‹ Œuvres de l'abbé FleuryChapitre 25 sur 88 · XX. Conciles · texte numérisé non relu

XX. Conciles

Pendant les cinq siècles que nous repassons on a continué de tenir des conciles et même trois généraux , le sixième , le septième et le huitième. 11 est vrai que les conciles provinciaux n'ont plus été si fréquents que dans les six premiei'S siècles , principalement en Occident , où la constitution de l'état temporel n'y était pas favorable, tant par les incursions des barbares que par les guerres civiles ou particulières entre les seigneurs. Mais on se souvenait loi^ours qu'on les devait tenir, et on rappelait souvent 1 ordonnance du concile de Nicée de les tenir deux fois Tan. Los papes en montraient l'exemple, et en tenaient ordinairement un en carême et l'autre au mois de novemiHV, d^mmo nous voyons sous Léon IX , Alexandre 11 m

Grégoire VII ; et ce dernier, tout jaloux qu'il était de soii autorité , ne faisait rien sans concile.

J'ai marqué les inconvénients des conciles nationaux, soit d'Espagne sous les rois goths, soit de France sous la seconde race de nos rois ; mais c'étaient toujours des conciles. Les évèques s'y trouvaient ensemble , ils s'entretenaient de leurs devoirs, ils s'instruisaient; on y examinait les affaires ecclésiastiques, on y jugeait les évèques même. L'Écriture et les canons étaient les règles de ces jugements, et on les lisait avant que d'opiner sur chaque article. Vous en avez vu une inHnilé d'exemples.

XXL Ecoles et succession de docteurs.

Quoique les savants fussent rares et les études imparfaites, elles avaient cet avantage que l'objet en était bon ; on étudiait les dogmes de la religion dans l'Écriture et dans les Pères, et la discipline dans les canons. Il y avait peu de curiosité et d'invention , mais une haute estime des anciens ; on se bornait à les étudier, les copier, les compiler, les abréger. C'eèt ce que l'on voit dans les écrits de Bède , de Raban et des autres théologiens du moyen âge ; ce ne sont que des recueils des Pères des six premiers siècles, et c'était le moyen le plus sûr pour conserver la tradition.

La manière d'enseigner était encore la même des premiers temps. Les écoles étaient dans les églises cathédrales ou dans les monastères; c'était l'évéque même qui enseignait , ou sous ses ordres quelque clerc ou quelque moine distingué par sa doctrine; et les disciples, en apprenant la science ecclésiastique, se formaient en même temps sous les yeux de l'évéque aux bonnes mœurs et aux fonctions de leur ministère. Les principales écoles étaient d'ordinaire dans les métropoles ; mais il se trouvait souvent de plus habiles maîtres dans les églises particulières , et alors il était permis de les suivre. Or, j'estime important pour la

des hoDiDoes apostoliques ; c'est dommage qu^ils fassent moines. Vous qui avez vu dans cette histoire leur conduite et leur doctrine, jugez par vous-mêmes de l'opinion que vous en devez avoir. Souvenez-vous que saint Basile et saint Jean Cbrysostome ont loué et pratiqué la vie monastique, et voyez si c'étaient des esprits faibles.

Je sais que dans tous les temps il y a eu de mauvais moines comme de mauvais chrétiens ; c'est le défaut de rbumanilé et non de la profession ; aussi de temps en temps Dieu a su^cité de grands hommes pour relever Télat monastique, comme dans le neuvième siècle saint fienoft d'Aniane, et dans le dixième les premiers abbés de Clugny '. C'est de cette sainte congrégation que sont sorties les plus grandei lumières de l'Église pendant deux cents ans; c'était là que fleurissaient la piété et les études. Que si elles n'étaient pas telles que cinq cents ans auparavant , si . ces bons moines ne parlaient pas latin , comme saint Cyprien et saint Jérôme, s'ils ne raisonnaient pas aussi juste que saint Augustin, .ce n'est pas parcequ'ils étaient moines, c'est parcequ'iis vivaient au dixième siècle ; mais trouvez d'autres hommes plus habiles du même temps. J'avoue toutefois que les moines les plus parfaits de ces derniers temps Tétaient moins que les premiers moines d'Egypte et de Palestine , et j'en trouve deux causes : la richesse et les études. Les premiers n'étaient pas seulement pauvres en particulier, mais en commun; ils habitaient non pas des forêts que l'on peut défricher , mais des déserts de sables arides, où ils bâtissaient eux-mêmes de pauvres cabanes et vivaient du travail de leurs mains , ' c'est-à-dire des nattes et des paniers qu'ils portaient vendre aux prachaines habitations. Voyez ce que j'en ai dit en son lieu , sur le rapport de Cassien et des autres '. Ainsi ils avaient trouvé le secret d'éviter les inconvénients de la

« IfiML XLV, n. ST. — » Hist, XX. n. 8.

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richesse et de la. mendicité, de ne dépendre de personne et ne demander rien à personne.

Nos moines de Clugny étaient pauvres en particulier, mais riches en commun ; ils^vaient comme tous les moinesdepuis plusieurs siècles, non-seulement des terres et des bestiaux , mais des vassaux et des serfs. Le prétexte du bien de la communauté est une des plus subtiles illusions de r amour-propre; si saint Odon et saint Mayeul eussent refusé une partie des grands biens qu'on leur offrait, rËglise en eût été plus édifiée, et leurs successeurs eussent gardé plus longtemps la régularité ^ Saint Nil de Calabre est de tous ceux de ce temps-là celui qui m'e semble avoir mieux compris Timportance de la pauvreté monastique. En effet, les grands revenus engagent à de grands soins et attirent des différends avec les voisins, qui obligent à solliciter des juges et à chercher la protection des puissances, souvent jusqu'à user de complaisance et de flatterie. Les supérieurs et les procureurs qui travaillent sous leurs ordres sont plus chargés d'affaires que de simples pères de famille; on doit faire part à la communauté des^ affaires, au moins les plus importantes; ainsi plusieurs retombent dans les embarras du siècle auxquels ils avaient renoncé, surtout les supérieurs, qui devraient être les plus intérieurs et les plus spirituels de tous.

D'ailleurs les grandes richesses attirent la tentation des grandes dépenses. Il faut bâtir une église magnifique ^ Torner et la meubler richement : Dieu en sera plus honoré ; il faut bâtir les lieux réguliers, donner aux moines< toutes les commodités pour l'exactitude de Tobservance, et ces bâtiments doivent être spacieux et solides pour une communauté nombreuse et perpétuelle. Cependant l'humilité en souffre; il est naturel que tout cet extérieur grossisse l'idée que chaque moine se forme de soi-même ;

» Hx»L LVIII, n. 61.

et 00 jeune homme qoi se voit tout d'un coup superbement logé , qui sait qu'il a part à un revenu immense et qui voit au-dessous de lui plusieurs autres hommes, est bien tenté de se croire plus grand que quand il était dans le inonde simple particulier et petil-ètre de basse naissance '. Quand je me représente Tabbé Didier occupé pendant cinq ans à bâtir somptueusement Téglise du mont Cassin, faisant venir pour l'orner des colonnes et des marbres de Rome et -des ouvriers de Constantinople, et que d*un autre côté je me représente saint Pacôme sous ses cabanes de roseaux , toot occupé de prier et de former Tinlérieur de ses moines, il me semble que ce dernier allait plus droit au but, et que Dieu était plus honoré chez lui.

Les études firent encore une grande diflPérence entre ces anciens moines et les modernes. Les anciens n'étudiaient uniquement que la morale chrétienne par la méditation continuelle de l'Écriture et la pratique de toutes les vertus; (lu reste, c'étaient de simples laïques, dont plusieurs ne savaient pas lire. Nos moines d'Occident étaient clercs pour la plupart dès le septième siècle, et par conséquent lettrés ; «»t l'ignorance des laïqaes obligeait les clercs à embrasser toutes sortes d'études. Les premiers abbés de Clugny furent des plus savants hommes de leur temps , et leur savoir les faisait rechercher par les évêques et les papes, et même par les princes; tout le monde les consultait, et ils ne pouvaient se dispenser de prendre part aux plus p;randes affaires de l'Église et de TÉtat. L'ordre en profitait, les biens augmentaient, les monastères se multipliaient ; mais la régularité en souffrait , et des abbés si occupés au dehors ne pouvaient avoir la même application pour le dedans que saint Antoine et saint Pacôme, qui n'avaient | oint d'autres affaires et ne quittaient jamais leurs solitudes.

• Chr. CasM. 111.26,28.

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D'ailleurs Télude nuisait au travail des «mains, pour lequel on ne trouvait plus de temps, principalement depuis que les moines eurent ajouté au grand oflice ceux de la Vierge et des morts, et un grand nombre de psaumes au delà K Or le travail est plus propre que l'élude. à conserver l'humilité; et quand on retranche la plus grande partie des sept heures de travail ordonnées par la règle de saint Benoît 2, ce n'est plus proprement la pratiquer, c'est peut-être une bonne observance, m'ais non pas la irtéme.

XXlil. Cérémonies.

Ce fut aussi dans les monastères que Ton conserva le plus fidèlement les cérémonies de la religion, qui sont un des principaux moyens dont Dieu s'est servi pour la perpétuer dans tous les temps, parceque ce sont des preuves sensibles de la créance, comme il .est marqué expressément dans l'Écriture ^. La célébration des fêtes de Noël et de Pâques avertira toujours les hommes les plus grossiers que Jésus-Christ est né pour notre salut, qu'il est mon et ressuscité. Tant que l'on baptisera au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, on professera 1« foi de la Trinité ; tant que Ton célébrera la messe, on déclarera que l'on croit le mystère de l'eucharistie. Les formules des prières sont autant de professions de foi sur la matière de grâce, comme saint Augustin l'a si bien montré. La psalmodie et les lectures dont l'office de l'Église est composé engagent nécessairement à conserver les saintes Écritures et à apprendre la langue dans laquelle on les lit publiquement, depuis qu'elle a cessé d'être vulgaire. Aussi est-il bien certain que c'est la religion qui a conservé la connaissance des langues mortes. On le voit par l'Afrique, où le latin est absolument inconnu, quoique du temps de

« Consuet. Clun, I, 2, 3, 30. — * Jieg. 48. — I/ist. XXXII, n. 15. — » Deutêr. YI, 20.

saint Âugusliq on Ty parlât comme dans Tltalie: C'est donc par un effet de la Providence que le respect de la religion a fait conserver les langues antiques; autrement nous aurions perdu les originaux de TËcriture sainte et de tous les anciens auteurs, et nous ne pourrions plus connaître si les versions sont fidèles.

Les cérémonies servent encore à empêcher les nouveautés, contre lesquelles elles sont des protestations publiques, . qui du moins arrêtent la prescription et nous avertissent des saintes pratiques de Tantiquilé. Ainsi loffiçe de la Sepluagésime nous montre comment nous devrions nous préparer au carême ; la cérémonie des cendres nous représente l'imposition de la pénitence; l'office entier du carême nous instruit du soin avec lequel on disposait les catéchumènes au baptême et les pénitents à Tabsolution. Les vêpres, que Ton avance, nous font souvenir que l'on a avancé le repas, et que Tondevrait jeûner jusqu'au soir; enfin l'office du Samedi-Saint porte encore les marques d'un office destiné à occuper saintement la nuit de la résurrection. Si on avait aboli ces formules, nous ignorerions la ferveur des anciens chrétiens, capable de nous causer une salutaire confusion. Et qui sait si dans un temps plus heureux l'Église ne rétablira point ces saintes pratiques ?

Les premiers auteurs qui ont écrit sur les cérémonies de la religion ont vécu dans les siècles que je parcours, mais ils en parlent tous comme les reconnaissant pour très anciennes; et si de leur temps il s'en était introduit quelque nouvelle, ils ne manquent pas de l'observer. Ils donnent aux cérémonies des significations mystiques, dont norr/""'!^^"' "^'""^^ '^ '"^ P^«î^î '««•s' du moins ils

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CCS auteurs. Au reste, vous avez vu dans les six premiers siècles des preuves de nos cérémonies, au moins des plus essentielles.

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