II. Retour des Juifs et leur état sous les Perses
Quand Cyrus leur eut donné la liberté , avec la permission de retourner en Judée et de rebâtir le temple , ils ne revinrent pas tous ni tous à la fois , il y en eut toujours un grand nombre qui demeurèrent à Babylone et dans tous les lieux où ils se trouvaient établis ; ceux qui retournèrent n'étaient pas tous Juifs; il s'y en joignit quelque peu des dix tribus, et toutefois ils faisaient un petit nombre tous ensemble. Les premiers que Zorobabel conduisit ne montaient pas à cinquante mille , les esclaves compris; et l'on peut voir leur pauvreté par le petit nombre de leurs esclaves et de leurs bestiaux ^. Quelle comparaison
» 1 Dan. 4. — a 1 EsD. 2, 64.
ii$ IREURS
de cinquante mille âmes avec ce qu'il en fallait, du temps de Josapfaat, pour faire douze cent mille combattants! II en revint encore avec Esdras * environ quinze cents , et on peut juger qu'il y eut diverses autres troupes.
Tls firent ce qu^ils purent pour reconnaître leurs anciens héritages et conserver les partages des familles. C'est pour cela qu'Esdras recueillit toutes les généalogies qui àont au commencement des Paralipomènes, où il s*étend princtpalement sur les trois tribus de Juda , de Lévi et de Benjamin, et marque avec soin leurs habitations. Four peupler Jérusalem , on y reçut tous ceux qui voulurent bien y habiter, ce qui troubla sans doute Tordre des partages > ; outre qu'il était juste que les présents occupassent }cs terres de ceux qui n'avaient pas voulu retourner ou i|ui ne se trouvaient plus. Ainsi , dans les derniers temps^ saint Joseph demeurait à Nazareth en Galilée , quoique sa fomille fût originaire de Bethléem ; Anne la prophétesse , quoique de la tribu d' Aser, demeu Ait à Jérusalem; mais ils savaient encore de quelle tribu ils étaient, et ils avaient conservé leurs généalogies , comme Ton voit par celle de saint Joseph , qui n'était qu'un pauvre wtisan. Ils distinguaient soigneusement les vrais Israélites des étrangers agrégés, qu'ils nommaient giores en leur langue et en grec prosélytes s.
Aussi un de leurs premiers soins , après le rétablissement, fut de se séparer des étrangers, et de faire observer les défenses de la loi touduint les mariages avec les infidèles « ; ils étendirent même ces défenses à des nations que la loi n'y avait point comprises : aux Azotiens , qui étaient une partie des Philistins ; aux Égyptàras , aux Ammonites et aux Moabites. L'expénence du mal que les li^raélites avaient reçu de ces allianoeg d^mis le snauvais
^ 1 KSD. 8. — » 1 lîçi>. n^ 3. — 3 Afric. Ap. Buseh. 1, Bist. 7. — l F.SD. 9. — 4 2 EsD. 9.
DES ISRAÉUTES. 4d»
^exemple ée Sulomofi ponla les sages^à ioterpoétv ainmi lu loi et àt l/étondpe 4m deflè de ce que portaient U» pànde», pour en! mieux reinpiir l'intesIâoD. Les. |»rètce& fiiMot le» pUis exact» à observer cfs^ défeoses; ik n'épousaiejit q/Ê» des fenunes de leur tribu , et Jesèpba nous a maïqué; Ik précautions qu'ils y apportaient enooce de son temps, in général, jamais les Juifs ne> furent si fidèles à I)i«B^;e( depuis le retour de la captiivitér, on n'a plus eiBtoiidtt pae- 1er d'idolâtrie pafmi eux : tant ils a^atent^té frappés, de ce rud& châtiment et de raceompiiseemeni des poophélies qui les en avaient menacés^ Il est yrai que lee apostats avaient toute: liberté de demeureir entre les infidèles; ainsi il ne paraissait de Jui& que eeux qui rétaie&t en ^Rsl* Sous les premiers sois de f&pse ils demeurèrejai. duos une grande faiblesse , enviés par les étrangers leurs vo>^ sins, surtout pm! les Samaritains, exposés à leues insttftcs et à leurs cal(xniiies , et prêts à être égorgés par liewrs en» Bemis au moindre ordre du grasd rd , comme on veit pas ce cruei édit qu'Aman obtint contre eux , et dont Esther * les saava. fis ne pupent achever le bâtiment du tenqife que vingt ans après leuc premier retour, et il leiur fadsi encore soixante ans pour achever de relever les n^uvatUes de Jérusalem^, qui fut ainsi quatre-vingts ans à se rétablir. Il fallait que le pays fût bien pauvre, puisque Hérodote', qui vivait en ce même! temps, eomprend la Syrie,. l»Phénicie , la Palestine et li'ile dis Chypre sous un seul gouvernement qui ne partait à fiarins que trois cent cincpMMèe talents de tribut ^ comme l'une des moindres provinces, au lieu que celle defitabyloneen payait mille toute seiife. Ce revenu doubla, du temps des Bomatas, pour la Pales^ tine seule; elle rapportait à tt^de et à ses enfimts sept «eni soixante talents , qui font phis de quinze cei^ nâÛe livres, à ne compter que les moindres talents ^
» 1 Conl. App. 2. — » Estil3,12. — 3 Hehod. IIL— ♦ Joe. 2 Bdl. 4.
Peu à peu les Juifs se rétablirent, et, sous le reste du règne des Perses , ils vécurent selon leurs lois en manière de république gouvernée par le grand sacrificateur et le conseil des soixante et onze anciens. Le pays se repeupla, les villes furent rebâties et les terres mieux cultivées que jamais. L'abondance y revint; la paix et la tranquillité y furent si grande que, pendant près de trois cents ans, il n'y arriva aucun mouvement, ni rien de ce qui fait la matière ordinaire des histoires. Et de là vient ce vide que nous trouvons entre Néhémias et les Machabées. Le temple de Dieu était honoré même parles étrangers, qui le visitaient et y apportaient des offrandes ^ . Enfin , la prospérité des Juifs fut telle après leur retour, que les prophètes, en la prédisant, nous ont laissé les figures les plus magnifiques du règne du Messie.
Les Grecs commencèrent alors à connaître les Juifs en Egypte et en Syrie, où ils voyageaient souvent ; et ils profitèrent beaucoup de ce commerce, si Ton en croit les plus anciens auteurs chrétiens, comme saint Justin et saint Clément Alexandrin ; car ils assurent que les poètes, les législateurs et les philosophes grecs avaient appris des Juifs ce qu'ils avaient enseigné de meilleur. En effet, Solon voyagea en Egypte, et les lois qu'il donna aux Athéniens avaient beaucoup de rapport avec celles de Moïse. Pythagore avait été longtemps en Egypte, et alla à Babylone du temps de Cambyse ; il avait donc vu des Juifs et avait pu les entretenir. Platon étudia plusieurs années en Egypte, et il fait dire à Socrate tant de belles choses, fondées sur les principes qu'enseigne Moïse, que Ton peut le soupçonner d'en avoir eu connaissance.
Les Juifs pratiquaient effectivement ce qu'il propose de meilleur dans sa République et dans ses Lois ; de vivre chacun de son travail, sans luxe, sans ambition, sans pou-
» Phil. ic<7. p. 1033, c.
voir se ruiner ni se trop enrichir, complant la justice pour le plus grand de tous les biens, fuyant toute nouveauté et tout changement. On reconnaît en la personne de Moïse, en David et en Salomon , des exemples de ce sage qu'il souhaitait pour gouverner un état et le rendre heureux, et qu'il osait à peine espérer dans toute la suite des siècles. Il raconte en plusieurs endroits , sans les appuyer d'aucune preuve, certaines traditions dont il respecte l'antiquité *, et qui sont manifestement des parcelles de la véritable doctrine touchant le jugement des hommes ^après leur mort et l'état de l'autre vie. Si Platon ^ et les autres Grecs n'avaient pas appris ces grandes vérités immédiatement des Juifs, ils les avaient apprises au moins des autres Orientaux, qui, étant plus près de la source du genre humain et ayant des écrits beaucoup plus anciens que les Grecs, avaient bien plus conservé de traditions des premiers hommes, quoique enveloppées de plusieurs
III. État des Juifs sous les Macédoniens. La conquête d'Alexandre rendit les Juifs bien plus connus aux Grecs, dont ils devinrent sujets. Josèphe en rapporte des preuves par les témoignages de Cléarque, disciple d'Aristote et d'Hécatée Abdérite. Ils continuèrent de vivre suivant leurs lois sous la protection des princes macédoniens, ainsi qu'ils avaient fait sous les Perses; mais comme ils étaient entre les rois de Syrie et les rois d'Egypte, ils obéissaient tantôt aux uns et tantôt aux autres, selon que ces rois étaient les plus forts ^; et ils en étaient bien ou mal traités, selon l'humeur ou l'intérêt des rois et le crédit de leurs ennemis. Alexandre-le- Grand, persuadé de leur affection et de leur fidélité, leur donna la province de Samarie et l'exempta de tribut; et
» Plat. 6, De repub. — * Plat. 10, De repub., in fin, — ' Jos. 1 ■cont. App, 9. — ibid, 2 Jpp. 2.
««t MŒURS
Dt Alexandrie il y établit des idfe, avec les \ privilèges que les aotn» citoyens, jusque-là qu'ils portaient aussi le nom de Macédoniens. Il est vrai que le premier des Ptolémées ayant pris Jérusalem par surprise, eamena grand nombre de Juifs captife en ^Ë^ypte; et les rendît josque dans la CyrénaiSque * ; mais ensuite, convaiasant combien ils étaient religieux et fidèles à leurs serments, il en mit dans «es ^raisons, et les traita si bien c|u*il en attira plusieurs autres. Son fils Philadelphe racheta tous les Juifs qui étaient esclaves dans ses états, el envoya de grands présents à Jérusalem en faveur de la traduction qu'il fît faire de leur loi ^
Ils furent aussi favorisés par plusieurs rms de Syrie '. Séleucns Nicanor leur donna droit de cité aux villes qu'il feàtft dans TAsie Mineure et dans la basse Syrie, môme à Jtotiochc sa capitale, avec des privilèges qui duraient encore sous les Romains. Ântiocbus-le-Grand, ayant reçu de grands services des Juifs, accorda à la ville de Jérusalem des immunités et des grâces considérables : et pour s'assurer la Lydie et la Phrygie, qui n'étaient pas assez fermes dans son obéissance , il y établit des colonies de Juifs , leur donnant des places à bâtir et des terres à cultiver.
Le premier privilège que les Juifs demandaient toujours «n ces occasions était la liberté d'exercer leur religion et d'observer leur loi. Mais, au reste, ils ne pouvaient s'exempter de prendre beaucoup des nuBurs des Gcecsy comme ils en avaient pris des Chaldéens et des autves ; surtout ils étaient obligés de parler la langue grecque,^ qui se Tendit alors commune par tout l'Orient, et y est , tonjonrs demeurée tant que l'empire romain y a subsisté, i^ là ymi que plusieurs prirent des noms grecs, comme
' .ÎOR. 12, AhL 1 et 2 eoHt. App. 2. -— » Jo«. 12 AiUiq. 2. — ' Jo». 3.
AristobuJe, Pbilon, André, Philippe, ou déguisèrent à la grecque les noms hébreux^ comme Jason pour Jéstis, Simon pour Siméon, Hierosolyifid poor Jérusalem.
Ce fut apparemment en ce temps que les Juifs passèrent la mer et s'établirent en Europe ; car ceux qui savaient le grec , et qui étaient déjà accoutumés à vivre avec les Grecs en Asie , en Syrie et en Egypte , pouvaient habiter aisément dans tous les pays de Tempirc grec, même dans^ la Macédoine et dans l'Achaïe , selon qu'ils y trouvaient plus de commodité et de liberté. Aussi voyons-nous q«e saint Paul en trouva grand nombre dans toutes les villes de Grèce quand y il alla prêcher l'Évangile, environ deux cent cinquante ans après le temps d'Ânliochus*le-Grand. • C'étaient ces Juifs demi-Grecs que les Juifs orientaux afvpelaient Hellénistes^ et ils appliquaient aux Gentils le nom à'HeUènes, qui signifie proprement les Grecs, d'où vient que dans saint Paul Grec et 6ientil est la même chose ^
Les Juifs ne pouvaient être ainsi mêlés a?vec les Grecs sans que les Grecs, curieux comme ils étaient alors, ne prissent une grande connaissance de leur religion et de leurs lois , principalement depuis la traduction des livres sacrés. Les sages et les vrais philosophes les estimaieRt : on en peut juger par ce qu'en a écrit Strabon * encore longtemps après. Tous étaient frappés de la magniiioetiee du temple et du bel ordre des cérémonies; Agrippa même, le gendre d'Auguste, Tadmirait. Mais la plupart des Grecs de ce temps-là , je veux dire du règne des Macédoniens, n'étaient pas capables de goûter les mœurs ni les maximes des Juifs *. Elles étaient trop sérieuses pour eux, que le Juxe des Asiatiques avait amollis et qui ne s'occupaient plus que de bagatelles *, Ils avaient à la vérité grand nombre de philosophes, mais la plupart se eontenlaient di*
ï Bom. 1, 19, 2, 10, etc. — » Strab. XVI, 760. — 3 Phil. — * t'f primxim positis nugari Grœcîa bellU capil. Horat. 2. Mp. 1.
discourir de la vertu et de s'échauffer dans les disputes. Tout le reste des Grecs était possédé de la curiosité et de Tamour des beaux-arts : Tun s'appliquait à la rhétorique, Tautre ù la poésie, l'autre à la musique; les peintres, les sculpteurs, les architectes étaient fort considérés. D'autres se donnaient tout entiers à la gymnastique, pour se former le corps et devenir bons athlètes. D'autres s'appliquaient à la géométrie, à l'astronomie, à la physique; ce n'était que savants, que beaux esprits, que curieux et fainéants de toutes sortes '.
Les mœurs des Romains étaient alors bien plus solides. Ils ne s'appliquaient qu'à l'agriculture, à la jurisprudence et à la guerre, et laissaient volontiers aux Grecs la gloire de réussir dans les beaux-arts et dans les sciences curieuses, • pour s'attacher à faire des conquêtes et à gouverner des peuples, faisant, comme dit Virgile, leur capital de la politique *. Le sérieux des Juifs allait encore bien au delà, puisqu'ils faisaient leur étude principale de la morale et du service de Dieu ; nous en avons un bel exemple dans le livre de l'Ecclésiastique, écrit en ce même temps s. Cependant c'était pour cela même que les Grecs les traitaient d'ignorants, voyant qu'ils ne voulaient savoir que leur loi. Ils les nommaient barbares , nom qu'ils donnaient à tous ceux qui n'étaient pas Grecs, et les méprisaient plus que les autres étrangers, à cause de leur religion, qui leur paraissait triste et absurde ^. lis voyaient les Juifs s'abstenir de la débauche, non par économie et par politique, mais par principe de consdence; cela leur paraissait trop sévère, et ils étaient surtout choqués du repos du sabbat, des jeûnes, et de la distinction des viandes.
' Jioma dulce diu fuit et solemne reclusa Matie domOf etc. Horat 2 Ep. 1. — » Excvuleut alii spirantia mollius ara, etc. 6. JSn. v. 847. — 3 Jos. cont. App. 1, 4, et II, 6.— Oric. cont, Cels. V. — ^ Judœorum mos trUtia absurdusque. Tacit. ^ Hisl,
On les regardait comme les ennemis de tout le genre humain. Ils vivaient séparés de tous les autres, disait un philosophe grec, n*ayant rien de commun* avec nous, ni la table, ni les libations, ni les prières, ni les sacrifices. Ils sont plus éloignés de nous que les Susiens , les Bactriens et les Indiens *.
Ajoutez à cela que Thorreur de Tidolâtrie faisait rejeter aux Juifs la sculpture et la peinture, ces arts si chéris des Grecs «. Ils méprisaient les statues, comme des ouvrages inutiles et dignes de risée, qui ne pouvaient être que l'effet d'une grande oisiveté ' ; et de là vient que les idoles sont nommées si souvent dans l'Écriture Vanité \ pour marquer que ce sont choses vaines, qui n'ont qu'une apparence trompeuse et ne servent à aucun usage; elles sont aussi nommées Abomination, parcequ'elles ne peuvent être assez détestées quand on considère l'aveuglement qui leur attribue le nom incommunicable de Dieu. Par la même raison les Juifs ne pouvaient ouïr sans horreur les fables impies dont les poètes grecs » étaient remplis; ainsi ils s'attiraient la haine des grammairiens, qui faisaient profession de les expliquer; des rapsodes, dont le métier était de chanter publiquement les poèmes héroïques ; des acteurs de tragédies et de comédies , et de tous les autres, dont la subsistance et la réputation étaient fondées sur la poésie et la fausse théologie.
Les Juifs, à la vérité, tenaient pour maxime de ne se point moquer des autres nations , et de ne point dire de mal de leurs dieux «; mais iPétait bien difficile qu'il ne leur échappât quelque parole de mépris. Or quelle devait être l'indignation d'un gra«imairien grec s'il entendait dire à un Juif quelque passage des prophètes contre les
« PiilLOSTR. VitaApoî. V, 2, 41. — » Orig. conl. Cels. IV, 181. — 3 Isa. 41, IQ. — Jerem. 10*, l&. — h Sap. 13, 3. — ^ Plat. /o/i. — c Jos. cont, A pp.
idoles ; s'il voyait traiter Homère de faux prophète et d'imposteur, relever les absurdités des généalogies des dieux, de leurs amours et de leurs crimes ! Comment pouvait- •n leur souffrir de détester les infamies du théâtre et les abominables cérémonies de Bacchus et de Cérès; enfin de soutenir que leur Dieu fût le seul vrai Dieu, et qu'eux seuls ,^ entre les peuples de la terre, connussent la vérité sur la religion et la conduite des mœurs? On les écoutait d'autant moins qu'ils ne savaient faire ni belles harangues, ni des arguments en forme ; et pour preuve de ces grandes vérités ils alléguaient principalement des faits, e^est-à-dire les grands miracles que Dieu avait faits à la ▼ue de leurs pères. Or le commun des' Grecs ne distinguait pas ces miracles des prodiges qu'ils racontaient aussi dans leurs fables • ; et les philosophes les croyaiest impossibles, parcequ'ils ne raisonnaient que sur les règles de la nature, qu'ils tenaient nécessaires d'une nécessité absolue.
Les Grecs ainsi disposés écoutèrent volontiers les calom* mes des Phéniciens, des Égyptiens et des autres ennemis des Juifs « ; et de là vinrent ces fables impertinentes que Tacite * débite si sérieusement quand il veut expliquer Forigine des Juifs et faire le savant historien, et que Ton voit aussi dans Justin \ qui avait puisé dans les mêmes sources. Strabon, quoiqu'il en parle plus sagement, n'en paraît pas mieux instruit.
Mais outre ces mensonges que l'on pouvait aiséroeat mépriser, les Grecs en vinrent aux violences et aux persécutions. Ainsi Ptoléœée Philopator, après avoir perdu la batatUe de Raphia, déchargea sa colère sur eux ; et son fils EpiphMies, irrité de ce qu'on l'avait «npéché d'entrer dans le sanctuaire, voulut les faire exposer aux éléphants,
•ont. ÀpTio^^-^7 S^î' r .* y°^' ^^ ^^^'^ ^^"» *îP*i«" de JosÈpns
' D£S ISBAÉliTES. 467
comme raoenle le tmisièine livre ées Machabées *. Soob Séleucos ^ilopatof, roi de Syrie, Hèliodore vint pour piller les trésors sacrés , et n'en fut «mpéché que par ua miracle ^ Enfin , sous Antiochos Épiphanes commença la plus grande perséculion ^ qu'ils aient jamais soufferte, et qui ne cède point à celles que souffrirent depuis les chrétiens; aussi rÉgli^ compte entre ses martyrs ceux qui moururent alors pour la loi de Dieu.
Ce sont les premiers que nous connaissons qui soient morts pour cette bonne cause. Les trois compagnons de Daniel *, lorsqu'ils furent jetés dans la fournaise, et luimême quand il fut exposé aux lions, eurent tout le mérite du martyre ^ ; mais Dieu fît des miracles pour les conserver. Éléazar, les sept frères, et les autres dont l'histoire des Machabées fait mention, donnèrent effectivement leur vie pour Dieu et pour la loi de leurs pères; et c'est le premier exemple, que je sache, dans toute l'histoire du monde, de ce genre de vertu. Nous ne voyons avant ce temps aucun infidèle, pas même des philosophes, qui aient mieux aimé souffrir la mort et les supplices les plus cruels, que de violer leur religion et les lois de leur pays.
Josèphe 6 le reproche hardiment aux païens. Plusieurs^ dit-il, des captifs de notre nation ont souffert toutes sortes de tourments et de morts, dans les théâtres, en diverses occasions, plutôt que dé proférer la moindre parole contre la loi et les autres Écritures. Et qui est le Grec qui ne laisserait pas brûler tous ses livres, plutôt que de sôufr frir le moindre mal?
Il est vrai qu'il y avait des Juifs qui cédaient à la persécution; mais ceux-là renonçaient entièrement à leur religion et à leurs lois, jusqu'à employer l'artifice pour
' In edil, gr. 2 Mac. 3, 7, eic. — » 1 Mac. 11, 4, etc. — » MartyroL Rom. 1. AuG. — 4 Dan. 3, 16. 6, 16. U, 30. — ^ 2 Mac. 6, 18. 2. — C Jos. cont App. p. 1038, B.
déguiser leur circoncision : ainsi ils n'étaient plus complés pour Juifs, et ceux qui demeuraient fidèles étaient tellement zélés pour leur loi et leur liberté, qu'enfin ils prirent les armes pour la défendre contre les rois de Syrie ^. Ces princes violaient ouvertement tous les privilèges qui avaient été accordés aux Juifs par les rois de Perse, et confirmés par Alexandre et par les autres rois macédoniens; et ils voulaient abolir la véritable religion, qui était encore alors attachée à un certain peuple et à un certain pays.