OpuacDles, t. i, p
S. Antoine, marquii de Fifaielen, lieutenant-K^éral dei ann^ea da roi, te diatinfua pw ta piété et par aa Taleur. Le grand Condé disait de Ini qu'il était également propre pour la conversation , la ipierre et le cabinet. Longtempa fameux par ses daela , il s« repentit , et l'on a de loi une note cnrieoBe , signée dana la ohapelle du séminaire de Salnt-Sulplce, le jour de la Pentecôte 1651 (l'année même de la nai«. •anee de Fénelon) , où il déclare publiquement qu'il no ae battra Jamaia en duel , ponr quelque cause que ce aoit. Cet acte , aigné par le maréihal do Fabert et plu. sieura autrea gcntilahommea qui avaient contracté le mCme engagement, fat autorisé et euTeffistré par le tribanal des maréchaïut de France.
leurs idées étaient les mêmes sur la prédication, renseignement des peuples, l'éducation des femmes et les devoirs des rois. Moins sévères que Bossuet, ils subissaient son autorité en l'adoucissant par Tamour, et Tesprit de l'Évangile respirait en eux.
Cette sainte union ne devait pas être stérile pour l'Église. Dès l'année 4 684 nous voyons l'abbé Fleury et Fénelon suivre Tévéque de Meaux dans son diocèse, y établir des missions et s'associa* è tous les actes de son ministère. L'office, le catéchisme, le sermon, l'exhortation pastorale qui précède la prière du soir, se faisaient en commun. Le maître encourageait les disciples par sa présence, et les disciples venaient s'inspirer de la parole du maître. Rien n'était écrit; on parlait d'abondance, et sans autre préparation que la lecture de l'Évangile. Bossuet fut le premier qui donna cet exemple, et ses disciples le suivirent. On a souvent raconté comment un jour, au moment où le saint évéque se disposait à monter en chaire, Fleury, étant entré dans son oratoire, le trouva à genoux, la tète découverte, une Bible à la main, et absorbé dans ses méditations. C'est ainsi qu'il se préparait à enseigner la sagesse de Dieu. Et, il faut bien le dire, jamais Bossuet ne fut plus puissant que dans ces improvisations , mélange sublime de la foi la plus soumise et des pensées les plus hardies. Le propre de son éloquence était de fendre les cœurs, de procéder, comme il le disait lui-même, par éclairs et par coups de tonnerre. Génie superbe qui parlait comme le Dieu de Moïse, écho formidable de la voix sortie du buisson ardent , et qui portait avec elle les convictions de l'épouvante et les entraînements de l'admiration l
Et alors on voyait accourir de toutes parts une foule d'hérétiques qui se pressaient sous les voûtes du temple, curieux de l'éloquence du nouvel apôtre, et bientôt vaincus par cette éloquence qui les contraignait d'entrer par les visions de la mort et de l'enfer.
Mais souvent le même jour, dans le même temple, une voix plus douce se faisait entendre ; celle-là ramenait les âmes de l'effroi à l'espérance. C'était la voix de Féuplon. On eût dit l'interprète d*une autre loi. Avec quels élans de cœur il parlait de la vertu 1 comme il la faisait belle et facile 1 comme elle se confondait avec l'amour ! En l'écoutant on ne songeait pas à l'éloquence, on ne sen-
tait €|ue Taffection et la tendresse. Nod, jamais les saintes paroles n'avaient coulé plus abondantes I C'était une source trop pleine qui s'épanchait sans efforts, et dont les eaux salutaires communiquaient aux âmes une paix délicieuse et un détachement parfait. Ainsi parlait le disciple après le maître, et souyent il arrivait que des mou» vements si vrais de piété et de charité évai^liques frappaient Bossnet au cceur, et le rendaient infidèle à ses sévérités.
L'abbé Fleury prêchait aussi quelquefeia. Son éloquence, moins ardente que celle de Bossuet, moins gracieuse que oeHe de Fénelon, nais presque aussi douce, était ornée de savoir. 11 ne parlait ni à l'imagination ni à la sensibilité, il parlait k la foi. On sentait dans ses paroles la science des livres saints et le sens exquis d'un homme de goût. Le mouvement poétique lui manquait, mais il y suppléait par je ne sais quoi d'expansif qui enchaînait l'attention et qui char> mait l'auditoire. Son but à lui était d'instruire ; en sorte que les discours de Bossuet et de Pénelon étaient de véritables préparations aux siens. Lorsque les âmes , vivement émues de l'éloquence de ces deux grands maîtres, devenaient accessibles à lumière, il arrivait , lui , avec la science et la charité , enseignait ce qu'il fallait croire, disait ce qu'il fallait aimer ou oraindre, prêchait enfin la religion du catéchisme sans aller plus loin, mais clairement, mais suivant l'ordre historique et l'esprit de l'Évangile. C'était l'homme de principes qui consolidait roeorre des hommes d'éloquence et d'inq^iration.
On voit que l'abbé Fleury enseignait dans la chaire évangélique comme il eût enseigné dans la chaire du professeur. Il s'était fait un système de prédication en harmonie avec son genre de talent, et dont le but unique était d'instruire. H possédait aussi l'art suprême de se proportionner aux intelligences,' et de parler au peuple des plus hantes vérités de la morale et de \& religion dans une langue que le peuple entendait. Pour apprécier ses idées à ce sujet, il suffit de lire son excellent ZK^cours mh* la prédication , œuvre courte, précise, délicieuse, pleine de charité, véritable poétique du genre, et que les évéques devraient faire réimprimer chaque année et distribuer à tous les curés du royaume. C'est là qu'il établit cette grande vérité déga établie par Jésus-Christ , et cependant encore si
peu connue, que la parole de Dieu doit être préchée simplement, sans dialectique ni rhétorique , et que, dans le plus grand nombre de cas, Téloquence y est inutile. Que deviendrait l'Église, si la religion ne pouvait être enseignée que par des hommes de génie? L'éloquence est rare, la clarté et la charité seules peuvent être universelles. Et d'ailleurs l'éloquence même sait descendre et se proportionner à l'intelligence de ceux qui écoutent. Voyez saint Augustin, ses livres "de controverse sont pleins d'images poétiques et de formes véhémentes ; ils s'adressent aux savants et aux philosophes. Mais ses sermons sont simples, sans aucun de ces grands mouvements qu'on admire dans les sermons de saint Gyprien et de saint Chrysostome : e'est que ceux-ci parlaient à Garthage , à Antioche, à Gonstantinople, devant l'élite du monde civilisé, tandis que saint Augustin, confiné dans la petite ville d'Hippone, parlait à des gens de mer, à des bourgeois , à des ouvriers , à des marchands, dont il fallait saisir l'esprit par des images tirées de leur état, et surtout par l'aSection et la tendresse. Voilà pourquoi les sermons de saint Augustin sont les plus simples de ses ouvrages. La belle pensée de Fleury fut donc, en imitant saint Augustin, de faire descendre la parole de Dieu jusqu'à l'instruction populaire, ce qui est sa véritable mission.
Le souvenir de ce carême, prêché par ces trois grands maîtres de l'éloquence et de la science , nous a été conservé dans un registre de l'abbaye de Saint-Faron, dont une copie est sous nos yeux, où l'on écrivait jour par jour les travaux de l'évêque et de ses deux disciples : c'est la seule trace qui soit restée de cette lutte d'éloquence et d'enseignement qui excite aujourd'hui un intérêt si vif, et dont nous cherchons vainement les détails dans les auteurs contemporains.
On y voit comment l'illustre prélat assistait à l'instruction religieuse des petits enfants, et aussi comment il faisait lui-même le catéchisme : comment il se rendait de paroisse en paroisse, suivi de Fénelon et de Fleury, et comment toutes les populations des hameaux voisins accouraient processionnellement au-devant d'eux, portant la croix et ayant leur curé à leur tête.
On y lit ces paroles, répétées sous diverses formes à chaque
page : « Le peuple s' étant assemblé au son des cloches, Monseigneur lui parla brièvement et familièrement snr les principaux de- Toirs de la vie chrétienne , et il finit en recommandant sur toutes choses au curé et aux pères de famille T instruction des petits enfants. »
On y lit encore : « Aujourd'hui, Monseigneur a continué de recevoir les curés y et à six heures il a assisté au sermon de Tabbé Fleury ; ci-derant professeur de monseigneur le duc de Vennandois, sur l'amour de Dieu. »
A l'article du prieuré de Sainte-Foi, il est dit : « Monseigneur a aussi écouté les curés du voisinage qui avaient à l'entretenir sur l'état de leur paroisse ; et vers les six heures du soir il est allé entendre le sermon de M. l'abbé de La Mothe-Fénelon sur le sujet de l'aumône. A la fin du sermon , il a donné solennellement sa bénédiction au peuple. »
a Et tous les jours après le repas, Monseigneur décidait les c«s de conscience qui lui étaient proposés, soit par les missionnaires, soit par les laïques qui venaient de toutes les parties du diocèse pour le consulter*. »
S'il y a une chose frappante à cette époque, c'est le soin que prenait l'Église pour l'instruction morale et religieuse de la multitude. Ses plus beaux génies , ses plus belles âmes se mêlaient incessamment à la grande ame du peuple, afin de jeter quelques consolations à ses misères , quelques lumières à ses ténèbres. Ainsi l'homme le plus obscur, le dernier entre les derniers, pouvait avoir Fleury pour catéchiste et Fénelon pour consolateur; il pouvait, aussi bien que Louis XIV, s'instruire à la voix de Bossuet, et recevoir la lumière des princes de l'Église. La parole divine était pour tous, et la présence de Dieu sans cesse rappelée à tous par des instructions, par des sermons, par des prières et par le son des cloches, qui dématérialisait le peuple, en mêlant une idée religieuse à tous les travaux de la journée.
Malheureusement , comme nous l'avons dit un peu plus haut , il n'est rien resté de ces improvisations familières, qui n'avaient d'au-
1. Extrait des proeès-rerbaux do viaitei faites par monseiipienr Jocqnes-B^nigno BosMxet, éréqae d« Meanx (muatuerit faisant partie de ma bibliothèque).
txes auditeurs que les simples habitants de la campagne : c'est uae perte pour la postérité. L'abbé Fleury et Féaelon, ces instituteurs des princes, Bossuet, le prédicateur du Louvre, dans une église de village faisant descendre leur puissante porole jusqu'à la faible intelligence des enfants et des villageois : il y a là quelque chose qm touche et qui étonne, et dont la lecture des ouvrages de ces gcands hommes ne pourra jamais donner aucune idée.
Cependant ces missions apostoliques ne remplisssalent pas si bien la vie de Bossuet et de ses disciples qu'il ne leur restât quel*ques heures dont ils disposaient pour l'étude ou la conversation. Alors on les voyait courir à Germigny ^. Là se réunissaient, autour iïûne table firugaie dont Bossuet faisait les honneurs, Pellisson,. Re^ naudot, les abbés de La Broue, de Langeroa et de Saint-Luc, les deux Looguerue , La Bruyère, d'Herbelot, Galland, Santeul; enfin tout ce que l'Académie et l'Église avaient de plus illustre. Qu'on se figure le charme de cette réunion, où régnaient, au milieu d'une joie modeste, la politesse, le génie et la liberté. Quelles conversa* tiens, quelles discussions pleines de science et de conscience 1 S'élevait-il une difficulté historique, l'abbé Fleury redisait les temps passés, et marquait avec précision les différentes époques de l'Église ; la discussion devenait-elle religieuse , Bossuet explicpiait le ■dogme, citait les prophètes, et de toutes les flammes de son génie éclairait l'apparente obscurité des livres saints. Renaudot, Pellisson, parlaient de Descartes avec enthousiasme, et aussi avec les restrictions pieuses et scolastiques de l'époque. Puis venait La Bruyère, qui, n'ayant point encore publié son ouvrage, l'essayait dans la conversation; il peignait la cour et la ville, et dans des portraits indi» viduels il renfermait le tableau du monde. Mais rien n'étatt comparable à l'effet produit par Fénelon lorsque, pénétré de l'esprit de l'Évangile, il développait les doctrines de charité et d'amotir. Tous ceux qui l'ont connu ont porté ce témoignage, qu'une fois en sa présence, on ne pouvait ni cesser de l'écouter, ni détacher les yeux de •cette physionomie si pure et si harmonieuse : et, en effet, il y avait en lui quelque chose de divin qui rappelait le disciple bien^imé,