III. i#efMces et promesses temponUes
Je vois bien le principal motif qui engageait à relerw avec tant de soin ces prétendus miracles. On voulait retenir au mmns par la crainte des peines temporelles ceux qui étaient peu touchés des étemelles, mais on ne s'aperrwait pas que c*était introduire une erreur dangerefise em
' * ^"^^ ^^» ^^- ~ » Petr. Da?«. rUa S. Domim. lorîc, n. 1.
SUR L'HISTOIBE ECCLÉSUSTIQUE. 119
r4iisoDQant sur ce principe, q«e Dieu punit ordioaireineDt les méduiiks en ceite vie. C'était ra]n|ner les chrétiens à Tétai de l'ascien Testament, où les menaces étaient temporelies ; c'était exposer au mépris Tautorité de la religion, dont OQ prétendait appuyer ces menaces, puisqu'elles étaient souvent déœeniies par Texpérience, et que Ton voyait tous les jours les usurpateurs des biens de TÉglise demeurer impunis, et vivre dans une santé et une prospérité parfaite.
Aussi n'était-ce pas la doctrine de l'antiquité éclairée^ et saiut Augustin a prouvé solidement le contraire >. a iJ a plu, dit-il, à la divine Providence de préparer à l'avenir des biens pour les justes, dont les injustes ne jouiront point, et pour les impies des maux dont les bons ne seront point tourmentés. Mais quant à ces biens et ces maux temporels, il a voulu qu'ils fussent communs aux uns et aux autres, a&ii que l'on ne désire pas trop ardemment des biens que l'on voit aussi entre les mains des méchants, et que l'on ne fasse rien de honteux pour éviter des maux que les bons iméme souffrent le plus souvent, b Et encore : t Si tout péché était maintenant puni d'une peine manifeste, on croirait que rien ne serait réservé au dernier jugement ; et si Dieu ne punissait maintenant aucun péché évidemnent, on croirait qu'il n'y aurait point de Providence. De méttM pour ks biens de œtte vie, a JMeu ne les donnait à quelques-uns de ceux qui les demandent, il semblerait 4|ue ces biem ne dépendraient pas de lui; et s'il les doniwit à tous ceux qui les demaadent, bous croirions ne le devoir servir que pour ces récompenses, et au lieu d'être pieux nous serions avares ^ »
Il montre ensuite que les plus gens de bien ne laissent pas de commeUre des péchés pour lesquels ils méritent des peines temporelles, et qu'il y a une autre raison pour
' I CtriV. 8. — » I CivU. 9.
les faire aouffrir en cette vie comme Job, afin qu'ils connaissent le fond d^ leurs cœurs, et qu'ils apprennent par expérience s'ils aiment Dieu avec une piété smcere efr j
désintéressée i. Il enseigne aussi que Dieu récompense en |
cette vie les vertus purement humaines, comme celles des anciens Romains, parcequ'il ne leur réserve point d autre ,
récompense^ Enfin il ajoute : « Nous apprenons mainte- . !
nant à souffrir patiemment les maux que souffrent même les bons, et à ne pas beaucoup estimer les biens que les méchants môme obtiennent. Ainsi Dieu nous donne une 1
instruction salutaire en nous cachant sa justice; car nous ne savons par quel jugement de Dieu cet homme de bien ,
est pauvre et ce méchant riche, pourquoi l'innocent est ,
condamné et le criminel absous. Que si cette absurdité, pour ainsi dire, avait toujours lieu en cette vie, on y ,]
pourrait trouver quelque raison de justice ; mais il arrive «ouvent du mal aux méchants et du bien aux bons, ce qui rend les jugements de Dieu plus impénétrables. »
Il semble qu'on eût oublié cette doctrine, quand les évoques et les papes même employaient si hardiment les promesses temporelles pour engager les princes à les protéger, comme entre autres le pape Etienne II*, dans la lettre écrite aux Français au nom de saint Pierre *. Ces promesses et ces menaces peuvent imposer quelque temps à des ignorants ; mais quand ils voient qu'elles sont sans effet, comme il arrive le plus souvent, elles ne sont propres qu'à les scandaliser et à ébranler leur foi, les faisant ilouter de la solidité des promesses et des menaces qui regardent l'autre vie. Cependant on a continué jusque dans les derniers siècles à suivre cette vieille prétention , et je ne puis assez m'étonner qu'un homme aussi éclairé que le cardinal Baronius relève avec tant de soin les
» V Civil. 13. — a XX Civil. 2. — 3 Steph. Episl. 5. — ♦ Ilisl. XLIII, n. 17.
inauvais succès arrivés aux ennemis de rËglise, particu'^ lièrement du Saint-Siège, comme autanl de punitions divines, et les avantages des princes pieux comme des preuves qu'ils soutenaient la bonne cause. Toutefois la vérité de l'histoire l'oblige souvent à recourir à la profondeur des jugements de Dieu pour sauver les disgrâces arrivées aux plus zélés catholiques, et il ne s'aperçoit pas qu'une preuve qui n'est pas toujours concluante ne l'est
jamais.