TROISIÈME PARTIE
1, Juifs. Captivité.
Voilà ce qui m'a paru de plus Tomarquable dans les^ Biœurs des Isnaâtles tant qu'ils vécurent en pleine liberté^ dans leur pays, sans être mêlés avec les étrangers ni sujets des infidèles. Voyons maintenant leur dernier état , depuis la captivité de Babylone jusqu'à leur entière dispersion. Quoique ce fût encore k même peuple et les mêmes mœurs au fond, il ae laisse pas 4'y avoir des différences considérs^les.
Premièrement on ne les nomoe ]^s que Juif* dans ces^ derniers temps , parcequ'^en effet il n'y nvaH pins que le royaume de Juda qui s^asistaii. Quand Jérusalem fut ruinée, il y avait déjà pèns d'isn sièole que Sanorie Tiavait été , et que Salmanasar avilit enlevé les dix (tribus à qui on donnait le nom d'fsraël. Et quoique le royaume de Jiuda comprit aussi les itrxbus «ntièpes de Benjamin et de Lévi, avec plusiemES parlic«liers de toutes les autres , que le zèle de la religion y avait attirés depuis le schisme de Jéroboam , tout se confondait sous le nom de-
Judée et de Juifs , et Ton était accoutumé à ce noni dès
avant la captivité ^
Depuis la mort de Josias, comme ce royaume tendait manifestement à sa ruine, grand nombre de Juifs se dispersèrent de tous côtés, et se retirèrent chez les Ammonites, les Moabites, les Iduméens et les autres peuples voisins' : de ceux qui étaient demeurés à Jérusalem lors de sa prise, les €haldéens emmenèrent captifs les plus considérables, et ne baissèrent que les plus pauvres pour cultiver les terres ; encore ce reste passa-t-il en Egypte peu de temps après *.
Quant à ceux qui furent emmenés à Babylone , ils furent «sclaves du roi et de ses enfants, comme dit TËcriture*. Car telle était alors la loi de la guerre : tous ceux qui étaient pris les armes à la main , tous les habitants d'une ville forcée ou rendue à discrétion, et du plat pays qui en dépendait, étaient esclaves du vainqueur; ils appartenaient <au public ou au particulier qui les avait pris , suivant les lois établies en chaque pays pour l'acquisition et le partage du butin. Ainsi, à la prise de Troie, -tout ce qui resta en vie fut fait esclave, jusqu'à la reine Hécube et aux princesses ses filles.
L'histoire grecque et l'histoire romaine sont pleines d'exemples semblables. Les Romains mettaient aux iers les rois qui leur avaient résisté opiniâtrement, et les fiaisaient mourir après les avoir fait paraître au triomphe; ils vendaient le peuple à l'encan et distribuaient les terres à leurs citoyens, qu'ils envoyaient y établir des colonies. C'était sans doute le moyen d'assurer leurs conquêtes. Les Juifs ni les Israélites ne furent pas traités si durement par les Assyriens ; quelques uns avaient une grande liberté , -comme Tobie * sous le roi Salmanasar ; et il y en avait de riches, comme Tobie même, son parent Raguel et son ami
« 1 Reg. 16, 6. — a Jerem. 40, 61. — 3 Jerem. 43. -- * 2 Par. 36, -20. — & TOD. 1, 14.
Gabel ; et à Babylone Joakim , mari de Susanne '. Il paraît encore , par cette histoire de Susanne , que les Juifs , tout captifs qu'ils itaient, avaient l'exercice de leur loi jusqu'à établir des juges qui condamnaient à mort.
Toutefois il était impossible que ce mélange avec les étrangers n'apportât un grand changement dans leurs mœurs, puisqu'une de leurs principales maximes était de se séparer de toutes les autres nations. Plusieurs se laissaient aller à adorer les idoles, à manger des viandes défendues , à épouser des femmes étrangères ; et tous se conformaient à leurs maîtres dans les choses indifférentes , comme est la langue. Ainsi , pendant les soixante et dix ans que la captivité dura , ils oublièrent l'hébreu , et depuis il n'y eut plus que les savants qui l'entendissent , comme parmi nous le latin; leur langue vulgaire fut la syriaque ou chaldaïque, telle qu'elle est dans Daniel et dans les paraphrases de l'Écriture, que Ton fit ensuite afin que le peuple pût l'entendre. Ils changèrent aussi leurs lettres ; au lieu des anciennes qu'ont gardées les Samaritains, ils prirent celles des Chaldéens, que nous nommons hébraïques.