‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 77 sur 131 · II. Leurs biens et leurs occupations · texte numérisé non relu

II. Leurs biens et leurs occupations

La richesse des patriarches consistait principalement en bestiaux; il fallait qu'Abraham en eût beaucoup quand il fut obligé de se séparer de son neveu Lot , parceque la terre ne les pouvait contenir ensemble. Jacob en avait un grand nombre quand il revint de Mésopotamie *, puisque le présent qu'il fit à son frère Ésaii était de cinq cent quatre-vingt-dix pièces de bétail; et l'on y voit quelles espèces de bétes ils nourrissaient» : des chèvres, des brebis, des chameaux, des bœufs et des ânes; il n'y avait ni chevaux ni porcs. C'était ce grand nombre de troupeaux qui leur faisait tant estimer les puits et les citernes, dans un pays qui n'a point d'autre rivière que le Jourdain, et Où il ne pleut que rarement.

Ils avaient encore des esclaves , et Abraham devait en avoir un grand nombre ', puisque, entre ceux qui étaient nés chez lui et qu'il avait exercés , il arma jusqu'à trois cent dix-huit hommes ; il devait avoir à proportion bien des enfants , des vieillards , des femmes et des esclaves achetés ^ A son retour d'Egypte il est dit qu'il était riche en or et en argents Les bracelets elles pendants d'oreilles que son serviteur Éliézer donna de sa part à Rébecca étaient de six onces d'or, et l'acquisition de son sépulcre fait voir qu'ils avaient dès lors l'usage de la monnaie «. On voit qu'ils usaient de parfums et d'habits précieux par ceux d'Ésaii, dont Jacob se servit pour recevoir la bénédiction de son père ^.

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DES ISRAÉLITI*. 337

Avec toutes ces richesses, ils étaient fort laborieux, toujours à la campagne , logés sous des tentes, changeant de demeure suivant la commodité des pâturages, par conséquent souvent occupés à camper et à décamper, et souvent en marche ; car ils ne pouvaient faire que de petites journées avec un si grand attirail. Ce n'est pas qu'ils n'-eussent pu balir aussi bien que les autres habitants du même pays , mais ils préféraient cette manière de vie. E le est sans doute la plus ancienne, puisqu'il est plus aisé de dresser des tentes que de bâtir des maisons, et elle a toujours passé pour la plus parfaite, comme attachant moins les hommes à la terre '. Aussi elle marquait mieux rétat des patriarches, qui n'habitaient cette terre que comme voyageurs, attendant les promesses de Dieu.. qui ne devaient s'accomplir qu'après leur mort. Les premières villes dont il soit parlé furent bâties par des méchants; par Caïn ^ et par Nemrod : ce sont eux les premiers qui se sont enfermés et fortifiés , pour éviter la peine de leurs crimes et en faire impunément de nouveaux. Les gens de bien vivaient à découvert et sans rien craindre.

La principale occupation des patriarches était le soin de leurs troupeaux ; on le voit par toute leur histoire , et par la déclaration expresse que les enfants de Jacob en firent au roi d'Egypte ^ Quelque innocente que soit Tagriculture, la vie pastorale est la plus parfaite; la première fut le partage de Caïn , et l'autre d'Abel : elle a quelque chose de plus simple et de plus noble, elle est moins pénible, elle attache moins à la terre, et toutefois elle est d'un plus grand profit. Le vieux Caton mettait les nourritures , même médiocres , avant le labourage , qu'il préférait aux autres moyens de s'enrichir*.

Les justes reproches que Jacob faisait à Laban montrent

' Heh. XT, 9, 13. — ^ Gen. TV, 17, X, 1». — 3 Gcn. XLIIÏ, 3. — * De Re nist. init. n.

que les patriarches prenaient ce travail fort sérieusement, et qu'ils ne s'y épargnaient pas. « Je vous ai servi vingt ans, dil-il, souffrant tontes les injures du temps, portant la chaleur du jour et le froid de la nuit, et me dérobant même le sommeil *. » On peut juger du travail des hommes par celui des filles : Rébecca venait d'assez loin pour puiser de l'eau et s'en chargeait les épaules*, et Rachel menait elle-môme le troupeau de son père * ; leur noblesse ni leur beauté ne les rendait point plus délicates. Cette première simplicité s'est conservée longtemps chez les Grecs, dont nous estimons la politesse avec tant de raison. Homère en fournit partout des exemples, et les poésies pastorales n'ont point d'autre fondement. Effectivement en Syrie, en Grèce et en Sicile il y avait encore, plus de quinze cents ans après les patriarches, d'honnêtes gens qui s'occupaient à nourrir des bestiaux , et qui , dans le grand loisir de cette espèce de vie et la belle humeur que ces beaux pays inspirent, faisaient des chansons fort naïves et fort agréables.

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