IX. Changement dans îa pénitence
A regard des laïques, on tacha de rétablir les pénitences. On convenait encore qu'elfes devaîetit être imposées suivant les canons; mais les pilus grands pécbcoR ayant les armes à la main étaient indociles et (wrvertemeiit rebelles, et plusieurs voulaient bien recevaîr la pénitence, mais suivant certains canons sans autorité, qui en diminuaient notablement la rigueur. Plusieurs après l'avoir reçue n'en étaient pas meilleurs •, On ne voyait que des rechutes et de fausses pénitences. !1 est vrai que l'on comptait une pénitence poiir chaque crime. Ainsi «d homme qui avait commis trente homicides et autant de parjures ou d'adullères en avait potir plusieurs siècles; et de là sont venues, dans la suite, ces indulgences detaal d'années que l'on trouve en quelques bulles.
Comme Dieu ne demande pas l'impossible , ceux (pâ étaient chargés de pénitence pour toute War vie ou au delà ne pouvaient faire plus que d'y employer le reste de leurs jours, et, pour le phis sûr, s'enfermer dans un monastère; nwiis on les soulageait quelquefois par la commutation des œuvres salisfactoires, que l'on a changées de tout temps, suivant la force ou le zèle des pénitents. Saint IMerre D»mîen témoigne que ces pénitences équivatentes étaient communément reçues de son temps, et i^ nous en rapporte même l'estimation. Trois mille coups de discipline poovaient racheter une année de pénitence ordinaire , et (fe psaumes, chantés en se flagellant continue^ement, faisaient mille coups; en sorte que le psautier entier valait cinq ans
' Petr. D\m. 0/)usc. XXIV et XXVII. — * Petr. Dam. Ojmsc. VII. Gomorr, 10, 11, 112, etc. — Grec. Vil. Ep. 10.
DES CHRÉTIENS. 6&i
de pémtence K Et comme, en vertu de la communion dessaints, nous savons que Dieu pardonne quelquefois aux pécheurs en vue des prières ou des autres bonnes œuvres^ de leurs Crères, il y avait des saints, en ce tempe-là, qui se consacraient à la pénitence pour les smtr^.
Le plus illustre fut saint Dominique Loricat ou le Cuirassé, ainsi nommé parcequ'il portait sur sa chair une chemise de mailles, qu'il ne dépouillait que pour se dealer la discipline *. Il se la donnait si rude et si (réqueate, et y joignait tant de jeûnes,^ de veilles, de génuflexions et de toutes sortes d'austérités, que nous sommes effrayés du xécU que nous en fait saint Pierre Damiea, son directeur. La délicatesse de nos mœurs a peine à s'accommoder d'une dévotion si sévère , dont toutefois nous voyons plusieurs exem^es daifô les saints de ces temps-là ; mais il est à croire que Dieu leur inspira cette conduite pour le besoin de leur siècle. Ils avaient affaire à une nation si perverse et rebelle, qu'il était nécessaire de les frapper par des objets sensibles. Les raisonnements et les exhortations étaient faibles sur des hommes ignorants et brutaux, aëcoutumés au sang et au pillage; ils n'auraient même compté pour rien des austérité» médiocres, eux, qui étaient nourris dans les fatigués de. la guerre et qui portaient toujours- le harnols.
Mais quand ils voyaient ua saint Boniface , disciple de s^ixiiRomuald,raUer nu-pied» dans Iqs pays les plus froids, ua saint Dominique Loticat se mettre tout en sang en se donnant la discipline , ils comprenaient que ces saints aimaient-Dieu et qu'ils. détestaient le péché. Ils n'auraient compté pour Fien l'oraison niental&^.mais ils voyaient bien que l'on priait quand oh récitait des psaumes. Enfin, ils ne -pouvaient douter que ces saints n'aimassent leur prochain, puisqu'ils faisaient pénitence pour les autres. Tou-
» p. Dam. Xllà SS. Rod. et Domin. 8, 10, etc. — > Id. 8, 11.-
chés de tout cet extérieur, ils devenaient plus dociles; ils écoutaient ces prêtres et ces moines, dont ils admiraient la vie, et plusieurs se convertissaient. Au reste, les flagellations, l'usage des chaînes de fer, et les autres moyens de mortifier la chair, n'étaient pas des inventions nouvelles. Théodoret nous en fait voir un grand nombre d'exemples dans son histoire religieuse, et saint SiméoD Stylite suffit tout seul pour autoriser les austérités les plus étonnantes. La règle de saint Colomban, qui vivait sur la fin du sixième siècle, punit la plupart des fautes des moines par un certain nombre de coups de fouet, et l'on voit ensuite plusieurs saints se donner des disciplines volontaires.
Entre les oeuvres pénales qui tenaient lieu des pénitences canoniques, une des plus usitées était le pèlerinage iaux lieux célèbres de dévotion, comme à Jérusalem, à Rome, à Tours, à Compostelle. Dès le neuvième siècle on se plaignait de plusieurs abus qui s'y glissaient. Des prêtres et des clercs criminels se prétendaient par là purgés et réhabilités •, Les seigneur^ en prenaient occasion de faire des exactions sur leurs sujets pour fournir aux frais du voyage, et c'était un prétexte aux pauvres pour mendier et vivre vagabonds ». Il y en avait entre autres qui couraient par le pays nus et chargés de fers, faisant horreur à tout le monde ; et il est vrai que pour les homicides et les autres crimes atroces on avait quelquefois ordonna aux pénitents de passer ainsi leur vie, errants et portant des marques de leur misère ». Mais jamais les pèlerinages- n*e furent si célèbres que depuis le onzième siècle. Les hostilités universelles étant diminuées et les pèlerins, regardés comme des personnes sacrées, tout le monde allait aux lieux de dévotion, même les princes et les rois. Le roi Robert pâsr
» Conc. CahilL II. an. 813. — ^ CapU. uU. — 3 Aquisaran M. 787, 7â. ^. '
sait les carêmes en pèlerinage, et fit le voyage de Rome ' . Les évêques ne faisaient point de difficulté de quitter leurs églises pour ce sujet. Le pèlerinage de Jérusalem devint entre autres très fréquent vers Tan 1033. X. Croisades et indulgences.
De là vinrent les croisades, car les croisés n'étaient que des pèlerins armés et assemblés en grandes troupes. Ces entreprises étaient devenue^ nécessaires. Il n*y avait point de prince chrétien assez puissant en particulier pour arrêter Jes progrès des mahométans, ennemis déclarés de tous ceux qui ne veulent pas embrasser leur religion. Ils pillaient impunément l'Italie depuis deux cents ans; ils étaient maîtres de la Sicile et de presque toute l'Espagne. Par les forces des croisés ils ont été chassés de toute cette partie de l'Europe, et notablement affaiblis en Egypte et en Syrie. Mais la discipline de l'Église ne s'en est pas bien trouvée, et ces entreprises, toutes pieuses qu'elles étaient, furent, à mon avis, une des principales causes du relâchement de la pénitence; car ce fut alors que commença l'indulgence plénière, c'est-à-dire la rémission de toutes les peines canoniques à quiconque ferait le voyage et le service de Dieu; ainsi se nommait cette guerre ", et c'était ce pardon extraordinaire qui y attirait tant de gens. II fut bien doux à cette noblesse, qui ne savait que chasser et se battre, de voir changer en un voyage de guerre les pénitences laborieuses qui consistaient en jeûnes et en prières, et, surtout en ces temps-là, à s'abstenir de l'usage des armes et des chevaux. La pénitence devint un plaisir, car la fatigue du voyage était peu considérable pour des gens accoutumés à celle de la guerre, et le changement de lieux et d'objets est un divertissement. Il n'y avait guère de peine sensible que de quitter pour longtemps son pays et sa famille.
» Helgaud. Epist. Bened.XlU. ad epise. Bnrg. — » Yillehard. I.
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Cependant «n si long voyage et «n bî grande corapagoie n'était pas uq remède bien propre a ooniger des pécheurs. L*esprit de componction ne svfosistait guère av«c «ne tiàk dissipation. On cberche volontiers à adoucir renniil de h marche par des discours plaisamts, et les moins sages sont ceux qni parlent le plus. On est fort oocnpé dm soin de la sobststance et des logements, et <J66 diverses aveetanî q«i suniennent; on se laisse aller aiséraent à trop manger ou trop dornrîr, ponr se remettre de ^sefqae fatigue es* traordkiaire. La vie ne pent être r^lée ai fiaif^^me. Ajoute les morarsdifiërentes de tant de pays qu'à fallait traverser pour aller à la terre sainte; les oeca^ns de cpiei^ par la diversité des humeurs, des coatumee, des langues; les occasions de débauches dans les pays abondamts, etjpar le commeroe avec des peuples fort oorronypus. Atissi «s^ il certain, par les hi^oîres, <jue les armées des croisfe étaient non-seulement comme les antres années, mais eieore pires; qae toutes sortes de yiees y riaient, et cet» qne les pèledrns avaient apportés de. leur pays, et cm •qn'iis avaienA pws dans tes pays étrangers ».. Ei^, si ces voyages servirent à panir quelques pécbés, <5e fut beafoeoup moins les pécbés des ^dliréticiig taioB <^e des ttê- 4è\es et des chrétiens sdnsmaAiquei, foor «qui ils twent^ terribles fléaux de Oien.
Grand nombre d'élues, de prêtres et de moines « croisaient, quelques ans powssés d*rai véritable Èèle, ptesieure par libertrôa^, et ils se croyaient permis de porter les armes contre les infidèles. On peut juger <fuel relàche- TOent dans te discipline produisit crtte licence, jointe à fignorance qui régnait depuis si longtemps. Les papes, même les mieux intentionnés, étaient obligés de teléfff jne partie de ces manx. 11 Wfeit dissimwïer les désoidrts particuliers pour faire réussir le gros de l'entreprise; il
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idlBit avoir de granda égsards fXHir le» chefs taat qa'iJa acRitenaient avee succès les afiakes de la religion, quoiq^ih la'' déshoDoraeaent par leurs erimes. Go étendit TiiLdolgence de la croîs^de à eeux qm pcnriaient les armes coBtre les hérà;iquesiy rebelles noo^-seuleiuçat à l'ËgUser nais à leur prinee, comme les Albigeois en France: et cm détendit géiiérsde«eiii à toirtcB les gueire& où Ton eroyail la religion intéveasée.
Il ne seatèla pa^ juste de pcifev de cette girace le& femmes et les aoiEcs p^rsoaneâ» que leur â^ o» leur condition mettait hors d'éls^ de porter les armes; ainsi on heut communiqua Tindulgence quand ils faisaient des au^ mèœs pour sebyenir aux ims de la guerre. Les aiunénes appliquées à d'autres cmivrea pies parurent aussi propres à racheter les péebés. On donna des indulgences, ou pléftièffes ou limitées, à ceux qui oostribuaient auï bâliments des églises,, ce qui donna mof eft à la plupart des évêques ée faire ees magnifiquei calhédrales que noua admirons encore. H en fut de inéme de la lc»Mlati(Hi et de reotretien des hàpitain, partieulâèremtBi de deux nouvelles espèces, qui devinrent alors ti-ès fréquentes,, pour les pèlerins et peur les lépreus. 11 y eut auaâ en faveur des pauvres des ifidulgenees attachées à d'autres cuivres. Ainsi les satisfoctipos devinrent presque arbitraires. Les canofns pénitaalûnr,, ■'étant f^ pratiqués, fufent biemtôt oubliés; et la confession fuC la plus grande difficulté de la pén^