II. Instruction. Baptême
La méthode de prêcher l'Évangile était différente suivant la disposition des sujets. On convainquait les Juifs par les prophéties, par les autres preuves tirées de l'Écriture et de leurs traditions; on persuadait les gentils par des raisonnements plus simples ou plus subtils, selon leur capacité, et par Tautorité de leurs poètes et de leurs philosophes ^ Les miracles excitaient l'attention des uns et des autres. Les Actes des apôtres nous fournissent des exemples de toutes ces différentes manières d'instruire. On ne parlait des choses de Dieu qu'à ceux qui les écoutaient sérieusement et tranquillement ^ Sitôt que les infidèles commençaient à se fâcher ou à rire, comme il arrivait souvent, le chrétien se taisait, pour éviter de profaner les choses saintes et d'exciter les blasphèmes. *Avec le temps on publia quelques écrits, pour montrer aux païens le peu de fondement de leur religion, et les désabuser de leurs préjugés. Tels sont ÏAvis aux Gentils de Clément Alexandrin, les Trois livres de Théophile à Autolyque, le Traité de Tatien contre les Grecs. Mais ce qui en attirait le plus étaient les miracles encore fréquents, la sainte vie des chrétiens, et leur constance dans le martyre.
Quand quelqu'un demandait à être chrétien, on le menait à l'évêque ou à quelqu'un des prêtres, qui d'abord examinait si sa vocation était solide et sincère ; car on craignait de profaner les mystères en lès confiant à des personnes indignes, et de chaîner l'Église de gens faibles et légers, capables de la déshonorer par leur chute à la première persécution. On examinait donc celui qui se présentait sur les causes de sa conversion, sur son état ; s'il était libre, esclave ou affranchi ; sur ses mœurs et sa
I Ambros. in Lue. ÎX, 21. VI, e. ulL — > Act. II, 15; III, 12; XIII, 16 ; XIV, 14 ; XVII, 22. — JusT. in Typh..
vie passée. Ceux qui étaient engagés dans une professioir criminelle ou dans quelque autre péché d'habitude n'étaient point reçus qu'ils n'y eussent effectivement renoncé ^ Ainsi on rejetait les femmes publiques et ceux qui en faisaient trafic; les gens de théâtre, les gladiateurs, ceux qui couraient dans le cirque, qui dansaient ou chantaient devant le peuple*; en un mot, tous ceux qui serraient aux spectacles et ceux qui y étaient adonnés; les charlatans, les enchanteurs et les devins-; ceux qui donnaient des caractères pour guérir ou préserver de certains maux, et qui faisaient métier de quelque autre espèce de superstition. On ne recevait point toutes ces sortes de gens qu'ils n'eussent auparavant quitté leur mauvaise habitude, et on ne s'y fiait qu'après les avoir éprouvés quelque temps. Le zèle de la conversion des âmes ne rendait pas les chrétiens plus faciles à ceux qui voulaient se joindre à eux.
, Celui qui était jugé capable de devenir chrétien était fait catéchumène par l'imposition des mains de l'évéque ou du prêtre commis de sa part, qui le marquait au front? du signe de la croix, en priant Dieu qu'il profitât des instructions qu'il recevrait, et qu'il se rendît digne de parvenir au saint baptême. Il assistait aux sermons publics, où les infidèles même étaient admis; mais de plus il y «tvait des catéchistes qui veillaient sur la condinte des catéchumènes et leur enseignaient en particulier les éléments de la foi, sans leur expliquer à fond les mystères dont ils n'étaient pas encore capables. On les instruisait principalement des règles de la morale, afin qu'ils sussent comment ils devaient vivre après leur baptême. Cette iastntction de morale est le sujet du Pédagogue de Clément, qui avait succédé au philosophe Panténus dans l'école
cnH,%'"'' "^' ^' *-— *oc^61. de serm, D. in mont.-- » Conc. Sliber.
DES dOUlTiENS. IM
d'Alexandrie, c'csirà^tre dam-la charge d'iaBlmira otas qui voalaieat être chrétiens. Qrigène lui succéda ^ eisa fit ensuite soulager par saint Héradas^ loi donnant d*aiMwd le soin des premières instructions ^
Le temps du catéchoménat était ordinair^nmitde deiiK ans, mais on rallongeait ou on Tabrégeait suivant le progrès du catéchamène *. On ne regardait pas seolemeat s'il apprenait la doctrine , mais s'il corng^t ses mœurs; et on le laissait en œt état jusqu'à ce qu'il fàt entièrement converti. De là vient que plusieurs difiEéraient leur bap* tême jusqu'à la mort, car on ne le donnait jamus qa'à ^ux qui le demandaient » quoique l'on exhortât souvent les autres à le demander. Ceux qai demandaient le baptome et qui en étaient jugés dignes donnaient leurs noms au commencement du carême, pour être écijtâ sur la Hsla des compétents ou illuminés. Ainsi il y avait deux ordres de catéchumènes, les auditeurs et les compéteids *. CeiKci jeûnaient le carême comme les fidèles, et joignaient an jeûne des prières fréquentes, des génuflexions, des veilles et la confession de leurs pédiés ^. Cep^Klant on les instruisait plus à fond, leur expliquant le Syndx)le et particulièrement les mystères de la Trinité et de l'IncaroatioB; on les faisait venir i^osieurs fois à l'église pour les examiner, et £aire sur eux des eacorcismes et des prières en fHnésenee des fidèles. C'est ce que Ton appelait les tcrtilins, que l'on a continué d'dt»«rver pendant plusieurs siècles» même pour les petits enfants; et il en reste encore des vestiges dans Toflâce de l'Église, pai ticulièrement dans la messe du mercredi de la quatrième semaine de carême, où on lit l'évangile de l'aveugle-né.
A la fin du carême, on leur enseignait l'Oraison donrinkaie, et on les instruisait seccinctement des sanements
« Eu». VI met. 16. — » Cone, £/i6cr. 42.— Omc. i» Luc, honnU 2. —.3 Owo.tjiCe^. 111,142. — * TEiivcxL.<2eAipMd»aCk
qu'ils allaient recevoir, et que l'on devait leur expliquer plus au long ensuite. Cet ordre d'instruction se voit clai^ rement par les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, et par la Lettre du diacre Ferrand à saint Fulgence < touchant le baptême de TÉthiopien. Ceux que, par toutes ces épreuves , ou trouvait dignes du baptême étaient nommés élus, et on les baptisait solennellement la veille de Pâques, afin qu'ils ressuscitassent avec Jésus-Christ, ou la veille de la Pentecôte, afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit avec les apôtres, car on leur donnait en même temps la confirmation*; régulièrement on ne baptisait qu'à ces deux^ fêtes. Le pape saint Léon condamne la pratique des évoques de Sicile, qui baptisaient à l'Épiphauie ' ; cette règle durait encore au dixième siècle : mais on baptisait en tout temps ceux qui se trouvaient en péril, comme lorsque la persécution était ouverte.
Le jour du baptême étant venu, on amenait le catéchumène au baptistère ; on le faisait renoncer au démon et à ses pompes, on l'interrogeait sur la foi, et il répondait en récitant le Symbole des apôtres *, Le baptême se faisait ordinairement par immersion ; on plongeait trois fois les baptisés, et à chaque fois on nommait une des personnes divines. Toutefois le baptême par aspersion était jugé suffisant en cas de nécessité, comme pour les malades; mais le peuple nommait cliniques ceux qui avaient été ainsi baptisés dans le lit. On baptisait les enfants des fidèles sitôt qu'ils les présentaient, sans même attendre qu'ils eussent huit jours, et les parrains répondaient pour eux *; mais tous les nouveaux baptisés étaient nommés enfants, quelque âge qu'ils eussent. Au baptême on joignait l'onc-
* Ap, FuLG. EpUi, 11, 214* — a Tertull. de Bapl. 19, 20. Episc. -- Conc. Trtbur. 12. an. 895. — 4 Tertull. Bap, 19, 20. — Id. de Cor 2, 3. — ^ Cypr. Ep. 70 ad Januar. — Tertoll. in Prax. 6, 26. — Cypr. Epiph. 69, aU 76. ad Magn, — Id. epist, 64, ad Fidum.
tion de Thuile sanctifiée sur Tautel *. Les baptisés étaient présentés à Tévèque, et par sa prière et l'imposition de ses mains ils recevaient le Saint-Esprit, c'est-à-dire la confirmation ; mais ceux qui mouraient sans ce sacrement ne laissaient pas d'être tenus pour vrais fidèles^. On faisait manger aux nouveaux baptisés du lait et du miel, pour marquer l'entrée dans la vraie terre promise et l'enfance spirituelle S; car c'était la première nourriture des enfants sevrés *. Pendant la première semaine les néophytes portaient la robe blanche qu'ils avaient reçue au sortir des fonts, pour marque de l'innocence qu'ils devaient garder jusqu'à la mort; et pendant cette même semaine ils s'abstenaient du bain ordinaire, que l'on prenait tous les jours dans les pays chauds ^. Il ne paraît pas que les adultes changeassent de nom, puisque nous voyons plusieurs saints dont les noms venaient des faux dieux, comme Denys, Martin, Démétrius; mais pour les enfants on leur donnait volontiers le nom des apôtres , ou quelques noms pieux tirés des vertus et de la créance, comme en grec Eusèbe, Eustathc, Hésychius, Grégoire, Athanase; en latin Pius, Yirgiiius, Fidus, Sperantius, et les autres qui^evinrent si fréquents depuis l'établissement du christianisme ^. Les nouveaux baptisés étaient aidés par ceux qui les avaient présentés au baptême, et par des prêtres qui les observaient encore longtemps pour les dresser à la vie chrétienne.
IIL Prière.
Ils commençaient donc à mener une vie nouvelle, tout intérieure et toute surnaturelle, et à trouver facile ce qui leur paraissait impossible auparavant '. La première et la
I Tertull. de Bapt, 18. — Cypr. Ep, 70. ad Januar. — * Jd. ep. «j3, ad Jubatam, — Tbrtull. de Resur. car. 8. — 3 De Bapt. har. ad Cypr. — ♦ Tjîrtoll. Cor, c. 3 et 1 in Marc, 14. -- ^ De Cor, 3. — « DiONYS. Alex. ap. — Eus. VU, 20. — Chrys. in Gtn. hom. 21. -» 7 Cypr. ad DonaL
heures du soir; de sorte que Ton priait pendant le jour de trois heures en trois heures.
On se relevait môme pour prier au milieu de la nuit; suivant l'autorité du psaume et l'exemple de saint Paul lorsqu'il était en prison, après avoir été fouetté avec Silas ^ Clément Alexandrin , Tertullien et Origène font mention de cette prière de la nuit* ; saint Cyprien' la recommande, et cette coutume de veiller en prières est louée par tous les Pères comme très utile pour mortiGer le corps et pour élever l'esprit à Dieu dans le temps le plus tranquille. On exhortait même de profiter des intervalles du sommeil pour méditer les psaumes et l'Oraison dominicale. On recommandait de réciter le Symbole tous les malins et à toutes les occasions de péril *.
Enfin , pour renouveler plus souvent l'attention à Dieu et approcher le plus qu'ils pouvaient de l'oraison continuelle, ils faisaient des prières particulières à chacune de leurs actions, suivant ce précepte de saint Paul : a Que toutes vos actions et toutes vos paroles se fassent au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu le Père. » Ainsi tous les travaux, comme le labour, les semailles, la moisson et la récolte des fruits, commençaient et finissaient par des prières. On priait en commençant à bâtir une maison ou à l'habiter, à faire une pièce d'étoffe ou un habit, ou à s'en servir, et ainsi de toutes les autres choses les plus conununes. Nous voyons des exemples de ces prières en plusieurs bénédictions qui sont encore dans les Rituels. La salutation au commencement d'une lettre et dans les autres rencontres n'était pas seulement un témoignage d'amitié, mais une prière *. Pour
« Bar. an. 61, n. 68, etc. — P». 118, 62. — Acl. XVI, 25.— » Clem. 7. StKom. 7, 18, 1. — P«rf. 9. — Tbrt. 2 ad uxor. 4.-3 CypR. De orat. in flne. — 4 Chrys. ffom. 26, in Acia M, in Bp. ad J2om. — Auc. Jïom. 42.— Ambros. III, d€ Vîrg,^ Calots, III, 17. — * Chrys. Hom. & ta ep. ad Thess.
ies moindres actions ils se servaient du signe de la croix, comme d'une bénédiction plus abrégée. Ils le manquaient sur le front et remployaient presque à tout momt>nt, c'està-dire toutes les fois qu'il fallait entrer, sortir, marcher, s'asseoir, se lever, se coucher, s'habiller, se chausser, boire, manger, et ainsi du reste. Dans les occasions de tentation ils y ajoutaient le souille, pour chasser le démon *, IV. Etude de l'Ecriture sainte.
Le corps des prières a toujours été les Psaumes, qui, étant prononcés gravement et distinctement, étaient d'une grande instruction, puisqu'ils renferment en abrégé tout ce que contiennent les autres livres sacrés, et donnent des modèles 7!es sentiments qu'un homme de bien doit avoir dans tous les différents états de la vie *. On y joignait toujours quelque lecture des autres livres saints , d'où sont venus les petits chapitres des heures '. Comme les prières nocturnes étaient les plus longues, elles étaient accompagnées de plus de lectures ; et comme la messe est la partie la plus solennelle de tout l'office, c'est aussi celle où il y avait le plus d'instructions : on ne lisait comme Écritures divines que celles qui étaient dans le canon, c'est-à-dire celles que la tradition constante des Églises autorisait; et l'on nommait apocryphes, c'est-à-dire cachées ou obscures, celles que quelques particuliers y voulaient ajouter. De peur que les livres ecclésiastiques ne fussent altérés par la témérité des copistes, on y mettait quelquefois une protestation, où l'on conjurait par le jugement de Dieu celui qui transcrirait, de le faire, fidèlement ^ Saint Irénée l'a fait à la fin de son épître à Florin; et telle est la menace que nous voyons à la fin de l'Apocalypse «.
» Tbrtull. De cor. 2. — S. Cypr. HierosoL catech, 4. de Jseens. et 13. cireajln. — Tbrtull. nd uzor. 5. — * âthanase. Epist. ad Marcellin. — 3 Cc&t ce qu'on nomme aujourd'hui Capitulus. (Note dei premiers éditeurs.) — 4 Orio. ad A/rie. p. 219, et in Matth XXIII. Hom. 26. — Eus. 20 Hist. — * Apoc, XXII, 28.
L'Église n'était pas seulement la maison de prières, mais récole du salut. L'évéqne expliquait rÉvangile et les autres (ivres sacrés avec l'assiduité d'un professeur, quoique avec plus d'autorité; d'où vient que dans le style des anciens le nom de docteurs ne s'applique guère qu'aux évéques. Ils instruiBaient et publiquement dans l'assemblée des fidèles, et par les maisons, comme dit saint Paul ^; et ils accommodaient leurs instructions à chaque genre de personnes, comme il est marqué dans les épitres à Tite et a Timothée '. Us faisaient profession de ne rien dire d'eux-mêmes, de n'être point curieux, de ne rien rechercher après TÉvan- .^ile, mais de rapporter fidèlement ce qu'ils avaient appris de leurs pères, c'est-à-dire des prêtres et des évéques plus anciens, par une tradition qui remontait sans interruption jusqu'aux apôtres. Ils innprimaieiit dans l'esprit des fidèles une^ grande horreur de toutes sortes de nouveautés, principalement dans la doctrine ; en sorte que si les particuliers entendaient quelque discours contraire à leur foi , ils ne s'amusaient pas à le contredire, laissant ce soin à leurs pasteurs ; mais ils bouchaient leurs oreilles et s'enfuyaient •• De là vient que tant d'hérésies qui s'élevèrent dans les premiers siècles furent condamnées la plupart sans conciles et sans jugements en forme, dont nous ayons connaissance. Les pasteurs catholiques étaient tous d'accord (le la tradition, et les peuples inviolablement attachés à leur doclriae.
Les fidèles étudiaient encore la loi de Dieu chacun en son particulier, et la méditaient jour et nuit. Ils relisaient dans leurs maisons ce qu'ils avaient ouï lire à l'église, et s imprimaient dans la mémoire les explications du pasteur,
< Aet. XX, aOw -> * loNAT. ep, ad Polpcarp. «- Tebtoll. Pr^t. 8. -^ IiUW. ad Flmrin, ap. Bu». Hist. 20. — 3 Clex, Ijl. Strom, 1 iiiit. — PaP. apttd £Mff, Si$L III, 4« 1 ap. Smt. Hiai. '20. •- fc!«AT. ep; ad TraU, et al.
s'en entretenant les uns avec les autres ; surtaiit les pères avaient soin de faire ces répétitions dans leurs fàrnlHes *. Car chacun dans la sienne était comme un pasteur partie culier, qui présidait aux prières et aux lectures domestiques, instruisait sa fenmie, ses enfants et ses serviteurs, les exhortait familièrement, et les entretenait dans Tuniod de rËglise par la soumission parfaite qu.ll avait â son pasteur. Ce que )e dis des pères doit aussi s'entendre des mères. Saint Basile ^ et saint Grégoire de Nysse son frère faisai^t gloire d'avoir conservé h foi qu'ils avaient apprise de leur aïeule sainte Macrine ^, instruite par saint Grégoire Thaumaturge; et là semble se rapporter l'éloge que saint -Paul donne à la foi de la mère et de l'aïeule de saint Timothée *. Une marque du grand soin qu'avaient les pères et les mères de bien instruire leur famille, est que l'on ne voit dans toute l'antiquité' aucun vestige de catéchisme pour les enfants, ni aucune instruction publique pour ceux qui avaient été baptisés avant l'âge de raison. Les maisons particulières étaient alors des églises , dit saint Cbrysostome ^.
Plusieurs chrétiens, même entre les laïques, savaient l'Écriture sainte par cœur, tant ils la lisaient assidûment. Ils la portaient d'ordinaire sur eux, et on a trouvé plp^enrs saints enterrés avec l'Évangile sur la poitrine. Saint Chrysostome ® témoigne qu'encore de son temps plusieurs femmes le portaient pendu à leur col ; que l'on se lavait les mains pour prendre les livres sacrés ; que chacun composait son extérieur ; que les hommes se tenaient tète nue , et que les femmes se couvraient par respect; car elles ne lisaient pas moins l'Écriture que les hommes. On voit des saintes martyres qui, dans la persécution de Dioclétien^,
» Const. apost. 4, 10. — * Basil. Epist. 64, 73, 79. — 3 Grec. Vita Maer,jun. — * 2 Tim. l. 5. -- ^ Chrysost. JSom. 36. in Ep. ad Cor ^^ In Matlk. hom. 72. — 7 /n Joan. hom. 53. Mor.'^Acia SS..Aga pe8,ele.
ayant été obligées de tout abandonner et de se retirer dans
des cavernes, ne regrettaient que les livres sacrés, qu'elles
n'avaient plus la consolalion d'étudier jour et nuit comme
auparavant.
Les chrétiens lisaient encore les écrits des évéques et des auteurs ecclésiastiques; car il y e» eut grand nombre de célèbres dès ces premiers siècles. Eusèbe * nous en nomme environ quarante, sans ceux qui n'avaient pas mis leurs noms à leurs ouvrages, ou dont il ne parle qu'en général. 11 est vrai que nous en avons perdu la plus grande partie. Ce n'est pas que la plupart des évoques ne fussent détournés de faire des livres par leur humilité, par la crainle de divulguer les mystères, par leurs grandes occupations, et par les persécutions, qui ne les laissaient pas même vivre longtemps ; mais il fallait toujours écrire des lettres pour diverses affaires, et défendre la religion contre les hérétiques et les païens *. D'ailleurs il y avait t^nt de savants, tant de philosophes et d'orateurs par tout l'empire, principalement en Grèce et en Orient, qu'ilse trouvait toujours parmi les chrétiens un grand nombre de bons écrivains.
On recommandait aux fidèles de s'abstenir des livres des païens, comme étant capables de renverser la foi des faibles, et d'ailleurs inutiles : « Car que vous manque-t-il dans la loi de Dieu? » disait un ancien auteur 5*. « Si vous voulez de l'histoire, vous avez les livres des Rois. Si vous voulez de la philosophie et de la poésie, vous avez les Prophètes, Job, les Proverbes, où vous trouverez plus d'esprit que dans tous les poètes et les philosophes, parceque ce sont les paroles de Dieu, qui est le seul sage. Si vous aimez les cantiques, vous avez les Psaumes. Si vous cherchez les antiquités, vous avez la Genèse. En6n la loi du
» Eus. IV et V. Hist. ^ » Ex script, elecla n. 27. posl Clem. Alex. —• 3 Const, apoil. I, 6.
Seigneur VOUS fournit des préceptes et des avis salutaires. » Les évêques et les prêtres ne laissaient pas de lire les livres profanes, et de les employer utilement pour combattre les gentils par l'autorité de leurs poètes et de leurs philosophes, lïs faisaient profession d'embrasser toutes les vérités, quelque part qu'elles se trouvassent écrites, comme leur appartenant, puisqu'ils étaient les disciples de Jésus- Christ, qui est le verbe, logos, c'est-à-dire la souveraine raison. Origène* se servait utilement de toutes les sciences humaines pour attirer les gens d'esprit à la religion. V. Travail, Pj^o fessions.
C'était particulièrement aux riches que l'on recommandait de lire assidûment l'Écriture, pour éviter l'oisiveté et* la curiosité. Les autres faisaient des métiers pour gagner de quoi vivre, payer leurs dettes et faire l'aumône; mais ils choisissaient les métiers les plus innocents, et qui s'accommodaient le mieux avec la retraite et Thumililé ^ Plusieurs même d'entre les riches se réduisaient à la pauvreté volontaire en distribuant leurs biens aux pauvres, principalement dans les temps de persécution, pour se préparer au martyre. Les premiers disciples des apôtres, qui travaillèrent après eux à la propagation de l'Évangile, en usaient de même par un motif encore plus relevé. Ils vendaient leurs biens et en donnaient le prix aux pauvres, afin d'aller avec plus de liberté prêcher la foi de tous côtés dans les pays les plus éloignés '. Plusieurs chrétiens travaillaient de leurs mains simplement pour éviter l'oisiveté ; car il était fort recommandé de fuir ce vice entre les autres, et ceux qui en sont les plus inséparables, savoir, l'inquiétude, la curiosité, la médisance, les visites inutiles, les promenades, l'examen de la conduite d'autrui *. Au con-
« Clem. AL.lS^rom. — Greg.Thaum. in Orig. 55. — » Consl. apost.
I, 4. — 3 Eus. Hist. III, 37. — ♦ 2 Tkess. 3, 6, etc. — Cass. de Sp.
Acced. 7. — Consl. apost. 1, 4, 2. uU. — Clem. Alex. Pœdag. 3, 10.
&i8 MŒURS
traire, on exhortait chacun à demeurer en repos et en silence, occupé à quelque travail utile, principalement aux œuvres de charité envers les malades , envers les pauvres et tous les autres qui avaient besoin de secours.
La vie chrétienne était donc une suite conlinuelle de prière, de lecture et de travail, qui se succédaient selon les heures, et n'étaient interrompus que le moins qu'il se pouvait par les nécessités de la vie. Mais quelque occupation qu'ils eussent, ils la regardaient toujours comme l'accessoire de la religion, qu'ils comptaient pour le principal et pour l'unique affaire qui les devait occuper toute leur vie. Leur profession était d'être chrétiens purement et simplement, ils ne prenaient point d'autre qualité; et quand les juges les interrogeaient sur leur nom, leur pays, leur condition, ils disaient pour toute réponse : « Je suis chrétien*. »
Us n'aimaient pas les professions qui occupent ou dissipent trop, le trafic, la poursuite des affaires, les chaînes publiques; et toutefois ils demeuraient dans les emplois où ils étaient avant leur baptême, quand ils n'avaient rien d'incompatible avec la piété ^ Ainsi on n'obligeait point les gens de guerre à quitter le service quand ils se faisaient chrétiens ; on leur faisait seulement observer la règle qui leur est ddnnée dans l'Évangile , de se contenter de leur paye, et ne point faire de concussions ni de fraudes ^ Il y avait grand nombre de soldats chrétiens, témoin la légion fulminante du temps de Marc-Ânrèle, et la Thébéenne, qui souffrit le martyre tout entière, avec saint Maurice son tribun, sous Maximien Herculius. La discipline militaire des Romains, qui se maintenait encore, consistait principalement dans la frugalité, dans le travail, dans l'obéissance.et la patience, toutes vertus fort à l'usage
» Const. apost. 2, 62, 63.— » Orig. conl. Cels. 8, in fin. — Tertuli. «& Cor. 11. — 3 Ldc, XI, 14. — Tertull. Apal. 637.
DES CHRÉTIENS. &t9
des chrétiens. Ils évitaient (x^urtant quelquefois de s'enrôler, ou même quittaient le service pour ne point prendre part aux superstitions des païens, de manger des ^iandef immolées , d'adorer les enseignes où il y avait des idoles , de jurer par le génie de l'empereur, de se couronner de fleurs aux pompes profanes ^