IV. Règne des Assamonéens
Nous voici donc au temps des Machabées, où la nation juive se releva et prit un nouvel éclat. Ce ne furent plus ces pauvres gens qui ne songeaient qu'à vivre en paix sous la conduite de leurs vieillards et de leurs pontifes, bien heureux d'avoir la liberté de cultiver leurs terres et de servir à leur mode le Dieu du ciel '. Ce fut un état entièrement indépendant, qui se soutenait par de bonnes troupes, des places fortes, et des alliances non-seulement avec les princes voisins, mais avec les états éloignés, avec Rome même. Les rois d'Egypte et de Syrie, qui les avaient si maltraités, furent obligés dans la suite de rechercher leur amitié.
Les Juifs firent même des conquêtes ; Jean Hircan prit Sichem et Garizim, et ruina le temple des Samaritains, tant il était absolu dans toute la terre d'Israël '. Il s étendit au dehors, en Syrie, où il conquit plusieurs villes, après la mort d'Antiochus Sidèles, et en Idumée, qu'il subjugua tout entière, jusqu'à obliger les Iduméens à se circoncire et observer la loi mosaïque, comme étant incorporés à la nation des Juifs. Son fils Arislobule ajouta les marques de la royauté à la puissance effective, pre-
» Matt. 1, 16. — » 1 Mac. 14, 4. — » Jos. 23. Anliq. 17.
nant le diadème et le titre de roi ; et Alexandre Jannée fit encore plusieurs conquêtes*.
Mais cette gloire des Juifs fut de courte durée : au lieu que l'affaiblissement des royaumes d'Egypte et de Syrie avait servi à leur élévation , la ruine entière de ces deux royaumes attira la leur, par l'accroissement immense de la puissance romaine. Il est vrai que leur perte commença par leurs divisions domestiques, et par la mésinlelligence continuelle des deux fils d^Alexandre Jannée, Hircan et Aristobule ^. £n6n ils ne furent que quatre- vingts ans en liberté, depuis que Simon eut été déclaré chef de la nation, après avoir secoué le joug des Grecs, jusqu'à ce que Pompée, appelé par Hircan, prit Jérusalem, entra dans le temple, et rendit les Juifs tributaires.
Ils furent ensuite plus de vingt ans dans un misérable état, divisés par les partis des deux frères et pillés par les Romains, qui en tirèrent plus de dix mille talents, c'estr-à-dire plus de quarante millions, à diverses fois *. Après la défaite de Brulus et de Cassius, les Parthes, prenant avantage de la faiblesse de Marc-Antoine qui gouvernait l'Orient, se rendirent maîtres de la Syrie et de la Palestine, et emmenèrent Hircan captif. Dans tout ce temps de guerres civiles des Romains, et des avantages que les Parthes eurent sur eux , la Palestine fut exposée à de grands ravages par le passage de tant d'armées de différentes nations, et par les incursions des peuples voisins, particulièrement des Arabes.
Il est vrai qu'elle se rétablit un peu sous Hérode. II y ramena la paix et l'abondance; il fut puissant, il fut riche et magnifique *. Mais on ne peut pas dire que les Juifs fussent libres de son temps ; il ne Tétait pas lui-même, et dépendait entièrement des empereurs romains. Il était
i Jos. 13 Antiq, 20, 21, 22. — » 1 Mac. 14, 41. — ' Jos. Antiq. 14, 12. — 4 Jos. Antiq. 15,
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étranger, Iduméen d'origine ; il n'arait point de rel^ido, el n*en conservait l'extérieur que comme on instrument de sa politique. Il ruina la succession des pontifes, faisant venir de Babylone un certain Hananéel, homme méprisable, quoique de la race sacerdotale, depuis lequel il tiy e«t d» pontifes que ceux que les rois Toulaiem, et amtesi qu'ils Touiaient*.
Après la mort d*Hérode, il ne faut plus compter de puissance en Judée; ses enfants ne conservèrent que des parties de son royaume, et ne les conservèrent pas kmgtemps; et la Judée eut des gouverneurs romains dépeodants du proconsul de Syrie : enfin les Jui£s ea furent bannis, et réduits en l'état où ils sont encore. €*est donc ici le dernier temps où il les faut considérer, depuis leur liberté sous Simon et les Assamonéens, jusqu'à leur ruine sous Yespasien. C'est un espace de deux cents ans, qui comprend la plus grande partie de l'histoire des Madiabées et toute celle du nouveau Testament; et les mœurs des Juifs y sont assez différentes des temps précédents.