‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 13 sur 88 · XIV. Méthode d'enseigner · texte numérisé non relu

XIV. Méthode d'enseigner

Quant à la manière d'enseigner, ils se conduisaient différemment avec les infidèles, les enfants de l'Église et les hérétiques. Les premières instructions pour les infidèles tendaient à corriger leurs mœurs ; car les Pères croyaient inillile de parler de religion à des hommes encore pleins de leurs passions et de leurs faux préjugés. Jls se contentaient de prier pour eux, leur donner bon exemple, les ultircr par la patience, la douceur, les bienfaits temporels^ jusqu'à ce qu'ils vissent en eux un désir sincère de connaître la vérité et d'embrasser la vertu. Quand ils trouvaient des esprits curieux et élevés, ils employaient les' sciences humaines pour les préparer à la vraie philosophie. Voyez comment Origène* instruisit saint Grégoire Thaumaturge.

A l'égard des fidèles, on les entretenait dans la doctrine lie l'Église , les précautionnant et les fortifiant contre les hérésies, et leur donnant des règles pour la conduite et la correction des mœurs. C'est la matière de tous les sermons des Pères, la morale et les hérésies du temps. Sans cette <#ef souvent on ne les entend pas, ou du moins on ne les peut goûter. Et c'est encore une utilité considérable de l'histoire ecclésiastique ; car quand on sait les hérésies qui régnaient en chaque temps et en chaque pays, on voit pourquoi les Pères revenaient toujours à certains points de doctrine ; c'est ce qui les obligeait souvent à quitter le sens littéral de l'Écriture pour suivre le sens figuré, moral ou allégorique ; car ils ne choisissaient pas les lectures, l'ordre en était établi selon le cours de l'année, tel à peu près qu'il est encore ; mais ils savaient y rapporter tout ce qu'ils jugeaient le plus utile pour l'instruction de leur troupeau.

En disputant avec les hérétiques ils se tenaient au sens

« ^w<.V,Ji. 43,57.

lOfi DEUXIÈME DISCOURS

littéral, ou s'ils suivaient un sens figuré, c'était celui dont les adversaires convenaient. C'est ce qui rend ces livres de controverse si utiles pour voir le vrai sens de TÉcri- . ture et le dogme précis de TiÉ^lise ; car quiconque portait le nom de chrétien faisait profession de ne se fonder que sur l'Écriture ; les hérétiques en tiraient leurs objections et les catholiques leurs réponses. Vous l'avez pu voir dans toute cette histoire ; et dans les extraits de doctrine que j'y -ai insérés, je me suis principalement attaché à rapporter les passages allégués de part et d'autre. Au reste, les Pères étaient fort retenus sur les questions de religion ; ils se contentaient de résoudre celles qui leur étaient proposées, sans en proposer de nouvelles ; ils réprimaient avec soin la curiosité des esprits légers et remuants, et ne permettaient pas à tout le monde de disputer sur cette matière '. ^ Voyez ce qu'en dit saint Grégoire de Nazianze , et les dispositions qu'il demande en ceux qui doivent parler de théologie.

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