CINQUIÈME FRAGMENT
PAROLES DE M. DE MEAUX
Jalii 1697.
SUR l'amour pur.
Tous conviennent que Tamour de Dieu, comme bon en soi, est plus parfait que i*amour de Dieu comme bon pour nous.
Mais on ne convient pas que ces motifs doivent être séparés, puisque cette vue de Dieu, comme notre bien, n'ôte rien de sa perfection : au contraire, c'en est une ajoutée à la première.
L'exclusion de ce motif semble dangereuse, puisque, si nous voulons regarder Dieu sans aucun rapport à nous , nous n'oserons plus le regarder comme notre créateur, notre rédempteur, notre sauveur, etc.
Or, on ne peut dire que ce ne soit pas un acte de parfaite charité d'aimer Dieu comme notre père, notre bienfaiteur, notre récompense, notre bonheur éternel
L'exclusion de ces motifs semble exclure l'espérance, qui regarde 1(^ bien absent non comme bien en soi et absolument , mais comme noire bien.
Il n'est jamais permis d'être indifférent pour le salut éternel, encore moins d'y renoncer : donc on ne doit jamais exclure du plus pur amour la vue de Dieu comme notre souverain bien , ([uoiqu'on l)uisse la séparer par simple abstraction.
II n'y a aucun état si parfait en cette vie où la concupiscence soit entièrement éteinte.
Les actes réfléchis appartiennent tout aussi bien à la partie su- ]jérieure de l'ame que les actes directs. C'est plutôt l'entendement <iui réfléchit que la passion ou l'imagination.
Quoique nous ne puissions, en effet, obtenir la grâce, nous devons toutefois agir de nous-mêmes et supposer que nous l'avons, sans attendre qu'elle se fasse sentir.
Il est dangereux de séparer la partie supérieure de l'ame de la
partie inférieure et animale, comme si elles pouvaient agir indépendamment Tune de l'autre.
Il semble dangereux de dire que les âmes contemplatives soient quelquefois privées de la vue distincte de Jésus-Christ, même dans les commencements de leur contemplation.