‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 85 sur 131 · XIV. Deuil · texte numérisé non relu

XIV. Deuil

Après les réjouissances , parlons du deuil et des mar- (]ues d'afïliction. Les anciens ne prenaient pas seulement le deuil à la mort de leurs parents , mais toutes les fois •qu'il leur arrivait quelque malheur; et leur deuil ne consistait pas seulement à changer d'habit. Les causes de deuil étaient, ou des calamités publiques, comme une mortalité, une stérilité générale, une incursion d'ennemis : ou des malheurs particuliers, la mort d'un parent ou d'un ami ; s'il était dangereusement malade ou en captivité, si vl'on était accusé d'un crime.

Les marques de deuil chez les Israélites étaient de dé-

• Herod. 2.

chirer ses habits sitôt que l'on apprenait une mauvaise nouvelle ou que l'on se trouvait présent à quelque grand mal, comme un blasphème ou un autre crime contre Dieu; se battre la poitrine, mettre ses mains sur la tête, se la découvrir en ôtant la coiffure, et y jeter de la poussière ou de la cendre, au lieu de parfums qu'ils y mettaient dans la joie : se raser la barbe et les cheveux*. Les Romains au contraire, qui avaient accoutumé de se raser, laissaient croître leur poil dans le deuil.

Tant que le deuil durait, il ne fallait ni s'oindre ni se laver, mais porter des habits sales et déchirés ou des sacs, c'est-à-dir& des habits étroits et sans plis, et par conséquent désagréables. Ils les nommaient aussi cilices, parcequ'ils étaient faits de gros camelot ou de quelque étoffe semblable, rude et grossière. Ils avaient les pieds nus aussi bien que la tète, mais le visage couvert ; quelquefois ils s'enveloppaient d'un manteau , pour ne point voir le jour et cacher leurs larmes ^ Le deuil était accompagné de jeûne, c'est-à-dire que tant qu'il durait, ou ils ne mangeaient point du tout, ou ils ne mangeaient qu'après le soleil couché, et des viandes fort communes , comme du pain ou quelques légumes, et ne buvaient que de l'eau.

Ils demeuraient enfermés , assis à terre ou couchés sur la cendr'e, gardant un profond silence, et ne parlant que pour se plaindre ou pour chauler des cantiques lugubres s. Le deuil pour un mort était d'ordinaire de sept jours ; quelquefois on le continuait pendant un mois, comme pour Àaron et pour Moïse; et quelquefois il allait jusqu'à soixante et dix jours, comme pour le patriarche Jacob : mais il y avait des veuves qui continuaient leur deuil tout^ leur vie, comme Judith et Anne la prophétesse *.

ï II Régi 13, 19. — Jerem. 2, 37. — a EzECH. 24, 17. — 3 Thr. 2, 10. — 4 1 Heg, ult. — Ecel. 21, 13. — Nuim 20, 30. — Deut, 3, 4 ; 8. — Gen. 50, 3.

Ainsi leur deuil n'était pas, comme le nôtre, une simple cérémonie dont il n'y a que les riches qui s'acquittent régulièi-emeiit ; il renfermait toutes lès suites naturelles d'une^ Couleur effective ; car une personne bien affligée ne prend aucun soin âd se parer ni de se tenir propre; elle peut à peine se résoudre à manger; elle ne parle point, ou seulement pour se plaindra ; elle ne se montre point et fuit lous^ les divertissements. Nous voyons cette manière de deuil non-seulement chez les Israélites, mais chez les autres Orientaux , chez les Grecs et les Romains , et longtemps après, puisque saint Chrysostome * nous le décrit encore de son temps à peu près de même. Je crois bien qu'il y en avait qui jouaient la comédie , et qui faisaient toutes ces^ façons sans être fort affligés ; mais du moins ceux qui l'étaient pouvaient se satisfaire librement.

Or, en général, les Israélites et tous les anciens étaient plus naturels que nous, et se contraignaient moins sur les^ démonstrations extérieures des passions. Ils chantaient et dansaient dans la joie ; dans ta tristesse ils pleuraient et) gémissaient à haute voix; quand ils avaient peur, ils l'avouaient franchement; quand ils étaient en colère, ils se disaient des injures. Homère et les poètes tragiques nous en donnent partout des exemples. Voyez les regrets d'Achille à la mort de Patrocle, et dans Sophocle leà expre»sions de douleur d'CEdipe et de Philoclète. La philosophie et le christianisnae ensuite ont corrigé cet extérieur en ceux qui ont de l'éducation et de la politesse ; ils sont exercés de jeunesse à parler en héros ou en saints ; mais la plupart n'en valent pas mieux dans le fond, et se contentent de dissimuler leurs passions sans l6s vaincre, ou sans même les combattre,

XV, Funérailles,

Les funérailles viendront bien avec le deuil. Tous les-

' C"»^^OST, Adnemetr. de campunct. t. 6.

:anciens en avaient un très grand soin, et regardaient •comme nne malédiction terrible que leurs corps , ou ceux des personnes qu'ils avaient chéries, demeurassent expoisé|, à être déchirés par les bêtes et par les oiseaux, ou à se corrompre à découvert et infecter les vivants. C'était une consolation de reposer dans les sépulcres de ses pères. Au lieu que les Grecs brûlaient les corps pour garder les cendres, les Hébreux enterraient les gens du commun, et embaumaient les personnes considérables pour les mettre dans des sépulcres. Ils brûlaient aussi quelquefois des parfums sur le corps. Aux funérailles d'Asa, roi de Juda, il (€st dit qu'il fut mis sur un lit rempli de parfums composés avec grand art, et que Ton y fit un grand feu ; et il parait que c'était une coutume par d'autres passages '. Ils embaumaient à peu près comme les Égyptiens, entourant le corps d'une grande quantité de drogues desséchantes; puis ils les mettaient dans les sépulcres, qui étaient de petits caveaux ou de^ cabinets taillés dans des roches avec un (tel artifice, que quelques uns avaient des portes fermantes •et tournant sur leurs gonds, taillés de la môme pièce; on en voit encore plusieurs. Chacun avait une table de la même pierre, sur laquelle on posait le corps.

Ceux qui suivaient le convoi étaient en deuil et lamentaient à haute voix, comme il paraît à Tenlerrement d'Ab- «er*. Il y avait des femmes qui faisaient le métier de pleurer en ces occasions, et on joignait 'aux voix des flûtes, dont le son est triste. Enfin ou composait des cantiques pour servir comme d'oraisons funèbres aux personnes illustres dont la mort avait été malheureuse. Tel fut celui que fit David pour Saiil, et celui du prophète Jérémie pour Josias*.

Quoique les funérailles fussent un devoir de piété, il

' 2 Par. 16, 14. — 2 ibid, 21, 19. — Jerem. XXXiy, 5. — » 2 R»g, an, 31. — Jbr. 9, 17. — Matth. 9, 23. — 3 2 Reg. 17, 17.

n'y avait pourtant aucune cérémonie de religion ^ ; au contraire , c'^it une action profane , et elle rendait immoedes toutes les personnes qui y avaient eu part, jusqu'à ee qu'elles fossent purifiées, parceque les corps morts fiont, ou dans la corruption, ou dans une disposition prochaine à se corrompre. Ainsi, loin que les prêtres fussent nécessaires aux funérailles, il leur était défendu d*y assister, si ce n'était à celles de leurs proches. Quand Josias * voulut abolir l'idolâtrie, il fit brûler les os des faux prêtres sur les autels des idoles; afin d'en donner plus d'horreur. On offrait des sacrifices pour les morts, c'est-à-dire pour la rémission de leurs péchés, comme fit Judas Mechabée ; et le baptême pour les morts, dont parle saint Paul, était quelque cérémonie de se baigner et se purifier, que l'on croyait teur être utile aussi bien que les prières ^. XVI. Religion.

Voilà ce qui regarde la vîe privée des Israélites. Venons maintenant à la religion et à l'état politique. Quant à la religion, je ne m'étendrai pas à expliquer leur croyance ; nous la devons savoir, puisqu'elle est comprise dans la nôtre. Je marquerai seulement que certaines vérités leur étaient révélées clairement, tandis que d'autres étaient ^encore obscures, quoiqu'elles fussent déjà révélées^.

Ce qu'ils connaissaient distinctement était : qu'il n'y a qu'un seul Dieu; qu'il a créé le ciel et la terre; qu'il gouverne tout par sa providence ; qu'il ne faut avoir de confiance qu'en lui ni espérer aucun bien que de lui seul; qu'il voit tout, jusqu'au secret des cœurs; qu'il meut intérieurement les volontés et les tourne comme il lui plaît ; que tous les hommes naissent en péché, et sont naturellement enclin au mal ^; que toutefois ils peuvent bien faire

» 2 Par. 35, 25. — » Levil. 21*2, 3. — 3 2 Par. 34, 5. — 2 Mac. XII, 43. — 1 Cor. XV, 29. — * Jos. cont. jippion. II, S. — '^ Deul. 4, 39, 6, 4. — Ps. 103, 126. — ibid. 61, 70. — Ir.k. 36. — Jerem. 17. — P«.93,l38. — 3i2e(7. S.ifS.

avec le secours de Dieu ; qu'ils sont libres et ont le choix <le faire bien ou mal *; que Dieu est très juste, et punit ou récompense selon le mérite; qu'il est plein de miséricorde •et pardonne à ceux qui ont un regret sincère de leurs péchés ; qu'il juge toutes les actions des hommes après leur mort «; d'où il suit que Famé est immortelle et qu'il y a une autre vie ^.

Ils connaissaient encore que Dieu, par sa pure bonté, les avait choisis entre tous les hommes pour èlre son peuple fidèle; que d'entre eux, de la tribu de Juda et de la race de David, devait naître un Sauveur qui les délivrerait de tous leurs maux, et attirerait toutes les nations à la connaissance du vrai Dieu. Voilà ce qu'ils connaissaient distinctement, et qui était la matière la plus ordinaire de leurs réflexions et de leurs prières; voilà colle haute sagesse qui les distinguait de. tous les peuples de la terre*. Car au lieu que chez les autres il n'y avait que les sages qui connussent quelques unes de ces grandes vérités, encore imparfaitement et avec une grande drs'ersité d'opinions, tous les Israélites étaient instruits de cette doctrine : jusqu'aux femmes et aux esclaves, tous étaient dans les mêmes sentiments *.

Les vérités qui leur étaient enseignées plus obscurément étaient : qu'en Dieu il y a trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; que le Sauveur qu'ils attendaient serait Dieu et fils de Dieu , qu'il serait Dieu et homme tout ensemble; que Dieu ne donnait aux hommes sa grâce et le

1 1 Heg. 10, 20. — Prov. 21, 1.

» Ps. 50, 7. — Gen. 6, 6. — Ps. 52, 4. — Deul, 30, 6. — EzECii. 36, 27.

3 Deul. 30, 19, 20.

4 Ps. 17, 90. — ibid. 61, 13. — Bxod. 3, 46. — Deut.*^2, 1, 2. — Ps. 72, 17. — Bccl. S, 11, 20, 2, 11, 9, 12, 14. — Sap. 2, 23.

5 Deui. 7, 6, 7, 8. — ibid. 9, 5, 6. — Gen. 49, 10. — 2 Reg. 7, 11. — Ps, 21, 18. — ibid. 71, 1. — I«A. 11, 1, 10. — EzECH. 3, 4, 23. — Deut. 4, 6. — Orig. coHl. Oels.

4il4 MŒURS

secours nécessaire pour accomplir sa loi que par le Sauveur et en vue de ses mérites; qu'il souffrirait la mort pour expier les péchés des hommes ; que son règne serait tout spirituel; que tous les hommes ressusciteront; que dans l'aulre vie sera la véritable récompense des bons et la véritable punition des méchants. Tout cela est enseigné dans les Écritures de l'ancien Testament, mais non pas si clairement que tout le peuple le connût. Aussi les hommes n'étaient pas encore capables de porter des vérités si relevées ^

Mais, suivant mon dessein, je doi& seulement expliquer ce que leurs pratiques extérieures de religion avaient de plus différent de nos mœurs. Ils n'avaient qu'un seul temple et qu'un seul autel où il fût permis d'offrir à Dieu des sacrifices. C'était une marque sensible de If unité de Dieu; et pour représenter aussi sa majesté souveraine, ce bâtiment était le plus magnifique de tout le pays *. Ce n'était pas un seul vaisseau , comme la plupart de nos églises^ mais une grande enceinte comprenant, outre le corps du temple, des cours environnées de galeries, et diverseir pièces, pour les différents offices des prêtres et des lévites. Les temples des autres peuples , comme des Égyptiens et des Chaldéens, étaient aussi accompagnés de grands édifices et occupaient beaucoup d'espace ; mais ils y plantaient toujours des arbres, au lieu que les Israélites n'en souffraient point dans toute l'enceinte du temple, pour s'éloigner entièrement de la superstition des bois , que les païens estimaient sacrés.

Le corps du temple avait dix toises de long sur cinq de large, sans compter le sanctuaire qui suivait de plain-pied

lal 'îr*i«*'* if^- ^' - ^"*- ^ 26. - Ps. 32, 6. - JProv. 30, 4. - " il U i7 •• ^' ^- - '**^- ^^* 3. - ibid. 44, 7, 8. — Gen, 22, 18.

z'- », i, etc., 5, 1, etc. — Tob. 2, 18, 4, 23.

•et avait cinq toises en tout sens ; le reste du temple était ^aut de sept toises et demie. A l'entrée il y avait ua vestibule qui portait une grande tour de trente toi?es de haut sur cinq de large K Je laisse aux savants à juger de cei» proportions. Mais pour ceux à qui le temple paraîtra petit, je les prie de considérer que le peuple n'y entrait jamais. 11 n'y avait que les sacrificateurs, et encore ceux qui étaient de service , et aux heures réglées le soir et le finatin, pour allumer les lampes, offrir les pains et les parfums. Le pontife était le seul qui entrât dansje sanctuaire, où reposait Tarche d'alliance ; encore nV entrait-il <]u'une fois l'année.

Tout le temple, le sanctuaire compris, était revêtu de cèdre, orné de sculptures et tout couvert de lames d'or. En dehors, il était environné de deux planchers de cèdre qui faisaient trois étages de chambres à divers usages. Devant le temple, dans une grande cour, était l'autel des bolocaustes, c'est-à-dire une plate-forme carrée de cinq toises dé chaque côté et de quinze pieds de haut. Les sacrificateurs y montaient par une rampe sans degrés, pour arranger .le bois et les victimes. Dans la même oour étaient ^ix grands bassins d'airain posés sur des bases itoulantes, et celui qui était porté sur douze bœufs, et que 4'Écriture nomme la mer d'aipain.

Cette cour était. la place des sacrificateurs, particulièrement Tespace d'entre l'autel et le vestibule ; car les laïques pouvaient s'avancer jusqu'à l'autel quand ils •offraient des sacrifices pour présenter leurs victioies et les égorger. Sur les degrés du vestibule, qui faisaient face au-deyant du temple, étaient les lévites qui chantaient et qui jouaient des instruments. La cour des prêtres était enfermée de galeries, et environnée d'une première cour

» 3 Raf. 6, 23, etc. — Jos. I. Antiq. ult. heîl, V, 14, 915. — 3 Par. 3,4.

beaucoup plus grande, qui était la place ordinaire du peuple. Les femmes y étaient séparées des hommes, et les Gentils ne pouvaient s'avancer que sous les galeries qui faisaient Fenceinte de celte première cour. A ces galeries de l'une et l'autre enceinte étaient jointes plusieurs salles, charabres^ et magasins à divers usages.

Il y avait des trésors pour les vases sacrés d'or et d'argent, dont le nombre était si grand qu'au retour de la captivité on en rapporta jusqu'à cinq mille quatre cents ; des vestiaires pour les habits sacrés des prêtres, des ttiag^ins où Ton mettait en réserve les offrandes destinées à la subsistance des sacrificateurs et des lévites, des veuves et des orphelins, et les dépôts des particuliers K Car c'était l'usage chez les anciens de faire les dépôts publics dans les temples. En d'autres lieux on gardait le vin et l'huile pour les libations, le sel dont toutes les offrandes devaient être assaisonnées % les agneaux choisis pour être offerts'au sacrifice perpétuel du soir ou du matin. Ailleurs on faisait les pains de proposition et les autres pâtisseries pour les sacrifices ^ Il y avait des cuisines pour les chairs des viclimes *, des salles à manger pour les sacrificateurs', des corps-de-garde pour les lévites-portiers qui gardaient le temple jour et nuit % des chambres des lévites-musiciens, une où les Nazaréens se faisaient raser après leur vœu, une où l'on examinait les lépreux ', une salle où se tenait le conseil souverain des soixante et dix sénateurs, et d'autres pièces semblables que nous ne connaissons pas si distinctement ^. Tant de beaux bâtiments bien arrangés

» 2 Par. 2, 9 et 30. — Ezbch. 40 et 42. — Jo«. 15, Ant. ift fin. — GazophylaciUy pastophoria^ IhcUami^ exhedrm. 2 Jbrem.XXXV,4-.1Esd. 1, 11.— Ezech. 44,19.— 2 Par. 31, U.

* 2 Mac. 3, 10. — Talmud. Cod.' Middoth.

♦ Ezbch. 40 , 20. — î^ Ezbch. 42. — « Ezsch. 40. — 7 Ezech. 41^ 46. ^ Cod, Middoth. — • 1 Par. XXXYI, 15.

donnaient sans doute une haute idée du grand roi que Ton servait en ce sacré palais. •

On offrait tous les jours quatre agneaux en holocauste, deux le matin et deux le soir; et c'est ce qu'on appelait le sacrifice perpétitel *, Les jours de sabbat et les fêtes, on multipliait les sacrifices à proportion de la solennité; sans conapter les offrandes des particuliers, qui étaient toujours en grand nombue.

Nous sommes choqués de ces sacrifices sfinglants qui attiraient la boucherie dans le temple; mais il en était de même chez les autres nations, et les Israélites avaient pris toutes sortes de précautions pour f^ire ces sacrifices avec toute la propreté et la bienséance possibles. La situation du temple y aidait; car comme il étail^sur une montagne, on avait creusé par-dessous des conduits pour faire écouler Iç sang et les immondices. Les fonctions propres des sacrificateurs n'étaient que de répandre le sang, allumer le feu, et mettre dessus les parties qui devaient être offertes. C'étaient les particuliers qui tuaient les victimes, qui les préparaient, les mettaient en pièces et les faisaient cuire *. On le voit dans la loi, et dans Thistéire des enfants d'Héli. Les sacrificateurs ne faisaient ces fonctions qu'aux sacrifices publics qui s'offraient pour tout le peuple.

Après cela, nous ne devons pas trouver étrange la comparaison d'une marmite, que nous lisons dans Jérémie ' et dans Ézéchiel *, pour représenter Jérusalem. Ces deux prophètes étaient sacrificateurs, et accoutumés à voir cuire les viandes sanctifiées. Or ils estimaient grand et noble tout ce**qui servait au culte de Dieu et à l'exécution de la loi ; et d'ailleurs il était ordinaire aux plus honnêtes gens de travailler de leurs mains, et de faire eux-mêmes, comme j'ai dit, les choses nécessaires pour la vie. Ainsi, dans

» Tamid. EnUleschimos jj^ge saeri/. — » Levil. 5, 11, etc. — l Reg. 2, 13. — 3 Jerem. 1, 13, — ♦ EzECH. 24, 3, 4, etc.

Homère, le grand roi Agamemnon égorge de sa main les agneaux, dont le sang était le sœau du traité qu'il faisait avec les Troyens «. Ainsi le roi Nestor sacrifiant à Minerve, ce sont ses fils qui tuent la victime, la mettent en pièces et la grillent. Homère est tout plein de ces exemples, non-seulement dans les actions de religion, mais dans les autres rencontres, comme quand Achille reçut les députés que les autres chefs des Grecs lui* envoyaient.

Au reste, tout ce qui est prescrit dans la loi touchant îa qualité des victimes et la forme des sacrifices tendait plus à détourner les Israélites de la superstition , les réduisant à peu de cérémonies, qu*à en introduire de nouvelles *. Les idolâtres sacrifiaient avec plus de cérémonies, plus de sortes d'animaux et en bien plus de lieux, puisqu'ils avaient partout des temples et des autels, et que chaque famille avait ses dieux domestiques et ses superstitions particulières '. Dieu préparait ainsi son peuple, de loin, à l'abolition des sacrifices sanglants, lui faisant dire souvent en même temps par ses prophètes qu'il n'en avait point besoin , qu'ils n'étaient point essentiels à la ueligion, et que le culte qui lui était le plus agréable étaient les louanges et la conversion du cœur *.

Il était nécessaire que les sacrificateurs fussent mariés, puisque le sacerdoce était attaché à la famille d'Aaron s; mais ils étaient séparés de leurs femmes pendant le tempsdc leur service, et ne buvaient ni vin ni autres liqueurs qui pussent enivrer «. On voyait des abstinences semblables chez les idolâtres, particulièrement chez les Égyptiens; et leurs sacrificateurs, pour ne rien porter qui vînt des bêtes mortes et qui tendît à corruption, n'étaient vêtus que de lin, et chaussés de souliers faits de cette plante d'où vient le nom

» H^'^d'u Tn^'^^'f' ^' ^^ '^"- - ' Tertull. tu Mac. II, 18. -

D£S ISRAÉLITES. 4l9

du papier. Les sacrificateurs des Israélites servaient nupieds, mais aussi vêtus de lin. Il leur était défendu de porter de la laine, et ils quittaient ces habits sacrés sitôt qu'ils sortaient de leur enceinte pour entrer dans la cour du peuple *. Les sacrificateurs et tous les lévites menaient la vie pastorale si chérie des patriarches, n'ayant point d'autres biens que des troupeaux ; car ils ne furent point compris dans le partage des terres, pour les détacher davantage des soins temporels, et leur donner plus de loisir de vaquer aux choses de la religion. Ils ne laissaient pas d'être riches, quand le peuple leur payait Gdèlement ce que la loi avait ordonné; car, quoique leur tribu fût la moins nombreuse de toutes, ils avaient la dlme de tous les fruits que recueillaient les douze autres tribus, et par conséquent leur portion était la plus grosse ; ils avaient de plus les prémices de tous les animaux , sans compter les bestiaux qu'ils avaient en propre, et les offrandes journalières, dont les prêtres subsistaient quand ils servaient à l'autel.

Je ne vois aucune fonction de la vie civile qui leur fitt interdite ; ils portaient les armes comme les autres, et les sacrificateurs sonnaient de la trompette à l'armée et partout ailleurs, car ils se servaient de trompettes d'argeot pour marquer les fêtes et appeler le peuple aux prières publiques ' ; et le nom de jubilé vient d'une corne de bélier, dont on sonnait pour en marquer Touverture. Les anciens moines d'Egypte gardaient cette coutume de sonner de la trompette pour marquer les heures de la prière, car l'usage des cloches est plus nouveau s.

Les fêtes des Israélites étaient : le sabbat de chaque semaine, le premier jour de chaque mois, nommé dans nos versions ca/endes ou néoménie; les trois fêtes solennelles :

» EZECH. 44, 17. — » Deut. 20. — 2 Par. 18, 12, — Num. 10. — Jos. 5 Bell. 3—3 1 Heg. 8. — Pach. 1, n. 3, 9.

la Pâqiie , la Pentecôte et la fête des Tabernacles, instituées en mémoire des trois plus grandes grâces qu'ils avaient reçues de Dieu * : la sortie de TÉgypte, la publication de la loi , rétablissement dans la terre promise après le voyage dans le désert , où ils avaient si longtemps logé sous des tentes. Les grandes solennités duraient sept jours, apparemment en mémoire de la semaine de la création.

L'année était de douze mois , de trente jours chacun, à peu près semblable à la nôtre. On la trouve ainsi réglée dès le temps de Noé , comme il paraît par les dates du déluge ; mais on croit qu'elle commençait alors à Téquinoxe d'automne ^. Il fut ordonné à Moïse de la commencer au printemps, au mois Abib, qui fut celui de la Pâque; et c'est par rapport à ce premier mois que sont comptés les autres , qui ne sont nommés que par leur nombre. Ils conviennent à peu près à nos mois romains, dont les noms viennent de l'ancienne année , qui commençait au mois de mars; ainsi le huitième mois était octobre, du moins en partie; le neuvième se trouvait dans novembre, et ainsi des autres. Ils comptaient leurs mois par la lune, au moins dans les derniers temps, non pasastronomiquement, mais sensiblement , du jour que les hommes députés pour cette fonction avaiei)t annoncé la nouvelle lune, qui était le lendemain de Tapparition.

Les fêtes des Israélites étaient de vraies fêtes , c'est-àdire des réjouissances effectives. Tous les hommes étaient obligés de se trouver à Jérusalem, aux trois grandes solennités de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles; et il était permis aux femmes d'y venir. L'assemblée était donc trèi nombreuse; chacun s'habillait et se parait de ce qu'il avait de meilleur. On avait là joie de revoir ses parents et ses amis. On assistait aux prières et aux sacrifices , toujours accompagnés de musique : à cela, dans ce temple si ma-

» Levit. 23. — Num. 28, 29. — « Bxod. 12, 2.

gniûque, suivaient les festins où l'on mangeait les victimes paciûques; la loi même commandait de se réjouir, et de joindre la joie sensible avec la spirituelle.

II ne faut donc pas s'étonner si c'était une agréable nouvelle d'apprendre que la fête approchait, et que l'on irait bientôt à la maison du Seigneur • ; si l'on estimait heureux ceux qui y passaient leur vie ; si pour y aller on marchait à grandes troupes en chantant et jouant des instruments ; et si au contraire on se croyait malheureux de n'avoir pus la liberté d'y aller, comme David s'en plaint si souvent dans son exil *.

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