XIV. Usage de cet écrit
Suivant de si grandes autorités, j'ai cru qu'il était bon de représenter à tout le monde quelles ont été et quelles doivent être les mœurs des chrétiens. Je n'ai rien dit ici qui ne soit familier aux gens de lettres, et tiré des livres qu'ils ont entre les mains ; ils verront même que j'en ai beaucoup omis ; mais la plupart de ces faits ne sont pas assez connus du commun des fidèles, et peuvent les édifier. Us verront qu'il ne faut pas réduire la religion chrétienne à de simples pratiques , comme plusieurs croient. Faire quelque petite prière le soir ou le malin, assister le dimanche à une messe basse , ne distinguer le carême que par la différence des viandes et s'en dispenser sur de légers prétextes ; ne s'approcher des sacrements que rarement, et avec si peu d'affection , que les fêteà les plus solennelles deviennent des jours fâcheux et pénibles; vivre au reste
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autant occupés des aflaires ou des plaisirs sensibles que ^ des païens pourraient Tèlre , ce oe soDt pas là les chré- ' Meaa que j'ai lâché de dépeiodve.
Peut-être aussi que quelques uns de ceux qui se sont sépacés de nous ^ous prétexte de réforraation verront ici que leur schisme est mal fondé , que la primitive Église n'était pas telle qu'ils se rima^ginent, et que nos maximes sont aut^res que Ton ne leur fait entendre. Us verront que leurs réformateurs ent trop légèrement condamné des pra* tiques très ancienoeevConinie la communion sous une es^ péce, la vénératioD des reliques et des images, la prière pour les DoortS) rabstiueace de certaines viandes, le vcen de continence, la vie monastique; et que sous prétexte d'ôter les superstitions ils ont introduit un christianisme grossier, où Ton ne voit personne qui embrasse les con* "^eiis de TÉvangile, et où les préceptes mêmes ne sont pas mieux observés que parmi ceux dont ils se sont séparés.
Enfin, i'espère que la vue de ces mceurs si saintes pourra faire quelque impression sur ceux qui sont assez aveugles pour confondre la vraie religion avec les fausses que l'erreur ou la mauvaise politique a introduites. Si quelqu'un . d'eux fait réflexion sur les grs^ds changements que l'Évangile a produits dans les mœurs de tourtes les natkwj?, et sur la différence qu'il y a toujours eue entre les vrais chrétiens et les infidèles , il verra que k. christianisme a des fondements plus solides qu'H ne pe&satt ; et qu'il faut croire qu'il s'est établi par de grands miracles , puisqu'il serait encore plus incroyable qu'un tel changement fût arrivé sans miracles : ces miracles avaient fait une si forte impression , que l'on ne s'est avisé que bien tard de les révoquer en doute. Pour parier de ce que nous connaissons distinctement, il n'y a guère plus de trois cents ans que quelques Italiens, gens d'esprit, mais très ignorants
de la religion , étant choqués de plusieurs abus qu'ils avaient devant les yeux, ont introduit ce libertinage. Charmés delà beauté des aRciei» auteurs grecs et la>tk)s, et de ce qu'ils y apprenaient de la politique de ceg peuples et de leur manière de vivre, ils ne pouvaient vien goâter hors de là , d'autant plus qu e les maximes «de ées anciens s'accordaient mieux que les nôtres avec la* corruption du cœur humain et les mœurs du commun des hommes*
Les nouvelles hérésies ont augmenté ce mal ; les ^putes sur les fondements de la religion onti ébranlé mi détruit la foi en plusieurs, qui n^ont pas bissé de continuer, par divers motifs temporels ^ à professer extérieHreiUfent la religion catholique ; et chez les hérétiques le noffïbpé a été bien plus grand de ceux qui, n'étant plus arrêtée per aucune autorité, ont poussé jusqu'au bout les conséquences de leurs mauvais principes, et en sont venus à ne savoir que croire, et à regarder la religion comme une partie de la politique. Cette malheureuse doctrine s'est aisément étendue : les jeunes gens ayant ouï leurs pères, ou ceux qui leur paraissaient gens d'esprit, faire quelque méchante raillerie sur la religion, ou même leur dire sérieusement qu'elle était sans fondement, s'en sont tenus là, sans approfondir davantage, trouvant ces maximes plus conformes à leurs passions. On se flatte par la vanité de se distinguer du vulgaire ignorant, et de s'élever au-dessus de la simplicité de nos pères. La paresse trouve aussi son compte à denieurer dans le doute ou à décider au hasard, sans se donner la peine d'examiner. Mais que l'on dise ce que l'on voudra , les faits que j'ai posés demeureront constants, et il sera toujours vrai, comme dit si souvent Origène contre Celse, que Jésus-Christ a réformé le monde, et l'a rempli de vertus inconnues jusqu'alors.