VI. Superstitions
L'abus dans la vénération des reliques dégénère en superstition ' , mais l'ignorance du moyen âge en attira de plus manifestes , comme cette divination nommée les sorts^
« BoNiF. Ep. 105. — Hist. XLÎI, n. 35, 40. — » Hist. XLVI, n. 5.
— MoRiN, Panit. Y, 16. — * Hist. XXX, n. 42. — Conc, Cabil. 813..
— < Grec. Bp. 2. ad Léon. — * Hist. XLII, n. 9. — Morin, XII, 16.
— « Capit. Aquisgran. 78d, 77. — Sup. XIIV, n. 46. — 7 Hist. XXXI. n. 1.
des saints, dont Grégoire de Tours rapporte tant d'exemples', et avec un sérieux à persuader qu'il y croyait; tîomme ces preuves nommées le jugement de Dieu , soit par Teau, soit par le feu, soit par le combat singulier, qu'Agobard condamnait si fortement, mais qu'Hincmar soutenait et qui furent en usage si longtônips ; comme l'astrologie, à laquelle on voit qu'ils croyaient, principalement aux effets des éclipses et des comètes. Ces superstitions , dans le fond , étaient des restes du paganisme , comme d'autres plus manifestement criminelles, condamnées dans les conciles du même temps. En géhéral , le plus mauvais effet des mauvaises études est de croire savoir ce que l'on ne sait point. C'est pis que la pure ignorance, puisque c'est y ajouter l'erreur et souvent la présomption. VII. Etat de VOrient, Je n'ai parlé jusqu'ici que de l'Occident ; mais l'Église orientale eut aussi ses tentations. L'empire grec ne fut pas entièrement détruit, mais il fut réduit à des bornes bien étroites, d'un côté par les conquêtes des Arabes musulmans, de l'autre par celles de divers Scythes, entre autres des Bulgares et des Russes. Ces deux derniers peuples se firent chrétiens, et leur domination produisit à peu près les mêmes effets que celle des autres Barbares septentrionaux; mais les musulmans prétendaient convertir les autres, et prenaient pour prétexte de leurs conquêtes le zèle d'établir leur religion par toute la terre. Ils souffraient à la vérité les chrétiens, mais ils employaient pour les pervertir tou^ les moyens possibles, excepté la persécution ouverte, en cela même plus dangereux que les païens. D'ailleurs leur religion a quelque chose de spécieux ; ils ne prêchent que l'unité de Dieu et l'horreur de l'idolâtrie, et ils ont imité plusieurs pratiques du christianisme : la prière à
> Grec. V. Hitl. U. — Hist. XXXIV, n. 31. XLVI, n. 48. L, ti. 22.
certaines heures réglées, le jeûoe d'un mois, les pèiennages. Enfin leur indulgence pour la pluralité des femmes et des concubines attire les hommes sensuels. Ils employèrent entre autres un artiBce extrêmement pemicievs au christianisme. La Syrie était plein» de oesieriens, rËgypte d'eutychiens, les uns et les autres ennemis des patriarches de Constanlinople et des empereurs, qu'ils regardaient comme leurs persécuteurs. Les musulmans profitèrent de cette division , protégeant les hérétiques et abaissant les catholiques qui leur étaient suspects, par leur attachement à l'empereur de Gonstantinople, d'où lew vint le nom de melquites, c'est-à-dire en arabe royaux ou impériaux. C'est par là que ces hérésies si andennes subsistent encore, et que les chrétiens d'Orient ont des évèques et des patriarches de ces difiEérentes sectes melquites, ncstoriens, jacobites, qui sont les eutychiens.
Par ces divers moyens , les musulmans , sans exterminer absolument le christianisme , diminuèrent extrêmement le nombre des vrais chrétiens, et les réduisirent à une grande ignorance par la servitude, qui leur ôtait le courage et les commodités d'étudier. Le changement de langue y contribuait. L'arabe étant la langue des maîtres devint celle de tout l'Orient , comme elle est encore ; le grec ne fut conservé que par la religion, et chez les melquites seulement ; car les nestoriens faisaient leur service en syriaque, et les jacobites en cophte ou ancien égyptien. Ainsi, comme tous les livres ecclésiastiques ou profanes étaient en grec, il fallut les traduire ou apprendre cette langue , ce qui rendit les éludes bien plus difficiles. De là vient qu'incontinent après la conquête des musulmans , nous perdons de vue CCS anciennes Églises d'Egypte, de Palestine, de Syrie, autrefois si florissantes, et que , faute d'écrivains, je n'ai pu vous en marquer la suite comme dans les siècles précédents. L'histoire d'Eutychius , patriarche d'Alexandrie ,
5LR L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE. 127
•est une preuve de ce que j*avance ; il Ta écrite en arabe , quoiqttli fût melquite , et on y voit tant de fables ei si peu d'exactitQde, même dan» les laits de son temps, qu'elle vnarqtie assez Tîniperfection des études de ces pauvres chrétiens. EHes s'affatiblirent notablement , même chez les Orecs, soit par le eommeree avec les Barbares leurs voisins, soit par la domination des empereurs ignorants et brutaux comme les peuples dont ils étaient sortis ' , Léon risaurien, son fils Copronyme, Léon Arménien. L'hérésie des iconoclastes, que ces princes soutinrent avec tant de fureur, venait, dans le fond, d'une ignorance grossière qui leur faisait prendre pour idolâtrie le culte des saintes images, et céder aux reproches des Juifs et des musulmans. •Ils ne considéraient pas que ce culte était reçu dans l'Église par une tradition immémoriale, et que l'Église ne peut errer, qui est la grande preuve des Pères du septième «oncile.
Mais les actes de ce même concile sont une preuve de la décadeftce des études, par le grand nombre d'histoires douteuses, pour ne pas dire fabuleuses, et d'écrits suspects qui y sont cités, et qui montrent que les Grecs n'étaient pas meilleurs critiques que les Latins; ce qui, toutefois, ne fait rien pour le fond de la question, puisqu'ils rapportent assez de preuves authentiques du culte des images, et fondent leur décision sur l'ipfaillibilitéde l'Église. Un autre exemple illu^re de la mauvaise critique des Grecs est la facilité avec laquelle ils reçurent les écrits attribués à saint Denis l'Aréopagite *. On les rejetait du temps de Justinien , et cent ans après on ne les contestait pas aux monothélites, qui faisaient un si grand fond sur l'opération théandrique mentionnée dans cet auteur, La persécution des iconoclastes avait presque éteint les
' Hist. XLir, n. 28 XLVI, n. 1. XLIV, n. 36. — > Hisl XXXf 11.31. XXXVIII, n.ôO. '
études dans Tempire grec; mais elles se réveillèrent sou& Basile Macédonien par les soins du savant Photius, et continuèrent sous Léon-Ie-Philosophe et ses successeurs. Toutefois les écrivains de ce temps-là sont bien au-des-> sous de ceux de l'ancienne Grèce. Leur langage est assez pur, mais leur style est affecté et façonné; ce ne sont que lieux communs, vaines déclamations, ostentations de leur savoir, réflexions inutiles. Le plus illustre exemple de ce mauvais style et le plus de mon sujet est celui de Metaphraste', qui nous a tant gâté de vies des saints, pré* tendant les rendre plus agréables , suivant le témoignage de Psellus, son admirateur.
On voit chez les Grecs, pour le moins autant que chez les Latins, Tamour des fables et la superstition, Tun et. Tautre enfants de Tignoranee. Pour les fables, je me contenterai de cîteH'image ïntraculeuse d'Édesse, dont l'empereur Constantin Porphyrogéiièle a fait une longue histoire que j'ai rapportée exprès. Pour les superstitions, l'histoire byzantine en fournit des exemples à chaque page '^. Il n'y a point d'empereur qui monte sur le trône ou qui en descende sans présages ou prédictions ; il y a toujours quelque caloyer dans une île, fameux par l'austérité de sa vie, qui promet Tempire à un grand capitaine, et le nouvel empereur le fait évéque d'un grand siège; mais ces prétendus prophètes étaient souvent des imposteurs. Je viens maintenant à l'Occident. •