XII. Ineetrnation. Grâce
La Trinité bien prouvée eai porte la preuve de l'Incarnalion, contre Ebion, Paul deSamosàte et les autres, qui ne reconnaissaient en Jésus-Christ qu'un pur homme ; car il n'était pas si diffifcile de prouver qu'il eût eu une véritable chair, contre les docites et les manichéens, qui diiraient qu'il n'avait été homme qu'en apparence. Pour ceux qui le reconnaissaient homme, étant certain par la doctrine de la Trinité qu'il est Dieu, il n'y avait qu'à montrer que pour être Dieu il n'en était pas moins homme ; et c'e?t ce que les Pères ont prouvé contre Apollinaire, (jui voulait que le Verbe divin lui tînt lieu d'ame raisonnable. En combattant cette hérésie, Nestorius et ses auteurs avaient donné dans l'excès opposé, divisant le Dieu d'avec l'homme, et soutenant que le fils de Marie n'était (jue le temple de la Divinité et un pur homme, ce qui revenait à Terreur de Paul de Samosale. On a donc montré contre Nestorius que le même est Dieu et homme, et que Jésus-Christ est une seule personne en deux natures, sans qu'elles soient confuses, comme prétendait Eutychès. Voilà les deux mystères sans la foi desquels on ne peut être chrétien , puisque tout chrétien fait profession d'adorer Jésus-Christ , et qu'il n'est permis d'adofer ni une créature , ni un autre dieu que le seul Tout-Puissant. C'est donc une calomnie trop grossière, quand les mahométans, les Juifs et les sociniens nous accusent de proposer dans nos catéchismes des subtilités de théologie, et d'en embarrasser les simples. Il faut renoncer à l'adoration de Jésus- Christ, et par conséquent au nom de chrétien , ou savoir * <]ui est Jésus-Christ, et à quel titre on l'adore.
La doctrine de la grâce est une conséquence de celle de rincarnation ; le Fils de Dieu s'est fait homme pour notre salut, mais s'il ne Ta procuré que par son exemple, il n'a
rien faîl que n*eût pu faire hd pur homme, tel que Moïse et les prophètes. Or, Jésus-Christ a Jait plus ; il nous a mérité par son sang la rémission de nos péchés, il nous a envoyé le Saint-Esprit pour nous éclairer et nous donner • son amour, qui nous fait accomplir ^s commandements, en surmontant la résistance de notre nature corrompue. C'est ce que saint Paul a si bien enseigné, et saint Augustin si bien soutenu contre les pélagiens, qui donnaient tout aux forces natqrelles du libre arbitre; en sorte que^ selon eux, ils n'étaient redevables qu'à eux-mêmes de leur salut, ils ne devaient rien à Jésus-Christ, et s'étaient rendus meilleurs que Dieu ne les avait faits. Pour combattre cette erreur, saint Augustin a souvent employé les pratiques de l'Église : la prière, qui en général serait inutife, si ce qui nous importe le plus, qui est de nous rendre bons, dépendait de nous ; la forme des prières, qui a toujours été de demander à Dieu par Jésus-Christ de nous délivrer des tentations, de nous faire accomplir ce qu'il nous commande , de nous donner la foi et la bonne volonté ; l'usage de baptiser les petits enfants, pour la rémission des péchés, preuve évidente de la créance du péché originel. Tous les Pères en ont usé de môme à l'égard de tous les mystères, et ont employé les pratiques immémoriales de l'Église comme des preuves sensibles de sa créance. Ils ont prouvé la Trinité par là forme du baptême, où les trois personnes divines sont invoquées également; et ils ont insisté sur les trois immersions qui se pratiquaient alors, comme une preuve de la distinction des personnes '. Ils ont tiré de l'eucharistie une preuve de rincarnation, puisqu'il ne servirait de rien de recevoir la chair d'un pur homme, et qu'il ne serait pas permis de l'adorer» ; ce qui montre une pftvidence particulière de^
» Bist. XXV, n. 22. XXVIII, n. 1. — * CkRiLL. Anaih. 11. homil. de Coma.
Dieu sur son Église , d avoir attaché à des pratiques et à ileri cérémonies sensibles la créance des mystères les plus relevés, afin que les fidèles, même les plus simples et les plus grossiers, ne pussent les ignorer ni les oublier. Car ii ïï*Y a personne qui i^ sache comment il a vu toute sa vie prier dans l'église , administrer le baplème et les autres sacrements.
La doctrine des sacrements en général a été solidement établie par les disputes contre les donalistes, où il a été montré que la vertu des sacrements ne dépend point du mérite ou de Tindignité du ministre, et que, qui que ce soit qui , baptise à l'extéiieur, c'est toujours Jésus-Christ (jui baptise intérieurement'. La créance de l'Église sur chacun des autres sacrements, et sur l'eucharistie en particulier, est aussi prouvée dans ces premiers siècles par des autorités incontestables : de saint Justin, de suint Frénée, d'Origène, de saint Cyprien, de saint Ambroise, de saint Cyrille de Jérusalem , de saint Gaudence , de saint Cyrille d'Alexandrie. Enfin les mêmes disputes contre les donatistes ont donné occasion d'établir invinciblement Tarticledo l'Église. On a prouvé contre eux qu'elle est catholique ou universello , c'est-à-dk-e répandue dans tous les lieux et dans tous les temps, non pas renfermée dans certains pays et réduite à une petite société, sé^>arée du reste depuis un temps, mais perpétuelle et infaillible , suivant la promesse de Jésus-Christ; qu'elle est sainte et sans tache , mais de telle sorte que les méchants ne sont pas oxcliis de sa société extérieure, que le bon grain croît péle-môle avec l'ivraie jusqu'à la moisson, c'est-à-dire à la fin des siècles ; qu'elle est apostolique , c'est-à-dire qu'elle se connaît par la succession des évoques, principalement dans les sièges fondés immédiatement par les
• //»»(. XX, 1». 47. ni,n. 41. IV,n.26. VI, Il 18. YJI, n. 15.XVIII, «. U, &ô. XX, n, 14. XXVII, n. 1. XX, ii. 40, 47.
apôlres, et par Tumon avec la chaire de saint Pierre, centre de l'unité calbolique.
Xlll. Méthode d'étudier.
Voilà le fond de la doctrine, voyons maintenant la manière de rapprendre et de l'enseigner. Je ne vois point, dans ces premiers siècles, d'autres éSoles publiques pour les clercs que pour le commun des chrétiens, c'est-à-dire les églises, où les évoques expliquaient assidûment l'Écriture sainte, et en quelques grandes vilies une école établie principalement pour les catéchumènes, où un prêtre leur expliquait la religion qu'ils voulaient embrasser, comme à Alexandrie saint Qémeni et Origène. II est vrai que les évéques avaient d'ordinaire auprès d'eux déjeunes clercs qu'ils instruisaient avec un soin particulier, comme leurs enfants , et c'est ainsi que se sont formés plusieurs grands docteurs de l'Église : saint Âthanase près de l'évéque saint Alexandre, saint Jean Chrysostome près de saint Mélèce, saint Cyrille près de son oncle Théophile. De là vient qu'il sortit tant de saints évêques de l'école de saint Augustin et de celle de saint Fulgence.
Il i>'était point nécessaire, pour être prêtre ou évéque, de savoir les sciences profanes, c'est-à-dire la grammaire, la rhétorique, la dialectique et le reste de la philosophie, la géométrie et les autres parties des mathématiques ; les chrétiens nommaient tout cela les études du dehors, parceque c'étaient les païens qui les avaient cultivées, et qu'elles étaient étrangères à la religion ; car il était bien certain que les apôtres et leurs premiers disciples ne s'y étaient pas appliqués *. Saint Augustin n'en estimait pas moins un certain évêque de ses voisins, quoiqu'il ne sût ni grammaire ni dialectique^ ; et nous voypns que l'on élevait quelquefois à l'épiscopat de bons pères de famille, des marchands, des artisans, qui vraisemblablement n'avaient
» HisL XX , n. 23. — * Bpisl. 34, ad Lvseh.
point fait ces sortes d*ctudes. La connaissance des langues 43tait encore moins nécessaire ; les païens même ne ies étudiaient guère que pour la nécessité du commerce, si ce ti'est que les Romains qui voulaient être savants apprenaient le grec. On faisait partout les lectures et les prières publiques dans la langue la plus commune du pays ; ainsi la plupart des évêques et des clercs n'en savaient point d^autre, c'est-à-dire le latin dans tout l'Occident, le grec dans la plus grande partie de l'Orient , le syriaque dans la haute Syrie ; en sorte que dans les conciles où des évêques de différentes nations se trouvaient rassemblés, ils parlaient par interprèles. On trouve môme quelquefois des diacres qui ne savaient pas lire*; cor c'est ce que Ton appelait alors n'avoir point 'de lettres.
Quelle science donc demandait-on à un prêtre ou un évêque? D'avoir lu et relu l'Écriture sainte jusqu'à la savoir par cœur, s'il était possible ; de l'avoir bien méditée pour y trouver les preuves de tous les articles de foi et de loutes les grandes règles des mœurs et de la discipline ; d'avoir appris, soit de vive voix, soit par la lecture, comtnent ies anciens l'avaient expliquée ; de savoir les Cïinons, ■(•'est-à-dirc les règles de discipline écrites ou non écrites; (ie les avoir vu pratiquer, et en avoir soigneusement observé l'usage. On se contentait de ces connaissances, pourvu qu'elles fussent jointes à une grande prudence pour le gouvernement et une grande piété. Ce n'est pas Hiu'il n'y ait toujours eu des évêques et des prêtres très iftstruitsdes sciences profanes, mais c'étaient pour l'ordinaire ceux qui s'y étaietit appliqués avant leur conversion, comme saint Basile et saint Augustin. Ils savaient bien ensuite les employer pour la défense de la vérité, et répondre à ceux qui en voulaient blâmer l'usage , comme «aint Augustin « au grammairien Cresconius.
' Ilisl. XXVI , n. 13. — » Hitt. XXII.