaux ; le-nom même en vient : et le froc des autres bénédictins vient de la môme origine. Saint Benoît leur donne encore un scapulaire pour le travail. Il était beaucoup plus large et plus court qu'il n'est aujourd'hui, et servait, comme porte le ntim, à garnir les épaules pour les fardeaux et conserver la tunique. Il avait son capuce comme la cuculle, et ces deux vêlements se portaient séparément : le scapulaire pendant le travail, la cuculle à l'église ou hors de la maison. Depuis, les moines ont regardé Te scapulaire comme

* Heg. S. Ben. 55. — > Vilia vendenlem tunicato scrvta popello, HOR. I. E^iisl. 7. — Pullo Âféevius alget ia cvcullo. Mart.

la partie la plus essentielle de leur habit. Ainsi ils ne le quittent point . et mettent le froc ou la coule par-dessus. Il paraît donc que saint Benoît ne leur avait donné que les habits communs des pauvres de son pays, et ils n'étaient guère distingués que par l'uniformité entière qui était nécessaire, afin que les mêmes habits pussent servir indifféremment à tous les moines du même couvent. Or, on ne doit point s'étonner si, depuis près de douze cents ans, il s'est introduit quelque diversité pour la couleur et la forme des habits entre les moines qui suivent la règle de saint Benoît, selon les pays et les diverses réformes; et quant aux ordres religieux qui se sont établis depuis cinq cents ans, ils ont conservé les habits qu'ils ont trouvés en usage. Ne point porter de linge paraît aujourd'hui une grande austérité, mais l'usage du linge n'est devenu commun que' longtemps après saint Benoît ; on n'en porte point encore en Pologne, et par loute la Turquie on couche sans draps, à demi vêtu. Toutefois, même avant l'usage des draps de linge, il était ordinaire de coucher nu, comme on fait encore en Italie ; et c'est pour cela que la règle ordonne aux moines de dormir vêtus, sans ôter même leur ceinture.

Quant à la nourriture, j'ai déjà marqué qu'il était ordinaire, non-seulement aux chrétiens, mais aux païens même les plus raisonnables, de vivre de légumes et de poisson, et de faire lire pendant le repas. J'ai fait voir aussi que les chrétiens jeûnaient souvent outre les jeûnes solennels de l'Église, et qu'ils faisaient de grandes prières avant et après le repas. Saint Benoit n'a donc rien ordonné d'extraordinaire; au contraire, il a usé de grande condescendance, permettant à ses moines deux sortes de mets cuits et un peu de vin ^ Les heures des repas et du sommeil que les moines observent étaient les mêmes pour tout le

' Reg. S, Ben. 39 et 40.

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