‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 21 sur 131 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Histoke des études des Grecs.

La grammaire^ la rhétorique et la philosophie viennent des Grecs : les noms mêmes de ces études le font voir. Des Grecs elles ont passé aux Romains, et des Romains jusqu'à nous. Or les Grecs avaient grande raison de s'appliquer à ces trois sortes d'études, de la manière qu'ils les prenaient. Par la grammaire, ils entendaient premièrement la connai»a»mce des lettres, c'est-à-dire l'art de bien lire et de bien écrire, et par conséquent de bien parler. Il était fort à propos de savoir lire, écrire et parler correctement ea

leur langue, et c'est où ils se bornaient : car ils n'en apprenaient point d'étrangères. Sous le nom de grammaire ils comprenaient encore la connaissance des poètes , des historiens et des autres bons auteurs,, que leurs grammairiens faisaient profession d'expliquer : et il est aisé de voir combien celte étude leur était utile. Au commencement ils n'avaient point d'autres livres que leurs poètes, et ils y trouvaient toutes sortes d'instructions. Toute leur religion et toute leur histoire y étaient contenues ; car ils n'avalent point encore de traditions plus certaines que ces fables qui nous paraissent aujourd'hui si ridicules; et pour la religion, les poètes étaient leurs prophètes ; ils les regardaient comme les amis des dieux et comme des hommes inspirés, et avaient pour leurs ouvrages un respect approchant, si j'ose en faire la comparaison , de celui que nous avons pour les saintes Écritures. De plus, ils y trouvaient des règles pour leur conduite, et des peintures naïves de la vie humaine : et ils avaient cet avantage que ces livres si pleins d'instruction étaient parfaitement bien écrits ; en sorte qu'ils divertissaient le lecteur, et qu'outre le fond des choses, il y apprenait à bien parler sa langue et à exprimer noblement ses pensées. Enfin toua leurs vers étaient faits pour être chantés, et leur plus ancienne étude était la musique, afin d'avoir de quoi se divertir et s'occuper honnêtement dans leur loisir, en chantant et en jouant des instruments.

La rhétorique et la philosophie vinrent plus tard, et commencèrent toutes deux à peu près en même temps, selon les différentes applications des hommes d'esprit, dont les uns s'engagèrent dans les affaires, les autres s'en retirèrent, pour se donner tout entiers à la recherche de la vérité. La manièi*e dont les républiques grecques se gouvernaient par assemblées dans les théâtres, où tout le peuple décidait les affaires, obligea ceux qui voulaient se rendre puissants,

OU par ambition ou par intérêt , de chercher avec soin le moyen de persuader au peuple ce qu'ils voulaient. Outre les harangues publiques, ils s'appliquèrent aussi à plaider devant les juges des causes particulières, pour se faire des amis et pour s'exercer à parler. Ainsi Téloquence devint un moyen plus sûr de s'avancer que la valeur et la science de la guerre ; parce qu'un grand capitaine , s'il ne parlait bien, avait peu de pouvoir dans les délibérations, et un orateur, sans être brave, formait ou lompait les entreprises. Les rhéteurs furent donc de ces gens actifs que les Grecs nommaient politiques.

Les spéculatifs, que Ton nomma sophistes, et puis philosophes, s'appliquèrent d'abord à connaître la nature, tant des choses célestes que de celles que l'on voit sur la terre, c'est-à-dire qu'ils furent astronomes et physiciens. Mais Socrate s'étant avisé de laisser toutes les recherches de ce qui est hors de nous, et de s'appliquer à ce qui peut rendre l'homme meilleur en lui-même, se renferma à cultiver principalement son ame, aûn de raisonner le plus Juste qu'il lui serait possible, et régler sa vie suivant la plus droite raison. Ainsi il ajouta à la philosophie deux autres parties, la logique et la morale. De son temps et du temps de ses premiers disciples, la philosophie aussi bien que la rhétorique étaient des occupations sérieuses et continuelles d'hommes mûrs et formés, et non pas des études passa* gères de jeunes gens. Les plus nobles et les plus considérables s'en faisaient honneur. Pythagore était de race royale ; Platon descendait du roi Codrus par son père , et de Selon par sa mère. Xénophon fut un des phis grands capitaines de son siècle ; et depuis ce temps les lettres fu- ' rent tellement honorées , et devinrent si bien la marque • des gens de qualité, que le nom d'idiot, qui ne signifie en grec qu'un particulier, se prit non pas pour un stupide comme aujourd'hui, mais pour un ignorant et un L 6

8î TRAITÉ DES ÉTUDES.

homme mal élevé, comme sont la plupart des gens dn

commun.

Les cours des rois d'Egypte, de Syrie et de Macédoine, successeurs d'Alexandre, étaient pleines de grammairiens, de poêles et de philosophes. Aussi e?t-il fort raisonnable, en quelque pays que ce soit, que ceux-là s'appliquent aux sciences, qui ont le plus d*esprit et de politesse; que leur fortune délivre du soin des nécessités de la vie, qui ont le plus de loisir, ou qui, étant appelés aux grandes afiaires, ont plus d'occasion d'être utilçs à tous les autres, et plus de besoin d'élendre leur esprit et leurs connaissances.

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