CHAPITRE XXXII
Géométrie.
Je mets encore la géométrie au nombre des études les plus utiles à tout le monde : les Grecs en jugeaient ainsi, et la faisaient apprendre à tous les enfants. En effet, elle ne contient pas seulement les principes de plusieurs arts très utiles, comme les mécaniques, l'arpentage, la trigonométrie, la gnomonique, l'architecture tout entière, et particulièrement la fortification, de si grand usage aujourd'hui ; mais elle forme l'esprit en général, et fortifie extrè-moment la raison; elle accoutume à ne se pas contenter des apparences, à chercher des preuves solides, à ne se^ point arrêter tant que l'on peut douter avec ta moindre vraisemblance , et à discerner ainsi les raisons convaincantes et démonstratives d'avec les simples probabilités. Elle serait dangereuse toutefois, si elle n'était précédée
de la logique , telle que je Tai marquée entre les études aécessaires; car c'est de cette logique qu'il faut prendre les grandes règles de l'évidence, de la certitude et de la démonstration , pour ne pas croire qu'il n'y ait que des choses sensibles et imaginables, comme sont ks objets de la géométrie que nous connaissons clairement ; qu'il n'y ait des raisonnements certains que touchant le rapport des angles et des lignes, ou les proportions des nombres, et qu'il faille chercher en toutes matières la même espèce de certitude. Mais quand on aura fondé ces distinctions et ces règles générales par une bonne logique, la géométrie fournira un grand exercice de définir, de diviser et de raisonner.