‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 37 sur 131 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Division des études.

Revenons au choix des études , dont je me suis un peu écarté, pour parler des premières instructions et de la méthode générale d'enseigner. L étude est l'apprentissage de la vie. Elle doit nous fournir les moyens de bien agir, et d'user honnêtement du repos. La vie est courte ; la capacité du cerveau est bornée ; la jeunesse est le temps le plus propre pour apprendre. Je pense avoir établi tous ces principes, et avoir eu raison d'en conclure que l'on doit choisir avec grand soin ce que l'on doit faire apprendre aux jeunes gens. Mais pour bien faire ce choix, il ne faut pas le borner à une certaine espèce de gens ou à un certain genre d'études ; il faut embrasser tout d'une vue, autant qu'il est possible , toutes les différences des hommes et des connaissances qui leur conviennent. Considérons tout ce qu'il y a de créatures raisonnables de l'un et de l'autre sexe, de toutes conditions, tant de celles que l'on attribue à la fortune, comme la richesse, la pauvreté, la grandeur et la vie particulière , que de celles qui viennent du choix, comme l'épée, la robe, le trafic, et les métiers. Et quoique nous ne les regardions que dans un seul âge, qui est la jeunesse, ne laissons pas d'en examiner tous les degrés, depuis la première enfance jiisques à l'âge mûr et à l'état parfait de chacun. Quant aux connaissances, il

faut bien distinguer celles qui sont utiles de celles qui ne donnent que du plaisir ;• et diviser encore les premières, suivant les trois sortes de biens auxquels elles peuvent servir; les biens de rame, comme l'esprit et la vertu ; ceux du corps, comme la santé et la force ; et ceux que Ton appelle biens de fortune , et qui sont la matière des affaires. Entre ces connaissances utiles on peut distinguer celles qui le sont le plus, et compter pour nécessaires celles dont personne ne peut être privé sans être fort misérable. Ces distinctions supposées, il sera facile de régler le choix dont il s'agit : car il est évident, pour peu que Ton veuille suivre la raison , qu'il faut préférer ce qui nous sert immédiatement pour nous-mêmes , en tant que nous sommes composés de corps et d*ame, à tout ce qui est hors de nous; et qu'entre les choses extérieures, celles qui servent à la subsistance sont préférables à toutes celles qui ne donnent que du plaisir. Il est bien clair aussi que les personnes qui ont moins de loisir ou de capacité pour l'étude, comme les pauvres , les artisans , les gens de guerre et toutes les femmes, doivent être réduites aux connaissances les plus généralement utiles : car il n'est pas juste que tant de personnes qui ont de la raison, comme les autres, demeurent sans instruction. Enfin, pour la distinction des âges, on voit bien qu'il faut ménager les enfants, pour ne les pas accabler d'abord , et ne pas aussi laisser passer inutilement le temps où ils sont le plus capables d'apprendre. Je suivrai ces distinctions dans tout le reste de cet écrit , et j'examinerai premièrement les instructions les plus nécessaires à tout le monde, ensuite celles qui ne sont à l'usage que de ceux qui ont le plus de loisir, comme les riches et les gens de condition ; soit qu'elles leur soient fort utiles , 6(Nt qu'elles soient plus curieuses. Après , je marquerai quel ordre chaque élude pourrait avoir dans le cours de la jeunesse. Enfin je montrerai celles où chaque

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homme se doit appliquer dans tout le reste de sa vie, sui-» vant la profeasioii qu'il embrasse.

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