Histoire de Bossuet, t. ii, p
S. Vovcs à la fin de La Notice quelques frsgmenU de ces notes, publiés iei pour la première foi».
S. Vojre» tm lirre intitulé « La mauraise foi de M. l'abb* Fleory prouvée par pltuieara passades des saints Pères, » etc. L'autour, le père Baudouin de Bonata, augnstin. termine son lirre en disant que « VUistoire etelésiastiqMe mérite d'être arra. chée des mains des fidèles. » Page 19t.
vait ni approuver ni condamner sans frapper au cœur d'un ami'. 11 se retrancha donc dans un modeste silence , et parut ne point s'occuper de ce qui occupait toute l'Europe. Cependant on peut conclure, des principes généraux répandus dans ses ouvrages, qu'il blâmait également et les violences théologiques de Bossuet , et les recherches trop raffinées de Fénclon ; et ce jugement mérite d'autant plus d'être remarqué, que les doctrines du quiétisme le ramenaient aux plus douces époques de sa vie , lorsque , jeune encore , il recevait des mains de M. de Gaumont les livres mystiques de sainte Thérèse, et que la voix pieuse du vieillard l'invitait aux visions de la prière et aux prodiges de la contemplation.
Le quiétisme a occupé toute l'Europe, il a divisé la cour et la ville, Versailles et Rome; il a produit des centaines de volumes, et il est aujourd'hui complètement oublié; le fond de la doctrine même est peu connu : il offre cependant une question grave digne de curiosité, puisqu'il s'agit de savoir jusqu'à quel point notre ame peut se détacher de la terre , et par quel chemin de perfection elle peut arriver à Dieu.
La bonne femme que Joinville rencontra en Palestine, et qui d'une main tenait un brasier pour brûler le paradis , de l'autre un vase plein d'eau pour éteindre l'enfer, afin, disait-elle, de forcer le genre humain à aimer Dieu pour lui-même, cette bonne femme avait pressenti la doctrine de Fénelon 1
imour pur, sans désir de récompense et sans crainte de punition !
imour pur, résigné à la volonté de Dieu jusqu'au point d'accepter sans murmurer notre damnation étemelle, si telle était sa sainte volonté ! état parfait de l'ame, suivant Fénelon 1
Cette doctrine touche au sublime par l'abnégation des intérêts humains, mais elle fait naître deux questions importantes :
4« Peu^on considérer le détachement complet des choses terrestres et le sacrifice de tous nos intérêts à la volonté de Dieu comme l'expression véritable de la sainteté?
2«^ Cet abandon complet n'offrirait-il rien de dangereux pour les moeurs , pour la morale et pour la société ? En d'autres termes, ne viole- t-îl pas les lois de la nature?
La première question est résolue par le fait. Oui, le détachement
sans réserve des choses terrestres , la soumission ft la volonté de Dieu, dégagée de la crainte et de l'espérance, voilà bien les degrés de la vie ascétique et contemplative, le point de perfection vers lequel les saints gravitaient dans les premiers siècles , avec plus ou moins d'ardeur et d'amour.
Sous ce rapport Fénelon ne se trompe pas , sa doctrine exprime on fait dont la preuve se trouve à chaque page de la vie des saints.
Aussi les examinateurs nommés par le pape disaient-ils qu'on ne pouvait condamner Fénelon sans condamner saint François de Sales et saint Thomas , sans condamner la doctrine céleste de tous les saints canonisés par le saint-siége • .
Théologiquement parlant, la première question lui était favorable ; il n'en est pas de même de la seconde, et les résultats de la doctrine peuvent faire douter qu'elle soit vraie. En effet, le mépris des intérêts matériels, lorsqu'il est complet, conduit nécessairement à l'indifférence du bien et du mal. Qu'importent les choses d'ici-bas à qui vit d'extases et de visions ? On laisse le corps aller comme il peut sur la terre, et pendant ce temps l'âme voyage dans le ciel. Belle doctrine pour les hypocrites 1
Bien plus, le quiétisme est dangereux en ce qu'il décomplète l'homme , en ce qu'il le prive des facultés que Dieu lui a données , facultés qu'il doit régler et non détruire; en ce qu'il l'arrache à son pays , à sa famille , à ses devoirs , à la loi humaine , à la loi de la nature, pour le livrer à des abnégations égoïstes, à des contemplations insensées, au double suicide de son corps et de sa raison.
Ainsi le quiétisme , considéré sous le rapport philosophique , est une doctrine condamnée en ce sens qu'elle est immorale, et aussi en ce sens qu'elle est rétrograde , c'est-à-dire qu'elle tend à réaliser aujourd'hui des faits déjà accomplis , des faits qui ont dû servir à rétablissement du christianisme , à une époque où les peuples ne pouvaient se dématérialiser que par de grands exemples de détachement et de contemplation céleile.
Chose remarquable I la société s'est développée et réformée par l'action même de la doctrine ascétique, qui semblait devoir la dé-