‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 90 sur 131 · XXIV. Rois · texte numérisé non relu

XXIV. Rois

Le roi avait droit de vie et de mort, et pouvait faire mourir les criminels sans formalité de justice. David usa de ce droit contre celui qui se vantait d'avoir tué Seul, et contre ceux qui avaient assassiné Isboseth * j les empereurs romains eurent aussi ce pouvoir. Les rois des Israémes levaient des tributs, et sur les Israélites mêmes, puisque baul en promettait l'exemption pour toute la famille

* 1 Heg. 8 20 ^ » i »> - iàid. 4, 12'. "• "*• ' 1 -Re^. 13, 2. — 3 1 Par. 27. - 4 2 Jieg. 1, 16.

DES ISaiÂÉLITES. é&i

de oelui qui combattrait Goliath ^, «t il parait que SalfMnon 6D avait levé d-exoessifs, par les plaintes qui en furent faites à Roboam. La puiesance des rois était d'ailleurs fort bornée ; ils étaient obligés d'obaervor la loi comme les particuliers, ils ne pouvaient y déro^^ ni y ajouter, et il n'y a point d -exemple qu'aucun d'eux ait fait une lot nouvelle. Leur vie domestique était assez simple. On le "Koitpar la description que fait Samuel* desmcMirs des rois pour en dégoûter le peuple; il ne leur donne que des femmes pour les services du dedans. Ils ne latasaîent pas d'être bien accompagnés quand ils paraissaient en public. Entre ies marques de la révolte d'Absalon , l'Écriture compte cinquante honmies pour marcher devant lui , et le même est dit de son frère Adonias ^.

Cçs rois vivaient de ménage comme les particuliers ; la différence est qu'ils avaient plus de terres et plus de troupeaux. Dans le dénombrement des richesses de David on compte véritablement des trésors d'or et d'argent; mais on y compte aussi des terres en labour et des vignes , des magasins de vin et d'huile, des plants d'oliviers et de figuiers, des troupeaux de bœufs, de chameaux, d'ânes et de moutons ^. C'est ainsi qu'Homère ^ décrit la richesse il'Ulysse ; il lui donne en terre ferme douze grands troupeaux de chaque espèce de bétail, sans ce qu'il avait dans eon ile. Ils tiraient de ces grandes ménageries tout ce qui était nécessafre pour la subsistance de leur maison. Il y avait du itemps de Salomon^ douze intendants distribua •dans toute la terre d'Israël, qui envoyaient tour a tour iduicon pendant leur mois les provisions de bouche, moulant par jour à trente-trois muids de farine , trente bœufs ^tcent moutons, qui est de quoi nourrir au moins cinq

' Reg. 17, 15. — 3 Reg. 12, 4. — » 1 Reg. 8, 13. — ^ 2 Beg. l. — 8 ibid. 1. — 4 1 Par. 57, .25, «te. — & OUyss. 14. — « 1 Heg. 4,7.

mille personnes ^ Comme ces fournitures se faisaient en espèces qui se tiraient du pays même , il ne fallait rien acheter, et il n'était besoin ni de pourvoyeurs , ni de trésoriers, ni de contrôleurs, ni de ce grand nombre d'officiers qui consument les grands seigneurs , de sorte que l'or et l'argent demeuraient en réserve ou servaient à leur usage le plus naturel , pour la vaisselle et les ornements.

De là vint la grande richesse de David et de Salomon. David prépara tout ce qui était nécessaire pour le bâtiment du temple, dont la déf)ense monta à cent huit mille talents d'or et un million dix mille talents d'argent', ce qui fait de notre monnaie onze mille six cent soixante-neuf millions six cent soixante-huit mille livres et quelque pea plus; d'ailleurs il fit enfermer de grands trésors dans son sépulcre. Salomon fit bâtir plusieurs palais, fortifia plusieurs villes et-fit quantité d'ouvrages publics '. Toute sa vaisselle et les meubles de sa maison du Liban étaient de pur or, sans compter deux cents pavois d'or, dont chacun valait près de treize mille livres , et trois cents boucliers de plus de six mille livres chacun.

Aussi ses revenus étaient grands. Le commerce seul lui apportait tous les ans six cent soixante-six talents d'or, qui font plus de quarante-trois millions. Il faisait payer tribut aux Israélites et à tous les étrangers qui lui obéissaient, aux Hévéens, aux Âmorrhéens et aux autres anciens habitants de la terre d'Israël , aux Iduméens , a une grande partie de l'Arabie et à toute la Syrie; car son empire s'étendait depuis l'entrée de l'Egypte jusqu'à TEuphrate ; et de tous ces pays si riches on lui envoyait tous les ans des vases d'or et d'argent, des étoffes, des armes, des parfums, des chevaux et des mulets. Ces mêmes réflexions peuvent faire comprendre d'où venait la richesse

4,'ete.^''^* 22. - * 1 Par. 29. - ibid, 22, 14. ~ ibïd. 29, 7. - 3 3 Reg.

DES ISRAÉUTES. 4âa

de Çrésus dans un état à peu près de même étendue que celui de Salomon. L'or et l'argent ne s'étaient pas encore tant répandus dans le monde. Il y en avait peu en Grèce , point en Italie ni dans le reste de 1 Europe; hors l'Espagne, où il y avait des mines.

Arrêtons-nous un peu à considérer cette prospérité de Salomon ; aussi bien le spectacle en est agréable. Qu'on lise toutes les histoires , on ne trouvera point d'exemple d'ur^ assemblage si parfait de tous les biens que Ton peut goi\> ter sur la terre. Un jeune prince dans la fleur de son âge, bien fait de sa personne, d'un grand esprit, très savant et très habile , avec une telle réputation que tous les rois de la terre envoyaient pour l'écouter comme un prodige de sagesse , et qu'une reine y vint en personne de bien loin^. Il était maître d'un grand état dans une profonde paix , habitant le plus beau pays du monde , logé magnifiquement, bien servi, comblé de richesses, nageant dans^ les plaisirs, ne se refusant rien, comme il l'avoue luimême, et appliquant tout ce grand esprit à contenter ses désirs^. Voilà ce que nous appellerions un homme heu-reux, suivant nos idées naturelles. Cependant il est certain* qu'il ne l'était pas, puisqu'il n'était pas content. C'est luimême qui le dit : « J'ai trouvé que le plaisir et la joie n'étaient qu'illusion, et j'ai vu que tous mes travaux n'étaient que vanité et affliction de cœur '. »

Par cette prospérité de Salomon et de son peuple , Diei> a donné en même temps au genre humain deux instructions importantes : premièrement il a montré sa fidélité à accomplir ses promesses, donnant si libéralement aux Israélites tous les biens qu'il avait promis à leurs pères< dans la possession de cette terre , afin que personne ne doutât à l'avenir qu'il sait bien récompenser ceux qut

« 4 JReg. 9, 34. — ibid. 10. — » Eccl. 2, 4, etc. -- ' EccL 2, 4, etc.

4S4 MŒUIIS

d'attacbent à lui , et qui observent ses eommandoments» Les hommes, entîèiemeni appliqués aux choses sensiblie», avaient besoin de ce gage pour croire un jour les biens invisibles et les récompenses de Tautre vie. Mais d^aillenrs, en accordant aux Israélites la possession, de ces biens sen»sibles, et les combianl a^roc profusion de ce qui peut faire la félicité de cetta vie , Diea a donné à tous les honunes 4e moyen- de s'en désabuser et de concevoir des espérances plus haute»; car qui peut prétendre à être heureux sous le soleil, si Salomon ne Ta pa» été? Qui peut douter qi» tout ce qui s'y passe ne soit vanité , après l'aveu qu'il «n fait? Cet exemple ne nous feil-il pa& assez voir que les biens temporels ne sont pa» seulement vain», mais <langereux ; non-seofement incapables de remplir le cœnr humain, mais propre» à le corrompre? Quelle raiwa avon»-nous de nous flatter que nous en userons mieux que ce peuple si chéri de Dieu et si bien instruit, qui semblait avoir plus de droit à ces sortes ée biens, puisqu'ils lut étaient proposé» pour récompense? Quelle témérité serait* ^e de nous croire plus foH» contre les plaisirs que le sage Salomon? Il s'aèandDana tellement à l'amourdes femmes qu'il en eut jusqu'à mîlte , contre^ ki> défense dë^ la loi ds Dieu ; et la complaisanee qu^ii eut pour elles le porta ju»* qu'à l'idolâtrie *. Ses sujets suivirent son mauvais exenw pie , et depuis son règne le» mosurs des Israélites allèrent toojoure se corrompant de plu» en plus.

La divisioK des deux royaumes d'kraëi et de Jisd» angmenta eneore le mal ; la cerruption ftU bien plu» grande ^n Israël , oà régna toujours ridolâtrie-, source de toutes sorte» de crime*: tes révoltes et les tvahison» y furent fréquentes*. En Jmte, Id couronne ne sortit point d» la famille de hmM; il y eut pfiusienrs rois pieux ; le» psétees «t les lévites, qui s'y retirèrent tous ^ y conservèxent la

' ^««<. 17, 17. -. . Sap, 14, 27.

pratique de la lai bien plus pure, avec la tradition de la véritable religion.

Dans oes derniers temps la loi étant méprisée, le commerce devint fréquent avec les éU-angers , principalement pour avoir du secours dans les guerres ; et «'est le fondement de tant de reproches que leur font les prophètes dn peu de con&ance qu'ils avaient en Diieu. Les étrangers qu'ils redhevchaient le pins étaient les ÀsBynen& let ies Ëgy^pttens, les deux plus puissantes nations qui fussent aiors; pour leur plaire, ^ imitaient ieurs mœurs et leur idolâtrie : et la ruine des Israélites suivit la fortune de œs nations, lorsque l'Egypte tomba et que l'Assyrie prit le dessus.

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