V. Mceurs des chrétiens orientaux
£n Orient , il n'y eut jamais de ces seigneuries ; mais d'autres causes y produisirent d*autres maux. Les grandes hérésies qui y avaient eu cours avaient fort agité les esprits, et ébranlé en plusieurs les fondements de la foi. Nestorius d'un côté, de l'autre Eutychès, ou plutôt Dioscore, avaient une infinité de sectateurs. On disputait sans fin , et des disputes on en venait souvent aux querelles et aux séditions. Les clercs et les moines, comme les plus zélés, s'y échauffaient le plus; et quand ces derniers faisaient tant que de quitter leurs solitudes pour venir dans les villes soutenir ce qu'ils croyaient, être la cause de Dieu , il n'y avait point de violence dont ils ne fussent capables. On sait les sanglantes tragédies que firent en Egypte et en Syrie les ennemis du concile de Chalcédoine.
Les empereurs voulant apaiser ces maux par leur autorité séculière en firent un plus grand; car, au lieu de s'appliquer seulement à faire. exécuter les décisions de l'Église en châtiant et en réprimant par la force les séditieux et les rebelles , ils voulaient se mêler du dogme , et faire des édits pour apaiser les disputes par des tempéraments dangereux. Ensuite, soutenus par la lâche complaisance des évêques , ils entreprirent de régler la discipline ecclésiastique , c'est-à-dire qu'ils la ruinèrent ; car il n'y eut plus d'autre règle que de leur plaire.
Quoique l'empire se soutînt encore, ce n'étaient plus des Romains que par le nom, ni des Grecs que par le langage ; c'était un mélange de toutes sortes de Barbares : Thraces, Illyriens, Isaures, Arméniens, Perses, Scythes, Sarmates, Bulgares, Russes. Aussi, dans toute l'histoire du monde , nous ne connaissons guère de nation plus cor-
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roHij^e qae ces derniers Gfecs. Us avaient les yiees ée& anciens, et n'en aV'aient ni la ^iitesse, ni les scicoces, oi les arts. Cependant ils étaient tous chrétiens, et oat conservé jusqu'à jpéseot «vsec .grand soia IVxtérieur de la reiigios.
Ils ae pvreot s'exempter idWair grand oommeroe avec les i&aliométaQS, depuis qaa €eiix-<d se forent rendus maîtres de TOrieiit. Ua très graad nombre de Grecs étaient leurs sujets ea Égyiple et ea SjM),, et ae laissaient pas d'élne chrétieas^ car les coaquètes 4es mtisulmaas (ma se aoauaaient les sectaieurs de Mabomet) établireât s fausse religion, saas abolir resancioe de la reli^oq cbi^ tieane daas les pays où ils la trouvèreQt. Sa doctrine était trop absurde pour èlre reçue par des gens éclairés de b véritable religioa^ puisqu'il prétendait qu^on le cràteih voyé de Dieu sur sa sioiple parole, sans avoir été promis par aucune prophétie , sans îmm atioua mirade et mèoe sans raisonner* Ce qui lui lit iroaiver des sectateurs, c'est qu'il ne s'adressa qu'à des Arabes aussi ignorants que lui, que ses armes eurent ua succès beureux , et qu'il parta** geatt fidèiemeat le butio. U» cbrétiens en avaient iMM-reur, ^ faneat loagteiiys ai^etsides aausaUnaas ava^ que de» pouvoir apprivoiser avec eus.
A la fin ik sV aocoutumèreat, et au bout de deux ceotè ans l'empire des musulmans étant dans sa foKe sous les califes Âbassides, leur religtoa même commença à patai^ tre moins affreuse aux cfariétiens, devenus ignorants et (ai^ blés par une si longue servitude. L'origiae du mabométisme était déjà assez ancienne pour l'obseurcir etl'embellir de beaucoup de fables; et le pompeux galima^as de rAlcoran , où le fiom de Dieu retentit de tous côtés, potn vait imposer à des ignorants. Il prébbe partout l'unité de Dieu et l'horreur de l'idolâtrie; il £ait sonner baut le jugement , renfe^etle paradis; il parie avec honneur de MdiâC
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el des prophètes, des apôtres et des martyrs ,*^ il do&ne même de grandes louanges à Jésus-Christ.
Les musulmans f d'ailleurs ^ ont copié plusieurs pratiques extérieures du christianiaRie. Les ebrétioBS priaient sept fois le jour, les mosulmaAS prient cinq fois ; les chrè* tiens ont uti carême de quarante jours, les musulmans en oat un de vingt- neuf , où ils no mangent que la mxH, ' comme les chrétiens faisai^t alors ; les chrétiens tètent te dimaiichef les musulmans le vendFedi; nous nous assem-' blons aux églises pour prier ei pour écouter les lectui^ de rÉcriture sainte et les instructions des prêtres, ils . prient aussi, à leiû- mode, dans des mosquées, y lisent r<ALcoran ek y écoutent les sernK>nsde leurs docteurs; ils ioot des pèlerinages et à la terre qu'ils estiment sainte et aux tombeaux de leurs prétendus martyrs; ils donnent beaucoup d'aumônes et ont fondé grand Bombre d'hèpî-» taux ; ils ont des espèces de religieux qui vivent en com^ munaulé et se tourmentent le corps effroyablement; car il n'y a point d'austérité extérieure que des gens sans vertu ne puissent imiter par vauté ou par intérêt ; mais ils ne se réduiront pa» à vivre dans le sUenee et le tr»* vail, sans être vus de personne : il iaut être chrétien pùat cela.
Nos voyageurs élevés dans le sein de la chrétienté , souvent ira{^)és de cet extéfieuv de religioii ei des vertus humaines qu'ils voient chez les infidèles, en reviennent quelquefois ébranlés, et disposés à croire tout indifférent en matière de reiigioo. Qoeie delF»t être la testalioH de ees . pauvres chrétiens nés sous leur puissance, et obligés à y passer toute leur vie ? qui étaicEnt presque toujours é-em& 4'opppesston, et voyaient leur fortune assurée en quittant la foi de leurs pères? Il est étonnant qu'ils ne se soient pas tous pervertis; et le grand nombre qui en reste encore par tout le Levant, au bout de mille ans, est une preuve
éclalanle de la force de l*Évangile et de la faiblesse da mahométisme.
Les chrétiens qui demeurèrent sujets des empereurs de Constantinople peuvent aussi s'être sentis du commerce des mahométans, et des divers hérétîquesdontrOrient était infecté 1. Des Juifs et des Sarrasins, c'est-à-dire des Arabes mahométans, persuadèrent à l'empereur LéoDrisaurien de briser les saintes images. L'empereur Michelle-Bégue était demi-Juif. Le jeune empereur Michel III, avec les compagnons de ses débauches , contrefaisait par une dérisio|i exécrable les saintes cérémonies delà religion, et jusqu'au redoutable sacrifice. Je vois quelque temps après un autre empereur, Alexandre, frère de Léon-le- Philosophe, blasphémer ouvertement contre le christianisme et regretter l'idolâtrie *. Tout cela me fdit soupçonner les •Grecs d'avoir été les premiers auteurs du libertinage qni a passé en Italie ; mais je ne prétends faire tomber ce soupçon que sur quelques personnes particulières ; car, au reste, pendant tout ce temps, !a religion se soutint magnifiquement dans tout l'empire grec. Il y eut de grands docteurs, de grands éVéques , d'illustres solitaires, et même plusieurs martyrs pour la défense des saintes images.