‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 3 sur 131 · L'abbé de Choinj · texte numérisé non relu

L'abbé de Choinj

disciples environnaient le maître. « L'un tenait en main le texte hé- 9 breu , l'autre la version des Septante , ou la Yulgate , ou quelque 9 autre version latine. On consultait les plus savants commenta teurs, » saiDt Jérôme surtout; on comparait les différentes leçons au texte v original -, on discutait l'avis des interprètes : le prélat concluait; et » les notes, rédigées par l'abbé Fleury, étaient aussitôt écrites sur B les marges de la grande Bible de Vitré. » Cet exemplaire, qui devrait faire aujourd'hui le plus riche ornement de notre bibliothèque nationale, s'est malheureusement égaré dans les temps mauvais de la révolution ; mais les notes inscrites sur le livre , les travaux du concile (c'est le nom qu'on donnait à ces conférences), se retrouvent presque tout entiers dans les Commentaires de Bossuet »ur les Psaumes , la Préface des livres de Salomon , les Notes du Cantiqu/e des cantiques j celles enfin du Livre de la Sageue^ de V Ecclésiaste et de l'Ecclésiastique. On sait que le concile dura douze ans '.

Ce grand travail avait merveilleusement préparé l'abbé Pleury à ses autres travaux. Déjà , comme nous l'avons vu , il avait essayé ses forces sur Platon ; bien plus, le public lui devait deux excellents traités : V Histoire du droit français, commencée à l'âge de vingttrois ans , et l'Institution au droit ecclésiastique, commencée à l'âge de vingt-cinq. De ces deux livres l!un parut (4674) sans nom d'auteur, et l'autre (1677) sous un nom supposé. Ce ne fut que plus tard, et après l'avoir revu avec soin, que Fleury légitima le dernier en le publiant sous son nom ; l'autre ne lui fut rendu qu'après sa mort.

L'Institution au droit ecclésiastique est un recueil d'études parle- <iuel il préludciit, sans le savoir, à V Histoire de l'Église. Cet ouvrage a vieilli, et sa publication serait aujourd'hui sans attrait et sans but. Notre révolution en a effacé presque toutes les pages.

VHistoire du droit français devait servir de préface à l'ouvrage que Fleury se proposait de donner sous le titre d'Institution au droit français, et dont il n'a jamais rien publié; mais cette préface est elle-même un excellent livre , où la science la plus vaste se trouve

!• Et toutefois i dé* la prcmivre année , Bonnet eut à déplorer la perte de deux det membres dn concile : Pabbé de Varrei et l historien Corderoov. Fleury a raconté <1« la manière in plus toaebante la An de ses deax amis, dans des lettres que noQS pablionfl ici ponr la première foii. ( Voyes le second rolume.)

concentrée dans le plus petit espace. Le fond de ce livre manque à toutes nos histoires de France.

Un mérite si rare, soutenu par l'affection de Bossuet, ne tarda pas à fixer les regards de Louis XIV; et lorsque l'éducation des princes de Conti fut terminée (4 680), le roi nomma Tabbé Fleury précepteur da comte de Yermandois, Tm» de ses fils naturels * , qui fut amiral de France ; et mourut au retour de sa première campagne, à l'âge de seize ans.

C'est en apprenant cette funeste nonvelle qu'après avoir beaucoup pleuré, la duchesse de La Vallière, alors sœur Louise de la Miséricorde, dit à Bossuet ce mot si touchant et si souvent cité : a C'est assez pleurer la mort d'un fils dont je n'ai pas encore assez pleuré la naissance. »

L'année suivante (4684), le roi récompensa le précepteur de ce fils sitôt ravi à son amour, en le nommant à l'abbaye de Loo-Diea, ordre de Glteaux, dans le diocèse de Rhodez.

amendant les trois dernières années qui venaient de s'écouler , Fleury avait successivement publié les Mœun des Israélites, les Mcmrs des chrétiens j et le Grand Catéchisme historique. Ce dernier ouvrage fut entrepris à la sollicitation de Bossuet, qui, plus tard, donna lui-même son Catéchisme, dogmatique, œuvre moins utile et par conséquent moins durable.

Les Mœurs des Israélites sont un tableau délicieux de la vie patriarcale, et de tous les prodiges opérés pendant deux mille ans, par le vrai Dieu, au sein d'une petite tribu de pâtres, de laboureurs et de iirophètes. C'est l'histoire du monde primitif ; le travail y est iiOBoré parcequ'il est une loi de notre nature , parce qu'il pèse également sur tous, parcequ'il est le môme pour tous. Les chefs y sout pasteurs et laboureurs comme le peuple ; vous y voyez Rachel conduisant ses troupeaux, Rebecca allant puiser de l'eau à la fontaine, les anges, hôtes divins, qui s'asseoient à la table d'Abraham. Époque de merveilles , où les familles formaient des nations , et où les nations se propageaient, se multipliaient sans autre gouvernement que celui du père, monarque absolu dans la famille.

1. Louis d« Bourbon, «umt« de Vemumdoi*, flli d« Louis XIV et de madame 4o La Vallivrc, né en 1667 et légitimé en 1669. Il mottrut le 18 novembre 1683.

Ce livre est écrit pour ramener à la Tie simple et naturelle. Il sanctifie le labourage et donne le goût des choses pastorales ; il montre le genre humain, à sa naissance, environné de troupeaux et s'appayant sur le soc de la charrue. Rien de plus grand ne peut toucher les yeux, rien de plus pur ne peut toucher les cœurs. £n lisant ce livre vous comprenez que Dieu se soit révélé à de tels hommes, et que sa voix, muette aujourd'hui dans les cités, ait retenti jadis sous le toit des bergers, et au milieu des moissons tombées du ciel dans les bras des laboureurs.

Le livre des Mœur* det ItraéliUs fut publié en 4684, la même année que le Discours sur l'histoire universelle de Bossuet, dont il développe quelques pages.

Mais le globe vieillit, et les peuples se perdent et s'enfoncent dans la science et dans la' corruption. Pour les sauver, il faut que Tunité de Dieu, cette grande puissance civilisatrice, sorte de la tribu et se répande sur le monde. De ce besoin de l'humanité naît une loi nou* velleet universelle, qui renverse la loi d'exclusion. Le christianisme commence par le martyre, s'établit dans la sainteté, et se perpétue dans l'amour et dans l'innocence. Alors se fomne TÉglise : un peuple pur et vertueux qui n'a point de ville , point de rois , mais qui vit dans toutes les villes et sous la domination de tous les rois. Dispersé au milieu des autres peuples de la terre, ce peuple ou cette Église doit un jour les posséder tous. Sa mission est de détruire les nationalités, et de reconstituer le genre hunuiin dans l'unité de Dieu.

Tel est le livre sur les Mœurs des dirétiens^ qui suivit de près les Mœurs des Israélites , tableau d'une vie moins poétique, mais plus pure que la vie patriarcale, car elle renferme deux vertus de plus : la charité et l'amour du prochain. Alors les chrétiens commençaient à trouver facile ce que les autres hommes repoussaient avec horreur, la souffrance et la pauvreté ; alors ils donnaient tout aux diacres, qui rendaient à chacun suivant ses besoins. On se réunissait pour la prière, on se réunissait pour les repas ; tout père était prêtre dans sa famille , tout chrétien était prêtre dans le temple. Les mères s'occupaient de 1 ame de leurs enfants ; elles leur donnaient avec le lait de leurs mamelles le lait évangélique, le véri-

table lait de vie. Saint Paul bénissait l'influence pieuse de la mère de saint Timothée ; saint Basile et saint Grégoire de Nysse se réjouissaient d'avoir reçu la foi de leur mère, et les prières de sainte Monique donnaient un grand saint à l'Église, a La preuve du soin qu'avaient les pères et les mères de bien instruire leur famille, dit Fleury, c'est qu'on ne voit dans toute l'antiquité chrétienne aucun vestige de catéchisme pour les enfants^ ni aucune instruction publique pour ceux qui avaient été baptisés avant l'âge de raison. » «Les maisons particulières étaient alors des églises, » dit saint Chrysostome. Éloge simple et sublime d'une des plus belles époques de l'histoire de l'humanité.

Le Grand Catéchisme historique, publié en 4683, un an après les Moeurs des chrétiens et deux ans après les Moeurs des Israélites, est un ouvrage d'un ordre moins élevé, quoique 'toujours également utile. L'auteur y met à la portée des plus simples intelligences les histoires de la Bible et de l'Ëvangile. C'est un compte-rendu de ce qui s'est passé entre Dieu et l'homme aux premiers jours du monde, puis à la venue de Moïse, puis à la venue de Jésus-Christ. On y enseigne les faits, la doctrine, les mystères ; et tout cela est dit au cœur et par le cœur, suivant le conseil de saint Augustin, qui veut que le disciple croie en écoutant, qu'il espère en croyant, et qu'il aime en espérant.

La préface de ce livre est un chef-d'œuvre de bon goût et de haute raison. On y trouve une poétique complète du catéchisme. Le catéchiste doit prendre sur lui toute la peine , se faire petit avec les enfants et avec les simples , étudier leur langage et entrer dans leurs idées pour s'y accommoder, sans toutefois tomber dans la bassesse ni bégayer avec eux'. Car le style peut être clair, naïf, et conserver cependant la majesté de la religion et le respect dû à la parole de Dieu. Après ces règles sur la manière de dire, viennent de sages observations sur ce qu'il est utile de dire et de ne pas dire. L'auteur, tout en reconnaissant la nécessité d'enseigner les mystères , blâme ceux qui croient édifier la jeunesse par le récit de certaines visions peu vraisemblables et de certains prodiges sans autorité. « On croit, dit-il, que tout est bon pour les enfants ;

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