IX. Purifications
Les purifications ordonnées par la loi avaient les mêmes fondements que la distinction des viandes. Les peuples voisins en pratiquaient de semblables, entre autres, les Égyptiens , chez qui les sacrificateurs se rasaient le poil tous les trois jours, et se lavaient tout le corps deux fois la nuit et deux oq trois fois le jour ^ Les purifications légales des Israélites étaient utiles pour la santé et pour les mœurs. La netteté du corps est un symbole de la pureté de l'âme, et de là vient que quelques saints, par esprit de pénitence , ont affecté d'être malpropres pour se rendre plus méprisables, et faire mieux paraître au dehors l'horreur qu'ils avaient de leurs péchés. De là vient encore que la purification extérieure est appelée dans l'Écriture sanctification, parcequ'elle rend sensible la pureté intérieure avec laquelle on doit s'approcher des choses saintes. On peut même dire que la propreté est un effet naturel de la vertu , puisque la saleté ne vient pour l'ordinaire que de paresse et de bassesse de cœur.
La netteté d'ailleurs est né^^ssaire pour entretenir la santé et prévenir les maladies, surtout dans les pays chauds. Aussi les hommes y sont naturellement plus propres ; la chaleur invite à se dépouiller, à se baigner et à chîmger souvent d'habits; au lieu que dans les pays froids
» Herod. 2. — PoRPHYR. De abtl.
on craint l'eau et l'air, on est plus engourdi et plus paresseux. Il est certain que la saleté où vivent parmi nousla plupart des petites gens , surtout les plus pauvres , et dans les villes, cause ou entrelient plusieurs maladies: que serait-ce dans les pays chauds , où Tair se corrompt plus aisément et où les eaux sont plus rares? De plus , les anciens se servaient peu de linge , et la laine n'est pas si facile à nettoyer.
Admirons ici la sagesse et la bonté de Dieu, qui avait donné à son peuple des lois utiles en tant de manières, puisqu'elles servaient tout ensemble à les accoutumer à l'obéissance, à les éloigner de la superstition, à régler leurs mœurs et à conserver leur santé. C'est ainsi que dans la structure des animaux et des plantes nous voyonstant de parties qui servent à plusieurs usages. Or, il était important que les préceptes de propreté fissent partie de la religion , parceque , regardant le dedans des maisons et les actions les plus secrètes de la vie, il n'y avait que la crainte de Dieu qui pût les faire observer. Cependant , par ces choses sensibles , Dieu formait leur conscience, et les accoutumait à reconnaître que rien ne lui est caché, et qu'il ne suffit pas d'être pur aux yeux des hommes. TertuUien ' prend ainsi ces sortes de lois quand il dit : « Même dans le commerce de la vie et de la conduite des hommes, au dedans et au dehors, il a tout déterminé, jusqu'à prendre soin de leur vaisselle, afin que, rencontrant partout ces préceptes de la loi, ils ne pussent être un moment sans regarder Dieu. » Et ensuite : • Pour aider cette loi , plutôt favorable que pesante, la même bonté de Dieu a aussi ordonné des prophètes, qui enseignaient ces maximes dignes de lui : Otez la malice de vos âmes, elc.^. » De sorte que le peuple était suffisamment instruit de la signification de toutes ces cérémonies et de ces pratiques sensibles.
' Tertoll. In Marc, II, 19. . Isv 1, 16.
Voilà le fondement des lois qui ordonnent de se baigner 'Ct de laver ses habits après avoir touché un corps mort »ou un animal immonde , et en plusieurs autres rencontres. De là vient la puriRcation des vases par Teëu ou par le feu , des maisons où il parmssait quelque corruption , des femmes après leurs couches ; et la séparation des lépreux, <Iuoique la lèpre blanche, qui est la seule dont parle rËcriture, soit plutôt une difformité qu'une maladie '.
C'étaient les prêtres qui séparaient les lépreux , qui jugeaient les autres impuretés légales et prescrivaient la manière des purifications. Ainsi ils faisaient une partie de la médecine; et quoiqu'il soit quelquefois parlé de méde- •cins dans l'Écriture, on peut croire que c'étaient des chirurgiens, car chez les anciens ces professions n'étaient point distinguées. Il en est parlé dans la loi , quand elle <!ondamne celui qui a blessé un homme à payer les salaires des médecins 2; et ailleurs il est fait mention de bandages , d'emplâtres et d'onguents , mais non , que je ^che, de purgation et de diète. Le roi Âsa ayant la goutte, est blâmé d'avoir eu trop de confiance en l'art des médecins '. Peut-être les Israélites suivaient-ils encore les mêmes maximes que les Grecs des temps héroïques, dont les médecins , au rapport de Platon *, ne s'appliquaient qu'à panser les plaies par des renèdes topiques, sans prescrire de régime , supposant que les autres maux seraient aisément prévenus ou guéris par la bonne constitution et la conduite raisonnable des malades : pour les blessures, il ^t difficile qu'il n'en arrive par divers accidents , ne fûtce que dans le travail.
• Les Israélites fuyaient le commerce des étrangers , et
• « Levil. 11, 3 23, etc. — Num. 13, 23. — Levit. 14, 34. — ibid. 12. — ibid. 23. — AUG. 2. qu. —- Evang. 40.
' ' Ps. 87, 11. — Isa. 3, 7. — Ex. 11, 19. — Isa. 1,6.— Jer. 8, 21 16, 11.
^ Par. 16, 12. — * Plat. Rep, 3.
c'était uae suite de ces lois pour les pucjfications et le choix des viandes ; car quoique la plupart des peuples voisins eussent des coutumes approchantes , elles n'étaient pas les mêmes. Ainsi un Israélite avait toujours droit de présumer que l'étranger qu*il rencontrait avait maugé du porc, ou des victimes offertes aux idoles , ou touché quelque béte immonde. De là vient qu'il n'était permis ni de manger avec eux ni d'entrer dans leurs maisons ; et cette séparation était encore utile pour les mœurs, servant comme de barrière contre la trop grande fréquentation avec les étrangers , qui est toujours pernicieuse au commun des hommes , et qui Tétait plus encore alors à cause de l'idolâtrie. Les Égyptiens étaient fort attachés à celte maxime ' ; l'Écriture marque qu'ils ne mangeaient point avec les Hébreux , et Hérodote • témoigne qu'ils ne vou- . laient ni baiser un Grec, ni se servir de son couteau ou de sa vaisselle. Encore aujourd'hui les mahométans ont plusieurs pratiques semblables ; mais ceux qui en ont le plus, et qui y sont attachés avec le plus de* superstition , sont les Indiens.
Les Israélites ne s'éloignaient pas toutefois également de toutes sortes d'étrangers, quoiqu'ils les comprissent tous sous le nom de Goïm ou Gentils, Ils abhorraient tous les idolâtres, parliculièremenl les incirconcis; car ils n'é-^ talent pas les seuls qui pratiquassent la circoncision : elle était en usage chez tous les descendants d'Abraham, comme les Ismaélites, les Madianites et les Iduméens^^ chez les Ammonites et les Moabites, descendus de Lot. Les Égyptiens mêmes , quoique leur origine n'eût rien de commun avec les Hébreux , regardaient la circoncision comme une purification nécessaire, et tenaient les incirconcis pour immondes. Quant aux Israélites, ils souffraient les incirconcis qui adoraient le vrai Dieu *, jusques à leur
' Gen. 43, 32.- * Herod.2.- 3 Jbrkm. 9, 2.- 4 Hbrod. — P Ai/on.
permettre d'hàfiiter dans la terre sainte, pourvu qu'ils observassent la loi de nature et l'abstinence du sang; mais s'ils se faisaient circoncire , ils étaient réputés enfants d'Abraham, et, par conséquent, obliges à observer toute la loi de Moï^^e. Les rabbitis nommen« ces derniers « prosélytes de justice *, » et ils nomment « prosélytes d'habitation » les fidèles incirconcis qu'ils appellent autrement Noachides^ comme n'étant obligés qu'aux préceptes que Dieu donna à Noé au sortir de l'arche ^, Du temps de Salomon , il se trouva plus de cent cinquante mille prosélytes dans la terre d'Israël.
De tous les étrangers, ceux que les Israélites devaient plus fuir étaient les nations maudites descendues de Chanaam, que Dieu leur avait commandé d'exterminer. Je ne vois que ceux-là , comme je l'ai déjà dit , avec qui il leur fût défendu de contracter des mariages ^. Moïse épousa une Madianite; Booz est loué d'avoir épousé Ruth, Moabîte. La mère d'Absalon était fille du roi de Gessur ; Amasa était fils d'un Ismaélite et d'AbigaïI , sœur de David*; Salomon épousa la fille du roi d'Egypte dès le commencement de son règne , dans le temps où il élait le plus agréable à Dieu *. Ainsi , ce que l'Écriture dit ensuite , pour blâof>er ses mariages avec les étrangères, se doit entendre des Cbananéennes qu'il avait épousées, et de ce qu'au lieu de convertir les autres, il avait eu pour elles des complaisances criminelles, jusqu'à adorer leurs idoles.
A plus forte raison les mariages étaient libres entre tous les Israélites, et il n'était point nécessaire de se marier «chacun dans sa tribu , comme l'ont cru plusieurs , même des Pères de l'Église, Cette loi était particulière aux filles, <iui étaient héritières , pour ne pas confondre les partages •.
' Selden. Jure nal. — » 2 Par. 2, 17.— ^ Ex. 34» 16. — 4 Deul. 7, 3. — 2 Reg. 3, 3. — 1 Par, 2, 17. — ^ 3 Reg. 3, 1. — ibid. Il, l. ^
* Num. 36, 7, 8, etc.
leur pratique s y accorde * ; si Ton étudie bien le cantique de Salomon , on y trouvera sept journées bien marqua, pour représenter la première semaine de ses noces ^.
On voit dans le même cantique les amis de l*époux et les compagnes de l'épouse , ce qui était encore de la fête ; répoux avait de jeunes hommes qui se réjouissaient avec lui ; répouse, de jeunes filles. On donna aussi trente compagnons à Samson '. Dans TËvangile ^ il est parlé des amis de Tépoux et des filles qui viennent au-devant de répoux et de l'épouse. L'époux portait une couronne en signe de joie , et la tradition des Juifs en donne aussi à l'épotïse. On les conduisait avec des instruments de musique , et les assistants tenaient à leurs mains des branches de myrte et de palme. ♦
Au reste , je ne vois point que leurs mariages fussent revêtus d'aucune cérémonie de religion , si ce n'est des prières du père de famille et des assistants , pour attirer la bénédiction de Dieu; nous en avons des exemples dans les mariages de Rebecca avec Isaac, de Ruth avec Booz, de Sara avec Tobie s. Je ne vois point que l'on offrît des sacrifices pour ce sujet, que l'on allât au temple ou que l'on fît venir les prêtres : tout se passait entre les parents et les amis, aussi ce n'était encore qu'un contrat civil.
Pour la circoncision des enfants , c'était à la vérité un acte de religion, et très nécessaire alors à quiconque devait entrer dans l'alliance d'Abraham ; mais elle se faisait aussi dans les maisons particulières, sans ministère de prêtres ni de lévites. Si l'on y appelait quelque personne publique , c'était quelque espèce de chirurgien exercé à cette opération , comme les Juifs en oQt encore, qu'ils nomment
' Cad. Talm. — Pirce Abot. 13. — 2 Seld. aux Hébr. II, 13. — ^ BuxTORF. Synag. Jud. 28. — JuD. XIV, 11. — Jofi. III, 11, 9. — i Mattii. IX, 15. - ibid. XXV. — CanL III , 11. — l84. LXI, 10. — Pirce Adot. 19. — Seldbh. 16. — Ibid. — * Gen, 24, 60. — RuTH. 4, 11. — T(>B. 7, lô.
moled. En toutes ces cérémonies , il faut prendre garde ù ne nous pas laisser tromper par les peintures modernes , comme j'ai dit des habits.
Loin de craindre la multit^ude des enfants , les Israélites ]a souhaitaient; outre l'inclination naturelle, la loi leur en donnait de grands motifs. Ils savaient que Dieu en créant le monde, et en le réparant après le déluge, avait dit aux hommes : «t Croissez et multipliez^ et remplissez la terre '. » Ils savaient qu'il avait promis à Abraham une postérité innombrable ; enfin que d'entre eux devait naître le Sauveur du monde : et ils n'étaient point pressés de ces intérêts sordides qui font aujourd'hui regarder comme un malheur la bénédiction des mariages. Leur vie frugale faisait que, tant que leurs enfants étaient petits, ils leur coûtaient peu à nourrir et moins encore à vêtir ; car, dans les pays chauds , on les laisse souvent nus ; et quand ils étaient grands, ils les aidaient dans leur travail, et leur épargnaient des esclaves et des serviteurs à gages. Aussi avaient-ils peu d'esclaves à proportion *. Siba , serviteur de Satil , cultivait le patrimoine de Miphiboseth avec ses quinze fils et vingt esclaves. Ils n'étaient point en peine de pourvoir leurs enfants, puisqu'il n'y avait point chez eux de fortune à faire, et que toute leur ambition était de laisser à leurs descendants l'héritage qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres mieux cultivé, s'il se pouvait, et avec quelques troupeaux de plus'. Pour les filles, comme elle^ ne succédaient qu'au défaut des mâles , on les mariait plus pour l'arlliance que pour les biens.
C'était donc une commodité d'avoir beaucoup d'enfants ; c'était aussi un honneyr *. On regardait comme heureux celui qui se voyait père d'une grande famille, et qui était environné d'un grand nombre d'enfants et de pelits-en-
« Gen: 1, 28 et 8, 17. — ^ 2 Seg. 9, 19. — ^ Nvm. 27, 8. — ♦ Psal. 121.
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fanls toujours prêts à recevoir ses ioslruclions et à exécuter ses ordres; et on ne craignait point que son nom fût oublié tant que sa postérité subsisterait. « La couronne des vieillards, dit TÉcriture, sont les enfants de leurs enfants ^ » Et quand elle remarque le nombre des enfants, c'est d'ordinaire pour louer les pères; comme ces deux juges dlsraëM, dont Tun avait trente fils, l'autre quarante, avec Irenlo petils-fils; comme David*, dont on nomme dix-neuf fils, sans ceux des concubines; Roboam, qui eut vingl-huit 61s et soixante Rlles; et Âbia, qui eut vingt-deux fils et seize filles. C'est ainsi que les poêles ont vanté les cinquante enfants de Priam, car les Grecs n'estimaient pas moins la fécondité. La virginité , considérée comme une vertu, était encore peu connue; on n'y craignait que la stérilité, et l'on estimait malheureuses les filles qui mouraient sans être mariées. Electre s'en plaint expressément dans Sophocle, et ce fut le sujet des regrets de la fille de Jephté*. De là vient que c'était un opprobre à une femme mariée d'être stérile ^, comme Ton voit en la mère de Samuel et en tant d'autres ; on regardait ce malheur comme une malédiction de Dieu.
Ce soin de la postérité était le fondement de la loi qui ordonnait au frère d'épouser la veuve de son frère quand il était mort sans enfants ; droit établi dès le temps des patriarches, comme il parait par l'histoire de Thamar<<, et regardé comme un devoir de piété, afin que le nom du défunt ne tombât pas dans l'oubli ^ aussi les enfants lui étaient attribués par une espèce d'adoption. De là tiennent les deux généalogies de Jésus-Christ, selon saint Matthieu » et selon saint Luc»; car il se trouvait ainsi que saint Joseph avait deux pères '®, l'un par la naissance, et
» Proo. 17. 6. — 2 juD. 10, 4,. 12, 14. — 3 1 Par. 11, 2.-2 ibid. 13, 2. - 4 JuD. 11, 38. - M /ÎPi7. 1. - t; Gen. 38, 8. - 7 iJeuL 15, 6. - Mathi. 1. - y Luc, 3,6. - -o Aug. De Cons. evang.
Fautie par cotte adoption de la loi *. Au reste, ce mariage avec une belle-sœur n'était pas contraire au prennier droit naturel , qui permettait même d'épouser sa propre sœur avant que Dieu l'eût défendu.
Celait le désir d'avoir un grand nombre d'enfants qui portait les Israélites à prendre plusieurs femmes à la fois , et ils s'en faisaient aussi un honneur et une marque de grandeur. C'est ainsi qu'Isaïe^, pour marquer combien seraient estimés ceux que Dieu conserverait entre son peuple, dit que sept femmes s'attacheront à un seul homme , offrant de vivre à leurs dépens, pourvu qu'elles aient l'honneur de porter son nom. Ainsi il est dit ^ que Roboam avait dix-huit femmes et soixante concubines, et qu'il donna plusieurs femmes à son fils Abia, qu'il avait choisi pour son successeur.
D'ailleurs ils étaient assez réservés sur l'usage du mariage. Ils s'en abstenaient non-seulement pendant les grossesses et les autres incommodités de leurs femmes , mais pendant tout le temps ^(u'elles étaient nourrices, c'est-àdire pendant deux ou trois ans; et elles ne se dispensaient pas souvent de nourrir leurs enfants. Je ne vois que trois nourrices dont il soit parlé dans l'Écriture ', celle de Rebecca, celle de Miphiboseth, et celle de Joas, roi de Juda.
Nous ne devons donc pas trouver étrange que Dieu tolérât la polygamie qui s'était'introduite dès avant le déluge, quoiqu'elle fût contraire à la première institution du inariage». Car quand il fut institué dans le paradis terrestre il n'y avait point encore de concupiscence; et depuis que
' Les sentiments sont partagés sur la concfliation de ces deux généalogies. D'autres pensent que celle qui se trouve dans saint Luc est celle de la sainte Vierge, mère de notre Seigneur Jésus-Christ, en sorte que le second père de Joseph était son beau-père. c'est-à«dire le père de la sainte Vierge son épouse. [Noie des premiers édileuTS.)
•>■ Isa. 4, 1. ■- 3 2 Par. 11, 21, 22. — '♦ Gen. 24, 59. — •' 2 Reij. 4, 4. — A xhid. Il, 2. — Gen. 4, 14.
par la loi nouvelle il a été élevé à la dignité de sacrement, il est accompagné de grâces très fortes; mais dans Tintervalle , lorsque la grâce était beaucoup moindre et que le péché régnait, il était digne de la bonté de Dieu d'user d'une plus grande indulgence. La polygamie était donc comme le divorce que Jésus-Christ dit aux Juifs ne leur avoir été souffert que pour la dureté de leur cœur ». Outre les femmes, il était encore permis d'avoir des concubines, qui d'ordinaire étaient des esclaves. Les épouses légitimes n'avaient au-dessus d'elles que la dignité qui rendait leurs enfants héritiers. Ain?i le nom de concubinage ne signifiait pas une débauche comme parmi nous; c'était seulement un mariage moins solennel.
Au reste , bien loin que cette licence rendit le mariage plus commode, le joug en était bien plus pesant. Un mari ne pouvait partager si également son cœur entre plusieurs ftmme», qu'elles fussent toutes contentes de lui. II était réduit à les gouverner avec une autorité absolue, comme font encore les Levantins; ainsi il n'y avait plus dans le mariage d'égalité, d'amitié et de société. Il était encore plus difficile que les rivales pussent s'accorder entre elles; c'était continuellement des divisions, des cabales et des guerres domestiques. Tous les enfants d'une femme avaient autant de marâtres que leur père avait d'autres femmes; chacun épousait les intérêts de sa mère, et regardait les enfants des autres femmes comme des étrangers ou des ennemis. De là vient celte manière de parler si fréquente dans l'Écriture : « C'est mon frère et le fils de ma mère. » On voit des exemples de ces divisions dans la famille de David, et encore de bien pires dans celle d'Hérode.
La liberté de se quitter par le divorce avait aussi de fâcheuses suites. On s'engageait plus légèrement , on se contraignait moins l'un pour l'autre ; et la multitude des