CHAPITRE XXXI
Histoire naturelle.
Après l'histoire des mœurs et des actions des hommes, l'étude la plus utile, ce me semble, est l^histoîre naturelle. Je comprends sous ce nom toutes les connaissances positives et fondées sur l'expérience, qui regardent la construction de l'univers et de toutes ses parties autant qu'en a besoin un homme qui ne doit être ni astronome, ni médecin, ni physicien de profession. Car encore ne feut-il pas ignorer tout à fait ce que c'est que ce monde où nous habitons, ces plantes et ces animaux qui nous nourrissent,. ce que nous sommes nous-mêmes. Je sais bien que la connaissance de nous-mêmes est la plus né-
oesëaire de toutes; mais c'est la conoaissance de Tame que je rapporte à la logique et à la morale. Pour le corps, comme nous le gouvemous bien moins par la connaissance que par une volonté aveugle, qui est suivie des mouvements qui dépendent de nous, sans que nous connaissions les ressorts et les machines qui en sont les causes prochaines, la connaissance particulière de sa structure ne nous sert guère que pour en admirer Fauteur, qui n'est pas moins admirable dans les autres animaux et dans les autres parties de la nature. Il est vrai que nous devons être plus touchés de ce que nous trouvons en nousmêmes. D'ailleurs la connaissance de notre corps est fort utile pour entendre les passions, leurs causes et leurs remèdes, qui est une grande partie de là morale, et pour discerner ce qui est propre à conserver la santé de ce qui lui est contraire, qui est une des études que j'ai marquées entre les plus nécessaires.
Celte histoire naturelle, ou physique positive, comprendrait donc la cosmographie et Tanatomie. Par la cosmographie ^ j*entends le système du monde, la disposition des astres, leurs distances, leurs grandeurs, leurs mouvements « suivant les dernières observations des astronomes les plus exacts, s'en rapportant à eux comme à des experts dignes de foi, sans examiner leu» preuves. Jy comprends aussi les météores, non pour en chercher les causes, mais seulement pour connaître les faits; la description de la terre, non pas tant de sa surface, qui regarde la géographie et se rapporte à Thistoire morale, que de sa profondeur et des difiérents corps qu'elle contient 11 semble d'abord que ces connaissances ne soient que de pure curiosité; mais elles sont en eflet fort utiles pour élever Tesprit et lui donner de l'étendue, fournir des idées justes de la sagesse infinie et de la toute-puissance de IMeu, de notre fiftiblesse et de la petitesse de toutes les
choses humaines. Sous le nom iïanatomie, je comprends celle des plantes aussi bien que celle des animaux; et sans se répandre dans la curiosité, qui n*a point de bornes, je voudrais que mon disciple connût bien les animaux de son pays, les plus fameux des pays étrangers, et les plantes les plus d'usage ; qu'il sût distinguer les principales parties d'une plante et d'un animal.; qu'il vit comment tous ces corps vivants se nourrissent et se conservent; mais particulièrement qu'il vit la structure admirable des^ ressorts qui font mouvoir les animaux ; je dis ce que l'on en touche au doigt, c'est-^-dire les os et les muscles. On pourrait, suivant son loisir et son génie, pousser cette étude jusques à la connaissance des arts, qui emploient des machines fort ingénieuses, ou qui produisent des changements considérables dans les corps naturels, comme la chimie, la fonte des métaux, la verrerie, la pelleterie, la teinture, etc.