‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 21 sur 88 · VIII. Clercs chasseurs et guerriers · texte numérisé non relu

VIII. Clercs chasseurs et guerriers

Un autre effet de la domination des Barbares, c'est que les évêques et les clercs devinrent chasseurs et guerriers comme les laïques, ce qui toutefois n'arriva pas sitôt; car, dans les commencements, les Barbares, quoique chrétiens, n'étaient pas admis dans le clergé. Outre l'ignorance,

' Hist. LV, n. 31. — « Hist. LV, n. 30.

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leur férocité et leur légèreté naturelles empêchaient de leur confier l'administration des sacrements et la conduite des âmes. Ce ne fut guère qu'au septième siècle qu'ils entrèrent indifféremment dans les ordres , autant que je puis Juger par les noms des évéques et des clercs, qui jusque-là sont presque tous Romains. Aussi ne voyonsnous que depuis ce temps des défenses aux clercs de porter les armes, de chasser, et de nourrir des chiens et des oiseaux pour le plaisir '. Or, l'exercice violent de la chasse, Tattirail et la dépense qui en sont les suites, ne s'accordent pas avec la modestie cléricale, avec l'étude, la prière. Je soin des pauvres, l'instruction des peuples , une vie réglée et mortifiée.

L'exercice des armes en est encore plus éloigné : cependant il devint en quelque façon nécessaire aux évoques à cause des biens ecclésiastiques^ cap co fi)t^n ces tempslà que s'établit le droit des fîef^j Sous les deux premières races de nos rois, et bien avant dans la troisième, la guerre ne se faisait point par des troupes enrôlées et soudoyées, mais par ceux à qui les princes et les seigneurs avaient donné des terres à la charge du service. Chacun savait ce qu'il devait fournir d'hommes , de chevaux et d'armes , et il devait les.mener lorsqu'il était commandé. Or, comme les églises possédaient dès lors de grandes terres , les évoques se trouvèrent engagés à servir TËlat comme les autres seigneurs ; je dis les évoques , car tous les biens ecclésiastiques de chaque diocèse étaient encore administrés en commun sous leur autorité; on n'en avait distrait que les biens des monastères. Ces portions attribuées à chaque clerc, que nous appelons bénéfices, n'étaient pas encore distinguées ; et ce que l'on appelait alors bénéfice était ou des fieïs donnés à des laïques, ou l'usufruit de quelque fonds de l'église accordé à un clerc pour récom-

» Conc. Epaon. 4. — Cabil. ÏI, 9.

pense ou autrement , à la charge de revenir après sa mort

à la masse commune '.

Les évêques avaient leurs vassaux obligés à leur ordre, pour les fiefs qu'ils tenaient d'eux : et quand Tévêque luitnème était mandé par le roi, il devait marcher à la tète •Je ses troupes. Charlemagne , trouvant ce droit établi , voulul bien s'en relâcher à la prière de son peuple, et il dispensa les évêques de servir en personne* , pourvu qu'ils envoyassent leurs va:>saux; mais ce règlement fut mal observé, et nous voyons, après comme devant, d«s évêques armés, combattant , pris et tués à la guerre.

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